21.8.08

TrOu

23 variations avec trou rond (poème inédit)

Mots
avec
même
trOu
rOnd
trOu trOu
fOre trOu
trOu rOnd
fOnd trOu
trOu Oeil
Ogre trOu
trOu Orée
mOrt trOu
trOu fOui
crOc trOu
trOu échO
pOre trOu
trOu rOue
clOu trOu
trOu jOur
cOlt trOu
trOu nOir
Obus trOu
trOu cOma
bOum trOu
trOu nOva
chOc trOu
trOu érOs
zérO trOu
Lucien Suel (2007)

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2.6.08

Coupe-carotte

Coupe-Carotte est un petit livre qui présente les prolongements que j'ai donnés au cut-up entre 1972 et 1996. Cela va du texte aléatoire (mots sortis d'un chapeau) au vers justifié, en passant par le poème express et le détournement. J'avais rassemblé ces matériaux, cette carotte géologico-littéraire pour rendre hommage à l'inventeur William Burroughs après sa mort en 1997. Publié par Marie-Laure Dagoit en 2002 aux éditions Derrière la salle de bains, dans la collection "Poésies mécaniques", aujourd'hui épuisé, Coupe Carotte vient tout juste d'être réédité en version numérique par Publie.net dans la collection "Formes brèves" avec une très amicale présentation de François Bon.

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27.5.08

Fleury-Joseph Crépin (1875-1948)



ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo
Chti-Qui-Peinture Chaman Fleury-Joseph Crépin
poème de Lucien Suel en 300 vers de 45 signes
Chaman Fleury-Joseph Crépin Chti-Qui-Peinture
ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

Fleury-Joseph Crépin tu entends une voix elle
te dit à vos couleurs Fleury-Joseph il faudra
peinturer 300 tableaux pour arrêter la guerre
et 45 autres pour établir durablement la paix
45 toiles peintes comme 45 temples de la paix

Pacem in terris tu t’exécutes jusqu’à la mort
tu peins de l’âge de 63 ans à l’âge de 73 ans
sous l'influence de ton ange gardien tu peins
consciencieusement tu dates et numérotes tous
tes tableaux tu les fais à partir des dessins
préparatoires sur ton papier quadrillé papier
de la symétrie tu seras enterré avec tous tes
quadrillages crayonnés l’ensemble des croquis
capitonnage tapissant l’intérieur de ta bière

seuls témoignent pour la postérité pour notre
édification toutes les toiles achevées durant
ces dix années je te regarde Fleury-Joseph tu
appliques tes couleurs à l’huile sur la toile
tu laisses tomber des gouttelettes des perles
de vernis coloré tu travailles avec la grande
minutie des bons artisans dans l’espace blanc
tu traces et colories tes motifs géométriques
tu travailles comme un plombier qui soigne tu
sais qu’il faut être précis pour ne pas avoir
de fuites au moment de la mise en eau pour ne
pas devoir recommencer tes soudures tu as une
oeuvre à accomplir comme Jeanne de Domrémy et
comme Augustin de Ferfay tu as été choisi par
les esprits une tâche pour le reste de ta vie

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

j’aime beaucoup c’est beau ton premier prénom
Fleury fleur Fleury fleur Fleury fleur Fleury
tu t’appelles Fleury mon grand-père s’appelle
Fleury aussi un prénom que l’on ne donne plus
guère de nos jours vous êtes morts les Fleury

mon Fleury était bûcheron terrassier forgeron
jardinier ajusteur ouvrier poilu de 1914-1918
toi Fleury-Joseph tu as été plombier zingueur
quincaillier compositeur de musique rebouteux
puisatier sourcier et finalement peintre pour
la paix artisan de paix c’est toi qui stoppes
les boches avec ton trois-centième tableau tu
contrains l’ennemi à capituler à signer enfin
la paix la deuxième guerre mondiale est finie
lorsque le 7 mai 1945 tu poses l’ultime perle
colorée sur la composition n° 300 Pax Crepina

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

tu es né à Hénin-Liétard avant qu’on le nomme
Hénin-Beaumont tu es né dans le Pas-de-Calais
comme Augustin Lesage comme Victor Simon deux
personnages singuliers tes prédécesseurs dans
le spiritisme quand je traverse Hénin-Liétard
je pense à toi je pense aussi au premier film
de Maurice Pialat l’enfance nue tableau animé
pour conjurer la solitude la détresse sociale

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

crépin crépine crépinette j’entends les tiots
qui se moquent jouent avec ton patronyme dans
la cour de l’école crépi crépin crétin crépin
crépin crépine crépinette sacré crépin crépin
les peintures crépin crapette sa-cré pein-tre

dans leur innocence les enfants annoncent ton
futur crépi du bâtiment ta crépine au fond du
puits ils se trompent juste sur la crépinette
puisque tu ne seras jamais un charcutier mais
qu’au contraire tu feras arrêter la boucherie

