lundi 8 février 2010

Mauricette Beaussart - VAPEURS 3

Vapeurs 3
par Mauricette Beaussart
Le Dépli amoureux n° 43 Décembre 1987

Soudain la porte s'ouvre. Le couple pénètre dans le salon. L'homme est en costume gris-clair, chemise blanche et noeud papillon. Il tient dans les mains une ramette de papier blanc qu'il effeuille précautionneusement sur le parquet. La jeune femme, chemisier de satin blanc, jupe droite noire en jersey, avec un volant à mi-hauteur, vient se placer derrière l'un des deux lutrins. Son effeuillage terminé, l'homme se symétrise derrière le second lutrin. Et tous deux articulent des sons, inaudibles d'abord, puis borborygmant crescendo, en arrivent à lire réellement, alternativement ou simultanément le texte-partition sous leurs yeux. C'est alors, et pour plus d'une heure, un véritable feu d'artifices sonores (Arty ! Fils !) qui mettent à rude épreuve les facultés de connotation des spectateurs, tour à tour médusés, hilares (Hi ! l'Art !) ou émus.
A la fin, l'héroïne devient Milou, la chatte mauve de Tintin tandis que l'homme aux lunettes d'écaille qu'on avait pris un moment pour John Lennon ou Gars Lennon ou Ganelon, se révèle être un dangereux mot-nô-maniaque. La jeune femme, qui ne veut être ni Jeanne au bûcher, ni Eve au billot. s'enfuit, poursuivie par le gentleman art-bricoleur... Les applaudissements crépitent longuement sous le plafond lambrissé de l'Hôtel Beaulaincourt où j'assistais au POEMESHOW, un extraordinaire spectacle donné par Sylvie Nève et Jean-Pierre Bobillot, ce 17/11/1987, à Béthune.
PELTEX, la revue des models (maux d'elle ?) publie son n° 7 consacré a l'Art postal, (ou Mail Art, ou Arte Postale, ou...). C'est une réussite. C'est de l'Art postal en soi. La parole est aux acteurs, aux auteurs. Tous les textes théoriques ont été traduits. J'ai apprécié le texte lumineux de Didier Moulinier : "II n'y a que le Mail-Art qui m'aille." Les références à W. Burroughs et M. Stirner situent la hauteur de vues de l'article. De fait, ce n° 7 de PELTEX est un encouragement à la créativité. Ne le manquez pas, car il n'en existe que 150 exemplaires. On ne pourra donc pas accuser PELTEX de vulgarisation sommaire avec un tirage aussi limité. Tant pis pour ceux qui se plaignent de la baisse de niveau dans l'Art Postal. Ah ! l'élite de l'élite de l'élite de...
Jacques Massa signe un article dans PELTEX et, coïncidence, son nom apparaît dans ce petit ouvrage dont notre rédacteur vous entretint le mois dernier : Esquisse d'une approche pansémiotique du triscèle de Disney par Lafcadio Mortimer. Page 21, figure 11 de cet ouvrage, on peut voir une photographie prise dans l'évier de J. Massa. Tout ceci pour redire que cette Esquisse est en tous points remarquable, et qu'en tous cas. elle ouvre des perspectives intéressantes aussi bien dans le domaine de la géométrie plane que dans celui d'une "nouvelle théologie".
à suivre...

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mercredi 27 janvier 2010

Mauricette Beaussart - VAPEURS 2

Vapeurs 2
par Mauricette Beaussart
Le Dépli amoureux n° 42, novembre 1987

Le temps est trop humide pour aller risquer de se tordre les chevilles sur les dépotoirs suburbains. Bien au chaud, attentive au souffle du vent qui aspire la fumée de mon petit Godin, je lis car la DECHARGE est là, n° 41, avec comme dans LE DEPLI AMOUREUX , un supplément intitulé POLDER (Bol d'air ?).
Dans la revue une espèce de polémique où l'on retrouve Denys-Louis Colaux, Alex Millon, Robert Varlez, Jacques Morin et même Thierry Pérémarti. Un seul mot : enfantillages ! Et je suis gentille ! Par contre deux textes à signaler : "Biographémes" de Christophe-Jean Geschwindenhammer et "Brouillon" d'Alain Malherbe. Mon côté commère me fait apprécier ces biographèmes dans lesquels C.-J. Geschwindenhammer expose avec franchise et habileté quelques éléments de sa cuisine littéraire. Ce genre de textes m'intéresse davantage que le produit fini, que la poésie à ellipses, car c'est la mise en travail qui compte. Combien de cuisinières n'ont plus faim après avoir préparé le repas !
On tourne la page et on glisse sur les épluchures d'Alain Malherbe. On jette les yeux dans le brouillon : huit fragments ; trop peu pour mon bonheur. J'en lirais des sacs pleins. Je n'avais plus rien lu d'Alain Malherbe depuis son "Bar- Tabac etc" paru en 1981 et "L'appel des étoiles" paru dans M 25. J'aimerais bien qu' il nous dise ce qu'il fait, ce qu'il "crève d'envie d'écrire", mais surtout, qu'il ne rédige pas, qu'il en reste au brouillon.
Je n'en ai pas fini avec ce n° 41 de DECHARGE puisqu'il y a un supplément, et quel supplément, un roman de Françoise Lefebvre intitulé "Le Fil". (Roman me paraît plus approprié que recueil.) Le Fil, donc. Un rat de bibliothèque pourrait penser qu'il s'agit d'un scénario pour une vie de Colette Peignot, alias Laure, morte folle sur le champ de Bataille. Mais c'est beaucoup plus que cela. Un tourbillon d'éclairs dans le cerveau délabré d'une vieille femme. La chronologie de ce récit est aussi brisée que l 'âme souffrante condamnée à vivre, à revivre l'enfance et la vieillesse, dans la folie, sous le regard obscène des autres. Et personne n'est responsable. Françoise Lefebvre a écrit un texte dont l'éclatement apparent porte une émotion réelle, une compassion sans ironie. J'ai lu ce texte l'esprit ouvert et la gorge serrée. Françoise Lefebvre, Alain Malherbe, C.-J. Geschwindenhammer, trois bonnes raisons de vous procurer le n° 41 de la revue DECHARGE.
"L'adoration de la viande" de Thierry Tillier, n'est certes pas un ouvrage polémique contre les adeptes du végétarisme. A travers les fantasmes auxquels cet auteur m'a habituée, je découvre une manière de matérialisme mystique, noir et dévastateur. Là aussi, la forme, en ces photocopies violemment contrastées, déchiquetées par des notules et des griffonnages d'excision, adhère parfaitement aux propos décousus, déchirés de Thierry Tillier. Tout ceci requiert la participation d'un corps, d'une souffrance, d'un plaisir... Ce n'est pas tout à fait le cas dans les deux nouveaux ouvrages de José Galdo : "La Nouvelle Danse des morts" et "La vierge de Nuremberg".
Cette "Nouvelle Danse des Morts", que j'aurais plutôt tendance à intituler "la nouvelle danse des mots", me semble être un exercice de sémantique simple. Le matérialisme pur de ces débris de vocabulaire assemblés par famille me paraît trop fabriqué pour me toucher vraiment, même si le flot noir coule souvent impétueusement. Ce fleuve de sang tournerait vite en eau de boudin si, de temps en temps, n'affleurait un récif, générateur de tourbillons lumineux du côté du l'encéphale. La torture infligée par le vacarme des mots est-elle plus efficace que le goutte à goutte sur le front du lecteur ? La vierge de Nuremberg est-elle armée d'aiguilles à tricoter les adjectifs et les substantifs ? Voilà ce que je me demande, affalée dans mon faux-Chippendale, lacéré de coups de griffe...
A suivre...

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jeudi 21 janvier 2010

Mauricette Beaussart - VAPEURS (1)

L’actualité littéraire a remis en lumière l’activité passée de Madame Mauricette Beaussart lorsqu’elle s’essayait à la critique dans les années 80. C’est avec son accord que nous aurons dans les semaines qui viennent, le plaisir de vous présenter les chroniques qu’elle écrivit du mois d’octobre 1987 au mois de juin 1988 dans les pages du poézine « Le Dépli Amoureux ».

Vapeurs (1)
par Mauricette Beaussart
Le Dépli amoureux n° 41, octobre 1987.

