mardi 21 mai 2013

Sombre Ducasse (version justifiée) 32

c contagion i infection a ablation le
centre international d'agonie c i a &
kyste gangrène bubons karma génétique
des bureaucraties k g b & c i a c'est
la guerre & c'est la guerre le centre
international des agonies personne ne
songe à contester utilité des travaux
menés par la commission théorique des
surveillances la commission docte des
surveillances rend des sentences très
sûres & éclairées au sujet des savons
en paillettes & aussi des fils en fer
galvanisé nous payons pour savoir que
vite nous atteindrons la stratosphère

ménagères pratiques de sens à un euro
près ce qui se mange coûte de jour en
jour plus cher c'est la guerre il est
impossible de profiter des douceurs &
d'espérer encore l'abondance du temps
de paix des expiations sont à prendre

c'est la guerre la guerre qui entrave
la raison et déchaîne la consommation

c'est la guerre accordez aux ouvriers
quelques facilités et secours de main
d'oeuvre attention attention les vies
trop chères favorisent la plus atroce
propagande attention patron attention
nous avons les jours sans viande sans
alcool sans pâtisserie les modestes &
humbles consommateurs du poste france
connaîtraient les jours sans argent &
sans rien rien rien rien rien et rien

centre international des agonies pour
Mauricette célibataire de 21 ans elle
est étudiante & propriétaire logement
1m50 55kg caractère aimable elle aime
basket chiens cuisiner lire coudre le
commerce les fleurs les chats enfants

vous aussi désirez être contaminée et
rencontrer le germe qui pourrait vous
comprendre ou vous renverser dans les
moments faciles épouser vos éruptions
et vos saignements nous pouvons faire
pour vous ce qu'il est difficile pour
faire seul vous pouvez réaliser votre
projet le centre international agonie
est une organisation sérieuse et très
étendue d'une très haute tenue morale
c'est recommandé par des pasteurs des
directrices d'oeuvres des assistantes
sociales & des prêtres que les forces
sinistres soient chassées il faut que
le pays reste vivant résolu productif

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samedi 18 mai 2013

Le Train de Tarkos 36

Christophe Tarkos
Le Train (36)

Il est moins le quart. Je ne suis pas sur la voie ferrée, je suis dans le wagon, je suis à l'intérieur du wagon, wagon, wagon. Je ne suis pas dehors à l'heure qu'il est. Rien ne m'a dépêché. Je n'ai aucune raison de me laminer, je ne veux me laminer ni m'abîmer ni m'ensevelir je n'ai pas de raison de me laminer, je ne sais pas ce que serait me laminer, je n'ai pas les éléments en main pour me laminer, je n'ai pas les éléments en main pour savoir ce que serait me laminer.

La carcasse, la crasseuse, la carcasse caresse le vent, la carcasse caresse les rails, la crasse

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vendredi 17 mai 2013

Rose devant rose derrière (3/9)


NE
SUCE
NI LES
POMPIERS
À LA LANCE
NI LES STARS
VIEILLISSANTES
CONTENTE-TOI DES
GLACES CHOISIS UNE
À DEUX BOULES ORDURE
ET MERCURE AVANCE VERS
UN DÉVELOPPEMENT DURABLE

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mercredi 15 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°12)

                               De la misère des hommes s'enfantent les justes révoltes
Et de la panoplie des mots lucides
S'érige un chapelet de soleils
Mohamed Attaf, in Effraction, la poésie du tiroir, 1995.
Des épines entre les dents
je me regarde dans mes mains
Chacune de mes paroles me saigne
Martine Jousselin
J'en tresse des banderoles de flammes
qui viennent succéder à mille autres et précèdent
un cortège de feu.
Richard Belfer
Misèr‘ ? miserere…
Caduque, Un-tempestive
au Mythe élucidé
Denise Richard
Étoiler la déraison
Peigne fin pour sabre d'automne
Lot de concepts usagés
Pascal Ulrich
Chasselas roux d'automne
égrené un doux soir d'octobre
sur un balcon en ville
Daniel Biga
Le cœur de l'horloge
sortilège automnal —
a perdu son rythme
Michel Perreaudeau
Depuis que je me suis vue
dans la semelle du fer
je pousse le temps avec l'épaule
Régine Detambel
Dans les oliviers d'automne
près des Franciscains de Matisse des Arènes
et hors du cimetière des cendres libres
Daniel Biga
On avance sous le ciel muet
On boit l'automne comme on a bu l'été
jusqu'à la dernière goutte de chaque journée
Christian Bulting
Alors on s'enfonce sous la hargne du monde, on se dissout
trottinement de trotte-menu & be-bop de plume danseuse
— on va jusqu'au bout de ses crachons gris qui flagellent le monde.
Philippe Gicquel
 

