lundi 23 décembre 2024

Faire jardin par Pierre Gondran dit Remoux


 

Ce fut un vrai bonheur de découvrir ce nouvel ouvrage de Pierre Gondran dit Remoux. J'en ai fait mon livre de chevet toute la semaine. "Faire jardin" est un long poème simple et délicat, à la fois discret et bouleversant.

Après le décès du père jardinier, l'aînée de ses filles revient dans la maison familiale. L'auteur nous emmène. Nous circulons dans le poème entre les pages, entre les blancs et les mots. Les chapitres se suivent, les échos du passé se mêlent au présent de celle qui demeure. Son père, une vie à jardiner en silence. Du grand liseron aux doryphores, du rosier remontant en octobre au chant du feu, dans les limbes des bois coupés, faire jardin pour oublier, pour réparer, pour se consoler du monde défait... 

Extrait :

derrière la fumée 
  tu vois ton père tailler les pommiers 
  
  tu vois ton père -                 faire jardin

 Pierre Gondran dit Remoux "Faire jardin", éditions unicité, 2024

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jeudi 28 mai 2020

"Ici Pas-de-Calais, mars, avril et mai, année 2020"


Glissements de temps sur Mars
Philip Kindred Dick Martian Time Slip New York 1964

Ici Pas-de-Calais, mars, avril et mai, année 2020
Mémoire continent et brèves enjolivées

Année scolaire 60-61, le prof profère : escargot !
Voici qu'on a le temps.

Le bloc bloque, mais le flipbook ne fait pas trop flipper.

L'auto restée plusieurs jours au garage, la batterie a dit
Si c'est comme ça je me décharge de tout.


Le jardin vit comme si de rien n'était, mais faute de coiffeur c'est lui qu'on va ratiboiser. On sarcle pour y voir clair et on trouve la réponse à la question qu'on s'était posée à l'automne dernier : Mais où est le houx ? Haut de 20cm au plus on l'a retrouvé caché derrière un jeune groseillier à peine plus haut. Même pas eu besoin de mettre la main dessus.

Le merle nous suit à la distance réglementaire, retournant sans vergogne le terrain nettoyé. Il semble avoir plus ou moins récupéré l'usage de son œil droit, qu'on lui a un jour découvert fermé par la paupière.
L'ayant déjà vu tentant de repousser un congénère hors de son territoire, on avait supposé une escarmouche un peu plus violente, mais sans pouvoir se l'imaginer. Jusqu'à un matin récent où ouvrant le volet on a droit au spectacle :
les deux merles s'attaquant comme des coqs de combat, au-dessus d'un carré de terre surélevé tout d'un coup transformé en ring. Le match cette fois-ci apparemment nul.

Mais leur fougue n'avait rien à envier à la violence du combat de boxe tragique autour duquel s'articule le film Tant qu'il y aura des hommes passé tout récemment à la télévision.

Feuilleton suivi d'un épisode mineur. Ce 6 mai au matin, ce sera au tour de deux moineaux de s'affronter sur la pelouse, tout aussi acharnés : ils en viennent à démontrer l'origine on ne peut pas plus concrète de l'expression ''prise de bec'' !

La pie bavarde pour ne pas parler d'explorations intérieures, ni de ces vieux cartons poussiéreux qu'on referme souvent aussitôt ouverts, de peur de libérer on ne sait quelles araignées, quels animalcules de quelles nouvelles perturbations capables.
Il faut dire qu'après l'élan paradoxal du début du repli c'est bien le dehors, autres choses autres gens, qui en vient à manquer. Renfermées sur elles-mêmes, les constructions en plan menacent d'en rester là. Voilà même qu'on se rend compte un jour qu'on n'a pas remonté le réveil mécanique, ou bien que comme ici on se retrouve passé d'un atelier à l'autre : du côté écriture.

jn@éd.éac

Ce texte a été écrit pendant la période d’enfermement par Jean-Noël Potte, dans le cadre de l'atelier d’édition et de graphisme animé par Frédéric Fleury à L’École d’Art de Calais.
On peut trouver d’autres traces de son travail artistique ici  et

