samedi 22 novembre 2014

Il pleut ou il fait beau... (34)

Le galbe ferme de ses cuisses contraste avec sa frimousse préoccupée,
short noir, fin pull violet serré en taille par large ceinture
elle écoute en fauteuil de rotin retour de mission à succès.
« Alors officine échographique n'est que couverture ! Vengeance est son but,
des représailles en mémoire de son frère mort boucher par pendaison
et tu dis qu'il aurait sonorisé moumoute de l'aéré ?
Que se passe-t-il sous croûte, c'est stéréo ? Vous avez écouté ? »
Elle me tend un drink – choukrane. Mais avant compte-rendu, pourquoi ceinture
large sur ventre bombé ? Ta cloque animée est à préserver prioritaire.
« Je ne la porte qu'allongée. Raconte cette tempête sous crâne. »
Ses yeux pâles réverbéraient les reflets de son blouson de moto,
il s'est approché du récepteur et soudain bruine tombait,
l'aéré devait déplacer son gras en extérieur : crépitements des hauts-parleurs,
moumoute bruissait sous petit crachin propice à la mélancolie, aux dépressions,
alors on a fumé et regardé en fenêtre la rue luire,
confondu flaques de pluie et lumières, ville de Manacoa se déformer.
Un instant j'ai vu un papier au sol humide collé
et me suis dit c'est celui recherché – c'était loin,
dehors, et mains enfoncées en poches m'auraient empêché de ramasser.
« Publication subversive » a dit à couvert perruquier en blouson de cuir,
alors je n'ai pas déplacé mon corps mou en fatigue.
Il a plissé la bruine en fenêtre avec le rideau tiré,
argué de sa salle d'attente, des masques grimaçants à échographier.
Front baissé, mains en poche, le pas désœuvré, j'ai progressé
le long des façades alors que logiquement Manacoa est sous soleil.
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal(le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 21 novembre 2014

Poème express n°511

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jeudi 20 novembre 2014

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 30


Au fil du discours,
ils comprenaient
que les gens qui les entouraient
avaient des idées
différentes des leurs.
Quand ils avaient interpellé leur voisine
qui semblait une vieille dame sympathique,
elle leur avait décoché un regard hostile.
Ils avaient envie de quitter la salle
mais cela aurait donné l’impression de reconnaître leur
erreur de jugement.
Pourtant ils savaient qu’ils avaient raison,
que ce qu’ils pensaient allait dans le sens du progrès
et que cette évolution finirait par s’imposer à tous.

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posted by Lucien Suel at 07:25 0 comments

mardi 18 novembre 2014

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 6/19


Jetées sur le jardin, entortillées aux herbes, les longues ramures ébranchées des saules. Leur peau avait bruni, elle s’était soulevée par endroits, offrant l’abri aux cloportes, cochons de saint Antoine, aux forficules, perce-oreilles. Avec le printemps, le jardinier arrive. Il se penche sur elles, fines branches mortes des saules. Il emporte dans ses bras, le long fagot. Il les plante face à face, les incline l’une vers l’autre. Alignées, redressées, les branches sont le tipi, le tipi des haricots. Triangle isocèle, triangles isocèles pointés au ciel. Les triangles sont réunis par la plus longue perche. A l’horizontale, en hauteur, le jardinier les attache. Long squelette vertébré de bois mort, c’est le grand tipi des haricots à rames, la longue maison des haricots. Au pied de chaque branche, ils sortent une crosse verte, poussent, s’élancent en tournant au bout de leur tige, hélices vivantes.
Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers
In de tuin gegooid, geheel onder het onkruid, de lange takken van de gesnoeide wilgen. Hun bast was bruin geworden, hier en daar opgezwollen, een schuilplek biedend aan pissebedden, zeugjes, oorwormen. Met de lente komt de tuinman. Hij buigt zich over hen heen, de dunne dode wilgenstokken. Hij draagt onder z’n arm de lange takkenbos. Hij poot ze tegenover elkaar, buigt ze naar elkaar toe. Op een rij overeind staand zijn de takken een tipi, een bonentipi. Gelijkbenige driehoek, gelijkbenige driehoeken met de punt hemelwaarts. De driehoeken worden bij elkaar gehouden door de langste stok. De tuinman bindt ze op hoogte aan de horizontale lijn. Een lang gewerveld skelet van dood hout, dat is de grote tipi voor de stokslabonen, het lange huis van de bonen. Aan de voet van iedere stok steken ze een groene kiemplant boven de grond, groeien en schieten rond hun tak draaiend omhoog, als levende propellers.

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lundi 17 novembre 2014

Collage de Claude Pélieu (17)

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samedi 15 novembre 2014

Il pleut ou il fait beau... (33)

