mercredi 17 janvier 2018

L Suel à l'aveuglette en 2001 avec Sonic Youth et Soft Machine (5/5)

En août 2001, Philippe Robert m’a interviewé longuement sous la forme d’un blind test. Il m’a donc envoyé par la poste (hé oui!) une cassette d’une dizaine de morceaux, à charge pour moi de les reconnaître et de répondre aux questions ayant un lien avec ce que j’avais entendu. Cet entretien a été publié en septembre 2001 à Grenoble dans le n° 49 de « Revue et corrigée ».
Nous le publions en cinq parties au Silo. Voici le cinquième épisode (bande-son : Sonic Youth et Soft Machine.)

9.
Sonic Youth "Tunic"
Heldon ? Savage Republic ? Non, bien sûr, Sonic Youth et en plus je porte le t-shirt de l'album Goo ! Et autre coïncidence, je viens de leur envoyer le CD de Potchük et aussi le bouquin de d.a. levy que j'ai édité, avec la musique qu'Arnaud Mirland a composé pour accompagner ce long poème... Tout ça à cause de leur album récent "nyc ghosts & flowers" dans lequel la chanson small flowers crack concrete est un hommage à d.a. levy, en prime, sur la couverture du livret, une peinture de Burroughs ! No comment!

Claude Pélieu dit que les musiciens ont réussi là où les poètes ont échoué. Qu'en penses-tu ?
Pourquoi as-tu monté Potchük ?

Je viens juste d'avoir des nouvelles de Claude. Je ne connaissais pas cette phrase de lui. Je ne sais quoi répondre. Je ne fais pas trop de différences entre poètes et musiciens. Quant à la réussite ! C'est quelque chose de très relatif ! Le fait est que le livre semble en perte de vitesse par rapport aux autres supports de diffusion, mais d'un autre côté, quand on est dans "l'underground", on ne se soucie pas du nombre des supporters. Une vraie rencontre de temps en temps est satisfaisante, eu égard au nombre d'habitants de la planète, sans tenir compte de ceux qui sont déjà morts, et de ceux qui ne sont pas encore nés. Alors, réussite ? Mais peut-être, ai-je mal interprété ?
La plupart du temps, les musiciens de rock sont aussi des poètes, et parmi les poètes que je connais, beaucoup ont une expérience de la scène, du contact avec le public, que ce soit en solo ou avec des musiciens. Il y a de plus en plus d'expériences de mixage... Ainsi, c'était intéressant d'écouter ce que Serge Teyssot-Gay a fait à partir du texte de Georges Hyvernaud. Il m'est arrivé cette année de travailler avec le chorégraphe Dominique Jégou. Une expérience étonnante, une danseuse de la compagnie improvisant sur la lecture d'un de mes poèmes... Je suis d'accord avec Julien Blaine qui dit en gros : "Je suis vivant, je suis un poète vivant, et tant que je suis vivant, la poésie passe par mon corps, elle n'est pas figée sur le papier..."
C'est une des raisons pour lesquelles j'ai créé Potchük. Potchük existe depuis 1990. C'était d'abord un duo : Thomas, mon fils (14 ans à l'époque) à la batterie et moi à la guitare basse. Dès le début, c'était spontanéiste, free-rock punk, voire death métal, entre poésie sonore et bruitisme intégral. Je murmure, psalmodie, chante ou hurle mes textes, des poèmes tirés de mes livres, des ready-made (style mode d'emploi ou listes diverses) ou des improvisations à partir de documents pris au hasard. Guillaume Marien (membre de Gomm) nous a rejoints avec guitare et effets, puis Benoît Queste avec son sax alto qui donne une coloration nettement plus free-jazz. Potchük n'aurait pas existé sans les grands anciens comme Captain Beefheart et Sun Ra.
Une autre raison est que j'aimais l'idée de créer mon groupe de rock alors que je venais d'atteindre un âge plus que respectable ! Et tout ça est tellement amusant. J'adore reprendre avec le groupe le Surfing Bird des Trashmen, un morceau qui nous réveillait le matin au dortoir quand j'avais 15 ans !

10.
Soft Machine "Moon in june"
Soft machine, Third, Moon in june, Robert Wyatt ! Reconnu à la première note, et pour cause, un ami nous a offert ce disque lors de notre mariage en 1971, 30 ans déjà ! Mon exemplaire, album double, impression kraft, magnifique photo en couleurs du groupe en page intérieure, il craque horriblement. On l'a écouté tellement souvent. Je me souviens avoir acheté les deux premiers albums de Soft Machine au Monoprix de Lens en 1969 (on n'y vendait pas que des déchets à l'époque !). J'ai vu le groupe en concert dans l'église Saint-Maurice à Lille, avec Gong, c'était grandiose ! Je les ai vus aussi au festival d’Amougies.

Si la Beat generation fait partie de tes premiers chocs littéraires, quels furent tes premiers chocs musicaux ? (souvenirs, souvenirs...)

Ah ! Le festival d'Amougies, c'était quelque chose. Jusque là, mes chocs musicaux, je les avais eus par la radio et les disques (Jailhouse rock d'Elvis, She loves you des Beatles, Satisfaction des Rolling Stones, En roue libre de Bob Dylan qui fut mon premier 33 tours !) Mais c'est lors de ce fameux festival en 1969 que j'ai reçu les plus grands chocs musicaux de mon existence. Découvrir en 3 nuits successives des groupes aussi divers et aussi novateurs, c'est inoubliable. Pour donner une idée : l'Art Ensemble of Chicago, Don Cherry, Captain Beefheart, Frank Zappa, Soft Machine, Musica Elettronica Viva, le GERM de Pierre Mariétan, Pink Floyd, Colosseum, Gong, Sunny Murray, Anthony Braxton, East of Eden...).
Deux ans plus tard, j'ai vu l'Arkestra de Sun Ra à Lille avec Marshall Allen et John Gilmore. J'en ai encore des frissons. Un peu comme lorsque j'ai entendu les premiers disques d'Albert Ayler enregistrés à la Fondation Maeght.
Il y a eu aussi la période punk. Ce qui m'a renversé, c'est le 45 tours de X ray spex "The day the world turned day-glo" et le premier album de Clash.
Plus tard, j'ai aussi eu d'autres révélations en assistant au premier festival Rock in Opposition à Reims, en 1980 je crois, et là, j'ai vu Etron Fou Leloublan, Lol Coxhill, Fred Frith, Michael Nyman, Zamla Mammaz Manna, Univers Zéro, bref, d'autres innovateurs, des musiques stimulantes. Et je n'ai même pas parlé de Throbbing Gristle ou des Residents. Shame on me!

Aujourd'hui, qu'écoutes-tu ?

J'écoute peu de choses récentes. Je n'ai pas trop les moyens de m'acheter des nouveautés... Par contre, j'essaie d'assister aux concerts, c'est toujours mieux, the real thing ! Et en plus, à Lille, il y a un très bon endroit pour ça : La Malterie, rue Kuhlmann.
Je suis aussi toujours touché par mes grands classiques : Captain Beefheart, Albert Ayler, John Coltrane, Sun Ra et pour les plus "jeunes", j'écoute encore Zen Arcade (Hüsker Du), Pussy Galore, Big Black, Butthole Surfers, Sonic Youth, Pere Ubu... J'écoute aussi pas mal de reggae, surtout des chanteurs comme Winston Rodney (Burning Spear) et Ras Michael qui, je l'avoue, me fait presque pleurer...

