mercredi 10 janvier 2018

L Suel à l'aveuglette en 2001 avec Dragibus et Merzbow (4/5)

En août 2001, Philippe Robert m’a interviewé longuement sous la forme d’un blind test. Il m’a donc envoyé par la poste (hé oui!) une cassette d’une dizaine de morceaux, à charge pour moi de les reconnaître et de répondre aux questions ayant un lien avec ce que j’avais entendu. Cet entretien a été publié en septembre 2001 à Grenoble dans le n° 49 de « Revue et corrigée ».
Nous le publions en cinq parties au Silo. Voici le quatrième épisode (bande-son : Dragibus et Merzbow.)


7.
Dragibus "Un roi si capable"
Là, je suis désolé mais je ne connais pas du tout. C'est un collage, une parodie, je pense à Spike Jones...

Tu as aussi une passion pour l'art brut et tous les artistes singuliers...
Je suis touché par ces gens qui, sans souci du qu'en dira-t-on poursuivent une vision, créent dans tous les sens, sans référence à une école, à un enseignement. Ici, près de chez moi, ont vécu des artistes singuliers comme Augustin Lesage, Joseph Crépin, des personnages étonnants comme Benoît-Joseph Labre au XVIIIème siècle, un moine vagabond et pouilleux, un ancêtre des beatniks (le patron des inadaptés sociaux !). Lorsque j'ai écrit le Mastaba d'Augustin Lesage, je n'ai eu qu'à me replonger dans mes propres souvenirs d'enfance, et j'avais l'ambiance, la simplicité et le fantastique quotidien.

Comment définirais-tu ton travail par rapport à ce que l'on appelle traditionnellement poésie ?

D'une manière générale, j'ai justement tendance à identifier poésie et travail. Et quand je dis que je suis un poète ordinaire, c'est à la fois parce que je travaille de manière ordinaire avec des objets ordinaires, mais c'est aussi parce que je mets de l'ordre ou tout au moins, j'essaie d'ordonner les choses, de lutter contre l'entropie. La poésie, c'est aussi un état d'esprit, une façon d'observer le monde. Le poème est de l'ordre de la prophétie, souvent, indépendamment du poète.
Mon écriture est précise, ordonnée, justifiée. Mes collages, ma poésie élémentaire ont au contraire un aspect chaotique et désordonné, mais c'est aussi une façon de réarranger (réenchanter ?) le monde.
Je me souviens que j'avais, en 1989, répondu aux deux questions : "Qui êtes-vous ? " et "A quoi pensez-vous ? ". Mes réponses avaient encadré mes Morceaux Choisis parus en 1990, dans la collection des Contemporains Favoris (Didier Moulinier éd.), y servant à la fois d'exergue et de conclusion. J'écrivais à l'époque :
"Quand je ne pense ni à la mort, ni à la stupidité du monde, ni aux pluies acides, je passe un doigt mouillé sur les filles de papier. Je suis un humaniste...
Maintenant, je suis devenu un peu trop gros pour faire du strip-tease. Et ça n'intéresserait plus grand monde. Je préfère manger des frites de ducasse et avaler de la bière en canettes de 25 cl. Les filles de papier sont plus fidèles que les filles électroniques. Je suis un passéiste."
Douze ans plus tard, l'état du monde ne s'est guère amélioré. De ce point de vue, il est bien évident que je peux continuer à affirmer que je suis un passéiste (Les progressistes sont un peu rances !). Je ne passe plus de doigt mouillé sur les filles de papier. Je n'achète plus ni magazines, ni journaux. Je n'ai même plus de récepteur de télévision. Je jette un regard mouillé sur les silhouettes dénudées des arbres, bouleaux, saules, peupliers, se détachant sur l'horizon gris, bleu ou rose. Je regarde le ciel, la ligne des Collines d'Artois ou celle des Monts de Flandre. Je préfère ça à n'importe quelle visite d'exposition artistique.
Comme disait d.a. levy, j'essaie simplement de rester un être humain malgré la technologie. Il m'est difficile de préciser à quoi je pense, je peux seulement dire que ma pensée est un flux. J'essaie de garder le contrôle au présent, entre passé et futur, entre espace et temps, entre forme et contenu, entre poire et fromage. Pour ce qui est de la bière, j'ai considérablement agrandi mon champ gustatif et je lève mon verre de Westmalle à la santé des amies et amis, lectrices et lecteurs.
Mémoire, résistance, vision, humour, voilà mes quatre vérités.

