2.6.08

Coupe-carotte

Coupe-Carotte est un petit livre qui présente les prolongements que j'ai donnés au cut-up entre 1972 et 1996. Cela va du texte aléatoire (mots sortis d'un chapeau) au vers justifié, en passant par le poème express et le détournement. J'avais rassemblé ces matériaux, cette carotte géologico-littéraire pour rendre hommage à l'inventeur William Burroughs après sa mort en 1997. Publié par Marie-Laure Dagoit en 2002 aux éditions Derrière la salle de bains, dans la collection "Poésies mécaniques", aujourd'hui épuisé, Coupe Carotte vient tout juste d'être réédité en version numérique par Publie.net dans la collection "Formes brèves" avec une très amicale présentation de François Bon.

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4.4.08

Instantanés du Blosne (2)

INSTANTANÉS DU BLOSNE (2)

Sur le chantier boueux, dans les années soixante, les gamelles des ouvriers maçons étaient à plusieurs étages comme les tours qu'ils construisaient.

Trente kilomètres de tuyaux d'eau chaude zigzaguent sous le sol du Blosne. Réchauffent-ils l'eau froide et noire du ruisseau originel ?

On s'active sur les tours du Banat, on déroule les couvertures, une petite laine de verre sur les murs avant l'hiver.

Les grenouilles vertes qui vivaient dans le marécage ont été chassées par le mammouth noir, les coassements remplacés par des annonces publicitaires suggestives.

A Ste Élisabeth, le centre paroissial a été transformé en centre commercial, un cabinet radiologique à la place du confessionnal. Les temps changent.

Ici, on fabrique des puces à partir du silicium. Autour de l'usine, on va sans doute installer des espachiens. Ouah ! Ouah ! Ouah !

Le Triangle est une ferme. Le fermier s'appelle Christian. Il a une mare et une volière. Il se lance dans la culture.

Christiane cultive son jardin au balcon entre ciel et terre, un bouleau en pot et la petite maison des oiseaux accrochée au mur.

Station Blosne, pétales de béton, pistil de verre, les voyageurs entrent et sortent des fleurs, abeilles industrieuses ramenant du miel dans leurs loges.

Le long du boulevard de Yougoslavie, les racines des peupliers jouent les tunneliers sauvages, serpents sous la terre soulevant le macadam des trottoirs.
Cette deuxième série a été publiée dans L'Instant T n° 9

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2.4.08

Instantanés du Blosne (1)

En 2001-2002, j'étais écrivain en résidence dans le quartier du Blosne, l'ancienne ZUP de Rennes, invité par le Centre Culturel du Triangle.
A l'occasion de mon retour prochain au Triangle pour une soirée de lectures le 10 avril 2008, voici pendant quelques jours sur ce blog les poèmes écrits en 2001 et publiés jadis dans L'Instant T, n°s 8 & 9, par les soins de Jean Jacques Le Roux et Yann Dissez.
Pour commencer, un ensemble de "versets" arithmonymes de 23 mots chacun intitulé :

Instantanés du Blosne (1)
Le Blosne ne coule plus sous le ciel du Blosne. Le Blosne coule sous le Blosne. Une rivière noyée sous le béton, vilaine.

Le ruisseau coule dans le noir, le ruisseau est l'encre noire avec quoi s'écrivent quelques souvenirs. Bruit de pages qui tournent.

La rocade périphérique est comme une frontière au sud de la ville, une douve dans laquelle coule en rugissant le flot des voitures.

Le flot rugit en bas de la butte antibruit qui s'affaisse doucement et qu'il faudra bientôt surélever pour contrer l'envahisseur.

Le bruit des moteurs assiège les oreilles des habitants, presque tous collaborateurs occasionnels - automobiles sagement rangées en bas des immeubles, le soir venu.

Dans l'aube du Blosne, un angélus lointain, trace légère du passé dans la sourde rumeur automobile et les premiers chants d'oiseaux.

Oiseaux du matin dans les Jardins Dinariques, sifflets des merles noirs, charabia des moineaux, roucoulements des tourterelles turques à collier. Les éboueurs collectent.

Square de Bosnie, quatre corbeaux bataillent sur le gazon avec une paire de grosses pies, sous le regard intéressé d'un chat gris.

Les corbeaux vocifèrent. Les pies esquivent les attaques en silence. Le chat gris se demande où sont passées les gouttières de ses ancêtres.

Retour du Portugal, le petit pouillot véloce affûte sa scie dans le bois des Ourmes, tsyip, tsiep, tsyip, tsiep, tsyip, tsiep, tsyip, tsiep...

Les étourneaux du soir, couple en frac noir comme deux Dupont, enquêtant au pied des tours, à la recherche d'indices, mégots, miettes...

Autrefois, au Pont Noir, vairons et têtards, et ceux qui pêchaient, enfants, torses nus, les pieds dans le Blosne serpentant sous le ciel.