En octobre, c'était la rentrée des classes et, invariablement, la maîtresse d'école donnait, comme sujet de première rédaction, aux grandes du Certificat d'Etudes : "C'est l'automne. Décrivez la nature à cette époque de l'année." Quand j'atteignis le Cours de Fin d'Etudes, comme les filles des années précédentes, je rédigeai les clichés habituels sur les jours qui raccourcissent, le brouillard matinal, les labours fumants ou la récolte des fruits. Je n'écrivais rien sur l'ouverture de la chasse car je pensais que les chasseurs avaient l'esprit aussi boueux que leurs bottes. Par contre, je m'attardais longuement sur la cueillette des noisettes, le ramassage des noix, les promenades à la recherche des rosés dans les prairies (on n'osait pas écrire "dans les pâtures"). Maintenant, je cueille les fruits littéraires en toutes saisons. Suis-je aussi mûre que les fruits de mon enfance ? C'est ce que semblent penser Dan et Guy Ferdinande qui ont pris le risque de me confier cet espace dans le DEPLI AMOUREUX.
En cet automne de 1987, la récolte des poires ne sera pas ce qu'elle aurait dû être. Elle va me manquer cette POIRE D'ANGOISSE dont je me tartinais les neurones depuis bientôt 4 ans. Elle disparaît à son 132ème numéro sur une dernière image, ô combien symbolique ! "Autant en emporte le vent !", semble nous dire le gracieux postérieur féminin de la 4ème de couverture. En vérité le vent a déjà emporté beaucoup de ces revues que nous aimons ; mais l'esprit souffle toujours, même pendant les accalmies. Je veux ici saluer le travail de Didier Moulinier. A travers les 132 numéros de sa revue, il m'a fait découvrir tout un monde, la laideur et la beauté, la douleur et le plaisir, la poésie et l'humour, la mort et le rire. Lorsque j'appris qu’il cessait de publier sa revue, et la tristesse première évacuée, un sentiment de satisfaction me remplit en pensant au soulagement qui devait être le sien. Ce n'est pas impunément que l'on publie, à cette cadence, et dans l'esprit de liberté qui la caractérisait, une telle revue dans un environnement général de plus on plus avachissant (*). Didier Moulinier a choisi de publier LA POIRE D'ANGOISSE. Il a choisi d'en faire cesser la parution. Tout est bien.

Je ne chroniquerai donc jamais LA POIRE D'ANGOISSE, mais bien d'autres revues ont trouvé ou trouvent l'entrée de ma boîte aux lettres. J'en parlerai donc, ici ou ailleurs, maintenant ou demain. A l'heure où le tube fécal cathodique nous propose des émissions dites littéraires, dans lesquelles des politiciens parasites, des viandes sportives ou des vampires publicitaires viennent faire étalage de leur fatuité, de leur bêtise ou de leur cynisme, il est réconfortant de voir que le monde des revues reste actif, vigilant et risque-tout.
J'en veux pour preuve l'existence d'une revue comme L'INVENTION DE LA PICARDIE. Je n'en finirais pas d'aligner les adjectifs qualificatifs à son propos. Je me contente d'écrire que L'INVENTION DE LA PICARDIE est une revue admirable et essentielle. En voici le deuxième numéro dans lequel nous retrouvons le tripode primordial : Ivar Ch'Vavar, Flip-Donald Tyètdégvau et Martial Lengellé, accompagnés d'invités de choix comme Pierre Garnier et la poésie spatialiste, Gilles Laprévotte élargissant l'espace, Michel Debray qui manipule le condensateur à lames variables, - nostalgiquement, Gaston Criel en bricoleur de mots qui sait de quoi il écrit, Guy Ferdinande qui dresse le constat à l'amer puis redresse la bête de son stylo, Christophe Petchanatz aux paupières serrées saisissant des visions braisées.
L'INVENTION DE LA PICARDIE arpente le versant provincial historique et linguistique avec une étude sur Jean-Baptiste-Louis Gresset (1709-1777), "l'injolemint de Coùla é Miquèle" publié anonymement en 1634, l'origine de Gayant, le géant douaisien... Mais ce qui motive encore davantage mon admiration, ce sont les textes signés Ivar Ch'Vavar, Martial Lengellé, Flip-Donald Tyètdégvau et aussi Ghislain Biblocque et Konrad Schmitt. Ceci est de la poésie, celle qui vous fait vibrer, qui vous exalte, qui vous hallucine, qui vous fait éclater de rire ou sangloter, qui vous met mal à l'aise ou qui vous fait fourmiller la cervelle. Je ne voudrais pas trop dithyramber, mais les "Colonnes" de Martial Lengellé, en même temps qu'elles renouvellent la forme du vers, fournissent naturellement un aliment combustible pour ma carburation névrotique. Ça sent l'être humain, ça n'est pas de la purée de vocables ! La suite de textes de Konrad Schmitt intitulée "La Libidoche" est à couper le souffle. Dans sa série "A la communale", Ch'Vavar réussit le prodige d'une écriture nostalgique à la fois grinçante et émouvante. Je retiens encore le "Premier Fragment Berckois" de Flip-Donald Tyètdégvau, un texte hallucinant de malaise et de mystique argileuse qui vaut son pesant d'antibiotiques ! A quoi répond l'hilarant voyage psychédélique de Ghislain Biblocque sur la même plage de Berck. La polémique n'est pas absente avec une lettre de Roland Wulverdinghe qui s'en prend aux poètes chiants, et j'en connais aussi. Et Riquier Carrette qui règle son compte aux cuistres universitaires, charognards perchés sur la tombe du grand Verlaine. "Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce que l'on y ajoute vient du malin." (Matth. 5-37). Pourtant, une chose encore, lisez et relisez L'INVENTION DE LA PICARDIE.

"Oui, oui", j'ai lu bien d'autres choses. "Non, non", je n'ai pas toujours cet enthousiasme. Peut-être serait-ce épuisant ! Pourtant, avant de conclure cette première chronique, j'aimerais vous entretenir de deux parutions récentes d'un intérêt certain. "Le Michel Champendal Illustré" sous-titré "Ingrédients" est un bel ouvrage, épais, bien imprimé (à 60 exemplaires) sur un très beau papier vert (très à la mode, cette année !). Michel Champendal qui a cessé ses activités de libraire, publie ici un échantillon de ce qu'il aime et rend ainsi hommage à la chose imprimée intelligente ; cela va de Jarry aux Freak Brothers, en passant par Clovis Trouille, Glen Baxter, Gaston Chaissac et bien d'autres. C'est un encouragement à la curiosité, à l'effort en fait, mais fouiner dans les revues de presse, dans les cartons de livres poussiéreux des marchés aux puces, dans les catalogues de livres d'occasion, est-ce vraiment douloureux ?
Par exemple, feuilleter dans la collection ELECTRE le dernier ouvrage de Sylvie Nève et de Mireille Désidéri est un plaisir d'ordre supérieur. Ce livre intitulé "Erotismées" est un enchevêtrement luxu(r)-riant, une forêt vierge (!) dans laquelle les dessins [des( )seins] de Mireille Désidéri et les mots (l'émoi) de Sylvie Néve se fondent dans l'imaginaire du lecteur qui se surprend à remuer les lèvres en même temps que... les yeux. Oserais-je les appeler consoeurs ?
A suivre...
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* M. Ch'Vavar me pardonnera, je l'espère, cette irrévérence à l’encontre de ses ruminants préférés.

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mardi 19 janvier 2010

Les yeux de Paul Préboist


Les yeux

de

Paul Préboist


Tes yeux sont si globuleux qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les verres de pinard
S'y déverser à pinter tous les soiffards
Tes yeux sont si globuleux que j'en perds la mémoire

A l'ombre des rideaux c'est le pastis troublé
Puis le patron soudain se lève et tes yeux changent
Le mastroquet taille la bavette à l'évier de vidange
Le vin n'est jamais bleu comme il l'est sur les nez

Les vents chassent en vain les miasmes de l'azur
Tes yeux plus que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le nez n'est jamais si bleu qu'à ses engelures

Mère des Sept douleurs ô chien mouillé
Sept caméras ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de bleu plus noir d'être endeuillé

Tes yeux dans le cinéma ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Benny accroché dans la crèche

Une louche suffit au mois de Mai des mots
Pour tous les bouillons et pour toutes les lavasses
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Ecarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'on ouvre une boîte de potage

Cachent-ils des éclairs dans cette vinasse où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme une morue qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
O paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Mérou ma Golconde mes Dindes

Il advint qu'un beau soir mon verre se brisa
Sur des comptoirs que les lavettes essuyèrent
Moi je voyais briller au milieu de la bière
Les yeux de Paul Préboist Les yeux de Paul Préboist Les yeux de Paul Préboist

L. Suel

Ce poème a été publié dans le cadre du projet Pastiche 51 sur le site Tapin.