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mardi 14 mai 2013

Sombre Ducasse (version justifiée) 31

o path of sweet permanency le clavier
j'appuie sur le timbre de l'enveloppe
sur le poussoir d'arrêt du téléviseur
sur la touche lecture du magnétophone
le bout du pouce pour faire perler la
gouttelette de sang j'ai trois images
grillées d'ongles sur les yeux jongle
avec le porte-jarretelles de la morte

j'ai eu une conversation téléphonique
avec Claude Pélieu ne me souviens pas
de ce qu'on disait non je me rappelle
uniquement le son de sa voix il n'y a
pas d'abandonné au numéro demandé les
parasites grignotent les lignes je ne
m'attendris pas sur la médiocrité des
relations humaines gelées raidies sur
la banquise mes larmes ne feront plus
de trous dans la neige don't eat that
yellow snow le capitaine s'accoude au
bastingage & gueule une dernière fois
BOLLOCKS avant de vomir une giclée de
salive noire sur les vagues grises de
l'antarctique sous l'ampoule morne du
scialytique le chirurgien suel ânonne
d'une voix éteinte colle stylo cutter
ciseaux micro on off underwood gutter
oiseaux folle sirop silo underpant le
clic le clac clic clac & l'infirmière
en lamé d'or lui passe sa main gantée
entre les cuisses et lui demande rien
à déclarer je n'ai pas besoin de lire
tous les traités d'astronomie pour me
souvenir du big bang je le capte dans
les fibres de mes muscles la courbure
de mes ongles je le découvre dans les
mèches de mes cheveux la dureté de ma
dentition ce script n'a pas été écrit
pour moi ceci n'est jamais arrivé n'a
pas été vécu & le ministre de l'amour
n'a pas diffusé cette note de service

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lundi 13 mai 2013

Il pleut

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samedi 11 mai 2013

Le Train de Tarkos 35

Christophe Tarkos
Le Train (35)

Ah, le train, ça, c'est un train
Je ne chahute pas, je ne me vois pas appuyer, ni je ne chahute, ni je ne m'appuie. Je n'imprime. Je ne m'imprime pas, je ne presse pas, je ne vais pas m'obliger à presser. Je ne me presse pas contre mes mains, je ne les comprime pas contre moi, je ne vais pas me comprimer contre le mou, je ne veux pas m'écraser les mains contre moi ni me comprimer je ne me suis mis là pour me presser ni pour me comprimer. Je ne me presse pas, je ne m'imprimerai pas, ni ne s'imprimera sur ma joue.

Tromperies, trompettes, turpitudes, traquenards

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vendredi 10 mai 2013

Rose devant rose derrière (2/9)

N
EN
NORD
CARDAN
SEXTANTS
NAVIGATION
TANGAGE POUR
LA VIE CONTRAT
INDÉTERMINÉ MAIS
SANS FIXER LA DATE
DE PÉREMPTION LIMITE
À LA PERFECTION VAGUES
RÉMINISCENCES FUEL HUILE
LOURDE CHENAL PRIS DANS LA
GLACE SEPTENTRIONALE ICEBERG
TAILLÉ EN BLOCS BLEUTÉS LES OS
DES OURS DES BALEINES PHOQUES ET
MORSES EN VRAIS POINTS TRAITS TRIÉS
POINTILLÉS SOUS LA SURFACE DES OCÉANS
LA SOUPE ESSENTIELLE SE RÉCHAUFFE SUPER
FESTIN FUTUR NU BOUILLABAISSE GORGE GELÉE
SOURIRE CELSIUS FAHRENHEIT KELVIN ÉCLAIRANT
DES MASQUES DE CIRAGE JAUNE FRANGIPANE SALETÉ
SURFACES GONDOLÉES DANS LES ÉCUMOIRES DE PLUTON

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mercredi 8 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°11)

