jeudi 29 janvier 2015

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 39


Quand il commença à glisser, il
comprit que cela finirait mal.

Il ne s’était jamais rien cassé,
mais cette fois il n’y avait pas de doute possible.
Il aurait voulu que sa mère arrive,
qu’elle souffle sur son bras et son genou,
qu’il reparte après avoir reçu un baiser.
Sa mère ne viendrait pas,
et vraisemblablement personne d’autre
d’ici un bon moment.
Sous le bureau, il remarqua quelques moutons
ainsi qu’un morceau de gâteau sec.
De la moquette se dégageait une odeur de café
et de plastique chaud.
Il n’était pas près de refaire des heures supplémentaires
le dimanche.

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mercredi 28 janvier 2015

La limace à tête de chat inverse la courbe

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mardi 27 janvier 2015

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 16/19



La route est creusée par le fer d’une arbraquette*. C’est une route droite, un chemin pour voyager dans le temps. Les bulbilles ont quitté la nursery, hiver passé hors de la terre, une somnolence à l’abri du gel qui coagule le sol en épais caillots noirs. Aujourd’hui, dans l’air du printemps, un à un, les petits éclats, ail, ail, ail, s’alignent. Cordons. Celui du jardinier, cordeau qui taille la route, et les cordons blancs, séchés, les restes de l’ascension interrompue vers le soleil de l’été dernier. Voici le moment de reprendre la route. Voici de nouveau la mise en terre pour vous arrondir, vous gonfler, petites gousses roses ou blanches. La route est longue. Les ails réfléchissent longtemps. Leur tête enfle en silence sous le ciel et sous la terre. Les élus montent, fleurs en boule, sceptre odorant. La masse des ails se nommera botte, mais ils seront tête nue, pieds déchaussés, ail, ail, ail.
 *L'arbraquette, mot picard : la binette
Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers

Het ijzer van de korte schrepel trekt een baan. Het is een rechte baan, een weg voor een reis in de tijd. De bollen hebben de kinderkamer verlaten, buiten de tuin overwinterd, beschut tegen de vorst die de grond tot vaste zwarte kluiten klontert. Vandaag in de voorjaarslucht worden de teentjes knoflook ook, ook, ook één voor één op een rijtje in de grond gezet. Touwtjes. Dat van de tuinman,  touw dat de lengte van de weg aangeeft, en witte verdroogde touwtjes, de overblijfselen van de vorige zomer, onderbroken weg omhoog. Nu weer op weg. Nu worden jullie weer in de grond gestopt om ronder en voller  te worden, kleine roze en witte teentjes knoflook. De weg  is lang. Knoflook sluimert lang onder de grond, groeit in stilte. De eerste sprietjes ontluiken. De zorgvuldig geselecteerde plantjes groeien op, een bloeiende bol, een geurende scepter. De teentjes vormen straks een bolletje, maar blootshoofds en barrevoets is knoflook, ook, ook, ook.

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lundi 26 janvier 2015

Collage de Claude Pélieu (28)

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samedi 24 janvier 2015

Il pleut ou il fait beau... (43)

Poisse, tout le monde enfermé – sauf les blonds dont peau craquelle –
seules eaux glauques et visqueuses entre terrasses donnent espoir de sortir,
aucun nuage, pas même venant d'avion de guerre faisant rêver,
Manacoa dans le pur juste dentelé de feuilles de palmes plastifiées
qui à tout moment renvoie des reflets tranchés du temps sec :
on relève un drap blanc, éclair fuit d'un brancard chromé,
corps d'enquête poussé par des infirmiers masqués de gaze blanche.
Soudain pluie se met à tomber, grosses gouttes lourdes et tièdes,
je file les créateurs d'air en silence de nuit épaisse.
Ils refont chemin vers hangar abandonné près des louches bassins pétroliers,
nous ne sommes que cinq voyageurs, moi derrière les deux putes,
aucune précaution : col d'imper beige rabaissé, ceinture à l'arrache.
L'aéré, frustré de ses plumes envolées, fait signe à ventilateur :
il soulève rideau de fer lourd qui couine en coffrage bétonné,
au courant d'air multitude de papiers s'envole, des déchets
passés en broyeuse volettent et les légères en mœurs en chopent
dans les cheveux ; je désincarcère un lambeau d'une boucle charmante.
Un bout de listing informatique – encore en échec du bon mot.
On capte sous moumoute que rideau de fer est coincé définitif
en mode ouverture. Pas d'inquiétude : il s'en construit ailleurs.
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal(le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 23 janvier 2015

Poème express n°569

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jeudi 22 janvier 2015

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 38


Tout en parlant, il regardait
son reflet dans la vitre.
Il aimait les expressions qui animaient ses traits,
sa manière de sourire
et d’attraper l’assentiment de son interlocuteur,
l’intelligence de son regard.
Quand ses mains n’appuyaient pas son discours,
elles effleuraient des parties de son corps
comme pour vérifier
qu’il avait toujours la même consistance.
Il avait mis du temps à s’aimer et il ne voulait pas
laisser cette passion s’éteindre.