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vendredi 15 janvier 2010

Guy Debord philosophe

Image trouvée.

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jeudi 7 janvier 2010

La Poire d'angoisse

Une visite qui vaut le déplacement :

Revue de bondage linguistique et graphique
paraissant tous les lundis à midi.
Août 1984 - Juillet 1987

Mise en ligne progressive des archives par Didier Moulinier qui fut le maître d'oeuvre de cet hebdomadaire fabuleux.

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lundi 4 janvier 2010

Un sonnet pour Bukowski et pour les visiteurs du Silo


A la tienne, poète ! (quatorze vers)

« Hé ! Monsieur Bukowski, écris-moi un poème !
– Je peux pas, je suis mort ! Demande à Chinaski !
Il est toujours vivant dans les pages de c'qui
S'publie et de c'qui s'lit ! – Hé ! page et slit, ça, j'aime !

– Oh ! Suel, tu es un vieux dégueulasse toi-même !
– C'est la folie ordinaire, Monsieur Bukowski.
– Folie de poète ordinaire, trop de whisky,
Pas assez de Moussorgsky. Attention l'œdème ! »

J'écoute souvent "poems and insults", cassette
D'une lecture live au City Lights Poets
Theater, San Francisco, en soixante-treize.

La voix de Bukowski se glisse dans ma tête,
Babil de moineau noir, et j'écris ce sonnet,
Hommage au pas grand chose, dans la langue française.

Lucien Suel
janvier 2000

J'ai écrit ce sonnet, il y a juste 10 ans, à la demande de Francis Dannemark, pour l'anthologie "Poète toi-même". Le publier ici est ma façon de célébrer l'année 2010.
Meilleurs voeux à toutes et à tous.

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mardi 29 décembre 2009

Passage

Pour finir l'année 2009 et passer dans la suivante, voici un poème de Jean-Pierre Sautreau.
Bonne et heureuse année à tous ceux qui visitent le Silo !


Blues du passage à niveau

Quand le staccato des boggies happe la courbe
Penché contre la barrière blanche et rouge
On perçoit qu’il est trop tard pour poser l’oreille
Contre le rail écouter battre le galop
Qui raye au passage ce bel alexandrin
Attention un train peut en cacher un autre.
Jean-Pierre Sautreau

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mercredi 23 décembre 2009

Poem, home


poem, home: An Anthology of Ars Poetica

Le titre dit tout, (presque tout) le reste de l'histoire est sur le site qui héberge le projet dans son ensemble.
Cette anthologie en anglais comprend des poèmes de : Kelli Russell Agodon, Flor Aguilera, Karren L. Alenier, Sandra Alland, C. J. Allen, Ivan Arguelles, Anny Ballardini, Gary Barwin, Annette Basalyga, Rick Benjamin, John M. Bennett, Maxianne Berger, F .J. Bergmann, Cliff Bernier, Gregory Betts, Celia Bland, Dean Blehert, Helen Boettcher, Peter Boyle, Allen Braden, Therese L. Broderick, Mary Buchinger, Ana Buigues, Mike Burwell, Mairéad Byrne, Nick Carbó, Cathy Carlisi, Wendy Taylor Carlisle, James Cervantes, Joel Chace, Ellen Cole, Ed Coletti, Jennifer Compton, Anne Coray, Alison Croggon, Del Ray Cross, Craig Czury, Yoko Danno, Lucille Lang Day, Denise Duhamel, Patrick Dunagan, Riccardo Duranti, Paul Dutton, Susanne Dyckman, Lynnell Edwards, Dan Featherston, Annie Finch, Thomas Fink, Alan Halsey, Sharon Harris, Lola Haskins, Nellie Hill, Nathan Hoks, Paul Hoover, Mikhail Horowitz, Ray Hsu, Halvard Johnson, Jill Jones, Adrianne Kalfopoulou, Bhanu Kapil, W. B. Keckler, Karl Kempton, Kit Kennedy, Tracy Koretsky, Greg Kosmicki, Gary Leising, Amy Lemmon, Lyn Lifshin, Diane Lockward, Rupert Mallin, Dr. Pamela McClure, Dr. D. H. Melhem, Hillary Mellon, Paul Mitchell, Carley Moore, Daniel Thomas Moran, Maggie Morley, Richard Newman, Angela O'Donnell, Shin Yu Pai, Helen Pavlin, Jonathan Penton, Alice Pero, Patrick Phillips, Paul Pines, Kevin Prufer, Chelsea Rathburn, Susan Rich, Cynthia Ris, Kim Roberts, Jay Rogoff, Kate Schapira, Barry Schwabsky, Derek Sheffield, Shoshauna Shy, Sue Stanford, Lucien Suel, Rod Summers, Eileen Tabios, Elaine Terranova, Heather Thomas, David Tipton, Juanita Torrence-Thompson, William Trowbridge, Priscilla Uppal, Katherine Varnes, Jeanne Wagner, Amy Watkins, Scott Watson, Melissa Weinstein, Carol Clark Williams, Jacquie Williams, Ernie Wormwood, Mark Young, et Andrena Zawinski.

Edited by Jennifer Hill and Dan Waber
Paper Kite Press

230 pages, $11.50 (port compris)
On peut le commander sur le site de Paper Kite Press.

Ci-dessous, la dernière partie de ma participation intitulée "ordinary poet"

he is an ordinary poet using his brain breath
and body brain and breath breath brain and body
the poet and the publisher live together in him
like the gardener and the weary reader live together
in him like the translator and the father live
together in him like the merz and the chess
player live together in him like the stunted brain
and the knotted bowels live together in him like
the vertebras and the thigh bones live together in
him like the liver and the nasal mucus live
together in him like the hardhitter and the quinquagenerian
live together in him like the guitar player and
the microbe live together in him like the beerdrinker
and the veal chop live together in him like
the starscrewer and the snail live together in him
like the waste and the memory holes live together
in him like the rider and the salad live
together in him like this like this and still
like this his body brain and breath and body

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vendredi 18 décembre 2009

Récital Lucien Suel - Arnaud Mirland

Avec Arnaud Mirland, récital du vendredi 11 décembre au Point de Bascule à Marseille dans le cadre du Festival Nuit d'Hiver organisé par le GRIM - Montevideo.
DIAPORAMA
(Photos de Pierre Gondard)

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dimanche 13 décembre 2009

Mort d'un jardinier à La Comédie Française

Dans le cadre des soirées "Lectures d'acteurs" à la Comédie Française, en partenariat avec Le Monde des Livres, ce lundi 14 décembre 2009, Alexandre Pavloff lira pendant 45 minutes des extraits de mon roman "Mort d'un jardinier".
Cette lecture aura lieu à 18h dans la Salle Richelieu et sera suivie d'un court entretien réunissant le lecteur et l'auteur qui répondront aux questions de Robert Solé.

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vendredi 4 décembre 2009

Runbook

J'ai participé au projet Runbook, dans le n° de novembre 2009 téléchargeable ici.

