mercredi 30 octobre 2019

Pour Daniel Fano 1947-2019

Nous volterons. Nous agonisons ourlés
par les épines, gonflés par les vents
de l'histoire, comme une paire tordue
d'épingles à cheveux sur la céramique
blanche, comme un domino délavé égaré
sous la table du jardin, comme un duo
éreinté, comme un couple qui dévisse.


Nous vaquons sous les nuages ventrus.
Nous mourons les mains vides et l'âme
lisse. Nos yeux plongent dans le sang
des restants, dans la tête des perdus
en terre, dans le coeur usé des pieux
versets. Notre empreinte s'évapore au
centre de la croisée impavide et nue.


Nous sommes sortis. Nous sommes loin.
Nous sommes pulsés dans une titubante
éternité, à la merci de l'oubli. Nous
clignotons dans le brouillard soyeux.
Nous ne reviendrons jamais. La longue
spirale de l'esprit caracole dans les
cieux, comme une cataracte renversée.
Lucien Suel

Relire Daniel Fano au Silo :

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posted by Lucien Suel at 18:49

3 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Lucien, ce texte est tout simplement magnifique. Touchant, aussi, par la singularité individuelle qu’il souligne, tout comme son universalité. Certainement la plupart des personnes dont la passion est la création, croient que celle-ci est un trompe-la-mort (le controversé Attali, sur ce point précis, me, nous, correspond, je pense).

Zéo

07:30  
Anonymous Anonyme said...

en effet, bel hommage...

09:10  
Blogger jean-louis said...

avec beaucoup de retard, (ne vais pas toujours sur twitter) merci Lucien Suel pour ce poème à Daniel. Il en aurait été touché.

11:43  

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