mercredi 29 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°14)

                                  Une bicyclette
ne peut avancer
que mise en mouvement
L'Intransigeant, 14 décembre 1906
Une boîte à outils
contient des outils
et une boîte à outils
Laurent Albarracin
Je suis sauteur en hauteur
Je saute en hauteur
Ça ne rapporte rien pour l'instant
Christophe Tarkos
Essayant de sauter en longueur à bicyclette
coiffé d'une boîte à outils
je me suis assommé
Richard Belfer
J'ai fixé un rétroviseur
sur le guidon de mon vélo
Ça tue le temps
Lucien Suel
« Ha ! dit le poète
J'ai, moi, un petit vélo rouge
qui me trotte dans la tête…
Carole Darricarrère
… et une machine
à produire
ses turbines
Laurent Albarracin
Lorsque je rêve à
l'envers, le sang me monte
au visage. »
Antonella Fiori
Une table
même vue en accéléré
ne bouge pas
Nathalie Quintane
Les gens aiment bronzer
C'est le bronzage intégral. Mais
la raie du cul reste toujours blanche
Élodie Moirenc
On bavarde et le temps passe
Grrr ! Allez nom de Dieu
J'ai d'autres chats à fouetter
Bruno Sourdin

Ainsi s'achève cette série des réCRÉATIONs.
Merci à Richard Belfer.

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mercredi 22 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°13)

                                 Les Sioux
ont l'accent Chinois,
leur manière de vivre est celle des Tartares
Abbé Flexier de Réval
Toujours on est
les Indiens de quelqu'un
avec le cœur enterré
Daniel Giraud
Les Poux
ont l'accent pied-noir
leur manière de vivre est celle des cafards
Jean-Marie Menu
Mais le steak tartare
n'est pas tendre avec
les Sino-Sioux
Alain Hélissen
Moi,
j'ai l'accent alsacien
seulement quand je m'énerve
Caroline Scherb
Les Parisiens
n'ont pas d'accent
Leur manière de vivre est stressée
Nicolas Tardy
Mais
quand il pleut
les Tartares mangent du riz
Ange-Louis Antonetti
Le désert des Tartares
est le dessert
du vent
Harry R. Wilkens
Et si le soleil
était au régime ?
Fini le désert !
Catherine Zwingmann
Musaraigne la vie
Flèche mon cœur la kora
quand frivole l'herbe des prairies
Alice Massénat
Les Apaches répandent leur foutre de vie
sur les cuisses
du vent
Jean-Christophe Belleveaux
Ils habitent
d'ignobles gîtes
tels les cyclopes et les Numides
Laurent Boyer
Quand nous n'aimons pas chez autrui
ce qui nous effraie chez nous, il n'y a pas que les Sioux qui trinquent
Le principal n'est-il pas d'accuser le Tartare de tas de tares ?
Richard Belfer

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mercredi 15 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°12)

                               De la misère des hommes s'enfantent les justes révoltes
Et de la panoplie des mots lucides
S'érige un chapelet de soleils
Mohamed Attaf, in Effraction, la poésie du tiroir, 1995.
Des épines entre les dents
je me regarde dans mes mains
Chacune de mes paroles me saigne
Martine Jousselin
J'en tresse des banderoles de flammes
qui viennent succéder à mille autres et précèdent
un cortège de feu.
Richard Belfer
Misèr‘ ? miserere…
Caduque, Un-tempestive
au Mythe élucidé
Denise Richard
Étoiler la déraison
Peigne fin pour sabre d'automne
Lot de concepts usagés
Pascal Ulrich
Chasselas roux d'automne
égrené un doux soir d'octobre
sur un balcon en ville
Daniel Biga
Le cœur de l'horloge
— sortilège automnal —
a perdu son rythme
Michel Perreaudeau
Depuis que je me suis vue
dans la semelle du fer
je pousse le temps avec l'épaule
Régine Detambel
Dans les oliviers d'automne
près des Franciscains de Matisse des Arènes
et hors du cimetière des cendres libres
Daniel Biga
On avance sous le ciel muet
On boit l'automne comme on a bu l'été
jusqu'à la dernière goutte de chaque journée
Christian Bulting
Alors on s'enfonce sous la hargne du monde, on se dissout
— trottinement de trotte-menu & be-bop de plume danseuse
— on va jusqu'au bout de ses crachons gris qui flagellent le monde.
Philippe Gicquel
 