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lundi 30 novembre 2009

SK8 (7)

7

15 ans de ride dans les
jambes ton bilan est là
dans tes os sur ta peau

mais un jour tu rideras

le spot de la poste les
12 marches en marbre de
l’entrée principale sûr

pour ça tu connais bien

la formule huit plys en
érable du Canada quatre
roues en uréthane et le
duo de trucks aluminium
huit roulements à bille

grip sur la board & doh

doh sur les trucks avec
la clé usb plutôt qu’un
ghettoblaster big pants
small wheels des sticks
sur ta board ton bonnet
et surtout n’oublie pas
ta ceinture porte-bière

art musique et skate un
rêve en uréthane ta vie

slam ta maxime to skate
makes you all forget yo

quand même n’oublie pas
surtout don’t skatekill
yourself ok sûr deck on
mais pas trop toi aussi
on t’invitera à joindre
la Old School Skate Jam

toi le vieux le plus de

40 ans et tu raconteras
aux kids émerveillés ta
life de skateur éternel

SKATE SKATE SKATE SKATE
skate skate skate skate

Lucien Suel
janvier 2008

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jeudi 26 novembre 2009

SK8 (6)


6
tricks de trucks sur le
spot de skate ton ollie
en goofy et ton flip en
regular curbs gaps flat
& rail stop sur le spot
et pose ton nose sur un
curb tu feras peut-être
un back side five o sur
un ledge en long qui ne
grinde pas trop pas top

tu poses ton regard sur
la ville ceci n’est pas
un banc public c’est un
trick ceci n’est pas la
bordure du trottoir non
c’est un curb un espace
entre deux parapets est
un trou un gap à sauter
un bonus trick tu rides
même les tables en bois
dans les aires de pique
nique ollie sur le banc
pole jam par-dessus les
bornes d’incendie alors
le docte sociologue dit
que le skater interagit
avec l’environnement et
voit le mobilier urbain
avec un regard innocent

un autre sociologue des
arts dira que le skater
en créateur de land art
pratique la performance

tu pourrais même skater
la maison l’appartement
ollie oop sur ton frigo
tail slide back sur les
étagères flip grind sur
le curb de l’évier tail
slide front wheeling au
long du couloir jump up
the kitchen table ollie
indoor run skate inside

il est passé par ici il
repassera par là il est
passé par ici et il est
tombé à plat la gamelle
du skater oh aïe ouille
de nombreuses blessures
pied cassé poignet luxé
genou tordu fracture du
péroné entorse du genou
cheville enflée arcades
sourcilières saignantes
tibias bleuis hématomes
violets au derrière les
couilles aïe aïe ouille

en skate pas de mauvais
souvenirs on les oublie
tous les souvenirs sont
en skate bons souvenirs

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lundi 23 novembre 2009

SK8 (5)

5
tu pourras aussi danser
si tu casses ta planche
breakdance broken board
keep on rolling un lieu
mythique le Burnside la
glisse le skate sauvage
le skater dans la ville
comme un ange sur roues

tu vas montrer tes
best
tricks grinder acrobate
sur le coping au milieu
des graffs des tags des
fresques fluos couvrant
le fond et les bords du
bowl des restes de café
de coke d’ice-tea ou de
bière
No Use For A Name
punk californien pétant
dans les écouteurs punk
encore ska sk8 hardcore
en accompagnement video
It’s Time Tony Hawk sur
playstation tu imagines
tu rides la
Toy Machine
d’Ed Templeton
in skate
we trust tu le cherches
sur Myspace sur Youtube

tu te fais filmer video
pour la transmission de
tes vertiges aux autres

Riders On The Storm Les
portes de la perception

Riders On The Skate ton
goût de la courbe skate
c’est plus un art qu’un
sport pour toi c’est ta
danse c’est ta façon de
te battre lutter contre
la gravitation le lourd
ta méthode d’expression

tu connais son histoire

inventé en 1961 par les
surfeurs Mickey Munoz &
Phil Edwards Californie
pour les journées vides
lorsque l’eau est plate
zéro vague et zéro surf

tu connais les noms des
pionniers Rodney Mullen
Tony Hawk qui réussit à
faire le 1er 900 degrés
Danny Way le
ramp rider
qui sauta par dessus La
grande muraille et puis
Steve Caballero et Mark
Gonzales ou bien encore
Natas Kaupas tes idoles

tu as tout ce qui t’est
nécessaire pour devenir
un perdant magnifique à
l’assaut des rails
over
the gaps sauts d’espace
les marches à monter ou
à descendre un tremplin
vers le ciel tu dis que
le skate c’est comme un
escalier qui ajoute des
marches supplémentaires
pendant que tu t’élèves

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mardi 17 novembre 2009

SK8 (4)

4
skaters silencieux rien
que le bruit des trucks
glissant sur le goudron
pierre ou béton bois ou
métal pour le grind les
mots sont remplacés par
les gestes ou attitudes

la violence est tournée
vers soi-même vois vois
la main du skater c’est
une main pendante c’est
tout le contraire de la
main martiale du boxeur

tu ne peux te passer de
ta planche elle te suit
tu la suis elle est toi
board qui te grandit te
prolonge tu visites les
skate-parks de l’Europe
des Blocks de Bercy aux
Jardins du Trocadéro et
aussi à Paris le Street
Park Jules Noël pour la
descente et le flat les
berges du Rhône c’est à
Lyon le Cosanostra Park
Skate à Chelles le bowl
des Marquisats à Annecy

cette piste est ouverte
seulement aux freaks de
skateboard & de rollers

Hypnoz Park près d’Albi
park du Hangar à Nantes
puis le bowl du Prado à
Massilia et ailleurs en
France La Défense Paris
trop top le spot là-bas

à Prague les skateparks
le Mystic Skatepark sur
l’île de Stvanice et en
Autriche à Feldkirch le
skatepark de l’Oberland

et aussi ton rêve rider
au Waterfront Skatepark
dans le Michigan ou sur
les flats de Californie

skate tout est possible
tu pourras même gaufrer
tes fesses sur un skate
park en teflon au cours
d’un flat ollie contest

c’est la street culture
hip hop au début et pop
rock ensuite du punk et
du métal supplantant le
hip hop Black Flag Dead
Kennedys punk garage et
Jesus Lizard et Burning
Heads american hardcore
avec Henry Rollins puis
drum ‘n bass et concert
reggae pendant le skate
contest Community Sound
System & Desmond Dekker

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vendredi 13 novembre 2009

SK8 (3)

SK8
suite
tu tentes les tricks tu

élabores les figures tu
en établis la liste que
tu répètes furieusement
jour après jour de soir
en soir de spot en spot

ollie ollie ollie ollie
flip rock slide sad air
ollie air contorted air
walk ollie mute air 360
variale hand plant wall
ride ollie mute air 180
wheeling one foot ollie
grind dans un corner to
boardslide nollie fifty
fifty axel grind switch
flip back kickflip nose
grab ollie transfer hip
avec coping fakie ollie
skate fish disaster pop
shove it flip nose ride
wheeling back side tail
side to fakie flip back
side switch nose manual
revert fakie five o pop
out manual revert front
nose wheeling back nose
boneless shove-it front
side ollie alley oop to
fakie nollie to roll in
nollie flip drop in air
nollie inward heel flip
flip to frontside grind
backside ollie shove it
nose slide to fakie hop
to hop nose grab nollie
heel flip out back tail
wheeling front side pop
nose slide blunt nollie
flip out casper flip to
manual revert tail back
no comply front side to
fakie ollie air pop out

le skate c’est tuant et
c’est épuisant et c’est
éreintant et c’est bien
c’est épuisant et c’est
exténuant et c’est cool

skate skate skate skate
boarding is not a crime

le trick est un truc et
les deux trucks ne sont
pas des trucs même pour
faire des tricks ils ne
sont pas non plus poids
lourds mais des essieux
d’aluminium des essieux
pour aller vers le ciel

lever les yeux vers les
cieux et bondir dans la
galaxie étoilée avec le
Surfer d’argent le John
Silver de l’enfance une
jambe de bois posée sur
la planche d’érable île
au trésor sur la mer de
béton les lieux secrets
du skate les bons spots
bien cachés pour rouler
plaisir en bandes clans

le skateboard chacun de
son côté pour toi ça ne
s’appelle pas skate non

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mardi 10 novembre 2009

SK8 (2)

Les 64 premiers vers (épisode 1) de SK8 (sk-eight), long poème en vers justifiés de 23 signes chacun ont été publiés précédemment sur le spot de Silo.
Pour achever le ride, les 359 vers restants à suivre ici en 6 épisodes.

