mardi 24 novembre 2020

Moue de Veau, le retour

J'ai publié le magazine culturel Moue de Veau pendant 10 ans (1989-1998).

Le n° 1 est daté du 2 janvier 1989 et le n° 1111 du 11-11-1998.

Le tirage original était de 23 exemplaires (16 pages au format A7). Il existait aussi des exemplaires uniques.

La ligne éditoriale obéissait à ces trois principes : un contenu à base de déchets, un regard dubitatif sur le monde et une mise à l’honneur du veau sous toutes ses formes.

Dans mon esprit, la publication de Moue de Veau répondait à l’idée de produire quelque chose qui soit non rentable, inefficace, engendrant une « perte » de temps, un objet « culturel » à rebours de l’ambiance dominante basée sur l’efficacité, le profit, la reconnaissance et le prestige. D’où le titre, ridicule, le tirage, infinitésimal, le format, minuscule, le prix, dérisoire et le contenu, majoritairement abruti.  

Je me propose de déconfiner les maquettes originales, de les scanner et des publier en ce Silo afin de proposer aux nouvelles générations digitalisées la possibilité de ressusciter ces reliques de papier. Si vous possédez une imprimante, une agrafeuse et un cutter, il vous sera possible de fabriquer vos propres exemplaires.

Pour éviter des torticolis aux amateurs, sous le hashtag #MoueDeVeau, je publierai page à page sur mon compte twitter les 16 pages de chaque numéro présenté ici.

Maquettes recto et verso
du n° 1 de Moue de Veau (02/01/1989)

 





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lundi 23 novembre 2020

Poème express n° 804

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jeudi 19 novembre 2020

Poème express n° 803

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mardi 17 novembre 2020

"Chance Centaure", un poème d'Anne Ansquer

 

J’ai la chance

 

d’être dans ma maison,

dans mon jardin,

qui, même par temps gris et pluvieux

n’est pas triste,

j’ai la chance

c’est une prison dorée

mon taf est exciting

même si...

enfin j’me sens pas vieux

 

J’ai la chance de faire partie

des gens qui vont sans risque,

je mesure,

car j’ai la chance,

d’en faire partie

-j’en suis sûr-

des gens

qui font partie

 

Je suis privilégié

mes entrants mes entrées mes enfants

tous, viennent,

reviennent

nous avons des conversations

je suis léger,

confiniment

 

J’ai la chance d’avoir

j’ai la chance de le dire

j’ai la chance d’en écrire

des textos

 

Le matin en regardant ma face

je me trouve pas mal

dans la glace

pas trop carbonisé mais prêt,

 

J’ai la chance de dormir

avec quelqu’un qui dort

ça va

j’ai hâte de prendre ma retraite

je suis aspirant

à l’étranger partir, je sors du rang, nomade, ah, nul ne m’arrêtera

 

J’irai vivre je sais

où tout est

j’ai hâte et je suis au taquet

taquet taquetje cours, demain j’aurai le temps,

j’arrête, pas le temps, j’arrive

chez moi.                                                                               et toi ?

 

 

 

Tu as bien de la chance, alors

d’être sans risque

et de dormir avec la même,

depuis

Si quand on aime, et qu’on n’a pas blêmi...

Moi ? mon jardin est triste

sous une belle pluie

de mer- c’est le mien,

il y pousse des herbes vulgaires

des sons de rien, des oiseaux-chats et

des poissons souris,

des giroflées

aimées

si, si

 

Ce jardin-là est sis en moi,

près des amis et de la solitude,

les animaux, leur gratitude

 

                       la présence

                       m’est le sel

                          absolu

 

Du pain du vin

le ciel peut me tomber dessus,

je lis toujours

Tintin, 1954, on a marché sur la Lune

La nuit,

multicolore

 

Ta souffrance indolore

elle a bien de la chance,

 

-Si je chancelle... ?                           

Oui

Pour un Centaure

qui

ne marchait,

ne respirait,

ne connaissait

ne savait ne pensait ne sentait

 

ne vivait pas

dans un smart-faune.