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mercredi 8 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°11)

                                Pourtant
tout nous incitait
à l'éternité
Abdellatif Laâbi
Son cœur traverse le pré de l'âme
La lampe est éteinte
La lumière aveugle une autre nuit
David Cantin
La terre, en ses aspérités, que j'effleure
au portail de la nuit
quel vent vous rassemblera
Hélène Dorion
Une vague éclate sur le môle. Échelle de Beaufort
Tramontane dans ses mèches. Odeur de thym
dans la cuisine
Richard Belfer
Ses cheveux ont laissé son parfum sur mes doigts
La nuit a quitté l'embarcadère, elle, toi
il fait dimanche, t'écrire.
Martine Jousselin
Lundi. Prendre une photo d'éternité
entre deux très courts instants
Passer chez le coiffeur
Carole Darricarrère
La nuit fleure bon l'ailleurs
grand largue
nos corps lui filent le train
Alain Jégou
De l'entre-deux du ciel
bave l'écume, cousue crue
sur ton œil qui girouette
Michel Valprémy
Lui se prend pour un phare
qui percerait au loin
ténèbres et fantômes
Jacques Josse
Une solide base à
consolider pour goinfrer
encore et toujours plus
Christophe Tarkos
Toutes ces bouches qui parlent
comme si y avait qu'une seule
tête, ça m'dé…
Pierre Le Pillouër
Lundi, les acacias, le mur ; soyons
les pirates de nos propres vies
Roses trémières, cirro-stratus…
Jean-Christophe Belleveaux
  

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mercredi 1 mai 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°10)

                                   L'obscurité engendre la violence
et la violence veut l'obscurité
pour se coaguler en crime
Rosario Castellanos, poétesse mexicaine
La violette enjambe l'obsécration
et la violette vouvoie l'obscurantisme
pour se coaliser aux criminologues
Geneviève Le Dilosker
Lumière noire — mille coups de couteau
L'acryl rouge : sec sur la toile !
LE CRIME EST PLUS QUE PARFAIT
Zoé Talo'n
L'air se déchire. Soudain
il nuit. Je penche vers
elle. L'opacité ensanglantée.
Lili Tola
Le cœur comme une pierre qui saigne, l'estomac
écorché de laideur — Au centre éclatant
la caresse et le cri !
Lol
D’où sortent ces empêcheurs de faire couler l'or et le sang ?
Ils refusent de nier l'existence du monstre
Ils chuchotent le nom d'Emiliano Zapata
Richard Belfer
L'amoureuse intérieure
proteste contre l'atteinte de l'au-delà
La mort tatouée au corps
Claudine Bertrand
Ils lèvent les yeux
Ils veulent voir leurs rêves
Ils chuchotent le nom d'Emiliano Zapata
Bruno Sourdin
Pardon ! Je vois ici des Indiens qui errent dans les
zones et les cités, les hospices… et autres lieux enfer-
més. Fermons les yeux ! L'insupportable se passe toujours ailleurs
Gérard Lemaire

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mercredi 24 avril 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°9)

                                Jamais un homme de goût et d'odorat subtil
n'a été et ne sera en relation sympathique
avec une bête passionnée pour l'asperge.
Alphonse Toussenel, L'Esprit des bêtes, zoologie passionnelle, 1847