SK8
2
tu prends le rail tu es
seul on board free as a
bird sur ta planche ton
crâne sous ta casquette
et un crâne sérigraphié
sous la planche K Skate
single skull tu avances
down by law tu te tiens
glisses debout entre le
tail et le nose vivante
cathédrale de crânes tu
te dresses tu kiffes la
furtive fureur de faire

fuck barres anti-skates

pour assaillir la vague
de béton tu pourrais te
protéger avec casque et
coudières gants de cuir
et genouillères mais tu
n’acceptes comme armure
que ton sweat XL ou ton
long T-shirt Vision ton
large pantalon un baggy
mémoire un vieux dicton
plus l’homme est balèze
plus large son pantalon
descend jusqu’à la raie
des fesses et montre le
caleçon un peu comme le
haut du string pour les
skateuses débutantes du
Super Girlie Skate Camp

elles te regardent avec
plaisir elles te voient
venir avec tes godasses
top la classe des Natas

ho ollie lol ça décolle
olé hop hop ça saute ça
s’envole joli ollie hop

trottoirs bancs marches
escaliers rampes bornes
d’incident ne sont plus
des obstacles tous sont
devenus les partenaires
du skateur ses amis ses
alliés dans la concrete
jungle
tu rides le wall

le mur tu rides le rail
tu rides la rampe tu la
fais gémir acier contre
acier ça scie grinde et
grince ça crisse grinde
vibre et geint c’est du
grindcore en free style
du germ free adolescent

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lundi 2 novembre 2009

ROSE DEVANT ROSE DERRIERE




Naissance des éditions Contre-mur, créées par Caroline Scherb et Nicolas Tardy à Marseille.
Premier ouvrage publié : "Rose devant rose derrière", poster de Lucien Suel.
Il s'agit d'un poème en vers arithmogrammatiques, huit triangles formant une rose des vents simplifiée.
Ci-dessous, les parties NE et NO du poème.


NE

SUCE

NI LES

POMPIERS

À LA LANCE

NI LES STARS

VIEILLISSANTES

CONTENTE-TOI DES

GLACES CHOISIS UNE

À DEUX BOULES ORDURE

ET MERCURE AVANCE VERS

UN DÉVELOPPEMENT DURABLE


NO

DONT

TRY TO

BLOW THE

JOB INSIDE

UP SEE NORTH

WESTERN NO WAY

OUT ALIVE NOBODY

NOWHERE BROKEN SEA

THE SHIP COMES UNDER

PEOPLE WAITING LONGING

FOR RAIN WORDS IS A WORD


La présentation de la nouvelle collection aura lieu à Marseille le samedi 7 novembre à 19h, dans la fabuleuse librairie du Lièvre de Mars, une soirée organisée par l'association Autres et Pareils, en partenariat avec Contre-mur et les éditions de La Table Ronde.
Au cours de la soirée, l'auteur lira deux extraits de "La patience de Mauricette" et présentera la première performance-lecture intégrale de ROSE DEVANT ROSE DERRIERE.

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mercredi 28 octobre 2009

ISLAND(S)

These are the books I would like to take with me when I live on a desert island :
Island
(Huxley Aldous),
The Island of Dr. Moreau (Wells H. G.),
Island
of love (Cartland Barbara),
Island
of the Day Before (Eco, Umberto),
Five on a Treasure Island (Blyton, Enid),
Island
of the Doomed (Dagerman, Stig),
Islands
in the Stream (Hemingway, Ernest),
The Island of Adventure, (Blyton, Enid ),
Five on Kirrin Island Again, (Blyton, Enid),
Adventures of Tintin "The Black Island" (Hergé),
The Possibility of an Island (Houellebecq, Michel),
The Island of Sheep (Buchan, John),
Shutter Island (Lehane, Dennis),
Treasure Island (Stevenson, Robert Louis),
Concrete Island (Ballard, J. G.),
Hobson's Island (Themerson, Stefan),
John Bull's Other Island (Shaw, George Bernard),
No Man Is an Island (Donne, John),
Station Island (Heaney, Seamus),
An Outcast of the Islands (Conrad, Joseph),
Barrier Island (MacDonald, John D.),
Easter Island The Mystery Solved (Heyerdahl, Thor),
Ellis Island A Reader and Resource Guide (Perec, Georges; Bober, Robert),
Hawaii The Past, Present and Future of Its Island-kingdom - An Historic Account of the Sandwich Islands of Polynesia (Hopkins, Gerard Manley),
Jerry of the Islands A True Dog Story (London, Jack),
Money Makes You Crazy Custom and Change in the Solomon Islands (McDonald, Ross),
Mysterious Island (Verne, Jules),
No Man Is an Island (Merton, Thomas),
Of Time and an Island (Keats, John),
Penguin Island (France, Anatole),
Pig Island (Hayder, Mo),
The Aran Islands (Synge, John M.),
The Floating Island (Verne, Jules),
The Greek Islands (Durrell, Lawrence),
The Swiss Family Robinson Or Adventures in a Desert Island (Wyss, Johann, David),
Victory: An Island Tale (Conrad, Joseph),
Virgin Islands (Vidal, Gore).
Lucien Suel

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mercredi 21 octobre 2009

Jack Kerouac In Memoriam Memory Babe


Jack Kerouac
Né le 12 mars 1922 à Lowell (Massachusetts)
Mort le 21 octobre 1969 à St Petersburg (Floride).

A l'occasion de cet anniversaire, voici le premier paragraphe du préambule à ma traduction de l'inédit "Book of Sketches" qui paraîtra en mars 2010 aux Editions de La Table Ronde sous le titre "Livre des esquisses".

Jack Kerouac se comparait à un musicien de jazz soufflant son solo. Dans ce recueil, il se présente, sur la route, entre New-York et San Francisco, au Mexique ou au Maroc, ou encore de Paris à Londres, crayonnant des esquisses en mots ; poète, musicien et peintre. On l’imagine entre 1952 & 1954, avec sa chemise à carreaux, sortant de sa poche de poitrine un carnet, notant, pressé d’écrire pour capturer le moment, saisir ce qui se déroule ou se repose devant ses yeux, apparemment sans effort, « esquissant » pour unifier sa vision de l’Amérique, une série d’ajouts à la tapisserie de sa prose spontanée. Une quinzaine de carnets qu’il tape quasiment sans corrections en 1959, et qui deviennent ce « Livre des esquisses ». Esquisses présentées pêle-mêle, dans un ordre non-chronologique, presque un cut-up mental, écriture ouverte, à la fois réaliste et lyrique, n’oubliant jamais la beauté, utilisant le tiret pour marquer la fin d’un solo, d’une envolée. Jack Kerouac est dans le concret, dans le cadre d’une vérité intérieure. Jamais de nostalgie, tout est important, pas de hiérarchie dans les notations, tout ce qui est écrit devient précieux. Il choisit une scène à cause de son potentiel d’obsession pour l’âme, quelquefois tellement inspiré qu’il plonge dans le flux de conscience, visions aperçues par la vitre d’une voiture rapide, ou ce qu’il nomme « tics », souvenirs éclairs, rêves éveillés.
... /...
Lucien Suel
Photographie de Jack Kerouac en 1956 par Tom Palumbo.
Ajout du 6 novembre 2009 : Un lien vers Train de nuit, le blog d'un autre Jack avec des documents vidéos très intéressants.

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vendredi 16 octobre 2009

Kurt Schwitters en Norvège


Dans les années 30, Kurt Schwitters venait tous les étés sur la petite île de Hjertøya dans le fjord en face de la ville de Molde. C'est de là qu'il réussit à s'enfuir, au moment de l'invasion nazie en avril 1940, quand la ville fut complètement détruite par les bombardements allemands.
Il a peint ce tableau sur l'île de Bjørnsund située plus loin dans la mer. La maison du milieu est celle de Grete Kleppen, qui vient de traduire « Mort d’un jardinier » en norvégien.

Ce tableau, peinture sur bois, 74 x 74 cm, se trouve au Sprengel Museum à Hanovre.

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lundi 12 octobre 2009

Francis Ledwidge "Les rois morts"

Les rois morts

Tous les rois morts sont venus me visiter
En rêve à Rosnaree.
Quelques étoiles brillaient faiblement dans l’aube
Et la rosée perlait au bout des épines.

Et chaque roi mort parlait avec douceur
De la gloire passée.
Il était trop tôt pour l’alouette,
Mais les ténèbres étoilées se coloraient d’or.

Je prêtai l’oreille aux plaintes
Que trois rois d’Irlande mêlaient à leur chant.
J’entendis un coq chanter dans un clos de noisetiers,
Et là-haut, dans la pâleur de l’aube, des alouettes battaient des ailes.