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o
La suite de ce long poème de 300 vers justifiés se trouve dans le n° 2 (avril 2008) de la revue Kminchmint éditée à Amiens par Ivar Ch'Vavar

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22.5.08

Journal du Blosne (4)

Journal éclaté de résidence au Blosne
4
Vingt-trois nationalités ou quarante.
VAL station Blosne, station Triangle,
stationnement des voitures. Un réseau
d'échanges de savoir. Les écoliers de
Volga envoient des ballons. Nibatik à
FG4 (jouet en breton). Mixer peuplier
d'Italie avec place de Bosnie mère de
Kabylie arbre de Judée... Amélia R. a
parcouru 1500 km du soleil au froid 6
mois, du printemps à l'été, venant du
Portugal. Enfiler 12000 bouteilles en
plastique vides, sur la distance de 4
km entre Torigné, Ste Élisabeth et le
Landrel, encerclés par les déchets. A
l'hôpital sud, j'irai en octobre. Les
petits du brouillard. An'jouets Volga
Prague, Yvette, petits débrouillards.
A l'extrémité de la rue Marc Sangnier
(le Sillon), c'est le début du marché
Ste Thérèse, fruits légumes plants de
poireaux salades charcuteries laitues
cerises Burlat crevettes et bulots. A
l'Étoile du sud, ça fleurit, c'est la
floraison, le fleurissement, au pied,
et la tête bourgeonne t-elle ? Jardin
du square Alexis Le Strat ; où est la
clef du jardin ? la clef des champs ?
Marie Guerzaille est là pour mouiller
les petits bateaux ! A FG4, Elektron,
atelier de bouturage, vie des plantes
d'intérieur. TRANSFORMATION DU SQUARE
EN JARDIN. Le jardin du bouquet garni
Bonjour ! S.V.P. ! Merci ! (toute une
morale !)Au revoir ! Procrastination,
dit-elle. Onomastique du Blosne. Dans
la maison des squares, les squares de
maisons. PETIT BUDGET GRANDE CUISINE.
Le couscous du collectif d'habitants.
Trust et Buster Keaton dans le L.C.R.
Le premier ministre nous déclare : je
ne suis jamais allé au L.C.R. ! Local
Collectif Résidentiel. Les jardins de
Bintinais. Traverser le pont, vertige
sur la rocade puante, bruyante. Palet
de l'après-midi, belote du soir, dans
l'abri de jardin, une glacière pleine
de bières. Calme. Lucien voit tout ça
du haut de la tour d'Italie. Les doux
sureaux en fleurs. Le docteur venu du
Cambodge. Les talents z'anonymes. Les
étoiles. STAR. Le 8 Hautes Ourmes qui
va disparaître, une pétition pour son
maintien ! Ciné-Blosne. Sengha, bière
thaï 6°, gingembre confit. Devoirs du
soir au Triangle : lecture, ateliers.
Danses africaines. Dans l'intimité du
cabinet forain. Triangle des bermudas
d'or. Triangle d'or des Bermudes. Les
petites oreilles sont affûtées. Chien
crevé sous la lune. Je marche dans le
Blosne, je marche sur le Blosne caché
canalisé. J'imagine une pluie d'orage
sur le toit métallique du Triangle ou
mieux, une averse de grêle, j'entends
dans mon crâne les joueurs de djembés
du Blosne, et les derboukas, tous sur
le toit du Triangle ! J'entends aussi
la voix lointaine d'une femme mariée,
triste et seule au milieu des cartons
de déménagement. Je rentre. A suivre.

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13.5.08

Journal du Blosne (3)

Journal éclaté de résidence au Blosne
3
Résonances. Écriture dedans - lecture
dehors - quartier (coupe en quatre le
cheveu) intime - ville collective. La
notion de quartier : non au ¼, oui au
total ! L'unité, pas de quartier ! Je
compte : 4 quartiers = 1. Invitations
pour d'autres personnalités, pourquoi
pas William ? Si tu veux ! Collages &
poèmes à partir des documents locaux.

Le Blosne est écrit. Palimpsestes des
chênes avec les traces, boursouflures
des barbelés incrustés sous l'écorce.

Où est le cimetière du Blosne ? Parmi
les lumières de mai, les nationalités
du Blosne. Salut à toi ! Petit Béru !

Les fleurs de la cité descendaient du
Mt Thabor comme un Galaad de couleurs
(chrysanthèmes pétunias iris bégonias
verveines sauges giroflées) comme les
graines amenées par les vents, herbes
folles (j'ai laissé ma flore Bonnier)
dont on ignore le nom. Les écrans des
maquettes virtuelles de la ville sont
invisibles. Prisonniers allemands, le
bombardement sur Rennes, les échos et
les prières. L'origine des légumes et
l'origine des gens (cf la revue "Pour
Nos Jardins"). Les couleurs du Blosne
dans mes yeux : blanc gris vert bleu.

