samedi 20 septembre 2014

Il pleut ou il fait beau... (27)

Senteurs de fruits mêlées aux relents de friture et viande grillée,
je n'aspire qu'à ma hutte en filant rue principale
du faux souk goudronné pour touristes à l'ouest de Manacoa
– de faux ânes sponsorisés, plats, sans anus, indiquent à la queue
les commerces ; pendent loques simulées aux fenêtres ; des blonds à tire-larigot
font mine de traîner savates et soulever la poussière ; les vendeuses
ont les sourcils teints en brun pour mystifier les riches voyageurs
et leur faire croire que leur chevelure blonde est une parodie
– et certains employeurs leur imposent de brunir duvet de leur moustache.
Malins de la ville ont bâti ce quartier à l'ouest,
un leurre : plein centre, il aurait été détecté aisément comme attrape-touristes.
Trop propre, ça pue ; je suis le seul pulvérulent et froissé.
Par chance pluie fine leur écrase la nuque et je demande
à mon casque pourquoi elle aime ce bled aux cocotiers artificiels.
« C'est mon affaire. Toi, tu compromets bien ton imper jaunâtre
dans des entreprises en déconfiture, relever son col adipeux est vain
pas seulement en pluie mais en industrie ; ça coule en cou,
ton activité est creuse et ta présence ici indique sous bambous
que tu n'as pas lu message urgent en porte-toasts étincelant ».
Il y a de dominants trous noir en emploi du temps :
je parlais en crâne et elle apporte un drink sous bambous.
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal, (le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 19 septembre 2014

Poème express n° 384

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jeudi 18 septembre 2014

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 21


Il avait choisi d’y croire même si
tout portait à le contredire ;
et cette croyance l’accompagnait
comme un chien.
Il la sentait à ses côtés à tout moment :
à la caisse d’un supermarché, en faisant le ménage
ou dans son bureau au milieu des collègues.
Il ne réussissait pas grand-chose mais cette foi était
d’une constance et d’une qualité remarquables.

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mercredi 17 septembre 2014

Cheval23 en Pirouésie (3/8)

Le 31 juillet 2014, à Pirou (Cotentin), concert Cheval23 (lire Cheval deux trois) dans le cadre du festival "Pirouésie". Concert filmé par Camille Philibert.
Cheval23 : Arnaud Mirland, guitare + Lucien Suel, textes et voix.

Suite du concert : "Souffler dans le ciel, taper dans la terre", extrait de "Je suis debout"

Yahweh modela l'homme dans la glaise du sol,
souffla dans ses narines. Il insuffla en lui
une haleine de vie. L'homme devint un être
vivant vivant vivant vivant vivant vivant.

Cet homme au corps troué galope dans le vent,
attire les danseuses. Leur ventre brillant sue
dans le soleil hirsute. Chirimia petit homme,
bonhomme en terre cuite, mon souffle donne vie,
mon souffle fait chanter. Je souffle dans ta tête,
je caresse tes pieds, je caresse tes jambes ;
des points de compression sur tout ton corps de terre.
Je modifie module ta voix tes cris ton chant,
lance tes jambes en l'air. Je crache dans ton corps.
Soupir contentement, soupir satisfaction.
Et j'essaie et j'essaie. Soupir dans l'impatience,
ultime soupir d'aise & last beat of my heart.

La molécule d'air, c'est vingt-deux litres quatre.
Respirez inspirez, c'est toujours la musique.
J'appelle ça musique, air vibrant dans le tube.
Soupir sacré soupir visible ou invisible,
le souffle de l'esprit, le grand vent sous la porte.

La kena flûte en os ; les morts sont musiciens.
Take off your skin & dance, dance round & round your bones.
Pan Pan Pan Jajouka, sur la flûte de Pan,
les os de Dyonisos & les os d'Osiris.
Ezra take off your skin! Souffle pour réunir
tous les os dispersés dans les sept directions.

Momie, os à musique ; Milou souffle sa soupe.
Pachacamac pacha, viracocha vira.
Vibra la vibration qui fit naître le monde,
l'os, le bois, le roseau, l'os, le bois, le roseau.
Souffle aussi dans la terre la flûte lakota.
Tremble sur Wounded-Knee. Tremble sur Manhattan.
Souffle souffleur de verre, les hommes s'évaporent.

Le vent joue dans les arbres, les couloirs des montagnes,
les bouteilles échouées. Tous les souffles mêlés,
le total est le vent, les souffles exhalés,
les vivants et les morts jusqu'au tout dernier souffle

Chansons des vents stellaires, le vent pousse le ciel.
La pluie tape sur moi, taptape sur les toits,
tamtam ou tambourin, djembé ou derbouka.

Allah donne à la Terre le souffle qui nourrit.
C'est son haleine ha ha, qui donne vie ha ha,
à toutes choses ha ha. S'il retenait son souffle,
tout s'anéantirait, tout s'anéantirait.

