jeudi 7 avril 2016

Je suis debout au lycée

Suite à un projet mené par Ciclic (Agence Régionale Livre Image et Culture Numérique) dans les lycées de la Région Centre Val-de-Loire, quatre classes ont pris connaissance de "Je suis debout", anthologie poétique publiée en 2014 aux Éditions de La Table Ronde.
Les élèves ont lu, commenté, questionné, et parfois imité certains des poèmes du recueil. Fin mars, l'auteur est allé à leur rencontre, répondant à leurs questions, lisant ses poèmes, écoutant les mises en voix des élèves, découvrant leurs productions, et dans certains, cas, leur proposant un atelier d'écriture.

A titre d'information, voici la vidéo (2'18") réalisée à Dreux au Lycée des Métiers de Couasnon avec la classe de Seconde ASSP (Services à la Personne)


Les Terrils (extrait)

Au lycée Claude de France, à Romorantin-Lanthenay, la classe de Première S a créé des poèmes express, des poèmes boutures et des tweets parfaits de 140 signes. Toutes leurs créations seront rassemblées dans un livre fait main.
Au lycée Balzac de Tours, une classe de Seconde a également réalisé des tweets sur un thème d'actualité.
Pendant l'échange avec la classe de Première STI2D du lycée Vaucanson à Tours, inspiré par les pastiches de Rimbaud et d'Aragon figurant dans "Je suis debout", un des élèves nous a lu un poème de sa composition pastichant Joachim du Bellay :

Joyeux qui comme Ulysse a fait un bon ménage

Ou comme cestuy-là, qui lava sa toison

Et puis s'est retourné, gai comme un pinson

Vivre entre ses balais le reste de son âge.



Quand reverrai-je hélas, de mon si propre village

Étinceler la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le manche de mon plumeau marron,

Qui m'est une douceur, et même davantage ?



Plus me plaît le sèche-linge qu'ont construit mes aïeux,

Que des nouveaux séchoirs le front majestueux,

Plus que la serpillière me plaît l'éponge fine,



Plus ma belle brosse douce que le vieux sopalin,

Plus mon petit balai, que les brosses tout-en-un,

Et plus que le Carolin, le savon Diadermine.


Jérôme Caulliez, 641


Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 07:13 0 comments

jeudi 18 février 2016

Gérard de Nerval revisité deux fois


LE SANS DOT

Je suis le fou des nuits, le veuf, aux pleurs sans fin,
Fils d'un roi du Sud-Ouest dont la tour n'est que bris :
Ma star à moi n'est plus, et mon luth plein de points
Voit sur lui les
rais noirs du Spleen peints à longs traits.

Dans la nuit du sous-sol, toi qui m'as pris la main,
Rends-moi le Mont si cher et la mer de Là-bas,
La fleur qui plut si fort à mon cœur lourd de deuil,
Et le cep dont un scion au lys des champs se lie.

Suis-je le dieu des cœurs ou du feu ? Crac ou Burns ?
J'ai le front qui me cuit pour un smack de la Queen ;
Je
dors dans un grand creux où le nix fend les flots...

Et j'ai deux fois — très fort ! — pris pied au bord du Styx
Tout en jouant tour à tour sur le luth d'un dieu grec
Les bouh ! bouh ! de la sœur et les cris de la fée.

Poème monosyllabique
Extrait de Couacs 2, Editions des Vanneaux, 2015.


EL DESDICHEADOR

pièce espagnole


Je suis le torero du bœuf banderillé,
Le mince capitaine à l'atour ramolli :
Ma muleta m'emporte, en tulle estampillé,
Sorte d'éventail rose acheté chez Tati.

Assis à la sombra, toi qui t'es faufilé,
Rends-moi mes cojones. Et le sable joli,
Fleuri, retentira d'un chœur d'¡ Olé ! ¡ Olé !
D'une bouche avinée au parfum d'aïoli.

Suis-je Manolete ? Belmonte ? El Cordobes ?
Mon épée rouge encor du sang de ces gros veaux,
J'ai rêvé dans l'arène où crèvent les chevaux,

Et j'ai deux fois vainqueur, acclamé au faciès,
Découpé tour à tour la queue d'un picador
Et les grandes oreilles d'un corregidor.