                                Pourtant
tout nous incitait
à l'éternité
Abdellatif Laâbi
Son cœur traverse le pré de l'âme
La lampe est éteinte
La lumière aveugle une autre nuit
David Cantin
La terre, en ses aspérités, que j'effleure
au portail de la nuit
quel vent vous rassemblera
Hélène Dorion
Une vague éclate sur le môle. Échelle de Beaufort
Tramontane dans ses mèches. Odeur de thym
dans la cuisine
Richard Belfer
Ses cheveux ont laissé son parfum sur mes doigts
La nuit a quitté l'embarcadère, elle, toi
il fait dimanche, t'écrire.
Martine Jousselin
Lundi. Prendre une photo d'éternité
entre deux très courts instants
Passer chez le coiffeur
Carole Darricarrère
La nuit fleure bon l'ailleurs
grand largue
nos corps lui filent le train
Alain Jégou
De l'entre-deux du ciel
bave l'écume, cousue crue
sur ton œil qui girouette
Michel Valprémy
Lui se prend pour un phare
qui percerait au loin
ténèbres et fantômes
Jacques Josse
Une solide base à
consolider pour goinfrer
encore et toujours plus
Christophe Tarkos
Toutes ces bouches qui parlent
comme si y avait qu'une seule
tête, ça m'dé…
Pierre Le Pillouër
Lundi, les acacias, le mur ; soyons
les pirates de nos propres vies
Roses trémières, cirro-stratus…
Jean-Christophe Belleveaux
  

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mardi 7 mai 2013

Sombre Ducasse (version justifiée) 29

au milieu de cette anarchie plusieurs
marins étonnamment calmes dégageaient
les femmes écartaient les poltrons et
cognaient à poings fermés sur des nez
des mufles ébahis l'océan se couvrait
de baleinières radeaux bouées visages
& corps de nageurs horrible vision CG
pétrifié penché sur le bastingage une
masse hurlante s'écrase sur lui il se
précipite dans les flots noirs la mer
lui donne une claque formidable et se
renferme sur lui dans un embrassement
glacial CG rue griffe déchire le flot
malgré lui un sanglot bouche sa gorge

dans l'eau salée des milliers destins
différents qui en présence de la mort
sont projetés hors d'eux-mêmes lâches
braves grotesques sublimes ou normaux
les radeaux sont surchargés & il faut
repousser tous ceux qui voudraient se
hisser CG sent qu'il n'a rien de rien
à attendre rien de personne rien rien

voilà que la nuit commence à tomber &
quelqu'un crie dans une chaloupe crie
rugit comme un fauve UN TORPILLEUR UN
TORPILLEUR HOURRAH NOUS SOMMES SAUVÉS

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lundi 6 mai 2013

D'azur et d'acier - Lecture au porte-voix



Lecture à Arras le 1er mai 2013, extraits du livre D'azur et d'acier
(Merci à Lucie Eple, caméra pour le compte de Libfly)

Une, deux, une, deux, gauche, droite, tu lèves
les yeux vers le haut mur de briques rouges et
noires. Tes pas résonnent. Ton ombre s'allonge
sur le macadam des trottoirs, macadam macadam,
brique brique. Tu tournes à droite. Stop ! Feu
rouge comme brique. Tu traverses la rue Pierre
Legrand. Tu t'approches de l'usine abandonnée.

Tu mets tes pas dans les pas des ouvriers, des
fantômes des ouvriers. Tu entends les cris des
enfants dans la cour de recréation. Tu marches
au milieu des années passées. Tu traverses les
souvenirs. Tu comptes dans ta marche. C'est le
rythme du marteau-pilon, boum boum dans la clé
usb du gamin. Court-circuit entre les siècles.

Tu marches dans les rues de Fives. Hop et hop,
Tu arpentes, avances, longes le mur de briques
qui te sépare du passé. Tu rencontres d’autres
marcheurs, retraités au petit chien, flâneurs,
jeunes mamans à la poussette. Slalom entre les
autos. Tu t’imagines en bottes, géant Degeyter
qui enjambe voies ferrées et rocades. Hop là !

Tu atterris au centre de la Citadelle de Lille
intra-muros, de citadelle ouvrière à citadelle
militaire. Tu entends accordéon et clairon qui
se mêlent aux klaxons et sirènes. Tu remarques
les doigts qui galopent sur les touches, comme
des enfants dans la cour de récréation. Tu vas
te faire tout petit, regarder pour comprendre.

*

Ici, d’abord, l'usine. Le soufflet des forges,
la coulée de l'acier, le tintamarre des tôles.
Chocs, chaudronnerie, ajustage, gaz, limaille,
poussière, vapeur, fumée d'huile chaude et les
hommes au milieu. Le souffle des hommes, force
et fragilité. L'usine respire avec les hommes,
après les avoir amenés à elle comme un aimant.

Les fermiers quittent les prairies, deviennent
des ouvriers. L’usine fait pousser les maisons
en corons et courées, en quartiers. L’usine se
développe, fonctionne assez longtemps pour que
s’installent des habitudes, une tradition, une
culture. Tradition ouvrière, culture ouvrière,
syndicats, éducation populaire et camaraderie.

