vendredi 7 février 2014

Un poème de la taille d'un timbre-poste (par gnoir)

gnoir et moi, nous suivons mutuellement sur Twitter.
Suite à un échange autour de la poésie élémentaire, il m'a proposé de "vasecommuniquer" avec lui sur le projet d' UN POÈME GRAND COMME UN TIMBRE-POSTE.
Je l'accueille ce jour au Silo tandis qu'il présente mon travail sur son site.

1. Le timbre
2. Le poème écrit au verso du timbre
3. Le timbre sur l'enveloppe
4. L'arrivée du  timbre poème chez son destinataire
6. Le texte du poème timbre de gnoir

Le texte barré correspond à ce qu'il a fallu couper pour faire tenir le poème sur un timbre poste. Une sorte d'épluchure. Le titre, notamment, a sauté.
L'Antisèche

Le scribe aux mains minuscules
moins grand qu'une once
pondait des poèmes si fins
qu'on finissait par les prendre

pour des petits pois
on se repassait le mot
poèmes strowbass encordés
aigus au timbre d'aigrette
compo sonore
pour pattes de mouches
comme un sale virus bonhomme
la langue collée facteur chance
dénominateur commun
du coléoptère bousier

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vendredi 3 janvier 2014

Christine Jeanney - Lettre à Mauricette

 Chère Mauricette,
J'espère que tu vas bien. Je l'espère vraiment. 
Je ne sais pas si notre ami commun t'en a parlé, mais pendant que tu vivais ta rencontre avec Blanche, j'ai eu terriblement peur, très peur, que tu meures. 
Aujourd'hui, j'ai un peu vieilli, peut-être pris un peu plus de sagesse, et je sais que cette peur n'était pas fondée. Ce serait comme avoir peur de voir mourir la symphonie numéro 9 de Schubert, ce qui, tu en conviendras avec moi, est une idée complètement farfelue.
Parfois je pense à toi, je t'imagine faisant un collage sur la table de ta cuisine, ou au jardin, avec toute l'attention que tu portes à ces graines que je ne connais pas, ces noms qui me paraissent tellement  énigmatiques, frivoles, majestueux.
Pendant que je lisais ce qui t'arrivait, avec Blanche, avec Augustin et toute cette famille (j'y reviens, je suis un peu comme ça, radoteuse), j'étais aussi tiraillée (tiraillée, c'est le mot, parce que c'était physique aussi) par le désir d'être à tes côtés, de t'aider et de te consoler. De te consoler de quoi, je ne sais pas. Sûrement de tout, ce qui est bien trop brumeux pour être efficace. Et puis "de tout", comment veux-tu. Il y a des choses bien trop grandes à porter. Peut-être qu'elles aussi sont énigmatiques, frivoles, majestueuses, mais en tout cas, elles ne tiennent pas dans un sachet de graines à semer.
Comment va Avatar ? Est-ce qu'il se couche toujours sur tes plantations avec sa grâce de petit fauve ? 
J'ai compris pourquoi tu ne peux pas mourir (oui, je rabâche, je remâche un peu, c'est mon côté une-idée-à-la-fois) : c'est parce que tu parles depuis un territoire d'intelligence de l'émotion. 
Ou d'émotion intelligente (on peut inverser, c'est bien pratique). 
Tu ne parles pas depuis la connaissance, et pourtant tu en as, érudite, inattendue, singulière dans ta façon d'envisager les choses. Tu ne parles pas depuis le savoir que tu possèdes, mais depuis l'émotion qu'il provoque, et la différence est énorme. À cause de ça, tu ne peux pas mourir. Et j'ai envie d'ajouter aussi, qu'à cause de ça, certains vivants sont morts, depuis longtemps, mais ils ne le savent pas (et je ne leur dirai rien, ça serait des paroles inutiles). 
Benoît doit avoir bien grandi maintenant. Je viens de m'en rendre compte, Mauricette, mais dans ce que j'écris en ce moment, il y a un Benoît aussi. Même s'il n'est pas vraiment nommé clairement, d'ailleurs, c'est plutôt un Benedetto, mais je bavarde, je bavarde, c'est que j'aurais tant à te dire. Il faudrait que je prenne le train, puis le bus, assez longtemps, pour venir te voir, sous les grands ciels bas de chez toi, aux nuages effilés. Si tu voyais là où j'habite, l'horizon ce soir est jaune et rouge et les couleurs irréelles, inexplicables. Je pourrais t'emmener à la Chapelle de Ronchamp. Elle est bizarre, une étrangeté vraiment, un concept sur une colline. Une goutte d'eau blanche qu'on peut apercevoir de loin. Tu l'aimerais je crois. Et toi, tu m'emmènerais vers Hazebrouck, Merlimont, on pourrait même s'acheter un cerf-volant et tenter de le faire voler sur la plage, je ne suis pas très douée, mais pourquoi pas, ce serait une belle promenade, Amazing Grace.
Je devrais t'écrire plus souvent. 
Je t'envoie une photo de ciel. La nuit tombe vite en ce moment, on voit la lune entre les branches du tulipier. Il paraît que cet arbre ne fleurit que tous les dix-sept ans, et je n'ai jamais vu ses fleurs. On dit qu'elles sont aussi grosses que des nénuphars, et blanches.
Je t'embrasse,
Christine