Et moi aussi, je racontai aux rois une histoire
De gloire ancienne, la quatrième lamentation :
On entendait comme des boucliers en mouvement
Là-haut dans la verdure des champs et là-bas dans les labours.

L’un des rois dit : « Nous qui sommes toujours rois,
Avons entendu ces lamentations au plus profond de notre être. »
Une musique douce s’échappait de plus d’un bec d’oiseau
Et sur la colline, l’aube s’installait majestueusement.

L’un des rois dit : « Là d’où nous venons,
On n’entend plus aucun chant, ni la mélodie cristalline des branches,
Le cœur lourd, nous piétinons les ombres ;
Dans les prairies moelleuses, les oiseaux sont muets. »

L’un des rois dit : « Comme les poètes sont morts
En même temps que tout ce qu’ils aimaient,
Leurs pensées inexprimées, comme des averses de pétales,
Lancent des flammes grises et bleues sur les heures qui passent. »

L’un des rois dit : « Nous entendrons de nouveau
A Rosnaree, le lourd piétinement des hommes. »
Une bombe éclata près de moi, là où je dormais.
J’ouvris les yeux, il faisait jour en Picardie.

Francis Ledwidge
Traduit de l’anglais par Lucien Suel

Ce poème de Francis Ledwige (1887-1917) a été publié par C. E. Déquesnes dans le Supplément au n°10 de la revue Passages

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lundi 5 octobre 2009

Silo (52) Dennis Lehane

Dennis Lehane. Un pays à l’aube.
Rivages / Thriller, janvier 2009.
Je te traîne dans un silo à grains et je te découpe petit bout par petit bout jusqu’à ce que t’en crèves. page 746

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jeudi 1 octobre 2009

Oraison au marteau

"Oraison au marteau" est un poème d'Alfonsina Vandenbeulque, "Celle-Qui-Met-Ses-Pieds-Sur-Les-Semelles-D'Arthur-Rimbaud".

Oraison au marteau,
Quelle lame est sans défauts ?

Oraison au marteau,

J'ai commis le tragique péché
Du maçon, qui gâche son mortier.

Qu'il crève, chaque fois
Que glougloute le dindon-roi
A la caroncule enflée.

Ô raisin, ô jardin,
Quel âne est sans défauts ?

Que celui qui n'a jamais bêché
Creuse le premier trou,
Ouvre la première bière !

Que comprendre au pétrole ?
Il faut qu'il fuie, qu'il coule, qu'il décolle !

Ô maisons, ô bateaux !
Alfonsina Vandenbeulque

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mardi 29 septembre 2009

Prose du ver

"Prose du ver" : nouvelle écrite en 1991, publiée la même année par les frères Poincelet dans la collection "Histoires grotesques" chez Lune Produck, avec des illustrations de Dominique Leblanc.
Prose du ver

Au-dessous de la ceinture, mon corps s’est desséché. La partie supérieure qui me permet encore de considérer l’existence, est coincée dans une fourche d’un pêcher rabougri. Je vais mourir dans l’espace aérien, à deux mètres du sol. Le sort est ironique.

J’avais identifié, près de la maison, un majestueux plant de datura. Je m’en étais préparé une importante décoction que j’avais goulûment absorbée. Je ne savais pas quel était mon animal-totem. La curiosité me poussait.

Je me tortillai un moment sur le sol, puis parvins à m’enfoncer sous une feuille de carton ondulé, détrempé par les récentes pluies. La fraîcheur de mon asile, la douceur de la terre meuble et le voisinage des cloportes m’enchantaient. Je me moulais entre deux rainures du carton dans la ténèbre protectrice. Mon occiput fouillait le sol spongieux, recherchait l’entrée de l’abdomen maternel. Je mâchais la terre arable, suçais les déchets organiques, filtrais les sels minéraux et les oligo-éléments. J’étais un boyau dans le boyau.

Soudain, la cuisante lumière du jour m’enveloppa. Je fus saisi par une main puissante. J’eus à peine le temps de me débattre que je tombai lourdement au fond d’une espèce de cuve en fer-blanc, au milieu d’un gluant amas de corps enchevêtrés. L’obscurité se fit et je sentis que l’on nous transportait. Les sensations que me produisait le contact de tous ces corps nus emmêlés, étaient enivrantes. Je me roulais au sein de la masse dans un état d’excitation incroyable. Glissant sur le mucus, humant la chaude humeur des chairs amalgamées, je manquai défaillir. Je me faufilais dans ces méandres, me vautrais dans cette fiévreuse promiscuité, accrue par les mouvements chaotiques que le déplacement donnait à la cuve. J’étais emporté. Le voyage de rêve se termina abruptement.

En pleine lumière, je me convulsais dans le poing d’un inconnu. Un ignoble harpon de métal s’enfonça dans mon intimité. Mes muscles meurtris furent sauvagement retroussés à l’intérieur de mon corps qui, par son poids, s’empala le long de la tige acérée. Une sourde souffrance irradia dans mon ventre. Le viol immonde n’épargna que le haut de mon corps. Désespérément, je secouais la tête. Mon persécuteur me lâcha et je me retrouvai pendu à cinquante centimètres du sol, dans le soleil. Le métal me brûlait l’intérieur. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais encore en vie, encore conscient.
Le filin qui me retenait se déplaça. Un mouvement rapide se fit vers le bas. Je vis avec terreur que j’étais maintenant suspendu au-dessus d’une étendue aquatique. Je n’avais pas eu le temps d’envisager le pire qu’il s’était produit. J’étais sous l’eau. Curieusement je ne m’étouffais pas. Ma situation était même moins désagréable. J’avais retrouvé une lumière moins violente, tamisée par la pellicule de lentilles qui recouvrait la surface de l’eau. Je pesais moins sur le câble à cause de la poussée d’Archimède, et la fraîcheur de l’élément liquide était bienfaisante à mes chairs tuméfiées par le pal.
Je commençais à m’habituer à l’idée d’une jouissance possible quand la gueule monstrueuse d’une tanche s’approcha de moi. Je tentais ridiculement de détourner mon visage, mais le mufle patibulaire me suivait continuellement. Je me laissai aller. Le museau humide s’approcha. Les lèvres de la créature se fermèrent autour de ma tête raidie. Une sensation de chaleur me saisit et la tanche recula doucement en gardant la bouche fermée. Ce massage inattendu me fit un bien extrême, d’autant que la bête recommença plusieurs fois son manège, me gobant de plus en plus profondément. Chaque fois que ses lèvres m’engloutissaient, je me forçais à l’immobilité, et même à une certaine rigidité, pour apprécier davantage la douceur du traitement.

A un moment, la tanche essaya de m’entraîner plus bas, vers le fond vaseux. Une douleur fulgurante me traversa. Je fus brutalement arraché à l’étreinte buccale. Je jaillis hors de l’eau à toute vitesse, entraîné par le câble. Je décrivis un grand arc de cercle et tombai dans les branches de ce pêcher riverain.

Extrême était la souffrance qui me taraudait l’intestin. Des cris furieux m’assourdissaient. Des jurons innombrables faisaient vibrer l’air. Puis le silence revint. Mon ventre s’était déchiré. Le harpon d’acier s’était détaché.
J’avais retrouvé une certaine liberté. Mais à quel prix ? Mon intégrité physique avait été bafouée. Je ne maîtrisais plus mes fonctions digestives. Et surtout, j’étais loin au-dessus du sol, incapable de rejoindre ma terre. Le soleil, heureusement, cautérisait mes blessures.

Depuis des heures, je suis là, à demi-desséché, complètement hébété. C’est un forficule qui me montre le chemin de la vie, me donne l’illumination. En le voyant s’extirper d’une pêche à moitié mûre, je comprends où est mon salut. Je me traîne au bord d’une craquelure du fruit, me glisse péniblement à l’intérieur. Je retrouve l’humidité, l’obscurité et la nourriture. La vie est belle. Le ver est dans le fruit.
Lucien Suel

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jeudi 24 septembre 2009

Une lecture de "La patience de Mauricette"

Sur le site de Libélabo, Audiolivre à voix haute, je lis deux extraits de mon roman :
1. Extrait du chapitre 6, pages 79 à 83 (l'accueil de Mauricette Beaussart à "La Clinique")
2. Extrait du journal de Mauricette rédigé pendant son séjour à "La Clinique", pages 194 à 197.
Enregistrement réalisé à Paris le 18 septembre 2009 par Frédérique Roussel.