Les castors. Ce vieil arbre auquel se
sont frottées les vaches encore là au
milieu du Blosne. Le vent d'ouest sur
les jardins familiaux du Bintinais. A
la place d'ouvrier, on dit familial !

Comme la figure de l'ouvrier, son nom
disparaît, pas lui. La Z.U.P. aussi a
disparu : Le Blosne est né. Fait à la
main, la liste des noms et des objets
à recopier. Le bois des Ourmes, aussi
appelé bois des Allemands. L'arrière-
grand-père d'une petite Berlinoise au
repos éternel au Blosne dans la terre
d'ici ? Carrefour 18, la couture, les
menaces sur le centre social. Le C.C.
« Centre Commercial, Centre Culturel,
Culture & Congrès, Comité Central, ou
Centimètre Cube » Barrer les mentions
inutiles. Haie de pyracanthas buisson
ardent, après le Thabor et P.P.U. qui
mue. Chênes, charmes et pins parasols
géants. NOUS AMÉNAGEONS LES ABORDS DE
LA STATION LE BLOSNE. J'écrirai aussi
un poème sur les arbres des Ourmes, à
la dame de C18 qui me l'a demandé. Le
soir, Yvan dans son bunker, son bloc.
On voit les tags, les graphs, lui, il
les regarde. Faire une liste des mots
modernes, une liste de grossièretés :
optimisation, gestion, communication,
promotion... galette-saucisse UBU BIG
DADA ! Caroline m'a raconté : La raie
torpille, on la tape, on la matraque,
on la retourne, on lui marche dessus,
on lui fait cracher son jus. Silence,
noir silence, afghan (noir), Libanais
(rouge) & la françafrique noire, noir
procès. Fête du jeu (tours en bas des
tours) Ass. des Tunisiens de Bretagne
& soirées en bas des tours. La Z.U.P.
construite entre 1960 et 1975 3 km de
long 1,2 km de large. quartier maille
îlot ORANGE TRICOT OCÉAN 19000 habit.
(pop. en baisse). Si on me dit que la
pop est en baisse, cela signifie-t-il
que le rap & le slam sont en hausse ?

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30.4.08

Journal du Blosne (2)

Journal éclaté de résidence au Blosne

L'Ille et la Vilaine. La Vilaine sous
les parkings. L'air, l'iode, la pluie
et les nuages, le vent d'ouest. Poème
pour Desnos, Theresienstadt. Ghérasim
Luca, Roumain, mort dans la Seine, et
Tristan Tzara, un autre Roumain ! rue
de Roumanie ! Lectures de poésie tous
les samedis, place de Zagreb. J'étais
à Zagreb en 1969 et à ... et à ... Le
voyage depuis l'HORIZON, les tours de
garde, de guet, VERTICALES, la croix.
Avoir le plan SOUS LES YEUX ! William
S. Burroughs : Tours, Ouvrez le feu !
TOWERS OPEN FIRE ! Ritournelles, puis
cartopopote, (salut, ubo !) Perturber
l'évidence (ex : la télé commande) et
laisser une trace, comme la LATDC. Je
pense à toi. L'amour est au Blosne et
je l'ai fait à la main. Macédoine. Le
square de Macédoine, la macédoine des
squares. L'album de famille surgit du
quotidien comme poésie cachée. Poèmes
trouvés du Blosne. Voici un résistant
à la société du spectacle (il ne paie
pas de redevance !). La pensée grimpe
moins vite que le CAC. Nous vivons la
crise morale. La terre des hommes est
-elle à tous les hommes ? Les mots du
triangle, décalage de phase, décalage
de phrase. Lumières qui obscurcissent
la vue. L'instant t, minuscule phase,
formule de la sinusoïde. L'argent est
gratuit. L'être est humain. L'Afrique
est loin. Nan et Thomas. La maison se
construit. La résidence est au Blosne
en juin 2001. Encre verte sur le plan
d'urbanisme, jardins familiaux au sud
du Blosne. La prison des femmes entre
la gare et le Blosne. Le Thabor reste
immobile, derrière la transfiguration
du Blosne, Chateaubriand Alfred Jarry
avant le Blosne ? Le dictionnaire des
noms propres : Bloomsbury Blosne Bloy
(Léon). S'emparer de l'espace humain,
géographique, culturel-multi, voleurs
du temps, transformer les instants en
langage désarticulé (urbanistique ?).
IMMERSION. DÉAMBULATION. RESTITUTION.