Avec Christine Jeanney, dans le cadre des "Vases communicants", nous avons eu tous deux envie d'écrire une lettre à Mauricette Beaussart. La mienne est lisible sur le site de Christine Jeanney.

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vendredi 11 octobre 2013

Ecoutervoirlire

La Nuit remue, 7ème édition, 15 juin 2013
Voir des extraits vidéos de toutes les prestations, écouter l’intégralité des interventions.
Lire le montage d’extraits de « D’azur et d’acier » que j’ai présenté ce soir-là.


Voir l’exposition de mes dessins à la Galerie éphémère dans la Grande Menuiserie de Nolwenn Euzen. Dessins idiots, portraits de Mauricette Beaussart et du Pérubu, illustrations pour Ichi Lau d’Ivar Ch’Vavar, etc…


Voir les photos de Josiane Suel et lire les poèmes de son mari dans la revue chos’e n° 5 « Les tombes » pages 52 à 59 
Et chez l’éditeur Publie.net « La poussière »

Lire le compte-rendu et voir les photos des Poétiques de Saumur (septembre 2013) sur le blog ex libris.  

Ecouter les participants à la conférence-débat « Traducteurs, vos papiers ! » animée par François Annycke et organisée à Lille avec La Contre allée. J’y parle de ma traduction du Livre des esquisses de Jack Kerouac et j’en lis des extraits. Voir aussi les photos de cette rencontre.

Dans le cadre d’une dissémination des traductions, lire mon poème en picard « Eszalo » et sa traduction en français sur le blog "Œuvres ouvertes" et voir les photos de L Margantin.

Lire sur le blog de la web-association des auteurs mes réponses aux questions de Laurent Margantin à propos de l’écriture sur le net 

Lire sur Le Blog Littéraire « Les interminables », poème en vers justifiés de Patrice Houzeau à partir d’un extrait d’un de mes poèmes paru dans Canal mémoire.

Lire « d’une rive à l’autre » poème à contraintes (double acrostiche et vers justifiés) sur « Pendant le weekend », le site de Pierre Cohen-Hadria (dans le cadre des Vases communicants)

Lire enfin ma nouvelle « Sombre rêve », écrite pour la série de Guénolé Boillot « Histoires anéanties ». 

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vendredi 2 août 2013

Un texte et trois images de Piero Cohen-Hadria

Septième participation au projet des vases communicants.
Tous les premiers vendredis de chaque mois, des auteurs se prêtent leurs blogs, écrivant en duo l'un chez l'autre.
Ce premier vendredi d'août, je suis heureux d'accueillir Piero Cohen-Hadria.

Nous avons composé à partir du mot "Rivière".
Un texte illustré pour lui et un poème à contrainte pour moi.
Ma participation apparaît sur Pendant le weekend, le site de Piero Cohen-Hadria
.
  