 

Lettre « de la tèquenaud en temps de Covid. »

                                        Anne.Ansquer©

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lundi 16 novembre 2020

Poème express n° 802

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jeudi 12 novembre 2020

Poème express n° 801

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lundi 9 novembre 2020

Poème express n° 800


 Pour célébrer ce 800ème poème express et en attendant le n° 1000, Daniel Cabanis nous offre cette variation plastique ;



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jeudi 5 novembre 2020

Poème express n° 799

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jeudi 29 octobre 2020

Poème express n° 798

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lundi 26 octobre 2020

Poème express n° 797

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jeudi 22 octobre 2020

Poème express n° 796

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lundi 19 octobre 2020

Poème express n° 795

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jeudi 15 octobre 2020

Poème express n° 794

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jeudi 8 octobre 2020

Poème express n° 793

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lundi 5 octobre 2020

Poème express n° 792

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jeudi 1 octobre 2020

Poème express n° 791

 

Le commentaire cinéphilique de Piero-Cohen Hadria

(c'est ce que je pressentais : toute la filmographie (comme on dit) de Stanley K. va y passer) (je ne suis pas certains des ingénieurs, mais c'est quand même la dernière image du film qui est décrite dans le poème) (je me souviens du moment où le film est sorti (il y a juste quarante an, octobre 80) : on attendait un petit peu de voir - il était précédé d'une aura du même genre que celle qui précédât l'Exorciste (William Friedkin, 1973) quelques années auparavant (Max Von Sydow dans le rôle du prêtre : formidable)- marketing du type "a masterpiece of modern horror" - c'est aussi une histoire de famille - le titre, c'est cette petite voix intérieure que certaines personnes entendent (c'était aussi les débuts du steadycam : une image et un cadre au cordeau, des travelling veloutés sur les moquettes des couloirs de l'hôtel) (ce film est une merveille : tout le début, le générique même je crois bien, qui suit la voiture dans les montagne du haut d'un hélicoptère...) (si Sir Alfred avait réalisé ce film (mais il est mort le 29 avril 1980, il ne l'aura pas vu, pauvre chou) on l'aurait vu dans l'image de fin (mais le caméo n'est pas le genre de Stanley K.) (pas du tout) (l'image du film est due à John Alcott qui faisait déjà partie de la plupart des équipes image des films de Stanley : l'un des meilleurs opérateurs du monde et de l'univers du cinéma) (j'aime particulièrement (tout dans le film mais surtout) le vieux cuisinier noir (incarné par Scatman Crothers - il jouait déjà avec Jack Nicholson dans The King of Marvins gardens (Bob Rafelson, 1972)(les débuts du Nouvel Hollywood...) et dans Vol au dessus d'un nid de coucous (Milos Forman, 1975) - faut que j'arrête mais il y a Shelley Duvall (tellement bien) dans le rôle de la mère - le cinéma dans toute sa splendeur : Shining (Stanley Kubrick, 1980)


 

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lundi 28 septembre 2020

Poème express n° 790

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jeudi 24 septembre 2020

Poème express n° 789


 
 Barbara Loden

Le commentaire cinéphilique de Piero-Cohen Hadria

(il y a des films qu'on ne peut pas oublier - on a aurait presque le sentiment qu'ils seront là pour toujours (ça ne se voit pas au départ - ou alors ça se voit c'est selon) - on aime à les revoir d'ailleurs parfois - parfois ils déçoivent : pas celui-là même si l'héroïne (une héroïne dans ces années-là dans un film c'est rarissime (je me souviens, bien avant cependant aussi, de "Forty Guns" (Samuel Fuller, 1957) et de Barbara Stanwick "Quarante tueurs" en français : tu saisis la différence ?) l'héroïne donc est tellement le sosie de la réalisatrice - aujourd'hui, downtown il passe au Grand Action à midi tu le crois ça ?) Barbara Loden (elle joue - fatalement - le rôle titre comme on dit : Wanda, c'est elle, et Barbara Loden c'est Wanda) une vraie merveille - l'un des plus beaux films du monde et "son sentiment d'impuissance", c'est juste tout à fait ça - la grande classe - Wanda, Barbara Loden, 1970)(trop vite, trop tôt disparue, quelle pitié que cette vie...) (n'importe on l'aime toujours, un joyau)

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lundi 21 septembre 2020

Poème express n° 788

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jeudi 17 septembre 2020

Poème express n° 787

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lundi 14 septembre 2020

Poème express n° 786

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jeudi 10 septembre 2020

Poème Express n° 785

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lundi 7 septembre 2020

Poème express n° 784

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vendredi 4 septembre 2020

Ivar Ch'Vavar : Devant l'automne


Le paysage d’hiver empile des couleurs effilées,

des blancs, des roses… quelques violets de charcuterie.

Suis bien la route, car le printemps vient là déjà. Il nous croise

sans un regard, sans avoir à nous avoir vus. Il a filé et le bord

de route maintenant est plein de poussière jaune et de bouts

de fumée. L’été a investi du site le moindre interstice, sans

même avoir eu à être subreptice. C’est juste qu’on a eu,

nous autres, cette absence, oui : tourné la tête au mauvais

moment en dedans. Et à cette heure (fort décolorée)

les insectes du ciel et du sol sont à leurs industries.