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28.4.08

Journal du Blosne (1)

Le Blosne est le nom de l'ancienne ZUP de Rennes où j'étais en résidence invité par Le Triangle en 2001. Ce journal a été publié dans le n° 8 de L'Instant T, numéro aujourd'hui épuisé. Le voici sous sa forme originale, en vers justifiés.
Journal éclaté de résidence au Blosne

L'esprit de finesse opposé à l'esprit
de géométrie. Les grands arbres verts
sont les plus anciens habitants d'ici
aujourd'hui. J'écrirai un autre texte
en forme de rectangle troué (dans les
trous, le ciel). Des versets 23 mots.
A suivre : la LATDC (Limace A Tête De
Chat) en visite, Ono Mastic. La place
laissée aux arbres, n'oubliez pas les
sorbiers ! Le dédale, marche entre le
square et le parc sans rencontrer les
voitures. 28 mai 2001. La géométrie a
dessiné la carte (rectangles, carrés,
cubes, parallélépipèdes, ronds-points
et lignes perpendiculaires, triangle.

Augustin. Les plantes, les oiseaux et
les personnes, les vivants. Le marché
de sainte Thérèse. Premières cerises.
La mosquée intégrée aux constructions
dans les buissons. Mémoire, vision et
résistance, humour toujours. Les noms
de rues, le ciel du Blosne, les bars,
les livres du Blosne. Sons, couleurs,
odeurs. Les déplacements. Augustin et
sa femme. Monique était sa mère. Puis
les magasins, les lieux de culte. Ils
disent : « Venez nous voir à Italie !
On vous attend ! » C'est différent du
langage des touristes. C'est toujours
mieux que de dire : « J'habite le 35,
j'ai habité le 92 ! » J'essaie autant
que possible d'éviter le "général" et
d'être plus réaliste que nominaliste.

Célébration moderne de la vie avec la
terre (in lettre de Thomas, postée de
Ouagadougou). Petits haïkus aïcoucous
de la vie quotidienne. Philosophie de
l'encore : il y a encore ceci & cela.

Vers le sud, traverser la rocade vers
la terre. La rocade est la frontière.
Go southern ! Les restes et/ou encore
la permanence de la beauté - charmes,
chênes. La nourriture, les vêtements,
l'importance du marché, cf texte d'O.
R. (merci, Arnaud !), en exergue, une
citation ? Les transports. Visiter le
marché du Landrel place de Zagreb, le
mardi et le samedi. L'usage du breton
parlé ? écrit ? Une liste des signes,
des écrits sur la voie publique, tous
les mots d'ordre-propagande-publicité
-information au citoyen consommateur.

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24.4.08

Les champs de la nuit

On peut écouter ce nouveau morceau de Cheval23.
Lors de la répétition du samedi 22 mars, Arnaud Mirland a créé la musique de ce morceau et on l'a enregistré dans la foulée.
Le texte est extrait de "Canal mémoire" paru en 2004 aux éditions du Marais du Livre.
Pour écouter, c'est .
Pour lire c'est ici.
Les champs de la nuit s'étendent sous
les nuages difformes. Par les trouées
noires se glissent les braises naines
d'étoiles, d'étoiles de saltimbanques

& Arthur Rimbaud essaie de s'endormir
dans l'herbe douce du bas-côté malgré
le bruit des mobylettes, les ouvriers
du poste de nuit à Biache-Saint-Vaast
.....................................
Le pourtour de la lune est barbouillé
de jaune ocreux. Les pinceaux pointus
des peupliers strient la voûte opaque
des cieux. Le transformateur ronronne

& Blaise Pascal dans le rond lumineux
du réverbère public frissonne au vent
du nord. Le fond de l'air effraie les
philosophes en visite à Wierre-Effroy
.....................................
Les interminables pluies de l'automne
pilonnent les jardins nus. Le silence
et la boue recouvrent les sentiers de
la nécropole. Les morts sont mouillés

& Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski se
passe la main sous la barbe en fixant
les cartes de son jeu. La buée couvre
les vitres de ce bistrot de Lozinghem
.....................................
L'églantine et le sorbier des oiseaux
et le sureau et l'aubépine et l'osier
et la ronce mélangés inextricablement
le long des rails luisants de la voie

& Jack Kerouac colle son front sur la
vitre du compartiment. Les rafales du
vent de la course giflent les fourrés
épais. Prochain arrêt, gare de Beuvry
.....................................
Accroupi dans la poussière le charbon
les cendres, le gamin remplit un seau
en plastique, verse de l'eau, touille
et coule les pâtés. La plage est loin

& Vincent Van Gogh s'est assis sur un
banc dans l'abribus. Il murmure entre
ses lèvres quelque verset du livre de
Job en attendant le bus de Courrières
.....................................

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17.3.08

Cochons

Cochons : 4 poèmes dont un triptyque et deux justifiés, deux poètes : Anne Ansquer et Lucien Suel, deux photos, un photographe : Patrick Roy.