***
Il y avait cette chanson qui faisait « Comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau… »
 
Je n’ai pas la force de continuer. Mais il y avait des mots qui me venaient : Kwaï et David Lean, les sifflotements et le pont, cette chanson, « le soleil brille… » et Otto Preminger, « la rivière sans retour », et Marylin Monroe et les Misfits - oui, Monty Clift, celui de « Soudain l’été dernier », Clark Gable et John Huston, et donc la Baleine Blanche, Moby Dick, et Gregory Peck, tous ces acteurs, ces films de cinéma, la fin des années quarante, puis les années cinquante où je naquis, puis celles où on a attendu le cadre avec les meubles, dans le nord de ce pays-ci - il y avait David Niven (« Lawrence d’Arabie », oui, d’Arabie, et la musique de Maurice Jarre, oui), ou Alec Guiness (celui aussi de « The man with the white suit » - l’homme au complet blanc- mais « suit » vaut beaucoup mieux que « complet ») (pour moi) (je n’ai pas la force de continuer) il y avait Trevor Howard et Georges Sanders et Bette Davies, Eve et Sterling Hayden et Robert Ryan, ou encore d’autres noms et d’autres mots, on a parlé de « rivière » et puis le temps a coulé, passé, il y avait à Tunis un Bey, et un Raïs au Caire, vers Persépolis un Shah, le Commandeur des Croyants à Rabat, Pierre le Grand Tsar de toutes les Russies, il y avait un temps où tout passait si vite, elle eut treize ans à la guerre, elle en avait seize lorsqu’elle cessa de suivre les cours de l’école, elle était la plus petite de la famille, elle et ses trois amies se promenaient, elles étaient trois Jacqueline, trois sur la promenade du Kram, loin de la ville, ou celle de la Goulette, elles se promenaient et pour ne pas aller à l’école, elles allaient au cinéma, puis en quarante cinq, au mois d’août, le jour de la saint Amour, elle avait dix-huit ans (les autres, les deux autres ses amies, je ne sais pas, et je n’ai pas la force, non, vraiment) et cela ne les empêchait pas de se retrouver au cinéma, l’américain des années quarante, Humphrey Bogart et « La Femme à abattre », moi, pour moi, elle restera aussi, surtout celle qui chante, parfois, avec Louis Armstrong ce « Cheek to cheek » (« Joue contre joue »), 
 