Je passe aussi pas mal de temps assis dans le jardin à écouter le vent dans les branches des sureaux et du tilleul, les aboiements des chiens, la rumeur de l'autoroute, parfois le grondement sourd des réacteurs, les avions du chef des armées, et puis le tsiep tsiep du pouillot véloce.

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posted by Lucien Suel at 07:35 2 comments

mardi 16 janvier 2018

Liste de personnages célèbres - RDO 25

Récupération des données ordinaires
dans
« L'ambulant panthéon »
(voyageurs couchés : 8, voyageur encore debout : 1)

Bashô consomme trois litres de thé aux cent kilomètres.
Neal Cassady change de voiture en roulant.
Blaise Cendrars peut encore faire de l'auto-stop.
Jack Kerouac trace la route.
Ken Kesey souffle dans l'alkool-aid test.
Benoît-Joseph Labre boucle son chapelet autour de sa taille.
Germain Nouveau fait la manche au péage sur l'A7.
Arthur Rimbaud conduit en état d'ivresse.
Wim Wenders traverse le pare-brise dans un drive-in movie.


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vendredi 12 janvier 2018

Poème express n° 705

posted by Lucien Suel at 07:45 7 comments

mercredi 10 janvier 2018

L Suel à l'aveuglette en 2001 avec Dragibus et Merzbow (4/5)

En août 2001, Philippe Robert m’a interviewé longuement sous la forme d’un blind test. Il m’a donc envoyé par la poste (hé oui!) une cassette d’une dizaine de morceaux, à charge pour moi de les reconnaître et de répondre aux questions ayant un lien avec ce que j’avais entendu. Cet entretien a été publié en septembre 2001 à Grenoble dans le n° 49 de « Revue et corrigée ».
Nous le publions en cinq parties au Silo. Voici le quatrième épisode (bande-son : Dragibus et Merzbow.)


7.
Dragibus "Un roi si capable"
Là, je suis désolé mais je ne connais pas du tout. C'est un collage, une parodie, je pense à Spike Jones...

Tu as aussi une passion pour l'art brut et tous les artistes singuliers...
Je suis touché par ces gens qui, sans souci du qu'en dira-t-on poursuivent une vision, créent dans tous les sens, sans référence à une école, à un enseignement. Ici, près de chez moi, ont vécu des artistes singuliers comme Augustin Lesage, Joseph Crépin, des personnages étonnants comme Benoît-Joseph Labre au XVIIIème siècle, un moine vagabond et pouilleux, un ancêtre des beatniks (le patron des inadaptés sociaux !). Lorsque j'ai écrit le Mastaba d'Augustin Lesage, je n'ai eu qu'à me replonger dans mes propres souvenirs d'enfance, et j'avais l'ambiance, la simplicité et le fantastique quotidien.

Comment définirais-tu ton travail par rapport à ce que l'on appelle traditionnellement poésie ?

D'une manière générale, j'ai justement tendance à identifier poésie et travail. Et quand je dis que je suis un poète ordinaire, c'est à la fois parce que je travaille de manière ordinaire avec des objets ordinaires, mais c'est aussi parce que je mets de l'ordre ou tout au moins, j'essaie d'ordonner les choses, de lutter contre l'entropie. La poésie, c'est aussi un état d'esprit, une façon d'observer le monde. Le poème est de l'ordre de la prophétie, souvent, indépendamment du poète.
Mon écriture est précise, ordonnée, justifiée. Mes collages, ma poésie élémentaire ont au contraire un aspect chaotique et désordonné, mais c'est aussi une façon de réarranger (réenchanter ?) le monde.
Je me souviens que j'avais, en 1989, répondu aux deux questions : "Qui êtes-vous ? " et "A quoi pensez-vous ? ". Mes réponses avaient encadré mes Morceaux Choisis parus en 1990, dans la collection des Contemporains Favoris (Didier Moulinier éd.), y servant à la fois d'exergue et de conclusion. J'écrivais à l'époque :
"Quand je ne pense ni à la mort, ni à la stupidité du monde, ni aux pluies acides, je passe un doigt mouillé sur les filles de papier. Je suis un humaniste...
Maintenant, je suis devenu un peu trop gros pour faire du strip-tease. Et ça n'intéresserait plus grand monde. Je préfère manger des frites de ducasse et avaler de la bière en canettes de 25 cl. Les filles de papier sont plus fidèles que les filles électroniques. Je suis un passéiste."
Douze ans plus tard, l'état du monde ne s'est guère amélioré. De ce point de vue, il est bien évident que je peux continuer à affirmer que je suis un passéiste (Les progressistes sont un peu rances !). Je ne passe plus de doigt mouillé sur les filles de papier. Je n'achète plus ni magazines, ni journaux. Je n'ai même plus de récepteur de télévision. Je jette un regard mouillé sur les silhouettes dénudées des arbres, bouleaux, saules, peupliers, se détachant sur l'horizon gris, bleu ou rose. Je regarde le ciel, la ligne des Collines d'Artois ou celle des Monts de Flandre. Je préfère ça à n'importe quelle visite d'exposition artistique.
Comme disait d.a. levy, j'essaie simplement de rester un être humain malgré la technologie. Il m'est difficile de préciser à quoi je pense, je peux seulement dire que ma pensée est un flux. J'essaie de garder le contrôle au présent, entre passé et futur, entre espace et temps, entre forme et contenu, entre poire et fromage. Pour ce qui est de la bière, j'ai considérablement agrandi mon champ gustatif et je lève mon verre de Westmalle à la santé des amies et amis, lectrices et lecteurs.
Mémoire, résistance, vision, humour, voilà mes quatre vérités.

8.
Merzbow "#1, 21.42
Masami Akita, j'ai reçu ses premières cassettes en 1981, Lowest Music & Arts. Il était très engagé dans le mail art network. Il fait preuve d'une belle constance puisque 20 ans après il continue de fabriquer ces musiques concrètes. Un fan de Schwitters comme moi ne peut qu'apprécier et le nom (Merzbau, c'était le nom de la maison qu'il avait bâtie à Hanovre) et la démarche.

Tu récupères beaucoup de déchets...
T'intéresses-tu aux musiques qui se servent de la récupération pour créer de nouveaux environnements sonores ? (noise, techno, musiques électroniques actuelles ?)


C'est notre société qui produit beaucoup de déchets. J'ose dire qu'elle ne produit pratiquement que des déchets. Il y a peu de choses vraiment utiles dans les supermarchés ou les pages des catalogues (et internet, quel fantastique réservoir de déchets !). A la limite, beaucoup de nouveaux produits sont fabriqués directement pour la poubelle. C'est tout naturellement que je recycle ce que je trouve. C'est un principe naturel, lié au jardinage (l'idée de compost culture). Les déchets de toutes sortes et notamment pour ce qui me concerne, dans le domaine du papier imprimé, textes ou images ont tellement proliféré ces dernières années qu'ils deviennent eux-mêmes source de matière première (même dans l'industrie). Pour paraphraser Genesis P. Orridge, on ne dira plus Industrial Music for Industrial People mais "poésie de déchets pour un monde de déchets". Ce qui est vrai pour l'écrit et le visuel l'est aussi pour la matière sonore. Je n'ai pas trop le temps de m'y mettre ou d'en écouter, mais le sampling est pour moi analogue au poème express, au cut-up. Ce n'est pas un hasard si Burroughs a été souvent sollicité par des musiciens travaillant dans ce domaine.