La vie en rose (Anne Ansquer)

Sur la route
Le retour de la nuit
Les cochons

Les cochons sont serrés
Les compagnons

L'air comme une avalanche
Soulève un destin de frisson
Et de sang
Nous doublons le camion
Mon compagnon me dit dans la nuit ils ne sauront pas

La leçon de choses
Une arme blanche :
« le corps est limité par la peau »

sous la pluie fine
mes compagnons
(Nov. 2004)


petit cochon le porc
tu plonges ton groin
dans l'auge la sauce
cochon maçon touille
la mixture le museau
clapote et fouille à
foison les bulles et
les grumeaux gris le
liquide colloïde qui
dévale dans le tuyau
du porc petit cochon
L. Suel

Triptyque (Anne Ansquer)

Cochon de travail

En contre-bas, gosier rougi
Ou bien sourd de la roche
Le sang

Dans la faille
Perdu à pic et la rocaille

Qu'il ne fût pas

Ou qu'il crève : jambon sous l'éboulis —
Son regard pâle et rose
Museau et groin fouissant
Le ciel à jamais finissant

Les rouges-gorges font, eux, le procès des cailloux

Cochon (avec lapidation)
Le cœur a manqué

Petit cochon (avec chance)
C'était un petit porte-bonheur
Un petit cochon avec un cœur

N'ayant pas dans son baluchon
De trilles pour les cochons

Il va par les chemins de feux
De pierres
Et de couteaux tirés
Quête
Et puis de cheminée

La pluie des nues peut bien lui battre les jarrets
Sa route est la chair à souhaits
Son moulin de sincérité
Sa fabrique de sel

Dans sa raison réelle

Pour mon grand-père, le 4 décembre 2006
Anne Ansquer

petit cochon le porc
trompe-la-mort prise
ordinaire tu risques
l'électrocution sans
branchement de terre
voire la noyade dans
ton bouillon une vie
qui ne tient qu'à un
fil la castration te
guette le charcutage
du petit porc cochon

L. S.

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4.3.08

Le jardin ouvrier

EDITIONS FLAMMARION
COLLECTION POESIE
dirigée par Yves di Manno.
Parution le 11 mars 2008

Le jardin ouvrier 1995-2003
Ivar CH'VAVAR & camarades

Fondé en 1995, le Jardin ouvrier achèvera sa trajectoire en 2003, au terme de 39 livraisons (et d'une vingtaine de suppléments). De présentation modeste et d'une diffusion quasi confidentielle, cette singulière entreprise va très vite s'avérer l'un des laboratoires les plus actifs de la recherche poétique contemporaine, expérimentant des modes de composition radicalement nouveaux tout en cherchant à rendre compte de l'état d'épuisement actuel de la société. À partir du « cercle picard » que Ch'Vavar avait déjà constitué autour de lui (avec Konrad Schmitt et Lucien Suel notamment), la revue accueille très vite de jeunes collaborateurs, alors presque inconnus - comme Christophe Tarkos, Nathalie Quintane, Olivier Domerg et bien d'autres - qui vont y fourbir leurs premières armes. L'anthologie établie par Ivar Ch'Vavar lui-même retrace l'ensemble de cette aventure collective et en constitue si l'on veut la « matrice », plutôt que la quintessence... La matérialité des textes ici réunis, leur manière de prendre en charge le réel sans rien abdiquer de leurs revendications formelles en font un objet étrange, très éloigné de l'image qu'on a généralement de la «apoésie » -dont la bienséance est ici battue en brèche et les perspectives réinventées.

Un fort volume de 416 pages au format 200 x 200 mm : 25 €
Présentation Philippe Blondeau
En couverture : Dessins Pinocchio par Annette Messagier.

Ivar Ch'Vavar est né à Berck en 1951 et vit à Amiens. Depuis les années 1970, il a animé d'innombrables publications «aclandestines » et fondé en 1985 L'Invention de la Picardie - dont le volume inaugural : Cadavre grand m'a raconté (sous-titré : la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France) a été réédité en 2005 par le Corridor Bleu. Inlassable défenseur de la langue picarde, auteur (sous plus de cent hétéronymes) d'une œuvre protéiforme - mais qui reste à découvrir -, il considère le travail collectif accompli autour du Jardin ouvrier comme l'aboutissement (provisoire) d'une recherche menée à l'écart des instances poétiques « officielles ». La revue Plein Chant lui a consacré en 2004 un numéro qui est aussi un hommage à sa longue résistance.

A lire également

sur Remue-net, l'article de Dominique Dussidour
sur le site de Pierre Campion, l'article de Laurent Albarracin
sur le site de Décharge, l'article de Claude Vercey
sur le blog de Charles-Mézence Briseul
dans Poézibao, Journal permanent de la poésie, l'article de Florence Trocmé
sur le Sitaudis, l'article intelligent et enthousiaste de Nathalie Quintane

Dans la Foire à tout, un court extrait
et pour acheter sur le site des éditions Flammarion...