Ella, ou celle surtout, oui, surtout, qui crie « Francesco » dans « Rome ville ouverte », le Tibre, qu’on traversait au pont du Trastevere, et plus tard, alors qu’elle atteignait les vingt-cinq ou vingt-six ans, la voilà qui sera devenue mère de quatre enfants, alors je ne sais si la force de continuer a quelque chose à voir avec cette histoire, rivière diamants (« les meilleurs amis des filles… »), la rivière, son lit et ses rives, celles lentes des canaux qui, quelquefois, les suivent, je me souviens du Morvan, je me souviens de cette ville, Saint-Jean-de-la-Rivière ou Châtillon-en-Bazois, je ne sais plus le charcutier louait une maison, un jardin devant qui jouxtait la route nationale, il y avait non loin la Nièvre, et ce premier mai où un type qui n’avait pas le bac s’était donné la mort, le jour de la Fête du Travail, je n’ai pas la force de continuer non plus que celle d’illustrer, mais seulement celle de me souvenir, un peu, s’il te plaît, un petit moment de ce mois de juin en soixante, ce mois de juin, ce n’est pas une rivière non, mais la mer, Carthage, je me souviens mais je ne sais pas si la force de continuer me sera donnée, je ne sais pas exactement si, à ce moment-là Frank Sinatra chantait mais à la radio, Ella Fitzgerald, cette radio, c’était un matin et le feuilleton de la radio, c’était à midi, j’étais alité - c’était une époque où je me sentais parfois un peu mal, quelques maux de ventre ou de tête et elle qui m’absolvait de l’école, « reste » me disait-elle - (et le repos alors m’était si doux, et l’anglais ensuite comme la langue de ces acteurs que, plus tard, je reconnaîtrais plus pour mienne que l’arabe que j’entendais pourtant si fréquemment alors, la langue dans laquelle s’exprimaient les Ava Gardner ou Lauren Bacall, plutôt les brunes, Marylin Monroe et son « River of no return » viendrait plus tard, sans jamais parvenir à la gloire des Ida Lupino ou encore moins – mais ce ne sera que plus tard encore – des Monica Vitti ou Anna Magnani (c’est elle), Audrey ou Katharine Hepburn (et donc Spencer Tracy, et « Furie » celui de Fritz Lang), Delphine Seyrig peut-être évanescente, légère, toute de tulle,ou cette petite femme brune, son nom m’échappe, elle qui écoutait les chanteurs et les chanteuses, c’est Mireille qui vient, mais ce n’est pas elle, Dim Dam Dom, elle est partie, elle n’a pas eu la force de continuer, elle ressemblait je ne sais plus, je n’ai pas vraiment la force de me souvenir, je n’ai pas de photo, je n’ai plus tellement envie de me souvenir de la suite), je me perds un peu mais, en juin soixante voilà, en juin le feuilleton à la radio, « Tintin et le Lotus bleu » et par la poste, j’allais avoir sept ans, cette fois j’en ai eu soixante, par la poste ce colis de mon père et de France (zeugme), ce colis où « L’Île Noire », « Le Sceptre d’Ottokar » et « L’Oreille Cassée » pour mon anniversaire, dans cette avenue du Théâtre Romain, dans cette maison qui fait le coin de la route de Tunis, là, blanchie à la chaux, aux volets bleus, à la chaleur, avec mes maux de ventre et de tête qui par miracle s’éloignent, là, ces trois livres, ces trois bandes dessinées qui dans l’odeur des lauriers roses, sous l’ombre lourde et dure d’un soleil de plomb, je me souviens de ma grand mère et de sa fille, ma mère, elles deux assises en plein soleil dans la Dauphine rouge, buvant du café, parlant en arabe que je ne comprenais pas, une heure de l’après midi, au loin la lagune, au loin la mer, l’eau et les ciels, le mont Boukornine et l’eau non d’une rivière mais qu’importe, l’eau bleue derrière les rochers, le sable blanc, on crie quand on y marche à midi, on y court, et bientôt, dans le lointain, bientôt ce voyage et plus rien d’autre, alors, n’existera plus, plus rien que ces images de cinéma, ces dessins de quelques livres et le héros, avec son chapeau rond qui, dans une barque, descend une rivière (cette brune, qui portait une bague reliée à un bracelet par quelques rangs de diamants, comme un ruisseau, cette brune de télé - et non de cinéma – elle s’appelait Denise Glaser).

La chanson faisait aussi « Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures… »

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vendredi 7 septembre 2012

Vasecommunication avec Zéo Zigzags

Vases communicants
Parution du vendredi 7 septembre 2012

J'accueille avec grand plaisir Zéo Zigzags dans le Silo. Elle fait partie des poètes qui comptent. Ce que je nomme vers justifiés ou arithmogrammatiques, elle les appelle isocèles, mais c'est la même chose, nous comptons. Suivant à la lettre et au chiffre, l'exemple de Stéphane Mallarmé, nous avons, Zéo Zigzags du Québec et Lucien Suel de l'Artoisflandrepicardie, alternativement lancé les dés. Voici le résultat non aboli :
54 lignes de 59 signes
6 mots désignés par le hasard :
entrebâille / aide-mémoire / cassis / palmipède / méandreux / sud-est

