mardi 10 février 2015

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 18/19



Quotidiennement, longuement, souvent, le jardinier a pissé sur le compost. Pipi catalyseur des transformations, herbes pourries, bractées d’artichauts, cosses de petits pois, coquilles d’œufs, marc de café, épluchures de pommes de terre, demi-pamplemousses évidés, écorces des avocats, crottes de chien, coquilles de moules, feuilles de betteraves, salades montées en graines. L’hiver se termine. Le jardinier répand son fumier fumant sur le terrain nu, sur la terre froide. Les grosses bottes de caoutchouc vert écrasent l’amalgame poisseux. Il bêche, il enterre les vieilles échalotes, les tontes de gazon, les oignons confourés, les géraniums gelés, les tiges séchées des haricots, les feuilles tombées, les verts de carottes, les noyaux d’olives, les fleurs fanées, les pommes de terre fripées, sa salive, sa sueur. Il nourrit la terre. Il détermine la résurrection. Il lutte contre l’entropie. Il enfouit.

Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers

Dagelijks, lang en dikwijls, heeft de tuinman op de composthoop gepist. Pis als de katalysator van de omzettingen, verrotte kruiden, schutbladen van de  artisjok, erwtenpeultjes, eierschalen, koffiedik, aardappelschillen, lege grapefruit- en avocadoschillen, hondendrollen, bietenblad, in het zaad geschoten sla. De winter loopt ten einde. De tuinman verspreidt z’n dampende mest over het kale veld, over de koude grond.  De grote rubberlaarzen pletten de plakkende mengelmoes. Hij spit de grond om en begraaft de oude sjalotjes, het gemaaide gazongras, de uitgelopen uien, de bevroren geraniums, de gedroogde boonstronken, het valblad, het peenlof, de olijfpitten, de verwelkte bloemen, de verrimpelde aardappelen, zijn speeksel, z’n zweet. Hij voedt de aarde. Hij bepaalt de wederopstanding. Hij vecht tegen de entropie. Hij spit onder.

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posted by Lucien Suel at 07:24

2 Comments:

Blogger Luc Comeau-Montasse said...

Où l'on foule au pied
généreusement prêté par l'auteur
ce qui compose
la terre qui nous nourrit.

00:28  
Blogger Lucien Suel said...

Les paradoxes du jardinier ! Merci, Luc.

08:45  

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