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lundi 18 juin 2018

Liste des déchets dans le compost - RDO n° 47


Récupération des données ordinaires


dans 

Extrait de « Ni bruit ni fureur »



quotidiennement longuement souvent le
jardinier a pissé sur le compost pipi
catalyseur des transformations herbes
pourries bractées d’artichauts cosses
de petits pois coquilles d’oeufs marc
de café épluchures de pommes de terre
demi-pamplemousses évidés écorces des
avocats crottes de chien coquilles de
moules feuilles de betteraves salades
montées en graines l’hiver se termine
le jardinier répand son fumier fumant
sur le terrain nu sur la terre froide
les grosses bottes de caoutchouc vert
écrasent l’amalgame poisseux il bêche
il enterre les vieilles échalotes les
tontes de gazon les oignons confourés
les géraniums gelés les tiges séchées
des haricots les feuilles tombées les
verts de carottes les noyaux d’olives
les fleurs fanées les pommes de terre
fripées sa salive sa sueur il nourrit
la terre il détermine la résurrection
il lutte contre l’entropie il enfouit


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mercredi 13 juin 2018

PARCELLE 101 - Suites potagères (5) par Florence Saint-Roch


Nous publions au Silo les 6 premières (sur 33) des suites potagères rédigées sous le titre Parcelle 101 par Florence Saint-Roch. Cet ouvrage vient de paraître aux éditions p.i.sage intérieur

5.
la parcelle est prometteuse assurément la marne argileuse y est superbe lourde fertile propice au rendement pour l’instant place toute entière à l’imagination sous mes yeux ébaubis ce ne sont que mottes têtues bosses opiniâtres croûtes épaisses un immense travail de Titan en perspective Rémi et moi on est du même gabarit pas épais mais pleins d’énergie une chance que je ne sois ni chaise-longue ni tricot bêcher et retourner la terre vaincre les obstacles surmonter les difficultés s’obstiner contre vents et marées c’est le genre de défi qui me plaît en attendant j’établis mentalement un calendrier on est début juillet trop tard pour les semis en revanche c’est l’heure de récolter un œil aux tomates un œil aux haricots j’ai la permission de cueillir des fraises s’il y en a il est comme ça Rémi le cœur généreux prêt à donner la chemise qu’il n’a pas

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mercredi 6 juin 2018

PARCELLE 101 - Suites potagères (4) par Florence Saint-Roch

Nous publions au Silo les 6 premières (sur 33) des suites potagères rédigées sous le titre Parcelle 101 par Florence Saint-Roch. Cet ouvrage est à paraître en juin 2018 aux éditions p.i.sage intérieur

4.
je me retrouve devant la parcelle cent un j’ai comme un doute mais non je ne me trompe pas c’est bien là plutôt que d’un jardin il s’agit d’une friche vaguement améliorée quelques mètres carrés seulement sont cultivés un plant de tomates anémiques deux rangs de haricots rabougris un superbe bac en bois pour les herbes aromatiques un vieux pied de romarin un prunier galleux un pommier hésitant ah si j’oubliais là-bas dans un coin trois pieds de fraisiers je souris de toutes mes dents en me rappelant l’éloge de l’exploitant mi panégyrique fervent mi-discours amoureux c’est vraiment chouette le jardinage les fragrances d’humus la fraîcheur de la terre et puis manger les légumes qu’on a fait pousser il n’y a pas de bonheur plus complet il est comme ça Rémi il aime l’outrance fanfaronne l’hyperbole et l’exagération il est volubile comme le liseron

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mercredi 30 mai 2018

PARCELLE 101 - Suites potagères (3) par Florence Saint-Roch


Nous publions au Silo les 6 premières (sur 33) des suites potagères rédigées sous le titre Parcelle 101 par Florence Saint-Roch. Cet ouvrage est à paraître en juin 2018 aux éditions p.i.sage intérieur

3.

gagner le Bachelin à vélo ce n’est pas difficile en visant au plus court juste deux ou trois sens interdits à ignorer on rejoint la lisière nord-ouest de la ville tout au bord du marais une municipalité d’antan y a implanté un lotissement de petits jardins décrétés ouvriers d’abord familiaux par la suite jusque-là tout va bien mais dès qu’on franchit la barrière d’accès tout devient beaucoup plus compliqué le sentier tantôt en mâchefer tantôt en herbe grasse tournicote sans arrêt tours et détours méandres et chicanes passes et impasses lacis emmêlé un vrai labyrinthe où même le Minotaure se perdrait Rémi a précisé barre à l’ouest et laisse-toi porter il est comme ça Rémi je fais ce qu’il a dit dans toutes les parcelles l’été bat son plein choux salades tomates pommes de terre courges et cornichons je respire à pleins poumons l’odeur des légumes et c’est bon                                
   à suivre...