Mon texte « Nuages » est publié sur Artobazz, le blogue de Zéo Zigzags

ici : Isotexte de Zéo Zigzags : « on peut supposer qu'il » [double contrainte oulipienne « isocélisme » et « à supposer que »]

on peut supposer qu'il
s.en faut d.ailleurs de peu pour qu.on passe sans rien voir
un mince crochet interdit la vue d.un rectangulaire boudoir
couleur accroche.cœur où s.infiltre hardiment par 0.2731 cm
l.espace du jour prisonnier que la porte de planches grises
entrebâille jusqu.à ce que la main gauche éraflée du garçon
la tige rouillée dans un grincement sec soulève pour entrer
un œil nuit encre inquisiteur sans permission à l.intérieur
au.dessus duquel se contorsionne un seul sourcil proéminent
l.autre faisant profil bas sans doute trop étonné pour agir
d.un pas mal rassuré le voilà qui s.approche du sofa cassis
dont quatre coussins d.appui semblent avoir été éclaboussés
par quelque rougeâtre substance caillée et non identifiable
au premier regard si vif si avisé et si attentif qu'il soit
la maison sombre ouvre à la nature une unique fenêtre ronde
à précisément 9 h 49 un seul pan du mur moka haut de 2.83 m
reçoit quelque lumière du sud.est assez taché de moisissure
honteusement décoré d.un horrible dessin sur papier recyclé
à demi gondolé par l.humidité avec dessus une forme étrange
un palmipède cygne siffleur eider ou bien bec.scie couronné
là sur le lit au drap parfaitement tiré git le corps défait
chaussures cirées chemise coton boutonnée cravate de soirée
coiffure bien tenue tempes salées front large à peine garni
pantalon plié posé sur la commode caleçon blanc posé dessus
sans chaussettes les deux jambes jointes d.un corps si sage
le sexe triste pudiquement couvert d.un carnet aide.mémoire
dessus la page trois griffonné samedi 1er septembre 15 h 23
entre ses lèvres bleuies un écu affligé de l.effigie royale
exquis ou quoi ce cadavre moisi à l.odeur de lilas putréfié
qu.avait.il bien pu vendre son sexe son corps ou son esprit
aucune trace de violence et le curieux entré par effraction
passe outre le parcours méandreux de ses pensées scabreuses
pris d.une soudaine fatigue s.effondre soudain s.agenouille
l.envie irrésistible de dormir givre ses circuits neuronaux
à peine a.t.il le temps de retirer son épais pantalon grugé
par cette canicule épaisse le poser sur une table de chevet
il glisse un pied sous la couette fraiche entre bâille dort
comme un loir hermétique en moins de trois secondes étanche
bruit de casseroles de métal non pas de lames entrechoquées
poignards très affilés d.une armée d.assassins psychopathes
un canard enragé égorgeur comme celui de l'horrible croquis
un pouacre odieux dieu menaçant sanguinaire nerveux vengeur
et qu.à six on aurait guerroyé jusqu.à ce que palme y perde
en armure qui tels ces bouillants fantassins suent d.estime
pour leur commandante mais entre eux de glace s.assassinent
démission nucléaire sur son front brulant est posé un ruban
songe brutal l.inerte dormeur paralyse d.effroi sur son lit
exactement 15 h 23 au téléphone cellulaire là sur sa cuisse
dans son enveloppe de cuirette laide mais noire assez sobre
disparition tue du célibataire voyelle dans l.océan de mots
le loup l.hippocampe le chat dansent le trente.deux du mois
onze mois passent un poète déplumé fouille l.idée au hasard
joie de l.idée non abolie l.étourderie vaguement criminelle
ouvrir l.antre proscrite d.un logis peut.être habité occupé
s.en faut d.ailleurs de peu pour qu.on passe sans rien voir

. Isotexte . Tous droits réservés © Zéo Zigzags 0812

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vendredi 6 juillet 2012

"Sonde" par François Bonneau

Cinquième participation au projet des vases communicants.
Tous les premiers vendredis de chaque mois, des auteurs se prêtent leurs blogs, écrivant en duo l'un chez l'autre.
Ce premier vendredi de juillet, je suis heureux d'accueillir François Bonneau. A partir de la même photographie de François, nous avons tous deux écrit un poème en vers arithmonymes.
12 vers de quatre mots pour lui et un quatrain de 12 mots pour moi.
Ma participation apparaît sur L'Irrégulier, le blog de François Bonneau.



Bic en main, elle
Pose pour la galerie ;
Vient le passant pressé.