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mercredi 21 janvier 2015

Poéme vise suel

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mardi 20 janvier 2015

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 15/19



Graines de poireaux, graviers noirs et brillants, minuscules dans la paume de la main. Ils ont allongé leurs cheveux verts à travers la ligne noire, petite maternité du poireau. Crayons verts et blancs, transplantés aujourd’hui, noués, groupés en poignées de cinquante, dans la main du jardinier coiffeur, la main gauche. La droite tient le couteau. Les racines blanches, touffues, des cheveux ébouriffés. On coupe en brosse stricte. Les feuilles vertes, uniformes taillés pour un alignement disciplinaire. Page nouvelle de leur histoire qui s’écrit dans le sol du jardin. Une autre ligne est tracée. Le plantoir d’acier avance, aiguille de machine à coudre, comme un rayon laser qui inscrit dans la terre, les perforations. Tête en avant, chaque plant de poireau glisse dans son trou personnel et l’arrosoir déclenche des éboulements boueux. Ça la fera pousser, la chevelure du poireau, punk rustique.

Photo Josiane Suel, texte Lucien Suel 
Traduction en néerlandais par Johan Everaers
Preizaad, zwart en glimmend gruis, minuscuul in je handpalm. Hun groene haar hangt over de zwarte lijn, het  vroege moederschap van de prei. Groen met witte potloden worden vandaag verplant. Ze zijn bij elkaar  geknoopt, samengebracht tot bosjes van vijftig. In de hand  van de links knippende tuinkapper. In z’n rechter het mes. De witte onoverzichtelijke kluwen wortels, het verwarde haar. Zorgvuldig wordt er op lengte geknipt. De groene bladeren, gelijkgeknipt om netjes in de rij te staan. Een nieuwe bladzijde van hun geschiedenis wordt in de grond van de tuin geschreven. Er wordt nog een lijn getrokken. Het pootijzer vordert, de naald van een naaimachine, als een laserstraal die de perforaties in de aarde schrijft. Vol vertouwen glijdt elk preiplantje in z’n eigen plantgat en de gieter zorgt voor een complete modderverschuiving. Daar groeit het van, het preikapsel, boerenpunk.

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lundi 19 janvier 2015

Collage de Claude Pélieu (26)

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samedi 17 janvier 2015

Il pleut ou il fait beau... (42)

En terrasse de hutte rideaux s'empilent en strates, toutes humides :
émue gaze aqueuse en œil du héros mécano porteur de bien-aimée
inoubliable en pente lumineuse avec plumes d'autruches en raie accueillante ;
écran ruisselant des bambous liés en pente faisant toit par-dessus Cinzano ;
brume évaporée qui fuite des marigots coupant la rue entre terrasses ;
même écran chez adipeux suspect, drainé sous couvert de bambous congénères,
et enfin voile de formes humaines en émeute, énervées en casque,
embrasées sous moumoute ou exubérantes en mains vides d'aérateur.
Corps sont en mouvement et sur les corps membres en tumulte,
en agonie les doigts dansent, bout vaporeux des lèvres tremblantes susurre.
Coulé en transat, imper tenant du plaid, je célèbre en béat
jugement des suspects : coupables – moumoute de traviole le prouve en sommet.
Dorénavant actions ponctuelles viendront subites ébranler le couple jusqu'à renverser.
Papier disparu aux rideaux tirés est de mémoire en instant lointain,
non refroidi en quête bien que mon corps repose en paix.
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal(le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 16 janvier 2015

Poème express n°545

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jeudi 15 janvier 2015

LA FATIGUE DES SENS par Hélène Leflaive 37


La tache au plafond avait grandi
de nouveau :
un duvet de moisissure noire
qui partait de l’angle de la pièce,
situé juste au-dessus du lit.
Il avait pensé dormir ailleurs.
Il se doutait que le problème
ne serait pas simple à régler.
Quand il voulut vérifier si la surface était encore humide,
ses doigts s’enfoncèrent dans le plâtre.

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posted by Lucien Suel at 07:38 3 comments