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posted by Lucien Suel at 08:23 0 comments

lundi 8 janvier 2018

Liste des quartiers de la ville de Tourcoing -RDO 24

Récupération des données ordinaires
dans
« Le sonnet de Tourcoing »

C’est bien, c’est mal, recensement, chacun son tour.
La carbonade, bière ou Bourgogne, regard en coin !
Croix d’encre rouge ! La punition ! Au coin, au coin !
Belle en blue-jeans, contre le mur, contre la tour.

Fines gambettes, string & piercing, jolis atours
La Blanche porte. Flocons d’avoine, gelée de coings
Sur le brun pain, francs ou euros, bistrot du coin.
Epidémie ! Sème la mort aux alentours !

Virolois, vieux rouleau, au jardin, un recoin !
Marie Groette, voix familière, « Ti, t’es d’min coin. »
C’est blanc, c’est noir, Bird, c’est l’oiseau, jazz, jase, Tourcoing.

Attaque : horions, le pont rompu devant la tour,
Le fief des Phalempins. La victoire ! Demi-tour !
Pont de Neuville, d’où le soleil salue Tourcoing !

Liste des quartiers de la ville de Tourcoing :
Malcense, La Bourgogne, Croix rouge, Belencontre
Gambetta, La Blanche porte, Flocon, Brun pain, Francs, Epidème,
Virolois, Marlière, Blanc Seau,
Orions, Le Pont rompu, Phalempins, Pont de Neuville


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posted by Lucien Suel at 08:53 3 comments

vendredi 5 janvier 2018

Poème express n° 704

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mercredi 3 janvier 2018

L Suel à l'aveuglette en 2001 avec Isidore Isou et Frédéric Acquaviva (3/5)

En août 2001, Philippe Robert m’a interviewé longuement sous la forme d’un blind test. Il m’a donc envoyé par la poste (hé oui!) une cassette d’une dizaine de morceaux, à charge pour moi de les reconnaître et de répondre aux questions ayant un lien avec ce que j’avais entendu. Cet entretien a été publié en septembre 2001 à Grenoble dans le n° 49 de « Revue et corrigée ».
Nous le publions en cinq parties au Silo. Voici le troisième épisode (bande-son : Isidore Isou et Frédéric Acquaviva.)


5.
Isidore Isou "Poème pour broyer le cafard"
J'ai d'abord pensé à Henri Chopin, puis à Schwitters, Hugo Ball... J'ai énormément de sympathie, au sens propre, pour ces deux derniers artistes, je connais presque par cœur la Ursonate de Schwitters, et aussi Karawane de Hugo Ball. Des innovateurs sensibles et modestes.

Tu crées une maison d'édition indépendante dans les années 80, la Station Underground d'Emerveillement Littéraire... (quels titres, aussi, outre tes bouquins, pourquoi ces choix, etc)

En 1985, j'ai créé avec ma femme une association 1901, la Station Underground d'Emerveillement Littéraire (pour l’acrostiche) ayant pour but déclaré, la promotion de la lecture et des arts, ce qui permet une activité éditoriale. Fidèle aux idées d’autonomie et de liberté, et ayant écrit suffisamment de choses pour publier un premier recueil, j’ai profité de la vulgarisation des ordinateurs et des photocopieurs pour fabriquer et éditer en 1988, mon premier livre, Sombre ducasse. La maison d’édition était née. J'utilisais les outils et les compétences que j’avais développés en amateur dans des activités de reliure et de sérigraphie, pour l’impression des couvertures et l’assemblage des feuilles, et j'approfondissais l’expérience acquise dans la mise en page de Starscrewer.
Cela faisait une douzaine d’années que j’avais abandonné Starscrewer et je savais que les textes que j’avais publiés et traduits allaient trouver une nouvelle vie et des nouveaux lecteurs. Ainsi est née la Collection du Starscrewer plus particulièrement destinée à des textes liés à la Beat Generation. J’ai fabriqué des petits volumes avec les textes de Burroughs, de Bukowski, d’Orlovsky. Un lecteur, musicien, Arnaud Mirland, découvrant la force et l’actualité du Poème sur la Mort d’un Monastère de Banlieue par d. a. levy (poète américain de Cleveland mort en 1968) travaille en ce moment à la composition d’un environnement sonore, musical et visuel de ce texte, travail qui devrait déboucher sur une nouvelle édition (plaquette + CD). Autre projet pour cette collection, l'édition de River of Red Wine, de Jack Micheline (mort en 1998), street-poet, ami de Bukowski.
Les circonstances et les rencontres amicales autour de la Station Underground d'Emerveillement Littéraire m’ont également incité à y accueillir des textes inédits de poètes contemporains (Michel Champendal, polygraphe ami de longue date, Christophe Tarkos, poète novateur et tout dernièrement, C. Edziré Déquesnes, bluesman picard, tous les trois ayant participé à la collection de la Moue ).
Etant donnés mes contacts aux États-Unis, L’U.F.R. d’anglais de l’université de Lille III m’avait demandé de préparer une anthologie de la poésie visuelle en Amérique du Nord. L’université ayant abandonné sa motivation en cours de route, cette anthologie a été publiée par la Station Underground d'Emerveillement Littéraire.
Il y a à la Station Underground d'Emerveillement Littéraire, trois types de livres : ceux de la Collection du Starscrewer, mes propres ouvrages et les coups de cœur de l’éditeur.
Ainsi, petit à petit, la Station Underground d'Emerveillement Littéraire est devenue une modeste mais vraie maison d’édition. Depuis 1988, 33 livres y ont été publiés. Le nombre d’exemplaires vendus varie, selon les ouvrages, entre 100 et 350. Le procédé d’impression (photocopie en libre service) permet une gestion souple du stock. Le prix de revient reste raisonnable, puisque mon temps de travail n’est pas facturé. Mon rythme de production est lent ; chaque livre est fabriqué entièrement de mes mains à toutes les étapes : saisie du texte (et parfois traduction), mise en page, fabrication de la maquette, tirage en photocopie, pliage, façonnage, assemblage, collage, couture, massicotage, emballage et distribution. La diffusion se fait en majeure partie par correspondance, grâce à l’envoi du catalogue suivant un fichier qui s’est constitué au cours des années par ma pratique des revues, du mail art, des lectures publiques...

Tu participes à des lectures performances de poésie en action...

Outre la performance textuelle (lecture proche de la poésie sonore), je pratique la poésie-action dont je donne ici trois exemples. J'ai osé ma première performance "POESIE CONCRETE" en 1988. J'avais un trac énorme, les mains qui tremblaient. Mais la réception chaleureuse des amis qui assistaient au spectacle a été un tel encouragement que depuis, j'ai répété la chose des dizaines de fois ; trac & tremblements ont quasiment disparu !