Bruno del Nervalo
Poème à rimes viriles
© Bernard Maréchal – 2016
Poème paru sur le site de Nicolas Graner.

Libellés : , , , , ,

posted by Lucien Suel at 09:44 0 comments

jeudi 15 septembre 2011

Un proverbe

"Le fer aiguise le fer, ainsi un homme aiguise un autre homme"
Ce proverbe qu'on peut lire dans le Livre des Proverbes aurait pu aussi être lu dans le Livre des Rémouleurs. On peut l'entendre, prononcé par l'acteur Michel Piccoli dans le film « Max et les ferrailleurs ». La signification exacte de la phrase est : « le poème parle du poème, comme le chien mange un autre chien », ce qui veut dire « la pluie tombe dans l'eau, car le lac est un mot de trois lettres ». En d'autres termes, on extrapolera que la langue du chien n'est pas celle du vautour, même si les dents sont le tango.

Remarque : Michel Piccoli en enfonçant un objet métallique pointu dans un matelas pique au lit) tandis que sa partenaire (dans le film) Romy Schneider est patronymement une descendante des forgerons du Creusot et couturière. La boucle est bouclée, ainsi, les ciseaux découpent un autre oiseau (cisaille de cuisine).
Lucien Suel (publié dans les Mardis d’Adrénadine)

Libellés : , ,

posted by Lucien Suel at 07:40 0 comments

vendredi 26 août 2011

Polar express (2/2)

Black Suit(e)

2


obligé d'abandonner restés au vestiaire
une lourde voiture munie d'une plaque
était stationnée rapidité extraordinaire
portière arrière y poussa le corps et s'y engouffra
en livrée retourné furieux et ouvrait
le canon menaçant immédiatement dans l'axe
comprendre que toute discussion la voix grondante
vite les ordres nécessaires
un large étui d'écaille son visage était tendu
et son regard fixé sur un point dans le carré
agent secret grassouillet
artaban aujourd'hui pantalon de costume noir
quand même quelque chose bien connaître l'enfant
la petite semaine la sécurité intérieure
un poste de radio l'alcool des romans de l'argent
la tactique habile je me doutais vaguement
myope il ne voulait rien voir connaissance du vieux cortex
aux doigts intelligents vitres noires
oh je n'ai pas envie tu étais de la partie
excuse-moi je suis distrait tu ramasses les cartes
ils reposaient tous deux comblés
que ce soit les mains comme un frère devrait le faire
trouvé dans ma chambre comme un tigre
et la lumière jaillit faire dans les matières
mon temps à lire des romans je m'étais spécialisé
dans les souliers autre bout de la chaîne
le très doux prenait un plaisir sadique
gifles très appuyées laisser un souvenir
distraction sadique les chevilles
d'une brouette sans roue noms vaches fumiers cochons
pourris dans les couilles
les abdominaux le sac
dans les prisons du vieux une porte s'ouvre

c'était une petite femme frêle aimable d'angine de poitrine
il était grand maigre sec l'officier colonial anglais
l'idée d'un retour paresseux les mariages entre médecins et infirmières
une robe de chambre les cheveux étaient secs
comme après une sudation cireuse
les yeux étaient largement cernés
à ne pas dormir bile lui brûla la gorge
prit un flacon de raki et le porta à ses lèvres
de l'acide et des larmes aux globes douloureux
gardait son lit défait envie de dormir mais non
il fallait qu'il descendit y aurait-il du nouveau
ricana avec rancœur au bruit sec d'un objet
au-dessus son cœur s'était mis une angoisse absurde
il n'osait pas il craignait il avait peur
le souffle coupé recula d'un pas
s'arrêter devant la porte le ventre et dans la tête
la poussière âme riche de chair
dieu est bien loin et le ciel chantant l'illusion parfois
des revenants aujourd'hui sûr que dieu
pourrait fort bien ou même pas du tout
pourquoi toujours parler les gens qui n'ont rien
n'est-il pas plus divertissant aux pucelles qui ne rêvent
de leurs pensionnats onanie spirituelle
répéter la même chose on attrape le vertige
des abîmes coupe le poignet aux voleurs
la guillotine entrait à la corporation des doigts
les pointes des branches voilà ton caractère
les angoisses métaphysiques en caleçon du bijoutier
parfois aussi par espièglerie prier aussi pour les communistes
un temps avec un sourire devenir mou
votre salive m'envahissait la peau