J'y vais. J'y suis : l'ordonnance était un sous-message
pour me conduire en officine ; à l'accueil secrétaire m'attend.
Autour de son poignet tourne une montre au bracelet de métal
– je suis dans un porno ? échauffé je me demande en tête,
mais ses ongles sont réguliers et vélocité rend le cadran flou,
à l'inverse des durs travailleurs où l'heure est fixée
le temps du jouir, pas du faux cuir qui se détend.
Je fais le lien entre son poignet trouble, avec le métal
et ses ongles laqués, sors de ma poche ordonnance – le sous-message –
agite le code entre mes doigts et comprends avec ses paupières,
que lente elle a baissées comme des lèvres puis soulevées longtemps :
je dois m'approcher d'elle, j'avance : « il a plu,
elle dit, impossible d'échapper à cette malédiction humide et lugubre,
elle s'appesantit les soirs d'hiver où vents d'ouest
noient Manacoa dans une brume ruisselante et sinistre, venez étendre imper
en consultation ». Je suis les faux-jumeaux que ses talons font naître,
des moues se peignent sur visages en salle d'attente tapissée,
logique : ultime arrivé, je passe devant avec secrétaire en blouse blanche.
Un couloir traverse et la méfiance me fourre mains en poches,
c'est comme si on sortait ; d'une porte on débouche,
où elle s'immobilise et tire soudain un rideau, un souffle
et, pour cause des deux mains fourrées, lumière blanche m'aveugle.
Le temps de retrouver les arêtes des meubles infirmière a disparu.
Avancé en inconscience, bruit d'anneaux sur tringle me fait bondir,
je me retourne : l'homme a peu d'un séducteur latin,
maxillaires solides, nez droit, bouche virile et rides sur tempes grises,
dos au rideau tiré, son visage dur me dit quelque chose :
« je suis le frère du boucher, les moumoutes c'est moi ».
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal(le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 14 novembre 2014

Poème express n°510

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jeudi 13 novembre 2014

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 29

Elle avait cessé d’utiliser
sa main gauche.
Ses gestes quotidiens en étaient transformés :
s’habiller, manger, ranger ou porter des choses ;
chaque jour, elle trouvait de nouvelles astuces
pour faire son travail
en se servant uniquement du côté droit.
S’il lui arrivait ponctuellement de demander de l’aide
pour se couper les ongles ou enfiler un gilet,
elle avait le sentiment général
de développer ses capacités physiques et sa réactivité.
Ce qui était réjouissant c’était la sensation
d’avoir un membre supplémentaire
à n’utiliser qu’en cas d’urgence.

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mercredi 12 novembre 2014

Tours et détours (3/3)


Les lettres sont jetées. Le stylo ira
couler jaune comme un chien mort. Les
murs de ma tête sont fissurés. Algues
molles, colonnes de sable liquide sur
les ombres glacées. Le tatou ondulait
dans l'amertume. Le chevalier manchot
glissait de sa selle. Le halo mourant
de la lune s'effilochait dans le soir
tombant. L'épine infectait le majeur.

La rétine se desséchait. La fée liait
les gerbes de blé nain, suçait avide,
les épluchures d'une orange. Qu'ai-je
donc fait ? J'ai parlé violemment par
plaisir. La douleur efficace m'a noué
les nerfs, lacé les bras. Je n'ai pas
pu traverser la manche, ni la piscine
miraculeuse. Au lieu de ça, la fée me
bourrait de crêpes au sucre. Solution
angélique de la nuit à l'hôtel. Toute
l'eau de la poche ruisselait dans les
gouttières de zinc. Pigeons griffant,
poissons soufflant, je soupirais. Mes
paupières se fermaient dans le miroir
du couloir. La moquette rasait le mur
du silence. De fait, j'étais terrifié
dans mes chaussons. Un somnambule qui
voyait tout et n'entendait rien. Voie
sans issue. Artères bouchées. Le sang
cogne. Finalement, j'ai réussi. Faire
passer le tout avec des bouteilles de
vin, des canettes de bière. Un simple
jeu d'enfants. Sauter, sourire, nier.

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mardi 11 novembre 2014

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 5/19



La brouette du maçon devenue brouette du jardinier. Le béton ne clapote plus dedans, contre les parois rouillées et cabossées. La roue de caoutchouc plein ne grince plus dans la mignonnette, le gravier gris des chantiers. Maintenant, elle chuinte, glisse, s’enfonce dans la boue des allées. Parfois, un mélange de liserons, de longues herbes, de pailles, s’enroule autour du moyeu, décorations végétales mêlées à la graisse épaisse des roulements à billes. La brouette a appris les saisons du jardin, périodes régulières entre repos, station debout, en appui contre un tronçon, et service actif du transport potager. En automne, la récolte des carottes de Colmar, des betteraves rouges d’Égypte, et l’hiver, les racines des chicons Witloof ou le fumier à disposer en petits monts, sur la terre nue et collante. Au printemps, les longs poireaux bleus extirpés des trous noirs, et l'été, l'herbe mauvaise. 
Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers
De kruiwagen van de metselaar werd de kruiwagen van de tuinman. Er klotst geen cement meer tegen de roestige, gebutste wanden. Het massieve rubber wiel knarst niet meer in het fijne grint, de grijze kiezels op de bouw. Nu suist het, glijdt en zakt weg in de modder van de paden. Soms slingert een mengelmoes van winde, slierten gras en stro zich rond de as, een plantenversiering vermengd met het dikke vet van de kogellager. De kruiwagen is bekend met de jaargetijden van de tuin, regelmatige perioden  tussen rust, overeind staand tegen een boomstronk leunend, en actieve vervoerdienst in de moestuin. In de herfst, de geoogste Colmarpeen en Egyptische bietjes, en ‘s winters de witlofwortels of de mest die in hoopjes op de kale plakkerige aarde verdeeld moet worden. In de lente, de lange blauwe prei die met moeite uit de zwarte klei wordt getrokken en ‘s zomers, het onkruid.

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