Aujourd'hui, les enfants pataugent dans le bassin au bout du bois des Ourmes, clairière inondée de soleil comme dans Blow-up d'Antonioni.

Au Café-Confort, marché de Zagreb, la langue des poètes claque dans l'air du Blosne et résonne dans la tête des habitants.

Ils écoutent Paul Celan, Ghérasim Luca, Robert Desnos et Tristan Tzara. Ils écoutent aussi Bernard Noël, Henri Michaux, Georges Bataille et Arthur Rimbaud.

Dans le bâtiment FG4, Jean fait la différence entre poètes ordinaires et poètes super, poètes légers et poètes au plomb, question d'essence.

Centrale thermique du Blosne, chaleur pour tous, soleil du fuel venu de loin dans les tankers qui parfois se renversent ailleurs en Bretagne.

Les vélos filent sur les petits chemins bordés de verdure, les haies réduites à deux traces parallèles de peinture verte sur le macadam.

Centre social, Carrefour 18, au rez-de-chaussée, antifrozenkasbah. Au premier étage, sur une table en stratifié, on découpe un patron en morceaux.

Station Blosne. Une jeune maman fume en poussant la poussette. A l'hôpital sud, un chirurgien termine l'amputation d'un vieux jardinier.

Les paraboles avalent les ondes télévisées. Place du Banat, en longue spirale descendante, la grande corneille noire tourne autour de la grande tour.

Du haut des tours, plusieurs fois par jour, les chiens descendent, traînant leurs maîtres. Petit tour, P.M.U. du C.C., petit pari, petit pipi.

Au Marché Ste Thérèse, les galettes-saucisses sont les hot-dogs celtiques, porc et sarrasin. L'homme ne vit pas seulement de poésie.

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25.2.08

Skate

A l'occasion de l'exposition SKATE NOMADE du peintre Jean-Pierre Thomas à l'Espace Landowski, Médiathèque de Boulogne-Billancourt, j'ai écrit SK8, un long poème de 423 vers justifiés, de 23 signes typographiques chacun.
Concernant le vers justifié, j'aimerais vous renvoyer à la très intéressante note rédigée par Patrice Houseau sur son Blog littéraire. (A noter que depuis cette publication, Patrice s'est lancé avec joie et frénésie dans l'écriture "arithmogrammatique".)
Dans le cadre du Prime-time des Poètes (en hiver), je ferai une lecture publique le 8 mars 2008 à 16 h au Foyer-bar, niveau –2 de la Médiathèque, Espace Landowski, rue André Morizet, métro Marcel Sembat, entrée gratuite.
Dans l'immédiat, je vous propose le début, les 64 premiers vers de SK8 (lire "sk eight").

SK8

skate skate skate skate
SKATE SKATE SKATE SKATE
huit fois pour lire SK8
huit fois pour dire SK8

Helter Skelter planches
qui roulent rolling and
rolling
skate Hell Hell
Helter Skater
suivre le
rail hop comme Ken Park
glissade & retournement
coup de talon earphones
tu entends la musique &
le ronronnement naturel
des roues sur le tarmac
le son monte et descend
comme tes genoux le son
entre dans ton crâne tu
vois en même temps tous
les obstacles scannes &
envisages les bonds les
mouvements & impulsions

fuck the rain cette eau
coule sur ton cou colle
tes cheveux à ton crâne
boyz rolling on the top
of the world free skate
free style rock ‘n roll


Larry Clark regarde les
adolescents glissant le
long des trottoirs avec
Ken Park dans le viseur
oeilleton vidéo flèches
vertes rouges et bleues
leds traversant l’écran

vitesse modulée mélodie
des roues au milieu des
modules skate nomade au
fond du bowl Hawaï surf

souvenir scolaire point
d’appui pour ton levier
qu’il soulève l’univers
comme Archimède tape la
queue du skate pour lui
faire dresser le nez un
nose qui colle au tibia

tu prends le skateboard
et tu parcours la ville
monté sur les trucks et
les roulements à billes

tu t’envoies en l’air à
fond ollie et l’on voit
les dessous de la board
les stickers les pin up
pop rock Ian Mc Culloch
d’Echo and The Bunnymen
Suicidal Tendencies les
légendes punk de la rue
Les brigades des os Les
seigneurs de Villechien
Bones Brigades virus 23
contrôle à Dogtown dans
Paranoïd Park avec Dead
Kennedys hardcore party
skate core
au skatepark
... /...
La suite à voir et écouter ici

Jean-Pierre Thomas, Planches de skate gravées et peintes

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4.12.06

Agent 23




Remerciements au Spookrijder qui nous a fait parvenir ces deux images.
Nous augmentons ainsi notre collection de références au 23.
Pour plus de renseignements sur l'agent S. 23, Odette Churchill, née Odette Sansom, voir ici.

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