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mercredi 9 mai 2018

PARCELLE 101 - Suites potagères (2) par Florence Saint-Roch


Nous publions au Silo les 6 premières (sur 33) des suites potagères rédigées sous le titre Parcelle 101 par Florence Saint-Roch. Cet ouvrage est à paraître en juin 2018 aux éditions p.i.sage intérieur

2.

il s’approche me fait la bise ne peut s’empêcher de lire ce que je suis en train d’écrire l’invention du jardin c’est rigolo tu sais que j’en ai un pour de vrai un terrain de deux arpents dans le Bachelin il sourit me laisse le temps de me représenter c’est une trop grande surface pour moi ça te dirait de le partager dans mes yeux écarquillés il doit voir pousser des carottes et des navets un parc entier de fraises parfumées des rêves d’abondance façon Perrette et le pot au lait il ouvre la paume de sa main me la met sous le nez allez tope-là c’est décidé il est comme ça Rémi vas-y tu verras la belle terre brune des marais parcelle cent un la cabane à outils est délabrée la barrière toute rouillée tu ne peux pas te tromper avec une telle publicité pas question de traîner l’après-midi même j’ai abandonné mes livres et mes cahiers j’ai enfourché mon vélo et hop j’y suis allée
                                                                                                                                                                          à suivre...

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mercredi 2 mai 2018

PARCELLE 101 - Suites potagères (1) par Florence Saint-Roch


Nous publions au Silo les 6 premières (sur 33) des suites potagères rédigées sous le titre Parcelle 101 par Florence Saint-Roch. Cet ouvrage est à paraître en juin 2018 aux éditions p.i.sage intérieur

1.

quoi qu’en disent les guides touristiques notre plus grand trésor à Saint-Omer c’est la bibliothèque sa salle patrimoine coupe le souffle cloue le bec elle s’étage superbe tapissée du haut en bas de vieux livres épais cuirs bouillis papiers jaunis nous voici dans le saint des saints le temple du savoir et de l’intellectualité j’aime bien y travailler j’y retrouve Rémi il est historien responsable du fonds ancien il me dit quand tu arrives ça double la proportion de docteurs au mètre carré il est comme ça Rémi fluide et léger tout uniment parle compote de pêches et incunables précieux spécialiste en bestiaires médiévaux mentionne un prochain colloque illico revient à ses fourneaux purées de fèves et manuscrits livres d’Heures et clafoutis latiniste furieux chercheur gourmand du matin au soir déchiffre de vieux cartulaires catalogue des archives inventorie des mémoriaux


à suivre...


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mardi 17 février 2015

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 19/19



Les petites groseilles rouges nichent sous les feuilles. La main les soulève. La pince pouce index sectionne. Petite grappe qui tombe dans la paume, glisse dans le seau en plastique. Ça grouille dedans, promis à la bassine bouillante, au pot de confiture, à la tartine rose. Dans la chaleur embrumée de juin, nous tournons, accroupis. L’arbuste encerclé perd de la couleur. Le rouge est gommé. Le vert et le noir gagnent. Les fruits ne sont pas là pour rester. Les jeunes filles qui cueillaient les groseilles, sont parties ailleurs. Elles étaleront bientôt avec le dos de la cuillère, la douce gelée translucide, sur le goûter, le pain beurré de leurs enfants. Alors, au centre du second cercle agrandi, le groseillier dépouillé continuera sans bruit sa vie. Un peu plus loin, dans la haie vive, merles, étourneaux et grives musiciennes iront grappiller dans les sorbiers orangés, tout un nouveau menu.

Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers
De kleine rode aalbessen hangen verscholen onder de bladeren. De hand licht ze op. Tussen duim en wijsvinger worden trosjes afgeknepen, vallen in de handpalm, glijden in de plastic emmer. De bomvolle emmer wacht op de  kokende ketel, op de jampot, op de roze boterham. In de nevelige warmte van juni draaien we gehurkt om de struik. De ingesloten struik verliest kleur. Rood wordt uitgegumd. Groen en zwart winnen terrein. Het fruit is er niet om te blijven hangen. De meisjes die de bessen plukten zijn vertrokken naar elders. Over niet al te lange tijd zullen ze met de rug van een lepel de doorschijnende zoete jam uitsmeren over het vieruurtje, de boterham van hun kinderen. Dan, tussen de tweede opgroeiende kring zal de leeggeplukte bessenstruik zonder morren met zijn leven verder gaan. Een stukje verderop, is het in de haag een drukte van spreeuwen, zanglijsters en merels. In de oranje lijsterbes komen ze een geheel nieuw menu wegpikken.