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lundi 21 septembre 2009

Une image trouvée par Yann Dissez

Cette dame attend patiemment, mais son prénom ne commence pas par la lettre M.

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mardi 15 septembre 2009

Un poème trouvé par Julien d'Abrigeon

(clic pour agrandir)

Note de l'éditeur : Ce poème vaut surtout pour sa "chute" et donnera raison à certaine personne qui m'écrivait récemment que je savais vendre ma "salade". Notez bien que l'apparition de ce produit en hypermarché est tout à fait saisonnière et n'est que le fruit d'une coopération ponctuelle entre l'épicier et les Cafés Littéraires de Montélimar. Merci à Julien d'Abrigeon.

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vendredi 11 septembre 2009

Sur la piste d'Arthur Cravan (3)

Voici la dernière lettre qu’Arthur écrivit de Terre-Neuve à Renée. Les autres lettres du lot ne sont pas tellement intéressantes à reproduire ici. Arthur annonce son projet de s’enfuir au Mexique. Dans “Colossus” (Ballustrada n° 4, 2004) j’ai déjà parlé du séjour de Cravan au Mexique, où il épousa Mina Loy tandis qu’en France l’attendait toujours sa femme Renée. Les lettres que Cravan a écrit à Mina ont déjà été publiées ailleurs.
Port-Union, Terre-Neuve, le 19 octobre 1917

Ma chère Renée,

Je travaille sur un bateau de pêche. Nous naviguons sous drapeau danois, mais l’équipage se compose surtout d’Islandais. Nous pêchons sur Grand-Banks, un énorme banc de sable plus grand que Terre-Neuve elle-même. Il faut que je te dise que c’est un travail vraiment dur. Et sale en plus. Au fond c’est dégoûtant et je ne comprends pas comment je réussis à tenir bon. Je ne peux plus voir de morues. Mais que mange-t-on ici tous les soirs ? De la morue! Qu’est-ce qu’un poète / boxeur cherche ici? Je mène une vie inhumaine, je suis au bord du désespoir et je te supplie de m’envoyer du fric.
William Coaker fait de son mieux pour aider le village qui a été fondé par la Fishermen’s Union Trading Company. Il dirige le syndicat et soutient les intérêts des pêcheurs dans son journal “The Fishermen’s Advocate”. Le cousin d’Oscar Wilde aimerait bien y insérer un article sur son expérience de la vie de pêcheur, mais sans doute, vaut-il mieux me taire. Coaker d’ailleurs ne m’oublie pas et on est en train d’achever “The Bungalow”. C’est le nom de cette maison magnifique, mais qui détone parmi les pauvres petites maisons de pêcheurs ici dans la Bonavista Peninsula. Ma chère Renée, envoie-moi de l’argent, car je ne tiens plus et tout compte fait, je ne suis pas en sûreté ici.
Dans la baie survolée chaque jour par des balbuzards, il y a une goélette sous drapeau mexicain. Pour autant que je sache, le Mexique n’est pas mêlé à cette foutue guerre et je pense que discrètement, je vais me renseigner sur la date de son départ.

Je t’aime
Arthur


Références :
Jean-Pierre Begot, Arthur Cravan Oeuvres, Editions Gérard Lebovici, 1987.
Blaise Cendrars, Le Lotissement du Ciel, Editions Denoël, 1949.
Johan Everaers, Colossus, Ballustrada 18 n° 4, 2004.

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mardi 8 septembre 2009

Sur la piste d'Arthur Cravan (2)

Le récent évènement de la braderie de Lille nous incite à publier la suite d'un article publié ici en août 2006, un article rédigé par notre ami néerlandais Johan Everaers qui eut la fortune de trouver sur une brocante d'Audresselles un paquet contenant des lettres originales d'Arthur Cravan. L'ensemble du dossier fit l'objet d'une publication dans le numéro 184 de la revue "Action poétique" dirigée par Henri Deluy.
"Silo" vous propose en deux séries les autres lettres d'Arthur Cravan précédées d'un commentaire de Johan Everaers.


Le vrai nom d’Arthur était Fabian Lloyd. Le courrier qu’il attend de sa femme doit être adressé maintenant à un de ses pseudonymes. Après son séjour à Curling, Arthur s’habillera désormais en homme et nous ne pouvons que deviner quel a été le boulot qu’il faisait dans cette ferme isolée. C’est dommage que le mystère Frost ne soit pas encore résolu. Frost est né à Philadelphie et je sais aussi qu’il est mort fin 1917. Je n’ai pas réussi à trouver l’endroit ni la date de sa disparition. Des recherches dans les archives communales de Corner Brook n’ont abouti à rien. Dans le Western Star, les noms de Frost ou de Cravan ne figurèrent jamais. Il faudra donc aller à la recherche du nom de Marie Lowitska.
Dans sa lettre du 25 septembre déjà, Cravan prévoit une période difficile pour le vieux Frost, tout comme son fils artiste-peintre, et devenu célèbre comme illustrateur. De chagrin, le bonhomme a détruit les oeuvres de son fils, mort avant son trentième anniversaire. [J. E.]
Port Union, Terre-Neuve, le 29 septembre 1917

Ma Bourguignonne,

Hélas, toujours sans nouvelles de Paris. Chère Renée, écris-moi s’il te plaît, comment vous allez tous. Surtout, envoie tes lettres à Robert Miradecque. Ce n’est que depuis quelques jours que je me suis rendu compte que je suis toujours dans un endroit tout à fait impossible. Terre-Neuve est un territoire anglais et par conséquent, je me trouve encore dans un pays en guerre, nom de dieu. Il faut que je file. En tant que Robert Miradecque, je tiendrai bon quelque temps, mais je n’ai presque plus d’argent. Ici, je ne vois presque rien de cette guerre mais ce doit être bien différent pour vous autres. Le pêcheur que j’ai rencontré à Corner Brook m’a accompagné en auto-stop sur la presqu’île de Bonavista. Hier nous avons passé la nuit à Botwood chez un vieil ami de mon compagnon de voyage. Un séjour qui n’a pas manqué m’inspirer d’ailleurs. J’y ai appris cette histoire que j’ai plaisir à te raconter : Ici à Terre-Neuve vivaient des Indiens nommés les Béothuks. Il y a une centaine d’années, Mary March était une femme Béothuk qui avait été capturée par les Anglais. Son vrai nom était Demasduit et pendant sa captivité, on a essayé de lui apprendre la langue anglaise. Ainsi, les Anglais pourraient disposer d’un interprète. Tu comprendras que………
[ quelques phrases illisibles. La lettre a été écrite au crayon] ………tandis que Mary comme le dernier de sa tribu est décédée. Je pense que les Français ont fait la même chose, par exemple avec les Indiens MicMacs sur la French Shore à l’ouest de Terre-Neuve. Pourquoi ne leur auraient-ils pas appris la langue française? Tu comprends que pour une personne bilingue comme moi c’est intéressant à savoir et peut-être qu’ensemble, avec Frost, j’en aurais appris davantage. Hélas, l’histoire a pris un autre cours. Maintenant je suis vraiment à court d’argent et je te prie de m’envoyer du pognon au Consulat Danois. Fais attention surtout d’indiquer Robert Miradecque.
Ton Arthur
Plus tard on a découvert que Renée, la femme de Fabian Lloyd, alias Arthur Cravan, alias Robert Miradecque etc., avait envoyé de l’argent au Consulat Danois à l’intention d’un des pseudonymes d’Arthur. Les lettres arrivaient à Paris par Copenhague avec la mention que le destinataire était parti sur un bateau mexicain, le Santissima Madre de Dio. Avant de quitter Terre-Neuve, Arthur donna de ses nouvelles et c’est cette carte postale qui prouve sa présence au petit village de Port-Union dans la presqu’île de Bonavista. La carte montre un énorme iceberg au large de Cape Bonavista.
Port-Union, le 4 octobre

Ma chérie,

J’ai trouvé du travail sur un bateau de pêche. Maintenant je comprends un peu mieux ce livre de Pierre Loti qu’un jour nous avons lu ensemble. C’est un labeur extrêmement dur.
Ton Arthur

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jeudi 27 août 2009

La patience de Mauricette

LA PATIENCE DE MAURICETTE
EN LIBRAIRIE

«J’ai écrit beaucoup de pages, mais je n’arrive pas à suivre. Je sais trop de choses. Je ferme comme un robinet devant mes yeux. Trop de choses qui me font peur. Je dois raccommoder mes nerfs. La Lys me suit après Haverskerque Armentières à travers Comines pour aller dans la mer. L’eau revient dans les nuages. Mon petit Émile tombe dans la pluie. Ici c’est ma peine. Je l’accomplis.»