La révolution industrielle de la fin du 19ème,
la 1ère guerre mondiale, une crise économique,
le front populaire et la 2ème guerre mondiale.
La reconstruction et la modernisation, les "30
glorieuses", le choc pétrolier, la crise de la
sidérurgie et un jour, la fermeture de l’usine
pour diverses "bonnes raisons". Pour toujours.

Inventaire pour la fermeture : la concurrence,
la modernisation, l'épuisement des ressources,
l'avidité des actionnaires, l'obsolescence des
outils, la combativité des ouvriers, la bourse
et ses humeurs, le marché du travail, la fuite
des capitaux... L'usine ferme et l'argent part
au loin. L’argent se fait la malle, s’évapore.

L'être humain est plus pesant que l’argent. Il
réagit moins vite que l’argent. Un être humain
est solide, réel, l’argent liquide ou virtuel.
L’argent se déplace comme l’éclair. Un clic de
souris : le voici de l’autre côté de la terre.
Il est passé par ici, il s’est évanoui par là.
il s'échange ici, il se valorise là. Il voyage

sans passeport. L’argent part ailleurs mais la
personne vivante reste sur place, reste sur le
carreau. La personne vivante ne quitte pas son
foyer, sa maison, ses souvenirs, son histoire.
Sinon la personne vivante se déchire comme une
maison éventrée, une boîte à boutons renversée
dans les gravats, une boîte à musique écrasée.

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samedi 4 mai 2013

Le Train de Tarkos 34

Christophe Tarkos
Le Train (34)

Je n'ai pas nié, je ne me nie, je ne me le nie pas, je n'ai pas nié, je ne suis pas à la noix ni à la noisette. Ce n'est pas moi, là, les champs d'endives, des champs d'endives, certainement. Je ne me suis pas mis tout nu.

Le train trimballe du monde

Ce n'est pas demain la veille, ce n'est pas une surprise, je n'essaie pas de nier, ce ne sera pas le lendemain, je ne le vois pas être d'une nature surprenante. Ce n'est pas qu'elle n'est pas une surprenante nature, mais je n'en vois pas l'inutilité. Je ne dirai pas que ce n'en est pas une, de nature surprenante.

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jeudi 2 mai 2013

Patti Smith - Skunkdog

L'étonnante histoire de Skunkdog

Ne soyez pas surpris si la mort vient de l'intérieur...

Sept jours & six nuits le héros veilla sans pitié.
horizontalement sous le ciel. sans manger sans boire sans aimer.
après quoi en avait-il ? que cherchait-il ?
un signe ? une réponse ? une issue ? Quelque chose de neuf...

Maintenant au septième soir du septième jour le héros
ne tenait plus qu'à un fil. le manque de sommeil, de vivres
& de bras amoureux prenait sa revanche. il cessa de
regarder le ciel.

Mon beau héros. lui dont l'ardente volonté était de garder les yeux
ouverts dans l'instant échoua.
Parce que le héros avait mis à vif les nerfs du ciel. ses regards perçants
l'avaient excité. quand enfin il baissa les yeux les étoiles
étaient devenues cinglées. cassiopée se balançait comme un berceau

Un observateur de hasard incapable de dormir, rêvant à une
fenêtre, comptant les moutons, n'en aurait pas cru
ses yeux. la voie lactée se trémoussa se trémoussa. un troupeau
d'étoiles filantes. des comètes folles. et 1'étoi1e du grand-chien
pareille à une lune nouvelle-née.
mais le héros ne vit rien.

Comprenez : le ciel quand on le surveille est comme une marmite sur le feu. à
la minute-même où le héros tourna les yeux les cieux débordèrent.
météorites & planètes passèrent au-dessus de lui comme des chauves-souris.
qu'aurait-il pu dire ? il n'était pas en forme. Sa langue devenait ivre &
je ne parle pas de sa vue.
ses yeux ne voyaient rien double.

Tout était-il perdu ? jamais de la vie. c'était moche. mais considérez
le problème sous cet angle : le héros avait enfin les pieds sur terre.