Trois-cent-quarante mètres, de seconde en seconde,
la musique voyage. Blues en douze mesures,
le souffle de la terre. Souffle Charlie Parker !
Souffle Marshall Allen ! souffle Sonny Rollins !
Souffle Don Cherry souffle & soufflent Albert Ayler,
John Coltrane, John Gilmore, Steve Lacy, Lol Coxhill
& Dizzy Gillespie. Ce souffle nous inspire.

Passereau de Schwitters, cui-cui petit poumon,
mélodie arythmique, rythme au cœur des neurones,
soupir soulagement, souffle vibrant dedans,
vibrant dedans mon souffle, vibrant dans ma voix ha,
c'est le souffle de Dieu. Je respire ce souffle.
Si je retiens mon souffle, la musique s'arrête.
 

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mardi 16 septembre 2014

CURM n°47

CURM (Cut-Up Ready-Made) est composé de 23 tweets consécutifs apparus dans ma Tweet List à un moment donné, copiés collés en éliminant les avatars et noms des abonnés, les liens et hashtags. Une expérience de twittérature mécanique.
 CURM n°47
(15/09/2014)
"Et pourtant de si peu te savoir que chaque matin je m'émerveille En découvrant à mon côté la mieux connue des inconnues" C.ROY 4/4 L'inconnue a réintroduit le délit de consultation de sites faisant l'apologie du terrorisme... et qui recule quand on approche. Mais le bonheur d'être avec toi c'est de te connaître par cœur Claude Roy 3/4 Liège, le quartier du Longdoz, ses trottoirs et cette impression d'évoluer dans un épisode de Walking Dead... Découvrez le premier magasin qui ne commercialise que des produits sans emballage jaune & créole. Parisot dénonce la « logique esclavagiste » de Gattaz Pouvoir d'achat : 1 Français sur 5 est à découvert tous les mois 464€ c'est la somme moyenne qui manque aux Français chaque mois pour vivre confortablement Pastiche de centurie par Francis Etienne Sicard Lundquist Writing is a socially acceptable form of schizophrenia. E.L. Doctorow Si toi aussi tu m’abandonnes Jamais je ne connaîtrais tous les chemins de ta rêverie Les gens qu'on aime sont pareils à l'horizon qui se dérobe quand on avance C.Roy 2/4 Pourquoi donner de l'espoir en disant oui dans la notification conditionnelle, puis finalement changer les règles du jeu pour dire non ? "Même si j'avais encore des ans et des années Jamais non plus je ne te déchiffrerais entière" Claude Roy L'inconnue 1/3 Voyage dans un mouchoir par colette bonnet-seigue J'ai dit non à une offre d'embauche pour étudier. Et maintenant, grâce au CROUS et à ses circulaires magiques, je suis dans une impasse. Harper government considers soldiers on Viagra a cabinet secret. On m'interdit le droit d'étudier, et donc de mener à bien mon projet professionnel. En me prévenant à la toute dernière minute. Matin pâle et frais... Une touche de rose sur les joues du ciel. Merci ! Tout ça pour une circulaire introuvable, dont on ne connaît l'existence qu'après le refus de bourse donné à des étudiants... David assure qu'il tournera bien la suite de Réussir à se ronger, voilà ce qu'est écrire. Je suis conservateur, je n'en suis pas moins homme.

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posted by Lucien Suel at 07:16 0 comments

samedi 13 septembre 2014

Il pleut ou il fait beau... (26)

Toc-toc – « Room-service ». Longues jambes dont pantalon ne cache pas galbe juvénile,
serveuse entre en féline dans le garni où je suis réfugié
en tension alors qu'elle arbore un sourire entendu. Trop lent
à relever ma souplesse elle a ramassé charmes et courbes torrides
quand enfin je me trouve debout devant plateau argenté à anses.
Le pain est dur, je fais la moue en peignoir blanc :
encore un papier glissé entre deux tranches sur un porte-toasts étincelant !
Désabusé je ne déplie pas ce qui me fourvoie sans cesse ;
fausses alertes sur pistes chimériques, vagues alarmes inertes et indications amphigouriques,
je tique, en approchant de la fenêtre, il fait beau dehors
une fois le rideau tiré, beaucoup trop lumineux, il faut refermer
et attendre petite pluie d'automne qui mouille mélancolique, l’œil
aux aguets en fente de rideau – je surveille deux nuages mauves,
cernes vont craquer : j'ai la gueule du temps de chien
qui vient. Par vengeance pure, je mets à bas peignoir immaculé,
me jette dessus avec prise serrée à la ceinture mais renonce,
enfile la conséquence mastic des averses qui m'entourent en vie,
l'outil de travail – capital – qui n'empêche pas les impairs.
Du coude, j'écarte rideau à fleurs car fente a involué :
ça tombe, mauve a disparu. Moment de fuir sous ciel noir.

à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal, (le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 12 septembre 2014

Poème express n° 383

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jeudi 11 septembre 2014

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 20


Sa vie ne pourrait plus être
aussi nonchalante.
Il allait falloir manger à des horaires précis,
faire les courses en une seule fois
pour ne pas perdre de temps,
réduire sérieusement ses sorties.
Il serait obligé d’être plus rigoureux
concernant la propreté de son appartement
et son hygiène corporelle.
Il aurait à planifier longtemps à l’avance
ses temps de loisirs
et probablement limiter ses fréquentations.
En analysant la situation, il ne voyait plus tellement
l’intérêt de tous ces changements.
Il décida de s’acheter un écran plat.