Mauricette Beaussart, 75 ans, a disparu de l’hôpital où l’on soigne sa santé mentale. Son ami Christophe Moreel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le passé et le présent de Mauricette s’entrecroisent, tissant peu à peu le portrait d’une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits bonheurs.

Roman de Lucien Suel (236 pages)
Editeur : La Table Ronde, Paris
Collection : Vermillon
Prix : 18.00 €
ISBN : 978-2-7103-3145-2
GENCOD : 9782710331452

Lire les 5 premières pages du livre : ICI
Voir la revue de presse sur le blog "Lucien Suel's Desk". ICI.

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mercredi 26 août 2009

Le collectionneur d'esclaves

Le collectionneur d’esclaves.

Monsieur Spartacus est un ancien esclave qui s’est émancipé. Il a payé pour sa liberté. Il a participé au don du sang. Il est mort plusieurs fois pour que, par exemple, des chauffards sanguinaires ou des criminels abrutis puissent revenir à la vie avant leur jugement devant les cours de la république. Monsieur Spartacus connaît beaucoup d’esclaves. Monsieur Spartacus est devenu collectionneur d’esclaves. Il en possède, en corps, en esprit, en documents (images, sons, fichiers numériques...).

La principale thématique de sa collection est l’idéologie. C’est dans ce domaine qu’il conserve le plus grand nombre de spécimens, parmi lesquels aussi bien des esclaves du matérialisme marxiste que des esclaves du matérialisme libéral. Dans ces deux catégories, Monsieur Spartacus sait qu’il se trouve des maîtres et des victimes, mais tous sont esclaves. Il se souvient notamment de Léon Stalinovitch, un jeune hooligan dans sa collection d’esclaves en vidéo, un hooligan enfermé dans une prison populaire. Léon Stanilovitch s’était fait tatouer sur le front l’expression « Esclave du P.C.U.S.a». Monsieur Spartacus se demande s’il vivra assez longtemps pour voir dans les camps de la république européenne des tatouages « Esclave de la C.E.E. » ou « Esclave du F.M.I. » ou « Esclave du Progrès ». On pourrait prendre cela pour de la confusion, mais en réalité, Monsieur Spartacus se contente de vouer un sain mépris envers toutes les étiquettes. Ses esclaves n’ont même pas de codes-barres personnels. Il sait que de toutes façons, quand les esclaves se rencontrent, ils ne font que dire du mal de la liberté.

Dans la collection de Monsieur Spartacus, les esclaves les plus communs sont sans aucun doute les esclaves de la modernité, ceux qui sont attachés à la voiture, aux plats surgelés, aux prix littéraires, à la caque quarante, à l’adsl. Ceux-là se croient libres alors qu’ils sont les esclaves de leur fournisseur d’accès. Parfois même ils se créent de nouveaux liens, pris dans la glu de l’araignée internet.
La société moderne dans laquelle évolue Monsieur Spartacus favorise une forme d’esclavage à temps partiel ou choisi. Bien sûr, les chiens de garde du pâturage journalistique assurent que toutes les forces de la nation doivent tendre à assurer le plein esclavage. D’ailleurs, le parlement a solennellement affirmé le rôle positif de l’esclavage pour l’amélioration de l’augmentation de la croissance à deux chiffres. Les progrès du P.N.B. sont salués avec enthousiasme par les esclaves de l’économie. On ne dira jamais assez le rôle joué par les « chaînes » de télévision et la « presse » quotidienne qui garantissent fermement l’immobilisation de la pensée. De même, la «aceinturea» de sécurité, le « gel » des prix et le « fouet » de la concurrence sont des instruments avec lesquels la démocratie à visage humain renforce son pouvoir coercitif, libéral et social sur les citoyens tentés par la liberté.

Le citoyen en bon esclave de la publicité traîne son boulet. Son boulet est le parfait symétrique de la bedaine qu’il pousse devant lui au fur et à mesure que son obésité augmente à force de consommer les friandises que d’autres esclaves lui préparent dans les usines du monde. Monsieur Spartacus reconnaît à l’œil et à l’odeur les dents pourries des gamins esclaves du soda et des ordures manufacturées.
En plus de sa graisse, très souvent, le citoyen traîne derrière lui un lourd sentiment de culpabilité. Au bout d’un moment, après avoir été l’esclave de sa boulimie, il devient alors esclave de la forme, esclave du régime alimentaire. Il se transforme en observateur attentif des digits du pèse-personne. Il s’enveloppe dans des vêtements informes imprimés des slogans des maîtres. Monsieur Spartacus note que les esclaves portent fièrement les signes de leur écurie, le stigmate des étiquettes de marques. Parfois, certains esclaves envient la prison des autres. L’esclave de la forme court et sue pendant des kilomètres sans but. D’autres fois, il est obligé de se serrer le sexe, les testicules et les cuisses dans des caleçons de latex noirs et brillants pour tourner en rond sur une bicyclette sportive comme un écureuil dans sa cage. Ces courses punitives sont habituellement pratiquées en escouades. En d’autres endroits, les esclaves volontaires sont rassemblés par dizaines de milliers dans de vastes stades ou cirques dans lesquels ils doivent s’époumoner en hurlements continus et rythmés. En visionnant ces foules convulsées, Monsieur Spartacus sent monter en lui une certaine nostalgie.

Sur les murs du salon de Monsieur Spartacus, les devises des esclaves clignotent continuellement en lettres de néon coloré : « UN ESCLAVE, C’EST SACRE ! » « LE BONHEUR D’UN ESCLAVE N’A PAS DE PRIX ! » « ÊTRE ESCLAVE, LA VIE ! LA VRAIE ! » « ESCLAVES, PAYEZ LE JUSTE PRIX ! » «aLA LIBERTE, C’EST L’ESCLAVAGE ! ».

Pendant ce temps, ailleurs, dans le monde, les esclaves du marché reconnaissent le marché aux esclaves sur les vieilles photographies des atlas achetés dans les brocantes. L’administration leur dresse une « grille » de compétences. Les esclaves ronronnent derrière les barreaux. L’esclave du marché est accroché à sa connection à son portable à son baladeur à son ipode comme un morceau de viande au crochet de la boucherie. Il n’a même plus besoin de la voix de son maître pour enfiler sa camisole chimique ou technologique. Les esclaves de l’alcool ou de la drogue repeignent les murs de leurs prisons très régulièrement.

L’esclave du confort prend l’ascenseur avec son chien. Le chien traîne son «amaître » dans la rue. Il l’oblige à marcher derrière lui, attaché à sa laisse. Les esclaves des animaux de compagnie n’hésitent pas à enfiler leurs mains dans des sachets de plastique transparent pour saisir les excréments tout chauds pondus par leurs petits maîtres à quatre pattes.
Monsieur Spartacus a aussi épinglé dans sa cave quelques esclaves du sexe. Ceux-là sont tantôt dominateurs, tantôt soumis, toujours pathétiques.

Monsieur Spartacus porte une attention particulière à celles et ceux qui sont esclaves de leurs émotions, les fils, les filles, les pères, les mères, les frères, les sœurs. Toutes et tous entravés dans les liens familiaux tournent en rond dans la cage des relations affectives.
L’esclave des idées reçues mène une vie routinière. Il oublie qu’être esclave, c’est aussi vivre dans la peur, sans espoir de paradis. Parfois, l’esclave s’imagine libéré, mais il est simplement devenu esclave du langage, zigzaguant dans la prison des mots.

Monsieur Spartacus éprouve de la compassion pour les esclaves de sa collection. Un jour, si la vérité ne le fait pas, le garrot les rendra libres.

Lucien Suel
La Tiremande, avril-mai 2006
"Le collectionneur d'esclaves" a été publié à l'automne 2006 dans le n°1 de la revue Carbone.

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