8.
Merzbow "#1, 21.42
Masami Akita, j'ai reçu ses premières cassettes en 1981, Lowest Music & Arts. Il était très engagé dans le mail art network. Il fait preuve d'une belle constance puisque 20 ans après il continue de fabriquer ces musiques concrètes. Un fan de Schwitters comme moi ne peut qu'apprécier et le nom (Merzbau, c'était le nom de la maison qu'il avait bâtie à Hanovre) et la démarche.

Tu récupères beaucoup de déchets...
T'intéresses-tu aux musiques qui se servent de la récupération pour créer de nouveaux environnements sonores ? (noise, techno, musiques électroniques actuelles ?)


C'est notre société qui produit beaucoup de déchets. J'ose dire qu'elle ne produit pratiquement que des déchets. Il y a peu de choses vraiment utiles dans les supermarchés ou les pages des catalogues (et internet, quel fantastique réservoir de déchets !). A la limite, beaucoup de nouveaux produits sont fabriqués directement pour la poubelle. C'est tout naturellement que je recycle ce que je trouve. C'est un principe naturel, lié au jardinage (l'idée de compost culture). Les déchets de toutes sortes et notamment pour ce qui me concerne, dans le domaine du papier imprimé, textes ou images ont tellement proliféré ces dernières années qu'ils deviennent eux-mêmes source de matière première (même dans l'industrie). Pour paraphraser Genesis P. Orridge, on ne dira plus Industrial Music for Industrial People mais "poésie de déchets pour un monde de déchets". Ce qui est vrai pour l'écrit et le visuel l'est aussi pour la matière sonore. Je n'ai pas trop le temps de m'y mettre ou d'en écouter, mais le sampling est pour moi analogue au poème express, au cut-up. Ce n'est pas un hasard si Burroughs a été souvent sollicité par des musiciens travaillant dans ce domaine.

Libellés : , , , , , , , , ,

posted by Lucien Suel at 08:23 0 comments

jeudi 22 mars 2012

Petite Ourse de la Pauvreté


Les poèmes de Petite Ourse de la Pauvreté ont été écrits entre 1987 et 2007.
En vers justifiés, ils rendent hommage à sept personnages ayant vécu dans le Pas-de-Calais.

C'est Ivar Ch'Vavar, éditeur et poète vivant, qui, au long des années, m'a suggéré d'écrire la plupart des textes composant cette anthologie. On y rencontrera le romancier Georges Bernanos et son héroïne Mouchette, mon grand-père Fleury Verbrugghe, Benoît-Joseph Labre, saint patron des inadaptés sociaux, et les deux peintres, figures majeures de l'art brut, Augustin Lesage et Fleury-Joseph Crépin.

On peut se procurer ce livre en librairie ou sur le site de l'éditeur, Dernier Télégramme.

ISBN : 978-2-917136-51-5
Nombre de pages : 80 p.
Format : 17x22 cm.
Date de parution : 08/03/2012
Prix : 13 €

Diffusion-Distribution : GIDDE

Libellés : , , , , , , ,

posted by Lucien Suel at 13:55 0 comments

mercredi 17 septembre 2008

Fleury-Joseph Crépin (fin)

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Fleury-Joseph tes tableaux sont des talismans
peintre médium ton monde est illuminé coloris
scintillants dans des formes hiératiques tous
tes tableaux sont comptés par exemple je sais
que ton tableau n° 32 fut accroché à Lausanne
par les soins de Michel Thévoz dans son Musée
de l’Art Brut près de la toute première toile
d’Augustin Lesage unique maître et concitoyen

je sais encore qu’il y a deux petits tableaux
de toi envolée de papillons dans la mairie de
Montigny-en-Gohelle le village où tu vécus la
majeure partie de ton existence où tu es mort