Jamais de dégoût pour la subtile ode aux rats !
Foin de ces veaux, de ces ruminants baveux !
Longue vie aux rongeurs, au goût des rats d'égout !
Lucien Suel
Jamais d'odorat pour le subtil égout ?
Jamais d'esse à “merz” et c'est bien tout ?
Sauf qu'au genou d'Ernst il manque parfois un clou
Pascal Ulrich
Jamais un homme debout ne pourra supporter,
marchant fier, dans les rues, sans son clou,
de parcourir le monde aussi mal outillé.
Robert Roman
James le gnome dégoûtait Dora, la suceuse ;
Maïté la noceuse râle : seins en pulpite !
& Lisbeth, pas sonnée : “Asperge-m’
Jean-Pierre Bobillot
Jamais un homme dégoûté au dos d'Horacius
n'a été ce rat aux ducats antiques :
une bête fractionnée par le sperme
Michel Lecamp
J'aimais des bouts la gnose érectile —
J'en mange, j'en croque et j'en trique !
C'est en bête passionnée que j'asperge
Thierry Bouche
Du matin au soir
la même chose que du soir au matin
A l'inverse
Nicolas Tardy
Un jour dans un snack,
j'ai compris que les salades
valaient mieux que la folie.
Caroline Scherb
Ne jamais faire l'inverse et ça matin et soir
Éviter le fenouil, les pâtes en italiques
Vous ferez bien moins cher que 500 € modernes
Vincent Courtois
Mais jamais un homme, saisi tout mature par le doute subtil
ne pourra ignorer, en tendre agnostique,
les bêtes ô combien passionné par toutes les asperges
Michel Champendal
J'aime et j'adore une pétroleuse qui jamais ne tolère
les indélicatesses faites aux habitantes de la Butte Montmartre
Le journal annonce que plusieurs créent le Club des buttineurs
Richard Belfer
Jamais une femme d'esprit à la vessie subtile
n'a été et ne sera en relation sympathique
avec un homme aussi peu passionné pour l'asperge
Carole Darricarrère

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mercredi 17 avril 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°8)

                               Moi tout seul dans les grands ch'mins
J'ai rêvé hier au soir
qu'j'ai dansé avec ma jolie catin
Valse cajun de la Louisiane
É'me manque ben ma 'tite reine
et je joue de la violine aux sapins
pour qu'elle s'en r'vienne
Richard Belfer
J'la prendrai dans mes bras
on danserait su' c't'air-là
et j'dirai “Bye-bye blues” aux tracas
Phil Dubois
Mon corps sur son corps
comme musique en feuilles
tremble dans l'instant
Claudine Bertrand
Comme un oiseau de pleine lumière jetée
une mulâtresse s'épanchait sous les arbres
accompagnée de monologues passionnés
Sylviane Lefevre
Elle voudra éprouver des émotions
vivre toute une durée d'exaltation
Elle aimera être charmée.
Paul Roland
A l'heure où les caïmans font la sieste
que fais-tu ma folle maîtresse ?
A quoi rêves-tu jolie mulâtresse ?
Bernadette Leroy
Elle a le ciel mauve dans ses mirettes
c'te chouette princesse des bayous d'blues
qui crisse une gigue de tabarnak
Marc Questin
Sacrée maîtresse ou maîtresse sacrée
Tous deux songes de l'écho inversé
de ta magie qui s'fait violer
Sylvie Picot
Tempos de valse
Ces messieurs bouillent
Ai-je assez, ‘tite reine, honoré la cascade de vos cent lunes ?
Richard Belfer
Tigresse souvent jalousée
De l'écho inversé jaillit ta beauté
que la magie a soudain révélée
Marie-Joëlle Reynier Ferien
 
Lire le principe des réCRÉATIONS du Tamanoir.

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mercredi 10 avril 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°7)

                             Nous sommes les mots arborescents
qui fleurissent sur les chemins
des jardins cérébraux
Robert Desnos, dans P'oasis
Inscrits à l'encre vive les mots : trace
souterraine d'une source incisive
courant de l'un vers l'autre
Niania & ses Nénuphars (de Lompret)
Course de l'un vers l'autre
finie
à l'ombre des internés mots dits
Avréski Dimitri
Maudits mots doux !
Susurrer vainement des mots lents
pour occuper la vie qui dérange
Néon Chambris
Les participants ont divisé la suite du texte en trois branches.