Libellés : , , , ,

posted by Lucien Suel at 08:00 0 comments

jeudi 25 août 2011

Polar express (1/2)

Black Suit(e)

1.

fini de m'écœurer j'avais suspecté tout le monde
une bonne âme la peine de mort
avaler toutes les drogues les travaux forcés
un sourire et la lèvre méprisante le tamis serré des grillages
pas envie de décrire un article de presse
sur votre boîte dorée sang qui coulait
mauvaise nouvelle troisième homme
fils de bourgeois méditations à ne plus en finir
mais maintenant la brise avait fraîchi sa femme souffre de son angine
il adorait ses parents ses premières amours
il n'apparaissait nulle part elle l'avait déjà oublié
elle regardait le quai devant un autre quai
le pont se mit à frémir tout le monde se mit à crier
les serpentins se tendaient couraient le long du quai
le dernier serpentin intact réalité de cette légende
le navire au quai un blanc un jaune puis le bleu
le dernier ruban poussa un formidable cri
perdit pas de temps projeta dans le fleuve
d'un seul coup le corps inanimé se dirigea vers un escalier
dans le parapet arrivé sur la dernière marche
sortit son mauser sur le crâne de l'homme
noix de coco brisée crosse de son arme
poussa dans l'eau la voiture de police
ombre de son phare mobile dixième de seconde
dégringola rapidement roula celui-ci dans celui-là
voiture s'était arrêtée en haut projecteur zébra
dessus du parapet balança le paquet
aussi loin qu'il put glisser à son tour dans l'eau
mur du quai se risqua à jeter un coup d'oeil
à ce moment le rayon la masse sombre
au gré des remous la crécelle rageuse
puisqu'il était mort garder les cochons et
fourvoyé trop tard assez d'intelligence
j'avais bien signé maquillé en costume noir
mes protestations ma propre signature
la lune le chat noir grosse rigolade
j'avais mis la panique à la porte un jeu pour moi
j'avais plusieurs âmes pendules
pour l'amour de l'art une assiette de soupe assurée
votre enseignement secondaire car c'est vraiment secondaire
l'horloge du sablier à tire-larigot dans le train
dans un cimetière de banlieue tout y était sens dessus dessous
aussitôt sur ses gardes un léger gargouillis
un râle il traversa fit jaillir la lumière
couche souillée de son sang ses yeux
avaient été crevés des traces immondes
ignoble traitement le ventre
vivait encore miraculeusement intact
et un râle sourd d'une mousse rosée
les mâchoires serrées une dureté inhumaine
appliqua son arme sur la tempe et appuya le corps
s'immobilisa fixait un point éloigné
il la vit sursauter pâlir deux mains à sa tête
sans connaissance il se leva la table qui les séparait
porte de service s'ouvrait n'hésita pas une seconde
dans ses bras puissants quitta la salle
tous les regards demeuraient dehors et l'air glacial le mordit