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

tu es mort le 10 novembre 1948 et moi je suis
né le 17 décembre 1948 tu n’es pas le seul de
mes amis de l’ailleurs à te désincarner cette
année-là je pense à Kurt Schwitters à Georges
Bernanos à Antonin Artaud et à cet artisan de
paix comme toi le Mahatma Gandhi assassiné en
1948 Fleury Joseph Crépin 1875-1948 la vie te
quitte la veille du trentième anniversaire de
l’armistice de 1918 trois ans après la fin de
ton travail le 7 mai 1945 la veille du second
armistice il te restait à finir un tableau de
la nouvelle série des 45 tableaux merveilleux
ceux qui allaient établir une paix définitive

ce n’est vraiment pas de chance que tu n’aies
pas achevé ton oeuvre de peintre pacificateur
je n’aurais guère entendu parler de la guerre
d’Indochine de la guerre d’Algérie du conflit
israélo-arabe de la guerre du Vietnam de tous
les massacres tueries bains de sang génocides

ce n’est vraiment pas de chance que tu n’aies
pas pu peindre ton quarante-cinquième tableau
merveilleux avant que la congestion cérébrale
n’altère et tranche ton lien avec les esprits

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Fleury-Joseph Crépin rhabdomancien pêcheur de
perles sacrées artisan bénévolent sourcier de
paix peintre merveilleux Fleury-Joseph Crépin
je te nomme chaman je te nomme fluidificateur
philanthropique je te nomme Chti-Qui-Peinture

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o
Lucien Suel
Merlimont-Plage, La Tiremande
décembre 2007

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 09:41 2 comments

mercredi 10 septembre 2008

Fleury-Joseph Crépin (6)

Joseph Crépin (Coll. André Breton)

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

tes oeuvres sont construites dans la symétrie
qui rappelle les structures d’Augustin Lesage
tu montres des univers architecturaux colorés
avec minutie criblés de touches lumineuses et
zébrés de lignes alternées formant des motifs
décoratifs dans lesquels on distingue parfois
de rares personnages des espèces de divinités
inquiétantes accompagnées d'animaux exotiques

tu alignes des cordons de gouttes chatoyantes
des dizaines de milliers de perles posées une
à une au compte-gouttes ou avec la douille du
pâtissier c’est ton secret tu ne t’abandonnes
pas aux puissances invisibles tu es maître de
ton comportement il n’y a qu’André Breton qui
croit trouver en toi la présence d’un certain
sacré alors que Jean Dubuffet comprend que tu
es le bon ouvrier vrai travailleur méticuleux

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Fleury-Joseph Crépin on ne t’a jamais regardé
comme quelqu’un de dérangé loin de là tu n’as
jamais été suspecté de folie ni menacé d’être
interné au contraire tu es parfaitement rangé
à l’aise dans la société où tu es né et où tu
as passé l’essentiel de ton existence modeste
et honorable artisan fils et aussi petit-fils
d’artisan et même lorsque tu te mis à peindre
à peinturer tu fis cela dans la simplicité et
sans excentricité sans exciter aucun scandale

tu aimes vivre en société tu es un talentueux
musicien reconnu par ton public par tes pairs
les autres chefs de fanfare tu as expérimenté
dans ta vie quotidienne l’importance de l’art
tu assumes ton rôle de peintre autodidacte et
de provincial exposé à Paris avec naturel toi
qui possèdes à la fois conviction et modestie
tu donnes volontiers des explications sur tes
tableaux et c’est sans gêne aucune sinon avec
grand plaisir que tu corresponds sur ce sujet
avec Monsieur André Breton l’homme de lettres

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 12:53 0 comments

lundi 8 septembre 2008

Fleury-Joseph Crépin (5)