"POESIE CONCRETE" :
Debout face à une table, devant le public, je déclenche le magnétophone pour l’enregistrement et je lis des extraits d'un recueil de poèmes. Quand la lecture est terminée, j’arrête la bande, je rembobine et j’enclenche le magnétophone qui rediffuse le texte lu. Pendant la rediffusion, je sors d'un carton un rectangle de grillage et un aquarium en plastique transparent. Je plie le grillage autour du livre et dresse l'ensemble (livre enveloppé dans le grillage) au fond de l'aquarium. Sur le bord supérieur de celui-ci, face au public, j'appose un adhésif sur lequel on peut lire : POESIE.
J'extrais ensuite du carton deux sachets (un de ciment & un de gravier), une auge de maçon et ma truelle. Je verse les deux sachets de gravier et de ciment dans l’auge (nuage de poussière). Je prends la bouteille d’eau, verse et gâche le mortier. Je coule le béton dans l'aquarium, sur le livre et le grillage qui seront recouverts à mi-hauteur. Je prends un second adhésif et le colle sous le premier au bas de l'aquarium. Sur celui-ci, on lit le mot : CONCRETE. J’arrête le magnétophone, sors la cassette et la plonge debout dans le béton. Je nettoie et remballe mes outils.
J'aimerais réaliser cette performance en grand format avec des lettres en néon, une palette de livres de poésie et une toupie de béton amenée par un camion...

"FAIRE SON TROU DANS LA LITTÉRATURE" : Je travaille debout devant une table solide, face au public. Je déclenche le magnétophone. Ma voix enregistrée répète en boucle : « Percer dans la littérature, faire son trou dans le monde des lettres... ».
Avec un serre-joint, je fixe une planche à la table. Je sors mon marteau, des clous et des tenailles. Je prends un livre dans le carton, le pose sur la planche et le cloue aux quatre coins. Je déballe ma perceuse, monte une mèche. Avec la perceuse, en plein centre du livre, je perce un énorme trou. Avec les tenailles, j'arrache les clous qui maintenaient le livre sur la planche. Je tends au public le livre enfilé sur mon majeur. Je prends dans le carton un autre livre à qui je fais subir le même sort. J'invite ensuite le public à choisir dans le carton l'ouvrage qu'il souhaite me voir trouer. Je fais cadeau des livres troués au public. Quand tous les livres sont troués, je démonte ma perceuse et je range mes outils.

"L’ÉCRITURE DES VERS" : J'installe sur la table des coupelles dans lesquelles je dépose de la gouache. J'étale des feuilles vierges. Je prends dans une boîte un par un des lombrics de mon jardin. Je les trempe dans la gouache étendue d’eau. Je les dépose sur les papiers. Je présente ensuite au public un écriteau sur lequel j'ai écrit en grandes lettres "L’ÉCRITURE DES VERS". Lorsque les vers ont terminé d'écrire, je montre au public le résultat.
Après leur travail, les vers regagnent le jardin.
J'aimerais bien pour cette pièce utiliser un système de rétro-projection sur transparent, ou une caméra vidéo qui permettrait au public de pleinement apprécier le travail poétique du ver...

6.
Frédéric Acquaviva "Coma, pour seize guitares électriques et voix"
Je reconnais la voix de Pierre Guyotat ; j'ai vu cette séquence chez des amis, une émission télé, Océaniques, je pense, il y a quelques années. C'était fascinant de voir Guyotat dicter à son assistant, fabriquer l'écriture, faire naître le texte, et je me souviens bien du cliquetis des touches. C'était la première fois que je voyais utiliser un ordinateur. Mais la musique qui se glisse dedans, je ne ne sais pas. Frédéric Acquaviva, j'avoue ne pas connaître son travail. J'ai eu récemment un contact avec lui. Il souhaitait se procurer les Moues de veau que Christophe Tarkos a publiées ici.

De quel matériel disposes-tu pour écrire ? (Comment écris-tu tes textes ? à la machine ? je pense au cliquetis de la machine à écrire que l'on entend derrière Guyotat...) ...

J’ai appris à écrire à l’encre avec un porte-plume en bois et une plume sergent-major en acier. Plus tard, dans les années 60, j’ai eu un stylo-bille 4 couleurs. Ensuite, années 70, les crayons feutres et la première machine à écrire, une Underwood Standard d’origine achetée 30F chez un brocanteur. Elle fonctionne toujours. C'est avec elle que je maquettais Starscrewer, avec elle que j'ai tapé les premiers poèmes justifiés. J’ai imprimé mon premier livre, Sombre ducasse, à 30 exemplaires, en utilisant une imprimante à aiguilles et 5 rubans. Le traitement de texte s’appelait Wordstar et c’était sur un PC 286. Je suis rapidement passé à Works 3.0 sur un 386. J’ai écrasé Wordstar comme si c’était un vieux crayon usé. J’écris actuellement ce texte directement en corps 12 Times New roman en utilisant Word 6 sur un 486 muni d’une imprimante laser. Cet été, j’ai aussi écrit un poème sur le sable à marée basse, avec un morceau de bois ramassé sur la plage.
D'une manière générale, j'écris à la main tout ce qui est courrier personnel. Pour le reste, l'ordinateur est tellement pratique, couper-coller (tiens donc !), dictionnaire intégré, synonymes (d'une grande aide pour l'écriture des poèmes arithmogrammatiques !).
Mais j'aime encore me salir les mains, travailler les poèmes express à l'encre de chine, utiliser les ciseaux et la colle, les timbres en caoutchouc et les tampons encreurs.

Le jour où tout s’arrêtera, où même les disques durs se ramolliront, je pourrai toujours graver mes mots sur le mur de ma cave avec un morceau de charbon, ou, de façon plus optimiste, sur le sable des plages de la Mer du Nord en me servant peut-être d’un vieux bout de CD-ROM. 

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vendredi 22 décembre 2017

Poème express n° 703

posted by Lucien Suel at 07:34 2 comments

mercredi 20 décembre 2017

L Suel à l'aveuglette en 2001 avec William Burroughs et Julien Blaine (2/5)

3.
William S. Burroughs "K-9 was in combat with the Alien Mind-Screens"
William Burroughs, je connais tellement bien sa voix. J'avais vu une photo de lui dans un dossier du Magazine Littéraire, le n° 2 en 1967, je pense. C'est seulement trois ans plus tard que j'ai pu lire ses livres. Et depuis, je crois bien que je les ai tous lus, jusqu'au dernier, Ultimes paroles, lu cette année avec beaucoup d'émotion.
J'ai tout de suite essayé et adopté le cut-up. C'est beaucoup plus satisfaisant que l'écriture automatique des surréalistes. L'idée de couper dans des textes existants, de les manipuler, d'utiliser le "hasard" pour produire des images et stimuler l'imagination, détruire les discours imposés, briser les lignes d'association, comme le dit Burroughs, recycler de la littérature morte, écrire avec une paire de ciseaux ou un cutter, tout ça me convient parfaitement, dans ce monde, à cette époque. C'est une évidence de dire que nous vivons sur ce mode cut-up, du collage, du mixage des productions, des sensations ; le tout est de s'en rendre compte, d'être en éveil, toujours, à chaque instant et de s'en servir...

Comment as-tu découvert le cut-up et qu'a t-il représenté pour toi ?

