Une réponse totalement justifiée
Récemment, le poète Bertrand Gaydon m'a offert son ouvrage "Sonnets de la bêtise et de la paresse" édité au Corridor bleu. Touché par ce cadeau, je lui ai fait parvenir en retour un exemplaire de "Canal Mémoire", mon premier recueil écrit en vers justifiés, publié en 2004 au Marais du Livre.
Par retour du courrier, j'ai reçu de Bertrand Gaydon la lettre ci-dessous qui m'a ravi et dont j'ai voulu vous faire profiter.
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Cher Lucien, merci pour votre envoi !
Canal Mémoire m’a ému et impressionné
à la lecture, et plus encor à présent
que je m’essaye à cet art d’apparence
anodine mais qui exige... euh... quoi
au fait ? Certes pas de la virtuosité
(voire, sous les vingt signes ou même
trente...), de la dextérité non plus,
point même les étincelles d’un esprit
pénétrant, mais plutôt de l’assiduité
et de la disponibilité. Sur un chemin
boueux mais bien tracé, on avance, on
progresse même, à la différence de la
forme rimée qui peut nous emporter où
nous ne souhaitons pas, la bougresse.
Le texte est un bloc d’alliage, trace
bidimensionnelle d’un hypercube, cube
façon voiture compactée et destinée à
l’aciérie, mais où comme dans un film
quelqu’un est resté pris... l’auteur.
J’avais lu Echafaudages dans les bois
de Ch’Vavar auparavant. Cette forme y
est vantée, et présentée comme propre
à capter l’inspiration (il n’a aucune
réserve contre ce terme, en apparence
dévoyé) ; on cherche la solution à un
problème, celui du compte des signes,
et, à notre insu, le poème s’élabore.
J’aime bien cette formule qui épingle
le rapport entre art et technique, et
filant la métaphore j’ai constaté que
l’inspiration recèle quelque analogie
avec l’instinct de survie, qui jamais
ne nous guide a priori mais qui force
les choix aux seuls moments décisifs.
Le texte justifié, c’est de la poésie
sous pression, sous quelques dizaines
de bar, à la différence du vers libre
qui décomprime, qui exhale, au risque
toutefois de laisser filer sa matière
prématurément. Cette forme ne perçoit
pas même la récompense de la musique,
de nature à consoler le rimeur fourbu
de trop de calcul, non : elle protège
son bien jalousement, et ne le laisse
qu’entrevoir ; elle en protège encore
le lecteur, par là-même. Avec amitiés
et très sincère admiration, Bertrand.
Libellés : Bertrand Gaydon, Canal mémoire, Correspondance, corridor bleu, Ivar Ch'Vavar, Lucien Suel, Vers arithmogrammatiques, Vers justifiés





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