jeudi 2 juillet 2015

Niveau Huit par Mimosa (12)



tout a commencé comme ça
le tourne-disque chauffe
de plus en plus avant la
panne totale mon frère a
donc retiré le machin en
caoutchouc qui ressemble
à une crêpe à une chiffe
molle le plateau en tôle
émaillée est lisse comme
une assiette de régiment
ensuite on peut le tirer
ce plateau et en dessous
dans l’espèce de cuvette
toute chaude se trouvait
une coccinelle minuscule
elle avait tout détraqué

on peut écouter une pile
de dix disques quarante-
cinq tours sans se lever
pour les changer on peut
aussi rester debout pour
danser ou faire le singe
grâce à un mécanisme qui
aspire le disque suivant
par le centre du plateau
comme l’œil d’un ouragan

les deux gus portent des
chemisettes jaunes aussi
des cravates de cuir par
dessus le chef porte des
lunettes à large monture
par conséquent c’est lui
qui s’occupe des aspects
statistiques deux filles
aux bouclettes remontées
en galurin enrobées dans
des paillettes de 45 des
médailles de l’armistice
se dandinent dessous les
spots à chenillard elles
ponctuent les bip bip de
virgules suaves avec des
parenthèses dessinées en
forme d’accroche-cœurs à
soldat convalescent ceci
est un onguent qui frôle
la décence depuis dedans

le destin de Kimmy Jones
n’est pas puisé dans les
mêmes barriques la Kimmy
Jones est un portrait de
femme fatalisée avec des

cheveux comme du foin et
la voix qui revient d’un
puits de charbon la robe
comme du papier doré qui
ne sert pas à évoquer la
crotte de la blague mais
qui protège la cicatrice
dessinée par les à-coups
d’un fil émoussé la lame
qui dessine le sillon d’
une ligne de vie secouée
bégayante qui s’enracine
sur des pattes de poulet
déplumées mais il s’agit
pourtant bien de torpeur
d’un feu que le souvenir
associe à l’escale d’une
heure un parking l’odeur
mélangée du diésel et de
la rosée à la périphérie
d’une ville inimaginable

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posted by Lucien Suel at 07:19 0 comments

mercredi 1 juillet 2015

L'atelier d'écriture de Sabine Huynh (1/3)



Fragments composés à partir de "Théorie des orages" dans le cadre d'un atelier d'écriture animé en février 2015 par Sabine Huynh

La pensée née de la lumière rit à la nuit.
Pas étonnant, c’est la chanteuse de blues, esclave des cascades vitales qui trempe dans l’eau tous les souvenirs comme un reflet de la ferme réalité et de ses divagations.
Le long du métal hurlant, l’étranger est tombé sur le pare-brise gluant d’un camion. Se détend les poings et salue les terriens.
Lancé sur la courbure trépignante de l’espace temps, il enregistre à l’insu de tous le contour multiple des forces désorganisées de cette planète. Regarde autour de lui un déversoir d’images à éplucher .
À la recherche de la carte de ce monde étrange, il frotte contre toutes les aspérités d’un savoir de gratte-papier, une ébauche de l’alphabet des astres.
Le cristal de sa conscience aspire la musique de blues perçue lors du passage sonore essuyé lors de son atterrissage.
La musique l’atteint  encore par un ensemble de paramètres étrangers à son recyclage de connaissances pourtant abouties noir sur blanc.
Retrouver la source de cette musique pourtant surcharge banale strictement interdite du goût divinatoire de sa planète.
Comprend qu’il serait bon d’être sous la lumière du soleil depuis le premier jour, surtout du printemps, mais ça peut prendre plus de temps que prévu.
Ces ondes musicales, cri de l’étendu, sans doute aliment fantôme de ces êtres à deux jambes. Le flairer, le débusquer, en suspecter le code.
Aligner, synthétiser, analyser le dépôt des sons, matière première ni rare, ni précieuse mais difficile à démêler.
Porosité des sons organisés, malheureusement détournés par d’étranges et aveugles bruits nocifs, bio-technologiques qui mordent de part et d’autre un corps encore immesurablement mou.
Des voitures poussent des hurlements atroces, cris intenables, quelque chose de très décisif, déchirent ses aspérités. Rien ensuite.
Pas de mode convenu, seuls des claquements stridents, impudents, angulaires, strangulaires.
Ces pouilleux usurpateurs percent les circuits encore libres de ses réseaux internes, le menacent jusqu’à évanouissement complet.
Parfois l’odeur mobile de la musique hérissée de blues en foule lui revient.
Elle le caresse comme une source avide, comme quoi vivante et fraîche. Couleur d’espoir électrique de toute vraisemblance.
Manifestation d’une nécessité impérative, il lui faut retrouver les contractions brutales qui soufflent à angles de 90 degrés le volume du son.
Il retourne sur ses pas, assez content de rester invisible au regard éteint des terriens trop occupés à s’adresser à des êtres sur des bases solides.
Drôles d’animaux domestiques, drôles de phénomènes, pense-t-il fasciné un moment sans s’y complaire.
Ne peut encore se concentrer autour d’une idée fixe. Ce semble que non. L’air terrestre concentré passe difficilement à jamais dans ses branchies solaires.
Il manipule sa réception verbo-visuelle sous son casque, bientôt arrive dans un lieu obscur.
La lumière musicale croisée s’accroche, astuce de révélation dépouillée et cosmique, sans intermédiaire dans sa partie supérieure, s’abandonne pure et simple.
Immense et seul devant une bouche immense, espace-intro, cage ventrue précisément à l’inverse.
Se gave d’urgence d’un délice sans cause, nourriture jusqu’à étranglement dans ce temps, comme généralement.
De son côté, veut éclater de cette voix, sans même fusionner en étoile limite.
Ne la trouve prête. Hallucination stellaire pour lui tout seul ?
Se met en interdit. Impersonnifié autant qu’il s’en insépare.  En revient effeuillé.
Il s’approche des lèvres noires suçoir, en canon de révolver, orchidée qui ne pousse pas chez lui.
Se dénoue  lentement, se dilue, ruisselle, se répand aspiré à s’en couper le souffle, se heurte sourd tramé à en devenir palpable.
Attention. Risque de métamorphose incomplète qu’on ne sait pourquoi. Délivrance jointe à l’effarement.
Colette Leinman, 9.2.2015