Je viens d'écrire un opuscule intitulé Coupe-Carotte, dans lequel je présente ma pratique du cut-up et comment celui-ci a influencé mon écriture entre 1972 et 1997. Ce petit volume doit paraître prochainement aux Éditions Derrière La salle De Bains. Voici en gros les divers aspects qu'a pris cette forme de travail du texte au cours des années et des expérimentations successives. J'avais déjà utilisé la méthode dada des mots placés dans un chapeau et transcrits dans l’ordre de leur apparition. Ensuite, je suis passé au cut-up classique réalisé à partir de pages de mes carnets de notes dans les années 70 (pages coupées en 4 et scrupuleusement ré-assemblées selon les principes mis au point par William Burroughs et Brion Gysin). Allant plus loin, j'ai testé le cut-up de cut-up avec effets sonores ajoutés (tout ce travail était mené parallèlement à l'usage du magnétophone à bande, découpes, manipulations, épissures, toutes choses qu'on fait aujourd'hui d'un mouvement de souris). J'ai aussi pratiqué le cut-up mental. Par exemple, en prenant des notes, dans un train, dans une réunion,... La prise de notes se fait automatiquement, donc, en sautant des mots et des phrases. Le sens n’a aucune importance (on écrit ce que l’on entend au moment où l’on écrit) d’autant que s’ajoutent aux bribes du discours initial, des considérations personnelles sur le cadre de l’action (lieu, bruits, odeurs...) et sur les particularités des protagonistes.
Je suis arrivé au poème express lorsqu'au lieu de couper, j'ai commencé à raturer les textes, à caviarder les pages, depuis les tracts politiques ou syndicaux, jusqu'aux prospectus publicitaires en passant par les romans à succès... Le poème express est, comme le cut-up (!), une réponse à l’angoissante (hum !) question de la page blanche, puisqu’il commence à partir d’une page déjà écrite, imprimée, le plus souvent, page arrachée d’un roman d’amour ou d’un roman policier. Il suffit de biffer le maximum de mots, de lignes jusqu’à arriver à une combinaison satisfaisante pour l’esprit ; une autre façon de briser les lignes d’association...
Le mixage dérive du cutup, lorsqu'on mélange des bribes de journal avec par exemple, des paragraphes découpés dans un roman pornographique. Le même procédé permet aussi la création de situations pseudo-romanesques. Ainsi, j'ai rédigé un court roman expérimental intitulé Le Lapin mystique dont les deux premiers chapitres ont été composés en mixant quelques pages d’un roman policier de Mickey Spillane avec des lettres de la carmélite Xavérine de Maistre. Le reste du roman a pour fonction de justifier les "bizarreries" initiales. Le résultat donne une intrique cyclique puisque le livre achevé, on peut le relire dans une optique "logique".

Qu'est-ce que l'écriture justifiée (comment t'est venue l'idée, etc ) ?

L'écriture en vers justifiés que je préfère maintenant appeler vers arithmogrammatiques (l'expression est de Jean-Pierre Bobillot) est presque une forme de cut-up inversé. Le nombre de caractères dans chaque ligne (vers) est déterminé à l'avance en fonction du sujet. On ne compte pas les syllabes ou les mots, on compte les signes typographiques. L'idée m'en est venue alors que je réalisais à la machine à écrire les maquettes de mon magazine Starscrewer. Pour un texte de Claude Pélieu, je voulais obtenir cet effet de justification, alignement du texte des deux côtés comme dans les magazines. On fait cela maintenant d'un mouvement de souris (bis). Mais pour y parvenir avec une vieille Underwood, il fallait ajouter un espace ici, en enlever un là... J'ai alors imaginé d'écrire des textes dont les lignes seraient exactement de la même longueur. Lorsque les mots sont trop longs, ils ne sont pas coupés mais transformés. Ils peuvent être remplacés par un synonyme, ou changés de place, ou supprimés (cette contrainte est aussi un bon moyen de chasser les clichés !). Dans tous les cas, le texte original est modifié, non plus par le coup de ciseaux, mais par la justification imposée. Pour que cette particularité apparaisse dans la page, il est nécessaire d’imprimer le texte en utilisant comme sur les machines à écrire une police à espacement fixe.
A partir de là, j'ai aussi écrit des textes d'allure géométrique, triangles avec des vers à nombre croissant ou décroissant de signes, blocs carrés... Ainsi, les textes de la série ÉTOILE POINT ÉTOILE (*.*) proviennent tous du magazine Moue de veau. Ce magazine (voir plus loin) est composé de débris de textes, dessins, publicités,... d’origines diverses. Les textes sont intégralement recopiés dans l’ordre de leur apparition et forcés à travers le moule d’une justification (37 caractères par ligne). Les différentes techniques peuvent se combiner entre elles. Ainsi, on peut à partir d'un roman, produire une série de poèmes express que l'on retranscrira avec une contrainte typographique de 23 signes par ligne... La poésie est infinie...

Il y a chez toi un vrai souci de mise en forme graphique de la matière textuelle. Tu pratiques le collage et le poème express...

C'est probablement mon expérience de "revuiste" qui est à l'origine de cet aspect visuel de mes textes, que ce soit les poèmes express avec leurs gros traits de feutre noir, les collages instantanés dans lesquels je recycle ce qui passe sur ma table de travail, brouillons, courriers reçus, enveloppes, débris d'images, de dessins, ou cette nouvelle série que j'appelle "poèmes à compléter", où à partir d'un petit morceau déchiré de texte existant, on essaie de réintroduire un sens en ajoutant à droite et à gauche, au-dessus et en dessous, encore un effort de reconstruction, la lutte quotidienne contre l'entropie...

Comment se déroule une journée de Lucien Suel ?

Depuis que j'ai cessé toute activité salariée régulière, mes journées se déroulent en gros de la même façon. Je me lève tôt, je fais le tour du jardin. Je lis (magazines, revues). Suivant le temps qu'il fait, je travaille à mon bureau (courrier, écriture...) ou je travaille dehors (jardinage, bricolage, actuellement chantier de construction...). Même chose l'après-midi. Le soir, je lis plutôt des livres... Depuis plusieurs années, je n'ai plus la télévision, ce qui représente un gain de temps considérable, et je ne suis pas non plus relié à Internet (bien qu'on puisse m'y retrouver, notamment sur WWW. KITUSAI.COM & WWW.MULTIMANIA.COM/TAPIN (fermés aujourd'hui)). Voilà le déroulement d'une journée ordinaire, c'est à dire quand je ne suis pas en voyage pour une lecture publique, un concert de Potchük, un atelier de poésie, une résidence d'auteur...

Le jardinage est important pour toi ? (Quel rapport avec l'écriture ?)

Le jardinage est indispensable. Je peux encore faire des gestes qui furent ceux de mes plus lointains ancêtres. Leur étant relié de cette façon, je le suis aussi dans la contemplation du ciel et de ce qui reste de nature. La production de sa propre nourriture est un élément important d'autonomie. Je considère cela comme une forme de résistance. L'aspect quasi-mécanique de certains mouvements répétitifs libère l'esprit et favorise la naissance d'idées qui se traduiront plus tard dans l'écriture. D'ailleurs, le travail sur la terre, dans la terre, est analogue à celui de l'écriture. Tracer des lignes, laisser tomber les graines de gauche à droite... J'avais même imaginé que le geste de percer des trous dans la ligne avec un plantoir d'acier pour repiquer des poireaux était analogue au mouvement du rayon laser qui grave le glass-master d'un cd !

Tu habites où ?
Tu ne déménagerais pour rien au monde ?

J'habite depuis un mois une maison que ma femme et moi avons entrepris de retaper et d'agrandir de nos mains dans un hameau des Collines d'Artois. J'ai en effet dû quitter la maison de mon enfance que j'occupais depuis 23 ans, à la suite de l'installation d'une station de lavage de voitures sur le terrain mitoyen. C'était insupportable (le bruit des aspirateurs, des tuyaux d'arrosage sous pression, la vulgarité des amateurs de tuning...). Nous avons pris la décision de partir.