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25.2.08

Skate

A l'occasion de l'exposition SKATE NOMADE du peintre Jean-Pierre Thomas à l'Espace Landowski, Médiathèque de Boulogne-Billancourt, j'ai écrit SK8, un long poème de 423 vers justifiés, de 23 signes typographiques chacun.
Concernant le vers justifié, j'aimerais vous renvoyer à la très intéressante note rédigée par Patrice Houseau sur son Blog littéraire. (A noter que depuis cette publication, Patrice s'est lancé avec joie et frénésie dans l'écriture "arithmogrammatique".)
Dans le cadre du Prime-time des Poètes (en hiver), je ferai une lecture publique le 8 mars 2008 à 16 h au Foyer-bar, niveau –2 de la Médiathèque, Espace Landowski, rue André Morizet, métro Marcel Sembat, entrée gratuite.
Dans l'immédiat, je vous propose le début, les 64 premiers vers de SK8 (lire "sk eight").

SK8

skate skate skate skate
SKATE SKATE SKATE SKATE
huit fois pour lire SK8
huit fois pour dire SK8

Helter Skelter planches
qui roulent rolling and
rolling
skate Hell Hell
Helter Skater
suivre le
rail hop comme Ken Park
glissade & retournement
coup de talon earphones
tu entends la musique &
le ronronnement naturel
des roues sur le tarmac
le son monte et descend
comme tes genoux le son
entre dans ton crâne tu
vois en même temps tous
les obstacles scannes &
envisages les bonds les
mouvements & impulsions

fuck the rain cette eau
coule sur ton cou colle
tes cheveux à ton crâne
boyz rolling on the top
of the world free skate
free style rock ‘n roll


Larry Clark regarde les
adolescents glissant le
long des trottoirs avec
Ken Park dans le viseur
oeilleton vidéo flèches
vertes rouges et bleues
leds traversant l’écran

vitesse modulée mélodie
des roues au milieu des
modules skate nomade au
fond du bowl Hawaï surf

souvenir scolaire point
d’appui pour ton levier
qu’il soulève l’univers
comme Archimède tape la
queue du skate pour lui
faire dresser le nez un
nose qui colle au tibia

tu prends le skateboard
et tu parcours la ville
monté sur les trucks et
les roulements à billes

tu t’envoies en l’air à
fond ollie et l’on voit
les dessous de la board
les stickers les pin up
pop rock Ian Mc Culloch
d’Echo and The Bunnymen
Suicidal Tendencies les
légendes punk de la rue
Les brigades des os Les
seigneurs de Villechien
Bones Brigades virus 23
contrôle à Dogtown dans
Paranoïd Park avec Dead
Kennedys hardcore party
skate core
au skatepark
... /...
La suite à voir et écouter ici

Jean-Pierre Thomas, Planches de skate gravées et peintes

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1.2.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (7/7)


Portrait d'Ivar Ch'Vavar par Sandrine Lévêque (2001)

ultime arithmogramme pour Ch'Vavar


VII



la mâchoire nous en tombe courbure
cervicale la belle bouchère branle
du chef recueillie et jubilante le
creux poplité les nerfs sévèrement
lacérés Blade Runner lapon finnois
Strindberg Inferno hagard d'Amiens

bol fécal exonération sprat flétan
fumé vodka et La Faim Hamsun Emily
Brontë Les Hauts de Hurlevent P.J.
Harvey Monsieur Ouine le coccyx un
très vieux matou a volé ton hareng
saur le travail de la forme est la
forme du travail est le travail de
la forme d'un post-poème aléatoire
à retrouver égaré l'esprit de dada
ou de la première I.S. les rotules
qui chantonnent synovie qui frémit

vivent les jeunes filles et le roc
du tombeau cloaque bourbeux vérité
ahurie une glotte glapissante béer
la liste des abonnés aux nouvelles
versions de l'harmonium de la mort

ton transistor ça rentre & ça sort



Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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31.1.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (6/7)

ultime arithmogramme pour Ch'Vavar
VI

Angèle de Foligno et la traduction
admirable d'Ernest Hello oui hello
Soleil Hopi hello le soleil soleil
aborigènes australiens Aré Aré des
îles Salomon et La forêt invisible

vaques & raques ficelle de caleçon
le Picard est transparent salut et
fraternité chemin de crête dorsale
la colonne vertébrale debout comme
l'antenne de télévision vacillante

Fourier reviens nous écrivons dans
l'axe de la race l'axe de la trace
sans honte de notre misère de père
correct et d'époux plausible atlas
anneau osseux support des condyles
occipitaux on dira oui assentiment
la poussière de nos tayons chuinte

nos côtes s'écartent notre sternum
se soulève raide et gourd la forme
la lutte une question de morale et
d'hygiène nous risquons de sombrer
dans la déraison oui chef oui chef

Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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29.1.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (5/7)

ultime arithmogramme pour Ch'Vavar
V
vive l'ennui stop post-moderne les
bulles fades le papier des bonbons
une idée neuve en Picardie le pire
est à venir on s'use dans angoisse
et désespoir Bernanos et Philip K.
Dick un club d'écrivains réalistes
au génie évident & goût ammoniaqué

lombaires en forme de haricot idju
beau comme une migration de l'oeil
chez le carrelet beau comme Agénor
beau comme eux Schmitt et Ch'Vavar

les vertèbres thoraciques en forme
de coeur vodka farine de lin Lysor
bière de Saint-Omer Jenlain chante
l'amère moutarde nos racines trous
auréolés des trognottes cramoisies

le promontoire du sacrum le centre
de gravité 1 cm derrière le coccyx
vestige de la queue des mammifères
ressemble à un bec d'oiseau kokkux
coucou une crête sacrée médiane le
canal sacré & hiatus sacral d'Ivar
Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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28.1.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (4/7)

ultime arithmogramme pour Ch'Vavar
IV

Hypnos image adoucie de la mort le
texte est une chose matérielle une
chose brute immédiate une apophyse
nous vaincrons fût-ce au moment de
mourir c'qu'j'veux c'est descendre
au barbu c'est m'incliner au barbu
c'est aller voir c'est aller miler
l'pèr' Landru Alexandra David-Neel
et Castaneda Diana Rigg et chapeau
melon le militantisme poétique est
un des plus laids qui soient ayons
un esprit résolument offensif avec
une forme de gaieté supérieure une
désinvolture certaine et un parti-
pris de prodigalité exemplaire des
disques fibro-cartilagineux Chimay
Leffe et aller à la selle couleurs
cyclistes
canal rachidien il pleut
sur Berck-Ville là est la Picardie

l'oeuvre de justice pour donner sa
littérature à ce lumpen-territoire
Picardie abasourdi à bas la France

Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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24.1.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (3/7)

ultime arithmogramme pour Ch'Vavar
III

rien au monde de meilleur à avaler
que le whisky vertèbres tordues et
l'oeil aux aguets les collégiennes
sentent le printemps à plein groin

le sacrum os de forme triangulaire
Björk walkyrie frêle et très brune
n'est pas une femme c'est un c'est
L'Edda une Islandaise there's more
to life
than this les Bouriates et
les Tchouktches et les Tchouvaches
le groupe surréaliste de Montreuil

propret but hard le flot du whisky
et le préau de l'école le suint du
braconnier l'odeur du genièvre les
nuits du Ternois les lunes pleines

un gigantesque colombier trou noir
par où jaillissent des milliers de
pigeons exterminateurs grou pichon

vraiment pas de quoi faire rire un
boeuf la Picardie est la Mouchette
des régions françaises les garçons
sauvages s'enfilent sec au mirador

Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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23.1.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (2/7)

ultime arithmogramme pour Ch'Vavar
II
absolument chaste ton buste émerge
pour faire mugir faire frémir sous
leur dalle les morts à la mâchoire
soudée Metallic K O Radio-Ethiopia
Overkill disques réseau conjonctif

coq de combat au genièvre de garde
à la bière de Houlle et l'ozone de
la fortune remplit remplit remplit
la cage du poumon à la faire péter

latrines rudimentaires des troupes
en campagne images nocives pour le
cerveau mais géniales stylos sucés
frais dans la gorge il y a trop de
jeunes filles dans le centre-ville

la femme dans la courbure lombaire
tu ne peux pas voir la jeune fille
sans souffrance sans coup au coeur
bien douloureux lèquer lécher vile
ed brin un corbillard emballé file
plus droit qu'un autre les lettres
du Borinage de Vincent à Théo sont
bouleversantes roulement d'yeux et
sudation des pieds omoplates fixes

Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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22.1.08

Ultime arithmogramme pour Ch'Vavar (1/7)

« ultime arithmogramme pour Ch'Vavar » en vers justifiés comptant chacun 34 signes typographiques, a été composé en travaillant des extraits de la correspondance que j’ai échangée avec Ivar Ch'Vavar entre 1979 et 1999. Ce poème a été originalement publié en 2003 aux éditions de l’agneau dans la collection Poème du jour (n° 55). Ivar Ch’Vavar est le responsable de la revue de poésie Kminchmint (revue de la Grande Picardie Mentale) dont le n° 2 doit paraître prochainement.
ultime arithmogramme pour Ch'Vavar
I
l'infini crustacé turbulent devant
le bifteck empourpré les vertèbres
lombaires se creusent la moelle se
met à démanger certains se mettent
à sautiller comme des moineaux sur
la neige convexe calcul chamanique
béribérique en transe oeil révulsé

cercle livide des reins cambrés tu
coqueriques nuque pliée aux points
cardinaux le vrai de Berck le vrai
de la poésie la cuisse du néant la
jeunesse universelle pue des pieds

les doigts très vrais des matelots
revenus du Familia à Berck-sur-Mer
au ciel de larmes vont nous palper
vraiment les pectoraux Glenn poule
Gould Ivar > Tour Perret Petrograd
est ta ville d'épopée blême finale

le temps vient de t'occuper de ton
salut spirituel touillage intensif
de neurones innovation-création et
tradition-transmission inspiration
et travail matière et spiritualité
Lucien Suel
La Tiremande, septembre 01