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jeudi 3 septembre 2020

Poème express n° 783

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mercredi 2 septembre 2020

Ivar Ch'Vavar : Hypnos mal au centre (fin)


L’image
dans le téléviseur est une poignée bleutée d’os et de carti
lages qui bougent lentement, pris dans une sorte de brou
et / Un nuage de mites est venu pendre sur notre village ;
la rouille gagne les planètes et un vieux belphégor va
de porte en porte pour mendier. Loin sur la gauche, un
gros aboiement, comme un paquet posé à terre, paquet
lourd de glaire ou de viande en gelée : c’est l’impression
qu’il donne et il se mettrait à sauter tout seul, retombant lourdement, sautant encore, retombant. Oui, les lampes
crépitent au-dessus des portes, mais qu’on se rapproche,
c’est plutôt un marmonnement. Les cultivatrices s’agi
tent dans la lumière en cube des maisons. On les croirait
montées sur des roulettes, car on ne voit pas leurs pieds.
Leurs gros derrières passent et repassent avec autorité.
Leurs mains remuent la monnaie dans les tiroirs ; elles trempent leurs doigts dans la menouille, les picaillons et
elles les enfoncent jusqu’au fond ; elles secouent le tiroir
tout cliquaillant puis le repoussent d’un brusque geste et
elles croisent les bras, se coinçant fermement les pouces
sous les aisselles. La nuit ne songe qu’à noircir, les bruits
se rangent sagement ; les lumières, une à une, les écrans
des téléviseurs sont soufflés. Gare, demoiselles vous qui ne
seriez pas encore rentrées du lait ou des cabinets. Les gros
hiboux ont pris leur vol, déjà ils roulent les épaules, ils sont
à peaufiner leur ricanée. — À l’angle des granges, ou bien
au coin d’une haie, ils se jettent devant vous tout à coup ils
écartent les ailes dans un froufrou. Ils ne vous feraient pas
de mal, non, rien à craindre de tel. Mais vous ne pourriez
plus chasser de votre esprit l’image de leurs parties géni
tales si étonnamment semblables à celles des garçons.
à suivre...
Pages écrites courant 2003. Revues en mai 2016 et en avril 2019

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mardi 1 septembre 2020

Ivar Ch'Vavar : Hypnos mal au centre (6)


Dans leurs survêtements d’un autre temps les variqueux
courent le long du petit bois clairsemé, d’aucuns donnent
dans le fossé, s’abattent dans les hautes fougères, d’au
tres tombent et tout à coup sont à genoux sur le gravier
de la chaussée, mêlé d’une espèce d’obsidienne. Le ciel
est gris-beige, il tremble comme un animal apeuré. Et il
y a un vieux dépôt d’ordures avec juste au milieu un ma
telas crevé. Une grande femme nue s’est levée juste à côté
.Elle regarde passer les joggeurs, qui mettent du temps à
le faire car leur troupe s’est défaite, égrappillée... Aucun
ne fait attention à elle. Elle a dans les mains et dans ses
cheveux de la laine grise ou comme soufrée, qu’elle aura arrachée à l’entraille du matelas. Moi je suis à un bon cin
quante mètres, mais, même à cette distance, je vois que
cette femme grande et large d’épaules, est idiote.

à suivre...
Pages écrites courant 2003. Revues en mai 2016 et en avril 2019


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lundi 31 août 2020

Poème express n° 782

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vendredi 28 août 2020

Ivar Ch'Vavar : Hypnos mal au centre (5)


À la « ducasse », des torches passent dans la nuit : la
barbapapa. Il y a des lampions dans les marronniers.
Les visages suent, totalement inconnus. J’ignorais qu’il
il y eût tant d’inconnus dans mon village, en fait je
ne reconnais personne. Un grand miroir à cadre doré
est là, posé contre un tronc. J’arrive juste devant, et c’est
pour y voir, alors, un garçon à la lèvre tordue, retroussée,
avec un œil fermé ou recouvert d’une taie. Les cheveux,
noirs je crois, avalés par la nuit. Si jamais c’est moi, non,
je ne me reconnais pas. — Je regarde les gens : ils se
« démoulinent » et les clapets buccaux ont l’air de fonc
tionner rudement bien. Pourtant, je n’entends rien —
qu’une sorte de grésillement — qui a des sautes, des fois
ça crépite, ça claque quasi. Une libellule de grande taille
frôle ma pommette, deux ou trois manèges continuent de tourner. — Loin par là, il y a comme un grand flamboie
ment sur les haies, et une rumeur. Ça n’est pas tout près,
ça touche un autre canton. Les romanos montent et des
cendent sans cesse le petit escalier de leurs roulottes, ils
courent partout, ils paraissent préoccupés. Les villageois,
eux, bien aise, font de lents allers et retours, à trois ou
quatre de front, parfois bras dessus bras dessous devant
les baraques, sous les lourdes guirlandes de lampions.
à suivre...
Pages écrites courant 2003. Revues en mai 2016 et en avril 2019