4.
Julien Blaine "Gorge humide"
J'ai pensé à Jaap Blonk avec qui j'ai participé cette année au Polypoetry festival à Maastricht. Il produit des sons étonnants uniquement avec la voix. Bien sûr, c'est du côté de la poésie sonore. Je ne connais pas cette pièce de Julien Blaine. Lui, par contre, je le connais bien. Depuis 1978, on s'échange du courrier, des revues. Je l'ai rencontré pour la première fois en 1997 à Lyon pour un festival de poésie-action. Il est impressionnant sur scène, et aussi dans la vie. C'est un vrai poète. Il est vivant. C'est grâce à lui et à sa revue DOC(K)S, que je suis entré dans le réseau planétaire de l'art postal (le Mail art). Depuis, j'ai participé à plusieurs centaines d'expositions d'art postal dans le monde entier sur les thèmes les plus divers. Les principes des expos mail art sont : pas de jury, pas de choix (on expose tout), pas de cotisation et un catalogue aux participants. Aujourd'hui, je participe moins à ces expositions collectives et je privilégie plutôt les contacts directs d'artiste postal à artiste postal. Quand on a choisi comme moi d'habiter un endroit isolé, l'art postal, base de la poésie élémentaire, est un excellent moyen de communiquer et de créer.
J'ai entretenu une correspondance avec des centaines d'autres mail artists de partout. J'ai fait la connaissance de gens charmants et intéressants. Ainsi, cet artiste postal de Belgique, Peter Moreels, m'envoyait ses dessins, ses cassettes (Il diffusait, par la poste bien sûr, des cassettes de groupes de rock de Tchécoslovaquie). J'étais intrigué, l'adresse de Peter était à Tournai et son courrier arrivait de Dunkerque, de Béthune, de Hasselt, de Rotterdam. J'ai su qu'il était batelier. Il répondait au courrier chaque fois que sa péniche attendait un nouveau chargement. Comme le Canal d'Aire à La Bassée passe à 2 km de chez moi, la rencontre a eu lieu. Il livrait un chargement de sable pour la cristallerie d'Arques. Au retour, il a amarré sa péniche près du pont de Guarbecque. Nous avons passé plusieurs journées délicieuses. J'ai vu son petit bureau de mail-artist à l'avant de la péniche, je lui ai montré mes archives postales... Quand il a obtenu un chargement de blé à Béthune, nous avons fait le voyage ensemble. Maintenant, Peter a vendu sa péniche et il habite Bruxelles mais j'ai toujours son adresse.
Dès qu'il fait beau, (je l'ai dit déjà), je travaille à l'extérieur, au jardin. C'est la pluie et le froid qui provoquent mon activité d'artiste postal. Installé au chaud avec mes tampons, ma colle, mes découpages, je fabrique des envois, je recycle des enveloppes, je réponds au courrier... Alexandre et Katherine Hirka, mail-artists du Vermont (Nord-est des USA) m'ont un jour envoyé, parmi d'autres choses, un fond de paquet de graines de tomates (3 graines). J'ai réussi à multiplier sur deux ans le nombre de graines. Un jour, dans le Vermont, ils ont reçu la photo en couleurs de mon jardin avec la trentaine de plants de tomates hauts d'un mètre cinquante et couverts de fruits. L'art postal est aussi du jardinage. Eric Adam m'a envoyé de Bruxelles un paquet de graines de choux de Bruxelles, l'adresse écrite sur le paquet. C'est une belle enveloppe qui fait un petit bruit de maracas. Je ne l'ai pas encore ouverte...

A un moment donné, tu découvres le mail-art via la revue DOC(K)S, et tu entreprends la publication des Moue de veau...

Le n° 0001 du magazine culturel Moue de veau porte la date du 2 janvier 1989. Il s'agissait de créer un organe de presse portant le titre contrepétant de Moue de veau, titre induisant les 3 orientations suivantes : un contenu à base de déchets, un regard dubitatif sur le monde et une mise à l'honneur du veau sous toutes ses formes. A partir de 1996 (n° 619), les numéros ordinaires ont chaque fois été fabriqués par une personne différente. Cette personne était choisie parmi les correspondants de la revue. Un modèle unique de maquette était proposé à la créativité des personnes choisies. La maquette reçue à la rédaction se voyait attribuer un numéro et une couverture. Le numéro terminé était tiré à 23 exemplaires. La personne qui l'avait réalisé recevait en retour trois exemplaires de la revue, un exemplaire de son numéro ainsi que l'exemplaire précédant et celui suivant le sien. Par ailleurs, la collection de l'anthologie permanente du veau (numéros spéciaux de la Moue) rassemblait des phrases prises dans la littérature mondiale. Ce sont toutes les phrases qui comportent le mot VEAU. 23 veaulumes de l'anthologie sont parus contenant 223 citations.
Le flot de littérature commerciale (prospectus de supermarché, catalogues de livres rares, courriers en faveur de l'électrothérapie, propositions d'abonnements aux journaux de Paris, propagande publicitaire ou politique, etc...) continue de couler dans les boîtes aux lettres, fournissant la matière première nécessaire à la fabrication de la Moue, mais le dernier numéro, n° 1111, a été publié le 11-11 1998. La Moue est morte. Vive la Moue !
Précision : La Moue n'est pas vraiment morte puisque tout un chacun peut commander à son aise des copies des numéros édités entre 1989 et 1998 en choisissant dans le catalogue des Moues qu'on peut consulter sur le site internet WWW.KITUSAI.COM (fermé aujourd'hui).


Pourquoi t'es-tu arrêté, et comment vois-tu la somme de travail accompli ?
Parmi le millier de références que représente ce "work in progress", quelles sont celles, qu'avec le recul, tu retiens plus particulièrement et pourquoi ?

Je me suis arrêté parce que tout simplement, dix ans, ça suffit. C'était un travail, si l'on veut, mais je me suis surtout bien amusé. Ce qui m'a plu dans Moue de veau, c'est le côté dérisoire de la chose, la gratuité de tout ça, l'exact contraire d'une activité efficace et rentable.
Bien sûr, des artistes "célèbres" ont participé à la Moue. Mais les numéros que je retiens sont ceux des simples amateurs qui ont consciencieusement rempli leur maquette et me l'ont retournée. Je suis heureux qu'ils aient exercé leur liberté en produisant ce petit ouvrage.

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posted by Lucien Suel at 07:38 5 comments