Soudain (comme dans un film monumental) se déclencha
une suite d'événements qui pénétrèrent son être intime ; son âme
profonde. faisant éclater ses structures. criant ho-hisse à son
expérience formelle :

sept fourmis rouges mordirent sa main gauche
six pierres tendres roulèrent sur sa langue
ses cinq doigts s'étendirent sur un octave
quatre plumes jaunes surgirent de nulle-part
ainsi que-trois oiseaux bleus
au-dessus de sa tête (halo) firent cercle deux papillons-lunes
il avait faim alors il happa comme un iguane
il avala les deux papillons
son estomac frémit
il s'engourdit. le trou noir.
le sommeil le terrassa
(une minute seulement
mais cela lui sembla dés heures)
& il rêva :

espérons qu'il n'est pas en danger

Il arrive sur la frayère de certains
animaux sacrés. il a peur d'être obligé de
copuler avec l'un d'eux. les danseurs indigènes l'encerclent
puis le cernent. ils le déshabillent. son costume
d'Adam a changé d'étoffe. il a une nouvelle coupe
féminine. on le purifie. on enduit son corps
d'essence de sang de taureau. on lui demande de choisir
un animal.

Un chat tigré se frotte à sa jambe. Un chat gris & or
aux grands yeux bleus. des yeux si bleus que l'eau en vient
à la bouche du héros. Une vache à la peau lisse aux pis laqués de rouge
(très chinois) s'étire & se roule dans un tas
de bleuets. fleurs bleues. plus bleues que
les yeux du chat.

Le héros s'interroge sur ses yeux. Dans cette atmosphère
est-ce qu'ils paraissent aussi plus bleus qu'ils ne sont?
zut pas de miroir en vue. est-ce que l'effet aura
disparu quand il rentrera ? il espère que non.

Sur sa gauche les collines vertes si vertes. un vert
froid de menthe. il regarde au loin & sursaute.
il voit Skunkdog.

C'est un terrible mâtin au long pelage luisant. poils noirs.
sa verge au contraire de ces chiens qui ont un
chibre rouge & visqueux est d'un blanc pur. le héros palpite là en bas
comme une femme & ne peut réfréner un geste obscène.

Skunkdog écarquille les yeux. 2 formidables soucoupes bleues.
les yeux les plus bleus qu'on puisse imaginer. plus bleus que les bluets,
plus bleus que la méditerranée.

Le héros est vaincu. Impudique. il se détourne puis regarde encore.
oh non ! Skunkdog est parti. le héros court vers les
vertes collines. Il est nu & les enfants rient.
il s'en moque. il déracine les arbres les plantes & les
rochers. il s'arrache les cheveux. partout
d'étranges animaux s'accouplent. la température monte. des femmes
mangent de la baleine. d'autres femmes exhibent leurs
ventres.

Dans un ravin il tombe sur Skunkdog. on l'a écorché.
il voit sa carcasse encore chaude. le héros tombe prostré
il va se désoler quand de nulle part lui tombe
la peau de son amour abattu.
il l'enfile.
elle lui va comme un gant.
il n'est plus héros.
il n'est plus héros.
mais Skunkdog
poils noirs yeux bleus.

doggod dog / god doggod
yeux bleus yeux / dieu dieu bleu

le chien s'envole dans la lune.
Patti Smith
Traduction Henry Meyer
Ce poème a été publié dans Starscrewer n°11 Spécial Punk (1979)
Voir le fac similé original : première page, deuxième page, troisième page.
Entendre Patti Smith lire Skunkdog en 1971 (piste n°12) sur le site Ubuweb.

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mercredi 1 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°10)

                                   L'obscurité engendre la violence
et la violence veut l'obscurité
pour se coaguler en crime
Rosario Castellanos, poétesse mexicaine
La violette enjambe l'obsécration
et la violette vouvoie l'obscurantisme
pour se coaliser aux criminologues
Geneviève Le Dilosker
Lumière noire — mille coups de couteau
L'acryl rouge : sec sur la toile !
LE CRIME EST PLUS QUE PARFAIT
Zoé Talo'n
L'air se déchire. Soudain
il nuit. Je penche vers
elle. L'opacité ensanglantée.
Lili Tola
Le cœur comme une pierre qui saigne, l'estomac
écorché de laideur — Au centre éclatant
la caresse et le cri !
Lol
D’où sortent ces empêcheurs de faire couler l'or et le sang ?
Ils refusent de nier l'existence du monstre
Ils chuchotent le nom d'Emiliano Zapata
Richard Belfer
L'amoureuse intérieure
proteste contre l'atteinte de l'au-delà
La mort tatouée au corps
Claudine Bertrand
Ils lèvent les yeux
Ils veulent voir leurs rêves
Ils chuchotent le nom d'Emiliano Zapata
Bruno Sourdin
Pardon ! Je vois ici des Indiens qui errent dans les
zones et les cités, les hospices… et autres lieux enfer-
més. Fermons les yeux ! L'insupportable se passe toujours ailleurs
Gérard Lemaire

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