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posted by Lucien Suel at 07:31 1 comments

mercredi 10 septembre 2014

Cheval23 en Pirouésie (2/8)

Le 31 juillet 2014, à Pirou (Cotentin), concert Cheval23 (lire Cheval deux trois) dans le cadre du festival "Pirouésie". Concert filmé par Camille Philibert.
Cheval23 : Arnaud Mirland, guitare + Lucien Suel, textes et voix.

Suite du concert : "D341 Chaussée Brunehaut", extrait de "Je suis debout"

D'ici je pars vers d'ici vers je oui descends
de mes collines vers dévale au loin. D'ici
je vois vers les monts. Je d'ici saute au-dessus
des taupinières Cassel Mont des Cats Mont Noir.
Vers la frontière belge à Abeele j'achète
ma bière à la ferme chez Monsieur Cuvelier
sur le bord de la grand-route de Poperinge.
Un casier vert de Hommel Bier un casier noir
de Westmalle Tripel. Je reviens de je rentre
comme assis sur la banquette arrière. Du nord
je vois les Collines d'Artois comme autrefois
de l'Aronde. Pousse palet de la marelle
traverse la chaussée Brunehaut axe est-ouest
d'Arras à Boulogne-sur-Mer sur l'apophyse
vertébrale des collines. Traînée de sang
laissée par les muscles déchirés de la reine
effacée par les roues. Milliers d'automobiles
qui filent en vaporisant des gaz. Le vent
de la Manche de Stella-Plage du sud-ouest
balaie aussi tout ça les restes d'ypérite
les restes de grisou vers le nord dans la toile
trouée des moulins et dans les peupliers blancs
frissonnant le long de la route. L'élagage
a produit des déformations ; celui que j'aime
s'est élancé vers le ciel mais sa chevelure
d'épinoches sème les poissons argentés
vers le nord derechef mais la racine au sud
vers la chaleur de la terre. Un degré de plus
tous les trente-trois mètres ; les mineurs tassés
dans les terrils-mausolées avec les os blancs
des jeunes hommes de Dixmude de Vimy
de Kemmel, le savent. Les nuages défilent
vers le nord comme une limaille métallique
attirée vers le pôle des aimants, un autre
jardin des amants de Virginie où Borée
fait tournoyer le tout dans les sept directions
de la cosmologie navajo : nord sud est
ouest haut bas l'en-dedans le cœur. L'ombre est toujours
du côté du nord quand je descends de Lisbourg
à Gand. À Lisbourg c'est le petit gerbier des
roseaux de la Lys, un trou noir d'eau noire qui
descend vers Gand vers Laatem Saint Martin vers la
pâture verte de l'agneau mystique des
frangins Van Eyck. On croise un pêcheur à la ligne
un peu frère des pécheurs en robe de lin
blanc du tableau. Il de ses gros doigts agricoles
pétrit des petites boulettes rouges dans
la pâte mystic ; le sang de l'agneau pour les
brochets les percots et les tanches de la Lys.
Sur ma gauche arrive l'Escaut vibrant sous les
trains de péniches de Tournai, roulant vers la
Zélande vers l'île de Johan et de Tien,
s'allongeant sous l'immense pont de Zierikzee.

le Nord existe depuis le commencement
des temps pas l'Occident créé par le drakkar
d'Erik le rouge, révélateur du globe, ou
les caravelles, la colombe. Le soleil
s'écroule dans la mer, coulées rouges de fonte
au couchant, cauchemar futur climatisé.
Dans le givre à l'est la résurrection flamboie.
Même à l'extrême nord je relève la tête
pour voir un autre nord des étoiles. Je l'ai
tout ça d'ici de ma cave calcaire ici
sous les ruissellements de la pluie s'infiltrant
goutte à goutte pour jaillir puits artésien roc
frappant l'imagination du docteur Faustroll.
L'enfer était ce jour-là en Artois. Crachant
cravachant la toile écrue avec la salive
du cobra à trois têtes, Amsterdam Copenhague
Bruxelles, alors que Christian Dotremont venu
de la plaine s'égare au nord dans les neigeux
logogrammes de Laponie express parmi
les visions fraises sauvages de Knut Hamsun,
les cathédrales cristallines de Tarjei
Vesaas. Ô Mathis et ô Matisse la toile,
dans la force que donne un dénuement inouï.
Inuit transformant une lamelle de lard
en patin de luge ; le sang de l'ours polaire
bouillonne sous une lourde fourrure blanche.
Le nord est dans le ciel d'acier. Les souffles sont
purifiés dans la neige saturée de plomb
poudreux comme le cercueil de l'ours transporté
dans le vent ; per ipsum cum ipso in ipso ;
la déchirure de la voûte coagule
les ectoplasmes. Mes morts m'attendent là-bas.

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posted by Lucien Suel at 08:44 0 comments