lundi 18 décembre 2017

Liste des proverbes à la noix - RDO 23

Récupération des données ordinaires
dans

« Proverbes à la noix » 
Abondance de noix ne nuit pas.
Aide-toi, la noix t'aidera.
Après la noix, la noirceur.
Au royaume des ânes, la noix est reine.
Aux grosses noix, les grosses coquilles.
Avant la noix, c'est pas la noix. Après la noix, c'est plus la noix.
Avec des noix on mettrait Courtrai en bouteille.
C'est à la noix qu'on connaît le noyer.
C'est avec les vieilles noix qu'on fait la meilleure huile.
C'est en noyant qu'on devient noix.
Chacun pour noix et âne pour tous.
Chassez la noix, elle revient au marteau.
Comme on connaît ses noix, on les honore.
Comme on fait sa noix, on se mouche.
Des noix et des noyers, on ne discute pas.
En avril, ne te découvre pas les noix, en mai fais ce qu'il te plaît.
Fais ce que noix, advienne que nouera.
Faute de noix, on mange des merles.
Grand vent abat petite noix.
Il faut de tout pour faire une noix.
Il faut laisser les noix cueillir les noix.
Il faut qu'une noix soit ouverte ou fermée.
Il faut que noix se passe.
Il faut tourner sept noix dans sa bouche avant de croquer.
Il n'est bonne noix que de Courtrai.
Il n'y a pas de noix pour les braves.
Il n'y a pas de noyer sans noix.
Il n'y a que la noix qui sauve.
Il n'y a que la première noix qui goutte.
Il n'y a que les noix qui ne se rencontrent pas.
Il ne faut pas courir deux noix à la fois.
Il ne faut pas dire : noix, je ne mangerai pas de ta chair.
Il ne faut pas juger de la noix par sa coquille.
Il ne faut pas mélanger les noix avec les torchons.
Il ne faut pas mettre la charrue avant les noix.
Il ne faut pas parler de noix dans la maison d'un noyé.
Il ne faut pas prendre les noix du bon Dieu pour des canards sauvages.
Il ne faut pas remettre à deux noix ce qu'on peut faire avec une seule.
Il ne faut pas réveiller la noix qui dort.
Il ne faut pas vendre la peau de la noix avant de l'avoir ramassée.
Il pleut il fait froid c'est la fête à la noix.
Il vaut mieux s'adresser à Dieu qu'à ses noix.
Jamais deux sans noix.
L'homme est un loup pour la noix.
La faim chasse la noix du bois.
La noix c'est de l'argent.
La noix des uns fait l'huile des autres.
La noix du crapaud n'atteint plus la rue blanche.
La noix est dure, mais c'est la noix.
La noix est mauvaise conseillère.
La noix n'a pas d'odeur.
La noix ne fait pas le bonheur.
La noix ne fait pas le moine.
La noix vient en mangeant.
La nuit, toutes les noix sont noix.
La parole est d'argent, la noix est d'or.
Les belles noix se rencontrent.
Les bonnes noix font les bons gâteaux.
Les dernières noix seront les premières.
Les grandes noix sont muettes.
Les noix aboient les ânes passent.
Les noix ont toujours raison.
Les noix ont toujours tort.
Les noix quittent le navire.
Les petites noix entretiennent la moitié.
Mieux vaut noix que jamais.
Noix au balcon, omelette aux lardons.
Noix d'argent n'est pas mortelle.
Noix du matin, purin, noix du soir, arrosoir.
Noix ou biscuit, il faut choisir.
Nul n'est censé ignorer la noix.
Nul n'est noix en son pays.
On n'apprend pas à une vieille noix à faire des grimaces.
On n'est jamais si bien servi que par noix-même.
On ne badine pas avec les noix.
On ne fait pas d'omelette sans casser des noix.
On ne meurt qu'une noix.
On ne peut pas être à la fois à la noix et au noyer.
On ne peut pas être noix et avoir été noix.
On ne prend pas les noix avec du vinaigre.
Pas de noix, bonnes noix.
Petit à petit l'oiseau fait sa noix.
Plaie de noix n'est pas mortelle.
Plus on est de noix, plus on rit.
Plus on remue la noix, plus elle mue.
Quand la noix est tombée, il faut la manger.
Quand la noix n'est pas là, les houris dansent.
Quand la noix va, tout va.
Quand on n'a pas la noix qu'on aime, il faut aimer la noix qu'on a.
Quand on parle de la noix, on en voit la queue.
Qui a peur des noix n'aille pas au bois.
Qui casse les noix les paie.
Qui ne dit noix consent.
Qui paie ses noix s'enrichit.
Qui sème la noix récolte la tempête.
Qui va à la noix perd sa voix.
Qui veut noyer sa noix l'accuse d'être en nage.
Qui vole une oie vole une noix.
Quiconque se sert de la noix périra par la noix.
Rendez à la noix ce qui est à la noix.
Si tu veux la noix, prépare la fève.
Si vous n'aimez pas les noix, n'en dégoûtez pas les autres.
Tant va la noix au marteau qu'à la fin elle se casse.
Tel est noix qui croyait noyer.
Tout ce qui brille n'est pas noix.
Toute noix mérite salaire.
Toute noix n'est pas bonne à dire.
Toutes les noix mènent à Rome.
Une bonne noix est une noix mangée.
Une noix avertie en vaut deux.
Une noix n'est jamais perdue.
Une noix ne fait pas le printemps.
Une noix perdue, dix de retrouvées.
Une noix peut en cacher une autre.
Une noix pour chaque chose et chaque noix à sa chose.
Une noix vaut mieux que deux tu l'auras.

Ces proverbes furent publiés un par un sur mon compte Twitter


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posted by Lucien Suel at 07:34 5 comments

vendredi 15 décembre 2017

Poème express n° 702

posted by Lucien Suel at 07:23 6 comments

mercredi 13 décembre 2017

L Suel à l'aveuglette en 2001 avec J Kerouac et P Smith (1/5)

En août 2001, Philippe Robert m’a interviewé longuement sous la forme d’un blind test. Il m’a donc envoyé par la poste (hé oui!) une cassette d’une dizaine de morceaux, à charge pour moi de les reconnaître et de répondre aux questions ayant un lien avec ce que j’avais entendu. Cet entretien a été publié en septembre 2001 à Grenoble dans le n° 49 de « Revue et corrigée ».
Nous le publions en cinq parties au Silo. Voici le premier épisode (bande-son : Jack Kerouac et Patti Smith).

1.
Jack Kerouac / Steve Allen "Readings from On the road and Visions of Cody"
Jack Kerouac lisant un extrait de sur la route, j'entends Dieu qui s'adresse à lui et lui dit : "go moan for man". Il parle de son frère mort, de son père mort, de sa mère au loin... Cette lecture accompagnée au piano est dans ma tête depuis le début des années 70. J'avais réussi à en capter un extrait à la radio, chose rare à l'époque. J'avais aussi une cassette de Burroughs éditée en Allemagne et j'ai expérimenté mes premiers collages sur bande magnétique en mêlant les voix de Kerouac, Ginsberg et Burroughs, plus un extrait du premier album des Fugs. C'est de Kerouac que je me suis toujours senti le plus proche, par l'éducation, la religion (catholique par l'éducation et bouddhiste par l'étude), ce balancement continu entre être dans le monde et se retirer du monde... et quelle œuvre ! Ces temps-ci, soirs d'été, je me délecte à lire Dharma, le grand inédit posthume (comme annoncé en couverture), en fait un immense collage journal émouvant, érudit et poétique...

La Beat Generation semble être à l'origine de ta vocation d'écrivain... Tu as rencontré Claude Pélieu et édité Starscrewer en France... Y a t-il d'autres écrivains qui t'ont marqué et pour quelles raisons ?

Les écrivains qui m'ont vraiment marqué sont dans la beat generation, Kerouac et Burroughs, dans le vingtième siècle français, Louis-Ferdinand Céline et Georges Bernanos, et dans le 19ème siècle, Joris-Karl Huysmans et Léon Bloy ; je peux ajouter le poète Arthur Rimbaud et tous ceux du mouvement dada. Je fais aussi un cas particulier des Chants de Maldoror, le livre qui a marqué ma jeunesse... Il y a deux ans, à Liège, Jacques Izoard qui me questionnait en public s'étonnait de me voir citer Bernanos avec Burroughs, à quoi je répondais que tous ces écrivains ont en commun d'être des révoltés, de dénoncer la société moderne, l'oppression machiniste et technicienne, le contrôle pseudo-démocratique, la tyrannie de l'économie, la destruction de la planète au nom du progrès, et tout cela toujours lié chez eux à un évident souci du langage, du style et de la forme.