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posted by Lucien Suel at 07:50 1 comments

lundi 29 juin 2015

Collage de Claude Pélieu (49)

posted by Lucien Suel at 07:28 0 comments

jeudi 25 juin 2015

Niveau Huit par Mimosa (11)



à Cordoba les olives accompagnent tout le repas
à la différence des cornichons que l’on réserve
ailleurs pour les pommes-de-terre à l’eau et au
four il faut surtout bien s’empêcher de se ruer
sur les noires car il ne resterait rien d’autre
que des olives vertes ce qui devient monotone à
la longue cette bouteille est descendue du ciel
comme une étincelle de pétard qui retombe c’est
de la mousse de ducasse un bouchon de champagne
en plastique caché dans du papier doré comme la
crotte de la blague je ne la raconterai pas ici

la fontaine trône en plein milieu du salon sans
plafond avec pourtant du carrelage depuis terre
jusqu’au ciel le sanctuaire mon Momo la nef aux
piliers qui font penser à des cônes de la DDE à
cause des larges rayures rouges et blanches une
pièce si vaste qu’on pourrait y tourner un film
un western avec plein de mexicains et sombreros
grandeur nature devant il y a un oranger et ses
feuilles on dirait le plastique de la fleuriste
et des fruits dont la rondeur frise l’indécence

c’est une performance zoophile avec trucage pas
de blessé pas d’inspection sanitaire le silence
de la tristesse puis l’orage qui monte de l’Est
ou du Sud ça tape du pied ça retape le bois qui
répand l’éclat de son miel elle enrage ce n’est
pas ce qu’elle touille ce n’est pas ce qu’il se
passe c’est l’amour suprême dans une robe bleue
nuit amidonnée d’étoiles qu’elle frotte sur les
planches puis ses pieds qui claquent et l’ombre
comme une lanière les talons racontent la route

deux chiens dorment sur le talus dressé au bord
de la route au soleil de l’hiver les plus beaux
chiens du monde je marche jusqu’au sommet de la
voie grise qui sépare la garrigue de la clôture
et je me poste dans le dos de la bosse derrière
une petite dame escalade il me faut attendre la
bonne minute pour la voir simplement glisser de
l’horizon comme d’un jeu de cartes c’est madame
de blue jeans avec des bottines de Mary Poppins

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posted by Lucien Suel at 06:48 0 comments

mardi 23 juin 2015

Un poème de Gary Cummiskey



J'aurais aimé connaître Bob Kaufman
Contre vents et marées
Pour toi mon amour
Je me suis endormi la bouche pleine de lumière
Passent les heures
Voici le temps des aveux profonds
des pages de folie
du pur jazz de la baie de San Francisco
ÉTEINS LA LUMIÈRE
Cette école me tourne autour de la tête 
Il y a des OISEAUX
des OISEAUX
qui emplissent cette maison de bonnes vibrations et de jazz
C'est un couac
la chanson 
d'un tournesol
pour un portrait au regard triste
Voici les signes annoncés
le ruissellement du SAXOPHONE DÉMENT
des poètes solitaires !
Gary Cummiskey
Ce poème de Gary Cummiskey a été traduit de l'anglais par Bruno Sourdin. On verra des photos et lira d'autres poèmes de Gary sur le blog Syncopes. 
On peut suivre l'auteur sur Twitter et consulter sa page Wikipédia.

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posted by Lucien Suel at 07:27 0 comments