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jeudi 27 août 2020

Poème express n° 781

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mardi 25 août 2020

Ivar Ch'Vavar : Hypnos mal au centre (4)


Et je le dis, ça ne
me plaisait guère, je sentais comme si quelque chose m’é
tait retiré, comme une clé, peut-être, une clé invisible :
un fourmillement au bout de mes doigts : l’instant d’a
vant la chose était juste encor là.
Et revenant vers les ha
bitations des hommes je constatai maussade et résigné,
que sur le seuil de chacune d’elles, il se tenait un gar
çon-boucher. D’une voix claire et musicale, lui criait
quelque chose dans la maison. J’enfonçais mes poings
dans mes poches je haussais les épaules j’affectais même
d’écarter un peu les genoux en marchant, en leur laissant
un peu de mou : chacun de ces grands garçons avait une
grosse paire d’ailes blanches dans le dos, évidemment.

à suivre...
Pages écrites courant 2003. Revues en mai 2016 et en avril 2019

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lundi 24 août 2020

Poème express n° 780

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samedi 22 août 2020

Ivar Ch'Vavar : Hypnos mal au centre (3)


Souvent il y a un pâlissement au bord
de ce pays. Sur le bord ; séparé de l’horizon juste par la lon
gueur de quelques cils ; le bas du pâlissement tenait sur quelques pointes de cils, qui pliaient plus ou moins dans l’eau lacrymale (ce n’est qu’une image). Le haut du pâlis
sement se perdait insensiblement là où il se mêlait plus ou moins au bleuté. La bleuité... On peut chanter ces mots si on y tient, mais se rappeler qu’on est dans la « prose du
monde » là.
Ce pâlissement les vieilles gens en parlaient en
allongeant la mâchoire. — C’était assez sérieux pour que
les hommes, les hommes « faits », on va dire : retirent leur pipe de leur bouche, sans pour autant dire rien de parti
culier. Je me demande encor si j’avais bien compris, et si
ça n’était pas talisman, le mot ? mais non. « Pâlissement »,
sans aucun doute possible. Du reste, on le voit... aussi faiblement que ce soit et toujours dans une sorte de dé
sarroi. Mais depuis si longtemps qu’on l’observe on le
sait, quand il est là. On le sent derrière son épaule, c’est
quelque chose de subreptice assez, jusque dans ses reprises ; on éprouve une sorte de gêne il y a comme u
ne glaire dans l’air. On ne le voit jamais que de ce coin
et tout le temps j’y reviens, une fois que j’ai oublié le phénomène. Ou le souvenir m’en est revenu sublimina
lement ? Toujours je reviens à ce coin. Deux ou trois au
tres garçons aussi, des cloches, comme moi. — Mais par
exemple on n’y ! croise jamais le moindre commis !
de boucherie ! Cette engeance... ça a l’air d’une plaisan
terie, mais c’est — une image qui reflète une vérité :
dans cet angle (j’ai dit coin, oui... précisons que cet angle
nous n’en connaissons que le côté convexe, c’est un pas
sage à vaches et un endroit de rebut une haie le serre bien
un peu mais maigre et toute trouée : il n’y a pas de
place où se dissimuler) ; dans cet angle, cette engean
ce des garçons-bouchers brillait par son absence (c’est,
j’y insiste, dans ce texte-ci cette image qui reflète le plus
de réalité). Eh bien ce jour-là la terre était d’un bel oc
re violet, l’herbe des prés luisait comme le poil ras
des taupes, des chasseurs passaient au loin avec de
gros culs et parfois un peu de détonations groupées :
fusils pointés vers les nuages —. Quelque chose se
passait, les couleurs avaient toute leur force en cet in
stant les sons toute leur acuité, je me redressais… Inu
tile de relever plus haut mes manches, c’était tout à coup
évident… Le baquet de lait rouge ne contenait qu’un li
quide crémeux et rouillé ; la poupée aux seins précoces
était derrière la touffe d’ortie où je l’avais poussée,
je distinguais (me repenchant un peu vers le mur)
la plante rose-jaune d’un de ses petits pieds. Eh bien,
un événement d’importance était en train. 
 
à suivre...
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