2.
Patti Smith "Piss factory"
J'ai ce 45 tours. "Piss factory" est la face B avec Lenny Kaye. La face A, c'est "Hey Joe" avec Tom Verlaine à la guitare et toute l'histoire de Patty Hearst avec la Symbionese Liberation Army. J'aime bien ce côté talking blues, un truc d'écrivain. J'ai vu Patti Smith lors de son retour sur scène en 1998. Elle est passée à Dranouter, un grand festival folk en Flandre belge, pas loin de chez moi. J'y suis allé avec ma fille Marie qui chante aussi dans un groupe (Gomm). C'était très émouvant de voir Patti Smith, quinquagénaire comme moi, avec cette énergie, cet humour. Elle avait commencé en lisant un extrait de "Howl" de Ginsberg qui venait juste de mourir. J'étais vraiment très ému...

Le numéro 11 de Starscrewer est consacré au punk, quelque chose d'important pour toi...
Sur Radio-Banquise, tu as programmé beaucoup de garage et de hardcore...

J'avais publié un poème inédit de Patti Smith dans le n° 11 de Starscrewer, en 1978-79. C'était une grande époque de créativité après la récupération des idées des années 60. Bazooka Production, néo-dada, la destruction de la mode, la musique faite par tous... De nouveau, on trouvait des 45 tours à acheter (Desperate Bicycles, Spherical Objects, Buzzcocks, X-ray spex...) Ça n'a malheureusement pas duré très longtemps. En 1982, j'ai participé à la création de Radio-Banquise, une radio libre associative. J'avais une émission, "Bris-collage" et je diffusais toutes ces musiques non commerciales, bruitistes, faites à la maison, et qui m'arrivaient par la poste...
Être punk aujourd'hui, ça ne veut plus dire grand chose. Par contre, on peut encore être dans l'underground, le non-académique (en gros, ce dont on ne parle pas dans les médias dominants), dans une logique de l'échange, voire du don, en dehors du profit.
à suivre...


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posted by Lucien Suel at 08:14 0 comments

lundi 11 décembre 2017

Liste des sens - RDO 22

Récupération des données ordinaires
dans

« à VUE de NEZ, la LANGUE glisse sur la PEAU de l'OREILLE »
(poème circulaire en anadiplose)


GOÛT DU SON
SON DE L’ODEUR
ODEUR DE LA CARESSE
CARESSE DE L’IMAGE
IMAGE DU GOÛT
GOÛT DE L’ODEUR
ODEUR DE L’IMAGE
IMAGE DU SON
SON DE LA CARESSE
CARESSE DE L’ODEUR
ODEUR DU SON
SON DU GOÛT
GOÛT DE LA CARESSE
CARESSE DU SON
SON DE L'IMAGE
IMAGE DE L’ODEUR
ODEUR DU GOÛT
GOÛT DE L’IMAGE
IMAGE DE LA CARESSE
CARESSE DE L’IMAGE
IMAGE DU GOÛT

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vendredi 8 décembre 2017

Poème express n° 701

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lundi 4 décembre 2017

Liste des anagrammes du Blosne - RDO 21

Récupération des données ordinaires
dans
Trois extraits de « Journal du Blosne »

III

B L O S N E
venu du ruisseau élevé dans les airs (souvenirs du XXème siècle)

N O B L E S
peuples du blosne chênes centenaires (que deviennent les chouans ?)

L E S N O B
boris enterré dans un linceul de chez dior (un jour peut-être au café-confort)

E N B O L S
le cidre pour accompagner la galette-saucisse (le hot-dog celtique)

B L E S O N
nous avons l'argent nous avons la musique (manque la farine)

B O N S E L
quand on aura la farine il manquera encore l'eau (petit budget grande cuisine)



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vendredi 1 décembre 2017

Poème express n° 700

posted by Lucien Suel at 07:37 7 comments

mercredi 29 novembre 2017

Transformation du poème express

Daniel Cabanis nous propose une interprétation plastique du poème express n° 695 :

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lundi 27 novembre 2017

Liste des nations, des rues et des habitants du Blosne - RDO 20

Récupération des données ordinaires
dans
Trois extraits de « Journal du Blosne »

II
noms croisés

blosneblosne
les gens les
humains dans
les murs les
maisons avec
le plan sous
leurs yeux à
l'aplomb des
regards vers
la terre les
mots croisés

ils sont ici

debout venus
de partout à
l'ouest/nord
devenu ouest
ou sud/venus
de l'est/des
montagnes de
la plaine de
l'artois des
provinces de
france/venus
de bourgogne

de la savoie

picardie île
de-france de
lorraine des
flandres des
pays proches
ou lointains

du maroc des
antilles des
andes et des
balkans puis
de l'afrique

mali sénégal
congo-brazza

ils sont ici

venus encore
d'espagne du
portugal des
montagnes du
laos du pays
hmong encore
des collines
afghanes des
4 kurdistans

d'albanie de
l'algérie de
turquie tous

ils sont ici
ici place de monténégro tous arrivés ici square de slovaquie
ici allée d'estramadure plantés dans promenade d'algarve ici
ici square de macédoine le blosne un allée de la maritza ici
ici avenue des pays-bas monde humain ici square de poméranie
ici condate en bretagne blosneblosne ici carré de saxe cours
de bohême ici square de              transylvanie ici avenue
d'italie boulevard du portugal suzanne place du landrel boulevard de
bulgarie allée de croatie ludovic boulevard de yougoslavie chemin du
landrel solange rue de hongrie boulevard des hautes ourmes square du
cormier square de bosnie bosquets slaves jeux dalmates antoine allée
du danube jardin de l'escalier germain jardins dinariques square des
grisons villa de moravie armelle square de nimègue square de galicie
maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici

passage slovène yasmina parc des hautes ourmes allée de moravie parc
des balkans monique chemin de torigné rue de la néva rue de la dvina
ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant

rue de riga chemin d'herzégovine yasmina jardins de spolète allée de
la drave place de serbie thierry place de torigné cours d'arnhem rue
du lac ladoga bernard place du banat rue de dantzig rue de la pilica
maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici

rue des tatras chemin des dardanelles martine jardins slovènes allée
de cracovie rue de lettonie étienne rue de la volga square du niemen
ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant

square de sétubal olivier rue du lac onega place de prague chemin de
moldavie rue de lublin josette square de lettonie square de bragance
maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici

avenue de pologne rue de la tisza allée de varsovie fatmata allée de
lithuanie rue de roumanie josiane square de varsovie place de zagreb
ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant

square d'estonie yannick rue de posnanie jardin de la binquenais rue
de la lysagora cours de lisbonne chemin de lausanne chafika allée de
lucerne allée de vilna pauline rue de corinthe allée du gacet rue de
la warta square du douro avenue de grèce hussein allée de tilsit rue
de delphes allée de genève radovan square de sofia rue d'arcadie rue
de salamine juanita rue de crète place de la baltique allée de berne
maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici

rue de cracovie rue des carpates norbert avenue de la vistule rue du
parnasse charles rue d'athènes rue de marathon italie galicie prague
landrel banat moravie volga torigné rennes bretagne europe UNE TERRE
ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant ici ici ici maintenant



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