Fleury-Joseph Crépin tu peins dans la joie du
travail bien fait mais tu sais aussi que tout
tableau terminé te rapproche de ta fin tu vas
peindre ton dernier tableau et le monde vivra
en paix et le monde sera sauvé ta mort suivra

tu penses à tout cela en faisant couler perle
après perle larme après larme arc-en-ciel sur
le pays d’Hénin-Liétard à Montigny-en-Gohelle

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Fleury-Joseph Crépin tu vis ici dans ton pays
de mines de cités ouvrières ton pays de terre
labourée un pays sillonné de routes de canaux
et de voies ferrées ici tout le paysage a été
modelé par l’homme par les travaux de l’homme
tu le sais le travail est au centre de ta vie

ici dans ton pays les quatre éléments ont été
remués malmenés exploités changés transformés
par les hommes même le travail souterrain est
visible à la surface dans la profusion de ces
chevalements mécaniques la montée des terrils
l’extension des lignes de chemins de fer tout
est en perpétuel changement c’est un monde en
marche dans un univers dangereux et troublant

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Fleury-Joseph Crépin tu n’es pas mineur comme
Augustin Lesage mais tu es au contact de tous
les éléments qui constituent le monde en haut
des échelles dans les courants d’AIR quand tu
poses les nochères maîtrisant le FEU quand tu
soudes le zinc tu bloques l’EAU sous pression
dans une prison de tuyaux tu creuses la TERRE
pour y établir des puits tu l’auscultes aussi
avec ta baguette de sourcier tu sens la force
magnétique dans les muscles de tes avant-bras
la force qui fait vibrer et tourner le rameau
de noisetier tu comptes le nombre de tours et
en déduis importance et proximité de la nappe
ou de la source tu ne poses pas les questions
du comment et du pourquoi tu valides ton état
de radiesthésiste sourcier guérisseur par les
bons résultats que tu obtiens et tu reconnais
l’existence de certaines forces insoupçonnées
parce qu’elles sont en accord avec ton propre
raisonnement avec ta vie intime conduite dans
le souci persévérant de l’harmonie et du bien

faire le bien et faire bien Fleury-Joseph toi
aussi tu as choisi cette voie comme Lemire tu
mets en pratique la solidarité entre les gens
d’un même pays d’une même campagne tu fais le
bien et tu le fais bien les résultats sont là
ils sont beaux à contempler tout le monde est
enchanté oui simplement le beau c’est le bien

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 19:24 0 comments

vendredi 5 septembre 2008

Fleury-Joseph Crépin (4)


tu varies indéfiniment sur des formes simples
à partir de tes agrandissements réglés par le
papier quadrillé parfois je te vois tracer de
malicieux personnages au coeur de tes temples

tu peins comme on peint portes et volets dans
les corons de la Gohelle tu ajoutes avec soin
des +++++ des ******* des ...... des bouquets
fleuris des plantes vertes des chandeliers de
la ferronnerie d’art toutes les broderies des
églises celles des chasubles et des étoles du
linge d’autel et du banc de communion tu mets
à ton service toute l’imagerie catholique qui
est pour toi une imagerie universelle tu n’es
ni bigot ni mystique tu fais ton travail dans
l’esprit du bon peintre du bon ouvrier du bon
rebouteux du bon plombier du bon puisatier et
très exactement tu PUISES toute la matière de
tes rêveries dans le monde qui t’entoure dans
la vie qui s’écoule tu n’es ni dans la transe
ni dans l’exaltation tu es dans le travail tu
travailles comme un poète tu travailles comme
Pierre-Jean Jouve et comme Arthur Rimbaud ton
travail est là Fleury-Joseph ta justification

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

fort âgé Fleury-Joseph tu commences à peindre
à peinturer tu es à l’écoute des nouvelles tu
sens les menaces tu te souviens comme c’était
terrible la grande guerre ici dans le Nord tu
vois encore les ruines tu vois de chaque côté
de la route ces milliers de petites croix des
cimetières militaires entre Lens et Arras les
jeunes hommes morts les maisons écrabouillées

tu as participé à la reconstruction tu sondes
le ciel tu ne veux pas entendre le sifflement
des bombes l’éclatement des obus alors tu vas
peindre tu vas conjurer la prochaine bataille

tu te bats contre le désordre des temps voici
ton ordre de mission gagner la paix mettre un
terme à l’occupation en peinturant jour après
jour c’est ton occupation journalière ta voie
de résistance tes compositions sont des armes
passives tu luttes contre les barbares par la
couleur par la noble symétrie et par la bonté