Voix posée haut, gazouille,
Velours, elle interpelle, et
Ajuste, pose son regard :
« Siouplait, cinq minutes, chrono ! »
Puis pose questions, coche :
« Rarement, peu souvent, toujours? »
Pose poutre sur traverse :
« Merci pour votre accueil ! »

Pause, enfin : A sondé.

François Bonneau – Vases Communicants – Juillet 2012

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vendredi 6 avril 2012

Franz Kafka

Tous les premiers vendredis de chaque mois, des auteurs se prêtent leurs blogs, écrivant en duo l'un chez l'autre. Ce sont les vases communicants.
Aujourd'hui, jumelage KAFKA- KEROUAC
Pour ma quatrième participation, Laurent Margantin, fin traducteur de Franz Kafka, a proposé que nous échangions nos traductions.
Quelques pages de Book of Sketches, les carnets de Jack Kerouac traduits par mes soins apparaît sur Œuvres ouvertes, le blog de Laurent Margantin.
Et voici un extrait de sa traduction du
Cahier in-octavo G (18 octobre 1917 – fin janvier 1918).

Le nègre qu’on ramène chez lui après l’Exposition universelle, et qui, rendu fou par le mal du pays, au milieu de son village et des lamentations de sa tribu, joue avec un visage extrêmement sérieux – comme une tradition et un devoir – les petites scènes drolatiques qui enchantèrent le public européen comme autant de mœurs et de coutumes d’Afrique.

Franz Kafka
traduit de l’allemand par Laurent Margantin

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vendredi 2 mars 2012

ROUTE

Je participe pour la troisième fois au projet des vases communicants.
Tous les premiers vendredis de chaque mois, des auteurs se prêtent leurs blogs, écrivant en duo l'un chez l'autre.
Ce premier vendredi de mars, je suis heureux d'accueillir un texte de Michel Brosseau qui a proposé le mot "ROUTE" comme point de départ pour notre échange. Allez savoir pourquoi !
Michel Brosseau joue
à chat perché dans son atelier ouvert au public et m'y accueille pour un poème en roue libre intitulé "Maumau monologue à vélo".

ROUTE

Somewhere along the line I knew there’d be girls, visions, everything ; somewhere along the line the pearl would be handed to me. Jack Kerouac, On the Road, Part 1, Ch. 1