Libellés : , , , ,

posted by Lucien Suel at 12:25 0 comments

samedi 13 novembre 2010

Dans l'urgence


Il n’y a pas de poste de télévision à la maison et j’ai pourtant participé à l’ouvrage Ecrivains en série, saison 2 publié récemment aux éditions Laureli / Léo Scheer. Pas de télévision, mais on peut fréquenter les médiathèques et emprunter des coffrets. C’est ainsi que ces dernières années, j’ai pris plaisir à regarder « Six Feet Under », « Dexter », « Desperate Housewives », « Lost » et dernièrement « Life on Mars ».
Pourtant dans le volume qui vient de paraître, j’ai écrit à propos de la série Urgences ; simplement parce que d’autres auteurs avaient déjà pris en charge les quelques séries que je connaissais et que j’ai pu suivre quelques épisodes d’Urgences à l’époque où il y avait encore des enfants et un poste de télévision à la maison.
Voici un aperçu, un court extrait de ce travail :
[...]
Le cadeau de Carol à Doug n’a pas produit l’effet escompté. Au lieu d’une paire de bretelles à rayures d’étoiles rouges et bleues, le docteur aurait préféré un flacon de Kentucky Straight Bourbon Whiskey. Le portier de nuit s'est tapé tout le stock pour faire une blague.
Bien que ce ne soit pas tout à fait la saison, on se souhaite une bonne année aux urgences. Peter Benton offre son bras à Jeanie Boulet qui se sent plus légère. Doug Ross prend de bonnes résolutions pour son abstinence. Mark Greene décide de tondre sa pelouse plus régulièrement. Devant l’afflux de patients, l’équipe médicale décide de procéder à un tirage au sort pour l’attribution des blocs. Les perdants sont rassemblés dans la cave de Doug Ross. Les gagnants ont droit à un baptême de l’air dans l’hélicoptère du pilote.
Susan retourne au tabac et à la cigarette. Mais c’est Doug qui fera tout le parcours d'une longue journée. Il ne trouvera pas le flacon d’huile de massage de Carol sous le bureau des admissions, mais réduira des fractures et diagnostiquera le cancer d’un enfant.
La vie continue, comme l’écrivait le scénariste suédois K. Hamsun. Oui, elle continue avec son lot d’affaires urgentes à traiter, entre les gaz du sang et ceux d’échappement, entre les embouteillages et les thoracotomies.
La Saint Valentin est l’occasion de parfaire les connaissances de l’équipe médicale du Cook County General Hospital dans le domaine de la cardiologie. Mark et Susan préfèrent se la jouer « Holiday on Ice ».
A la fin d’une soirée d'anniversaire particulièrement arrosée, Kenny Weaver explique à Peter Benton, comment son ancien patron, le docteur Benway lui a tenu la jambe pour en fin de compte la raccourcir. Malgré tout, elle ne se sent pas diminuée et garde le sourire.
[...]

Les expressions en gras sont les titres des épisodes dans l'ordre de leur diffusion. Les passages en italique sont des extraits du roman de William Burroughs "Le festin nu".

Lire l'article de Guillaume Vissac dans son journal "Fuir est une pulsion".

Libellés : , ,

posted by Lucien Suel at 09:39 0 comments

mardi 19 janvier 2010

Les yeux de Paul Préboist


Les yeux

de

Paul Préboist


Tes yeux sont si globuleux qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les verres de pinard
S'y déverser à pinter tous les soiffards
Tes yeux sont si globuleux que j'en perds la mémoire

A l'ombre des rideaux c'est le pastis troublé
Puis le patron soudain se lève et tes yeux changent
Le mastroquet taille la bavette à l'évier de vidange
Le vin n'est jamais bleu comme il l'est sur les nez

Les vents chassent en vain les miasmes de l'azur
Tes yeux plus que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le nez n'est jamais si bleu qu'à ses engelures

Mère des Sept douleurs ô chien mouillé
Sept caméras ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de bleu plus noir d'être endeuillé

Tes yeux dans le cinéma ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Benny accroché dans la crèche

Une louche suffit au mois de Mai des mots
Pour tous les bouillons et pour toutes les lavasses
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Ecarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'on ouvre une boîte de potage

Cachent-ils des éclairs dans cette vinasse où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme une morue qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
O paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Mérou ma Golconde mes Dindes

Il advint qu'un beau soir mon verre se brisa
Sur des comptoirs que les lavettes essuyèrent
Moi je voyais briller au milieu de la bière
Les yeux de Paul Préboist Les yeux de Paul Préboist Les yeux de Paul Préboist

L. Suel

Ce poème a été publié dans le cadre du projet Pastiche 51 sur le site Tapin.

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 10:29 0 comments