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 08:39 0 comments

mercredi 3 septembre 2008

Fleury-Joseph Crépin (3)



3ème partie

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o


c’est un ange protecteur qui te guide tu peux
écouter sa voix et la suivre tu réalises sans
jamais t'arrêter 345 tableaux en neuf ans des
huiles sur toile à l’aspect de broderie d’une
symétrie exemplaire quasi-hypnotique vivifiée
par l’ajout des gouttes perlées qui donnent à
tes tableaux une perfection presque mécanique



tu nous en fais part « à des toiles j'ai fait
quelquefois jusqu'à 1500 points à l'heure mes
tableaux n'ont pas de titre jamais je ne sais
pas ce qu'on me fait faire pourquoi on me les
fait faire ni quand va s'arrêter ce travail »



pourtant Fleury-Joseph Crépin tu sais la voix
te l’a annoncé tu mourras au moment du 345ème
tableau tu sais cela mais très courageusement
vieil homme tu continues à peindre tu fais ce
que tu dois faire jour après jour tu chemines
pour te soutenir t’aider en plein travail les
voix vont te faire entendre de la musique des
choeurs et des harmonies tu additionnes toile
après toile chacune impressionnante de beauté
reflétant ton extase tranquille une souriante
illumination tes toiles comme des icônes sont
parfois capables de soigner d’éloigner le mal
o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o


Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 10:02 0 comments

lundi 1 septembre 2008

Fleury-Joseph Crépin (2)


2ème partie
ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo
Chti-Qui-Peinture Chaman Fleury-Joseph Crépin
poème de Lucien Suel en 300 vers de 45 signes
Chaman Fleury-Joseph Crépin Chti-Qui-Peinture
ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo


Fleury-Joseph gamin la musique est ta passion
tu composes des airs de polkas que tu joues à
la clarinette dans le bal de ton papa un jour
adviennent des troubles oculaires tu es opéré
deux fois cependant ta vue a beaucoup diminué
et tu ne seras pas mobilisé pour la guerre 14

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

tu te maries en 1901 tu deviens père tu crées
ton entreprise tu joues dans la fanfare tu es
plombier zingueur tu ignores tout de l’avenir
tout va changer les voix se préparent tout va
rester pareil tu verras avec l’oeil intérieur

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

à 56 ans tu deviens so(u)rcier et guérit-tout
tu t’inscris au cercle d’études psychiques et
spirites d’Arras Victor Simon y est Président
tu utilises ton don de divination pour mettre
au jour les sources d’eau pure tu établis les
diagnostics des maladies et tu les soignes en
imposant tes mains sur les patients tu guéris
aussi par la télépathie en bon spirite tu eus
pu faire tourner les tables mais ta conjointe
te l’interdit tu souffles sur les brûlures tu
coupes le feu et arrêtes les hémorragies plus
tard tu sauras arrêter plus grande hémorragie

tu utilises ta montre comme pendule ce qui se
conçoit aisément tu soignes jusqu’à cinquante
personnes dans la journée réussissant souvent
des guérisons inexplicables tu aimes les gens

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

un jour ta main est soudainement déviée alors
que tu recopies une partition musicale esprit
manifesté esprit ferme brutal l’esprit frappe
tu esquisses ton premier croquis au crayon de
bois sur une feuille quadrillée c’est commode
le quadrillage pour garder les proportions en
reproduisant régulièrement les ornementations
symétriques ensuite tu fais du coloriage plus
tard tu vas peinturer en attendant tu ajoutes
dans ton dessin des portées musicales airs de
quadrille de polkas et de valses tu as 63 ans
en avril 1939 tu peins ta première toile elle
se nomme composition n° 1 et jusqu’au jour de
ta mort tu demeureras absolument fidèle à ton
style tes tableaux ressemblent parfois à ceux
de Lesage mais tu as une évidente originalité


o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 16:46 1 comments

mardi 27 mai 2008

Fleury-Joseph Crépin (1875-1948)




ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo
Chti-Qui-Peinture Chaman Fleury-Joseph Crépin
poème de Lucien Suel en 300 vers de 45 signes
Chaman Fleury-Joseph Crépin Chti-Qui-Peinture
ooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

Fleury-Joseph Crépin tu entends une voix elle
te dit à vos couleurs Fleury-Joseph il faudra
peinturer 300 tableaux pour arrêter la guerre
et 45 autres pour établir durablement la paix
45 toiles peintes comme 45 temples de la paix

Pacem in terris tu t’exécutes jusqu’à la mort
tu peins de l’âge de 63 ans à l’âge de 73 ans
sous l'influence de ton ange gardien tu peins
consciencieusement tu dates et numérotes tous
tes tableaux tu les fais à partir des dessins
préparatoires sur ton papier quadrillé papier
de la symétrie tu seras enterré avec tous tes
quadrillages crayonnés l’ensemble des croquis
capitonnage tapissant l’intérieur de ta bière

seuls témoignent pour la postérité pour notre
édification toutes les toiles achevées durant
ces dix années je te regarde Fleury-Joseph tu
appliques tes couleurs à l’huile sur la toile
tu laisses tomber des gouttelettes des perles
de vernis coloré tu travailles avec la grande
minutie des bons artisans dans l’espace blanc
tu traces et colories tes motifs géométriques
tu travailles comme un plombier qui soigne tu
sais qu’il faut être précis pour ne pas avoir
de fuites au moment de la mise en eau pour ne
pas devoir recommencer tes soudures tu as une
oeuvre à accomplir comme Jeanne de Domrémy et
comme Augustin de Ferfay tu as été choisi par
les esprits une tâche pour le reste de ta vie

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

j’aime beaucoup c’est beau ton premier prénom
Fleury fleur Fleury fleur Fleury fleur Fleury
tu t’appelles Fleury mon grand-père s’appelle
Fleury aussi un prénom que l’on ne donne plus
guère de nos jours vous êtes morts les Fleury

mon Fleury était bûcheron terrassier forgeron
jardinier ajusteur ouvrier poilu de 1914-1918
toi Fleury-Joseph tu as été plombier zingueur
quincaillier compositeur de musique rebouteux
puisatier sourcier et finalement peintre pour
la paix artisan de paix c’est toi qui stoppes
les boches avec ton trois-centième tableau tu
contrains l’ennemi à capituler à signer enfin
la paix la deuxième guerre mondiale est finie
lorsque le 7 mai 1945 tu poses l’ultime perle
colorée sur la composition n° 300 Pax Crepina

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

tu es né à Hénin-Liétard avant qu’on le nomme
Hénin-Beaumont tu es né dans le Pas-de-Calais
comme Augustin Lesage comme Victor Simon deux
personnages singuliers tes prédécesseurs dans
le spiritisme quand je traverse Hénin-Liétard
je pense à toi je pense aussi au premier film
de Maurice Pialat l’enfance nue tableau animé
pour conjurer la solitude la détresse sociale

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o

crépin crépine crépinette j’entends les tiots
qui se moquent jouent avec ton patronyme dans
la cour de l’école crépi crépin crétin crépin
crépin crépine crépinette sacré crépin crépin
les peintures crépin crapette sa-cré pein-tre

dans leur innocence les enfants annoncent ton
futur crépi du bâtiment ta crépine au fond du
puits ils se trompent juste sur la crépinette
puisque tu ne seras jamais un charcutier mais
qu’au contraire tu feras arrêter la boucherie

o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o°o
pour lire la suite, cliquer
Ce long poème de 300 vers justifiés a été publié dans le n° 2 (avril 2008) de la revue Kminchmint éditée à Amiens par Ivar Ch'Vavar

Libellés : , , , , , ,

posted by Lucien Suel at 08:38 0 comments