Enfant, la nationale était grand route ; les autres, par ordre décroissant d’importance : petites routes, demi routes, routes à lapins. Quant à l’autoroute, elle était menace vague, tempête qui longtemps se fait attendre – une vingtaine d’années qu’a duré l’attente – moteur pour l’imagination : tous ces tracés possibles, et deviner de qui les terres expropriées, coupées en deux, fermes rasées – ceux qui la craignaient tant sont allés en terre peu de temps après son ouverture
Bruit de la route la nuit, immobile dans le lit, et les phares qui glissent à travers la pièce, fenêtre plafond mur, refermer les yeux
Avant la route, Kerouac était sur le chemin
Et si c’était par la route qu’Arthur était devenu voyant, avait appris à percer les horizons : dès lors plus de mystère, plus de rupture, mais la continuité d’un destin…
Pas de routes sans ponts (ou l’au-delà à portée de chemin)
Départ, la route se prend d’abord en dedans
La route est inquiétude pour celui qui ne la prend pas (intranquillité pour les autres).
Ne l’avoir jamais prise : pouvoir savoir oser la prendre
Avoir fait semblant de la prendre, traversées d’est en ouest jusqu’à la côte, échappées belles et jeu de cache-cache avec la mort, rouler vite piles de cassettes un sac à dos livres de poche bouteilles sur le plancher, jamais plus d’un passager, souvent le même, parler chanter (jamais tu n’es parti sans certitude du retour)
De la nécessité d’apprendre la route ; c’est seul et dans une chambre, chambre obscure ou bien les yeux fermés, musique qui sort des enceintes, des chansons qui disent la route, la 66 mais pas seulement, la route de celui qui cherche, du boulot ou l’absolu, de celui qui ne tient pas en place, qui ne peut serrer un corps que dans la certitude du départ (et que celle-ci remplace avantageusement celle du lendemain), de celui qui peut te jouer un peu de boogie et un peu de rock, et puis du blues aussi parfois, celui qui vient dans ta ville avec sa guitare (et toi qui écoutes tu te sens un peu plus immobile, un peu plus là, entravé sans en être, premier écart te sentir étranger mais tu sais que tu ne partiras pas, trop d’attaches encore, ou pas la force pour, pourtant tu en connaissais un, tu l’avais côtoyé au collège, qui était parti un matin avec le cirque, le Pinder ou le Zavatta qui stationnait sur le parking entre les halles couvertes et la patinoire, à peine parti déjà légende, qu’il avait donné un coup de mains pour monter le chapiteau, et puis pour le défaire, et que c’était comme ça qu’il avait pris la route)
Prendre la route et lentement retrouver la chambre, mais devenue intérieure ; ou la route comme travail de décantation (au sens de découvrir le seul chant qui vaille pour sa colonne d’air, et que chacun le sien)
Fantasme du tout quitter, et ce serait dans une voiture, ce serait rouler longtemps, dormir sur le siège arrière et repartir, s’abandonner au tracé, partir avec guitare et de quoi écrire, mieux : de quoi enregistrer, et dire, éclater de sentences, chanter ce qui se présente en chemin, énumérer dénombrer démembrer dépiauter les bouts du monde traversés, seuls les endroits où t’arrêter prendront forme d’univers, parce que ton regard circulaire et l’illusion que chaque chose à sa place, au début seulement, tu t’y raccrocheras, fragile d‘itinérance, mais tu sentiras devineras apprendras que rien là de constitué, désordre hasardeux, c’est tout, bientôt tu ne peineras plus le matin à t’en détacher, tu seras celui qui chemine, sans but mais en mouvement, tu deviendras ce mouvement, tu traverseras seras traversé, traversé de tout ce qui remue en dedans, en affleure, ça aussi tu le chanteras, en vrac, mêlé aux paroles des chansons, aux voix de la radio, aux panneaux lus à voix haute, aux souvenirs de lecture, ce sera débâcle et sans rien anticiper de la fin, en mouvement, c’est tout
La route pourrait être chantier d’une vie : route maritime du Nord, routes de la soie, routes de l’or, routes des épices, routes des Indes, routes et autoroutes, routes maritimes, routes des esclaves ; lire Jack London, The Road ; rédiger bibliographie de récits où la route; compiler les chansons comprenant le mot route dans leur titre, et celles ayant la route pour sujet ; route et trip ; route et errance ; route et voyage ; routes et réseaux ; déroute ; carrefours ; route droite et forêt obscure ; routes qui se croisent, se séparent, etc.
Michel Brosseau

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lundi 6 février 2012

Liaisons sur la toile

To do list n° 212. Une nouvelle fois, Christine Jeanney écrit à partir d'une de mes photos d'Ajaccio : - trois palmiers, trois chameaux, trois princes dans le désert...
NB : Un bel ensemble de ces todolistes quotidiennes vient de paraître chez Publie.net sous le titre : Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus. Sur son blog Tentatives, la même Christine Jeanney a publié son florilège d'extraits de "Blanche étincelle".

Le programme de ma résidence d'écriture
en Ardèche sur le site de l'association "Le Golem".

Dans le cadre des Vases communicants, un dessin et un poème inédit en vers justifiés : Maumau se met en boîte sur le site de Jean-Christophe Cros.
Sur France-Culture, du 18 au 24 février, de 11h50 à 11h58, réécouter les micro-fictions "écrivains en série". Mon travail sur la série"Urgences" sera rediffusé le vendredi 24 février.

Retrouvez quatre frites à moustache et quatre limaces à tête de chat sur le site de l'Institut Français d'Oujda.

Et sur "Lucien Suel's Desk" d'autres réactions à "Blanche étincelle" .

