samedi 25 octobre 2014

Il pleut ou il fait beau... (30)

Pas de dada ! Je pense au fauvisme avec sensation d'agressivité,
voile devant les yeux – c'est celui de la chambre – double ;
je viens de le tirer et reproduction sur tissu balance encore
brouillant les couleurs limites et apparaît un night-club de Liverpool ankylosé
alors qu'imper from Dublin m'habille toujours en plein Manacoa.
Je reste droit en poches en attendant que plis reprennent forme,
automne a beau être derrière les vitres il transparaît au travers
des rideaux doubles maintenant déridés ; j'entends pluie sur les carreaux
et même en night-club j'aperçois les nuages, de grosses nuées,
ce n'est pas de ces rideaux que fourrée en fouille
lettre a disparu en soie, je suis sûr de mon faix.
Je regarde sur imper franges se déformer en détrempe sur cintre ;
si lettre est dans l'outil ça doit être en pâte,
nature morte est en compote et sentiment intérieur stagne en compotier.
« Ferme la bouche, ou relève la mâchoire inférieure. Viens sous bambous ! »
J'étale mon corps sur terrasse en chaise longue et craquements
sont étouffés par l'éclat de l'eau sur les fûts
et malgré les extravagances sonores ça fait froufrou, pales d'hélicoptères ;
l'emplumé fait la vrille, perruque de l'éventé la trille
tant l'autre donne du cœur aux plumes d'autruche assemblées.
C'est tout ce que j'ai découvert (du mot : rien) :
le type en suée – seule créature non-blonde à Manacoa – porte postiche.
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal(le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.


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posted by Lucien Suel at 07:50 0 comments

vendredi 24 octobre 2014

Poèmes express n°s 410 & 593

Pour répondre à une demande de Zazie mode d'emploi, j'ai transformé un texte de Marcel Bénabou (de l'Oulipo) en poème express. C'est le poème express n° 593

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posted by Lucien Suel at 07:25 0 comments

jeudi 23 octobre 2014

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 26


Quand il voulut vérifier
si le médecin était encore là,
il constata que la porte
de la salle d’attente
était fermée à clef.
Une dizaine de patients se trouvaient dans la pièce,
apparemment peu gênés par cet état de fait.
Il ne se sentait plus vraiment malade.
Il commençait juste à avoir faim.
A travers la porte, la secrétaire annonça
que les visites reprendraient demain matin
et que, bien sûr, ils seraient pris en charge en priorité.

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posted by Lucien Suel at 07:46 0 comments

mercredi 22 octobre 2014

Cheval23 en Pirouésie (8/8)

Le 31 juillet 2014, à Pirou (Cotentin), concert Cheval23 (lire Cheval deux trois) dans le cadre du festival "Pirouésie". Concert filmé par Camille Philibert.
Cheval23 : Arnaud Mirland, guitare + Lucien Suel, textes et voix.

Fin du concert avec "Ossuaire", extrait de Canal mémoire.


ossuaire mes morts mes morts ossuaire
sortez de ma tête sur le papier blanc
& sur le disque dur de mon ordinateur
la mémoire des morts hors de moi mort
les os de Rachel Martel & puis encore
les os de Fleury Verbrugghe et encore
les os de Léonie Vandenbeulque encore
les os de Lucien (Géry) Suel & encore
les os de Reine Debacker voici encore
les os d'Arthur Woestelandt et encore
les os de Juliette Manien avec encore
les os de Gilles Denisselle et encore
les os d'Evelyne Chaumette oui encore
les os de Gaston Criel et puis encore
les os d' Arthur Rimbaud voici encore
les os d'Antonin Artaud & puis encore
les os d'Isidore Ducasse voilà encore
les os de Jack Kerouac et puis encore
les os de Neal Cassady et puis encore
les os de Blaise Cendrars puis encore
les os de Richard Brautigan et encore
les os de Paul Verlaine & puis encore
les os de John Lennon et voici encore
les os de Sun Ra Herman Blount encore
les os de Léo Ferré & encore & encore
les os de Blaise Pascal & puis encore
les os de Vincent Van Gogh oui encore
les os de Chet Baker et il y a encore
les os de Joseph Huguet & puis encore
les os de Jean Delval et voici encore
les os de Léon Bloy & encore & encore
les os de Germain Nouveau puis encore
les os d'Hugo Ball de Jean Arp encore
les os de Nestor Makhno & puis encore
les os de Mikhaïl Bakounine et encore
les os de Kurt Schwitters puis encore
les os de Giordano Bruno voilà encore
les os de Rosa Luxembourg puis encore
les os de Georges Bernanos oui encore
les os d'Alexander Trocchi oui encore
les os de Marcel Duchamp voici encore
les os d'Allen Ginsberg & puis encore
les os de Thérèse Martin voici encore
les os de Vladimir Nabokov oui encore
les os de Max Jacob & encore & encore
les os de Tristan Tzara & puis encore
les os de Charles Baudelaire & encore
les os de William Burroughs et encore
les os d'Egon Schiele et voici encore
les os de Catherine Tekakwitha encore
les os de tous les morts classés dans
la cathédrale de mon esprit ensevelis
dans les matières grises de mon crâne
trouant ma bouche étouffant ma narine
noyant mon regard fermant mon oreille
déchirant ma peau & déchirant ma peau
 

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posted by Lucien Suel at 07:52 0 comments

mardi 21 octobre 2014

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 2/19

Le long du mur, l’allée. Les plaques de fibro vibrent. Le vent. Le vent souffle. L’allée mène au jardin, allée de béton. Restes de béton damés dans l’allée. Le long du mur de fibrociment, ça germine. Ancolie, ancolies. Le lierre, l’aubépine, ronce aussi, sur le ciment, rampe, verte sur l’amiante, rouille, ronge le lichen. Une longue tige de tournesol a poussé de l’autre côté de l’allée, haute râpe sur la plaque de fibrociment, arc tiré, trace blanche sur le gris. Elle penche, elle glisse, elle frotte, elle s’appuie. Le saillu sauvage s’infiltre sous les blocs de béton, dans le noir humide du terreau. Le saillu sauvage suce encore. Le saillu sauvage est immortel. Il vit dans la terre, bulbilles dans le temps, entre les blocs de béton. Un peu de la boue du jardin suffira. Naine graminée, pousse au jour, vivace, vierge et belle. Le groseillier est une arcade fleurie. Les chats défilent dans l’ombre douce.
Photo, Josiane Suel / Texte, Lucien Suel

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posted by Lucien Suel at 08:08 4 comments