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mardi 10 février 2015

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 18/19



Quotidiennement, longuement, souvent, le jardinier a pissé sur le compost. Pipi catalyseur des transformations, herbes pourries, bractées d’artichauts, cosses de petits pois, coquilles d’œufs, marc de café, épluchures de pommes de terre, demi-pamplemousses évidés, écorces des avocats, crottes de chien, coquilles de moules, feuilles de betteraves, salades montées en graines. L’hiver se termine. Le jardinier répand son fumier fumant sur le terrain nu, sur la terre froide. Les grosses bottes de caoutchouc vert écrasent l’amalgame poisseux. Il bêche, il enterre les vieilles échalotes, les tontes de gazon, les oignons confourés, les géraniums gelés, les tiges séchées des haricots, les feuilles tombées, les verts de carottes, les noyaux d’olives, les fleurs fanées, les pommes de terre fripées, sa salive, sa sueur. Il nourrit la terre. Il détermine la résurrection. Il lutte contre l’entropie. Il enfouit.

Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers

Dagelijks, lang en dikwijls, heeft de tuinman op de composthoop gepist. Pis als de katalysator van de omzettingen, verrotte kruiden, schutbladen van de  artisjok, erwtenpeultjes, eierschalen, koffiedik, aardappelschillen, lege grapefruit- en avocadoschillen, hondendrollen, bietenblad, in het zaad geschoten sla. De winter loopt ten einde. De tuinman verspreidt z’n dampende mest over het kale veld, over de koude grond.  De grote rubberlaarzen pletten de plakkende mengelmoes. Hij spit de grond om en begraaft de oude sjalotjes, het gemaaide gazongras, de uitgelopen uien, de bevroren geraniums, de gedroogde boonstronken, het valblad, het peenlof, de olijfpitten, de verwelkte bloemen, de verrimpelde aardappelen, zijn speeksel, z’n zweet. Hij voedt de aarde. Hij bepaalt de wederopstanding. Hij vecht tegen de entropie. Hij spit onder.

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mardi 3 février 2015

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 17/19



Fille du jardinier, femme du jardinier, mère du jardinier, elle se penche vers la terre. Elle récolte les haricots de l’été, a posé un carton d’emballage, un petit carton entre deux rangées. Boîte qui a voyagé dans les camions, sur les autoroutes anonymes, boîte récupérée à la sortie du supermarché. Les haricots humides de rosée mouillent le fond du carton, s’entassent petit à petit, avec un doux bruit de chute. La main véloce parcourt le rang, soulève les feuilles, écarte les prêles, arrache un laiteron. Les doigts pincent les pédoncules. Les haricots rassemblés dans l’autre main tombent en groupe dans le carton. Leur destination finale, la toile cirée sur la table de la cuisine, l’équeutage de leurs extrémités, le bain d’eau froide dans l’évier blanc émaillé, le bain de vapeur, la cuisson, le blanchissage des promis au congélateur, empaquetés dans le film plastique. La fin des haricots. 
Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers
Dochter van de tuinman. Vrouw van de tuinman, moeder van de tuinman, ze bukt naar de grond. Ze plukt de zomerboontjes, heeft een doos neergezet, een kartonnen doos tussen twee rijen. Zo’n doos die in vrachtwagens heeft gereisd, over anonieme autowegen, bij de uitgang  van de supermarkt meegenomen doos. De rijp op de  boontjes maakt de bodem van de doos nat. Langzaam vallen ze op elkaar en vormen een bergje bonen. Een  snelle hand gaat door de rij, tilt het blad op, trekt paardestaarten uit, verwijdert een melkdistel. De vingers knijpen loze uitlopers af. De geplukte boontjes vallen met een handjevol in de doos. Hun eindbestemming, het zeiltje op de tafel in de keuken waar ze worden afgehaald, het koude bad in de wit emaillen gootsteen, het stoombad,  het koken, het onvermijdelijke wit worden in de plastic invrieszakjes. Komt loon om z’n boon?

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