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vendredi 3 février 2012

Toujours Mallarmé

Je participe pour la deuxième fois au projet des vases communicants.
Tous les premiers vendredis de chaque mois, des auteurs se prêtent leurs blogs, écrivant en duo l'un chez l'autre.
Ce premier vendredi de février, je suis heureux d'accueillir le travail de Jean-Christophe Cros, entre image et mot (voir par exemple ses "Phalanges terreuses").
Voici dans Silo sa série photographique "Toujours Mallarmé", un travail en cours Pour un tombeau d'Anatole de Stéphane Mallarmé.
Jean-Christophe Cros anime le site BOAT A IDÉE pour lequel j'ai écrit "Maumau se met en boîte", une petite suite en vers justifiés.

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TOUJOURS MALLARMÉ




Jean-Christophe Cros

Pour voir ces images en grande version, suivre ce lien vers la galerie de Jean-Christophe.

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jeudi 5 janvier 2012

La valse absolue de Trayère par ANA NB

Pour la première fois, je participe au projet des vases communicants.
Tous les premiers vendredis de chaque mois, des auteurs se prêtent leurs blogs, écrivant en duo l'un chez l'autre.
Ce premier vendredi de janvier, l'échange se fait avec
ANA NB et sa valse absolue.
Pour ma part, je publie une histoire d'
enfance nue sur son blog, "Le Jardin sauvage".



La valse absolue de Trayère


Ça colle sacrée ça colle sacrée Dora à la pointe de la langue sacrée Patti à l'avant du dos de la langue sacré Lulu ça colle à la médio-dorsale sacrée Marlène à la post - dorsale à la glotte sacrée Maumau ça colle aux dents à la langue aux lèvres ça colle à la bouche de l'homme de Maumau.

C'tun magicien c'tun ganster c'tun rivieur c'tun chasseur c'tun guetteur c'tun maraudeur c'tun parleur de la langue d'aile d'eau rat d'eau c'tun buveur de brume c'tun avaleur d'aube c'tun batteur avec ses yeux avec ses oreilles.


Il part quelque part il trace six cercles de danseuses légères il danse sur l'arête du vent entre ligne de taire et trait d'horizon il dort sous une mer d'arbres il chevauche le grand cheval, il sourit à la grande étoile plus tard.

Plus tard il croise crâne cru croix au cou, rase les chevaux à coups de lame et dessus l'herbe des petits pics de poils blancs, plus tard dans la plaine des saules il file. Il voit la jeune danseuse à l'air féroce à huit heures.


Il rentre par le chemin inaccentué la rue prononcée comme impaire il gagne le lendemain un soleil une traînée d'orient une harmonie du soir.


Ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls saules ces seuls.


Il s'enferme c'est la fin du jour.

Il tape trois trucs trie tape trente trucs trie trois cents trucs trie où l'avez vous vue la première fois quand est – elle venue quand ? Il tape au bord de la rivière, là le saule un jour grimpée à la haute branche penchée pour écouter les boucles du vent le battement des cloches la course du grand cheval , et elle il la voit à l'envers dans sa combinaison blanche petits points rouges perlant taches.



Et il traverse avec elle la rivière avec son grand cheval. Ils voient les bas blancs des saules les centaines de petits pics de poils blancs, ils tranchent la tête au jour la déposent sur un plat d'argent.


Ils avancent maintenant dans la musique du retour, dehors les têtes de saules s'inclinent, vingt sept chaises sur le sol damier tombées au son de la valse de Trayère.


Suite la vaste étendue des voix suite la trompette pour un seul chemin suite l'anarchique batterie suite les deux guitares saturées suite boucles rares de la cithare suite suite

suite sueur soûle soupir suspense des siècles suite suite soupir suite suspense suspense suspense suspense suspense suite sueur soûle suite sueur suite sueur soûle suite sueur suite sueur suite sueur soupir soupir soupir sueur suite soupir suite soupir suite soupir suite suspense suspense suspense des siècles suspense suspense suspense sueur soûle suspense suspense suite sueur soûle soupir suite sueur soupir suite suite suite soupir suite suspense des siècles sueur soûle des siècles suite des siècles soupir des siècles suspense des siècles suspense suspense suspense suspense suspense sueur soûle suspense suspense suspense suspense

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posted by Lucien Suel at 19:37 2 comments