           Première arborescence
Glacial, ce mau dit mot !
Serpentère et Vénus
aux courbes pourtant douces
Wolf Margot
Colore tes mots
Lance-les au loin
Dis au vent de souffler dans le bon sens.
Jacques Josse
Dieu ô dieu mort pourrissant
parmi les pelures d'orange
Qu'il pleuve infiniment sur notre bêtise
Jean-Christophe Belleveaux
Le vent la pluie les épluchures
composent une suite rafraîchissante
Je réfléchis
Claude Seyve
L'ordre du monde
s'accommode de quelques dissonances
Les bombes aux uns aux autres les bombances
Ménaché
Bouteille à la mer
Mais dans laquelle
un appel de grand cru ?
Jean-Louis Jacquier Roux
             Deuxième arborescence

Arborons sans écrit
l'interdit ombragé
qui du mot sait l'ennui
Virginie Carton
Le miel le plus ardent
en connait un rayon
sur les ruches en rut
Ménaché
La muse
ça l'amuse
qu'il embrase son verbe pour elle
Richard Belfer

           Troisième arborescence

Immolant ces mots doux au pied de l'arbre à lettres
Pas d'autres mots (-“pomme”-) décochés Don't say : “Zou… car quoi ?”
Voilà la susurration serpentudinale !
Avreski Dimitri
Tu dis “Nale” et je me tais
Pour recouvrir le bruit d'un silence aisé
précédé avec zèle de ma lâcheté toujours recommencée
Néon
Vers moi, tu renvoies
la strophe qui manque
lente, lente.
Philippe G. Bramy
Car lente, lentement
l'arbre déliquescence
se couvre de vers mûrissants
Marie-Françoise Vandenberghe
A l'ombre des hivers, mort lente
Murmurer aveuglément la fin des ver-re-s
Criant jusqu'à la folie de
La vie — L'avis qui dérange.
Nadège Fagoo
Sans ces phrases, que nous ne saurions trop
laisser refroidir, l’adorateur n'aurait
ni nez ni phare pour honorer en elle l'oasis
Richard Belfer

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mercredi 3 avril 2013

Les réCRÉATIONs du Tamanoir (n°6)

                                  Je vois un homme
Sans yeux — Il me
regarde, lui aussi…
Tercet croate de Marijan Cekolj
Je parle à un homme
sans langue
qui dit pour ne plus parler
Daniel Giraud
J'entends un homme sans cœur
qui bat la campagne
au son du canon
Richard Belfer
Qui suis-je ?
Où vais-je ?
D'où viennent ces voix ?
Carole Darricarrère
Je suis un homme
à l'approche du temps
qui se répercute jusqu'à la mer.
Alice Massénat
Je suis un cosmonaute oublié
entre deux planètes inconnues qui
se rapprochent de la terre.
Véronique Pittolo
Si je savais
ce que je suis
je n'aurais pas à ce point mal au cœur
Elisabeth Jacquet
Assis à la fenêtre
je ferme les yeux
Je vois la mer moi aussi
Bruno Sourdin
Sous mes paupières closes
apparaît le noir cosmos
constellé d'étoiles
Robert Roman
Et les étoiles ont plissé
leur jupe de nuit
devant le regard des hommes sans yeux
Bruno Tomera
Qui tend la corde de l'horizon
où se pend l'Être, à l'envers
dans les plis du miroir
Didier Manyach
Je nomme un homme
aux pieds étoilés
à la tête de l'univers
Christine Zwingmann
J'ose croire que l'homme
saura un jour faire fleurir
le chant du monde
Karine Pezzani
Trop d'imbéciles veulent être à la tête de quelque chose !
Il faudrait peut-être
voter pour ceux qui ne veulent être à la tête de rien
Richard Belfer
  

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