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19.12.07

Ars poetica

Dan Waber est un poète américain qui dirige le site "Ars Poetica". Tous les jours, depuis le 3 janvier 2007, il met un ligne un nouveau poème. Deux conditions à la publication : le poème doit parler de la poésie et le poète doit avoir été invité par un poète déjà publié sur le site.
C'est mon ami Rod Summers qui m'a donné l'occasion de participer à ce projet de Dan Waber.
Mon "ars poetica" intitulé "Ordinary Poet" a été publié en anglais le 7 décembre 2007.
En voici la traduction adaptée en vers justifiés.

poète ordinaire

langue peut être le monde pour lui et
la poésie allô se trouve partout tout
partout aussi le poète fait une large
part aux collages instantanés dessins
idiots performances & poésie visuelle
poèmes trouvés poésies poèmes express

la poésie mange de tout tout ce qui a
fait son existence lectures relations
trivialités rêves activités physiques
voyages réflexions contemplations une
poésie primaire ordinaire élémentaire

quand on pose des questions qu’est-ce
que la poésie aujourd’hui quelle date
il répond la poésie aujourd’hui c’est
quand je le dis ainsi il est un poète
maintenant quand il fait ce qu’il dit
il est un arbre et la bêche qui coupe
la racine il est la main du gamin qui
clapote dans le bénitier en pierre il
est la rognure d’ongle dans le ventre
d’un chien il est une tige de lin qui
trempe dans l’eau brune de la rivière
pendant que les obus pleuvent dans la
forêt il est un reflet dans le miroir
de l’armoire dont les portes grincent

la poésie vient du vide avide vibrant
dans la tubulure corporelle oui c'est
l'enveloppe superficielle de ce tuyau
elle accepte les pâtées les frictions
les agressions les renseignements les
caresses les bruits et l'odeur cosmos
miniaturisé un infini comme un infini

il est un poète ordinaire qui utilise
son corps son cerveau et son corps et
son souffle son cerveau corps souffle
le poète & l’éditeur l’habitent comme
le jardinier et le lecteur cohabitent
en lui comme le traducteur et le père
de famille cohabitent en lui comme le
merz et le joueur d’échecs cohabitent
en lui comme le cerveau et les boyaux
cohabitent en lui comme les vertèbres
et les fémurs cohabitent en lui comme
le foie et la morve cohabitent en lui
comme le cogneur et le quinquagénaire
cohabitent en lui comme le guitariste
et le microbe cohabitent en lui comme
le buveur de bière et le rôti de veau
cohabitent en lui comme le baiseur de
l’étoile et le gastéropode cohabitent
en lui comme le détritus et les trous
de mémoire cohabitent en lui comme le
cycliste et la chicorée scarole ronde
verte à coeur plein cohabitent en lui
comme ça comme ça et encore son corps
son souffle son cerveau corps souffle

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22.8.07

Propylée de glace (12)

Propylée de glace
feuilleton de l’été pourri
par Lucien Suel

12.
Ces radiations détruisirent le bel
édifice implanté sous la peau pâle
des paupières terrifiées. Le pouls
dégoulinait sous le bracelet tendu
de caoutchouc rose.
Le terrible et
solennel braiement du magnétophone
envapé dans le crassier métallique
se diffuse dans les méandres vécus
de ses méninges exaltées. On lèche
le verre de ses lunettes. On cache
son mouchoir mouillé de sperme. On
se souvient avec force des images.

C'était un spectacle ahurissant et
récupérateur. Le cycle était rose.
Le cameraman s'affolait sur le lit
du canal lacrymal. Le termite suce
le territoire des terrils. Un néon
glabre contrôle le ciel de lithium
dans lequel s'engouffrent les rats
aux dents rouges. On inspectera la
poche ventrale des facteurs. Cette
gabardine s'ouvre par le derrière.
L'exode des populations est avancé
par les larbins du ticket torride.

Les chariots sont bourrés. Le bout
de la chaussette est un moule vide
de perspectives exaltantes. On pue
à cet étage. Les rafales mortelles
sont un outil de communication mal
contrôlé. Le profit tourne la page
en se trempant les doigts dans une
jatte de sang.
On pousse au milieu
et on se déchire l'intestin grêle.

D'épais nuages apparaissent sur la
droite. Finalement, la paix ravine
la cervelle. Les cache-sexes usent
leur fraternité dans le bac à soie
souillée. Merlimont est un village
amusant. Les vieilles speakerines,
les mômes échevelés, les rats pris
dans les mâchoires sanguinolentes,
tous ont un regard étrange dans le
miroir des éclairs bleus. Bonsoir,
Madame, Mademoiselle, Monsieur,...
FIN
Le feuilleton est terminé, mais l'été pourri continue...

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