mardi 10 mars 2026

Deux poèmes de Laurent Margantin

oiseaux 

 OISEAU BLANC              OISEAU BLANC              OISEAU BLANC

ROCHE NOIRE                ROCHE NOIRE                ROCHE NOIRE

 

VOL LE LONG DES HAUTES FALAISES DE BASALTE

 

- Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?

- Je regarde les oiseaux blancs.

- Et ensuite ?

- Je regarde les oiseaux blancs.

- Et quand tu auras fini de regarder les oiseaux blancs ?

- Je regarde les oiseaux blancs.

 

 

OISEAU BLANC              OISEAU BLANC              OISEAU BLANC

ROCHE NOIRE                ROCHE NOIRE                ROCHE NOIRE

 

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 non-monde

Vous souffrez d’un refoulement du monde.

Vous marchez dans la rue sans regarder ce qui vous entoure.

Vous suivez votre parcours quotidien sans faire attention à tout ce qui vit autour de vous.

Vous ne voyez pas les fleurs de frangipanier tombées sur le trottoir.

Vous ne sentez pas l’odeur des lianes vermifuge pendant à un mur.

Vous ne voyez même pas les autres passants.

Vous passez d’un repère connu à un autre qui vous conduit de votre domicile à votre lieu de travail.

Vous marchez dans la rue en fixant l’écran de votre téléphone portable.

Derrière vous, une autre personne marche en fixant l’écran de son téléphone portable.

Derrière cette personne, une autre personne marche en fixant l’écran de son téléphone portable.

Vous ne voyez rien du monde qui est là, juste autour de vous.

Votre cervelle se nourrit exclusivement d’une série de signes connus et d’images qui apparaissent sur vos différents écrans.
Ces signes et ces images constituent pour vous « le monde », qui est un non-monde – une négation du monde.

Je ne vous aime pas.

Je ne vous aime pas.

Je ne vous aime pas.

 Laurent Margantin

extraits des Fragments de la Source n° 40

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posted by Lucien Suel at 10:01 0 comments

vendredi 30 juin 2023

Fantaisie psychédélique

MA NAISSANCE SOUS LSD

 eut lieu le 12 août 1967

quelques jours plus tôt

le 5 août exactement

était sorti le premier disque des Pink Floyd

intitulé « The Piper at the Gates of Dawn »

dans les couloirs de l’hôpital

on entendait Syd Barrett chanter

« O Mother tell me more »

ma mère sentit à peine les premières contractions

elle était restée couchée pendant des mois

sur le canapé du salon

planant aux confins de l’univers

et dans son ventre je l’avais accompagnée

en chantonnant de ma toute petite voix fœtale

 

lors de l’accouchement qui dura toute la nuit

ma mère hurlait et riait en même temps

comme si la douleur la faisait voyager

encore plus loin

et quand finalement je sortis de son ventre

j’eus ma première révélation :

l’univers débordait de musique

il était traversé par un nombre infini de sons et de rythmes

qu’aucune oreille (sauf celle de Dieu !) ne pouvait percevoir

dans le HLM de Villeneuve-la-Garenne où nous habitions

mon père faisait tourner en boucle

« Aftermath » des Rolling Stones

« Echoes » des Pink Floyd

le premier disque de Santana

avec le lion gueule grande ouverte sur la pochette

et les dernières chansons des Beatles

à 4-5 ans je connaissais ces albums par cœur

leur musique rythmait tout ce que je percevais et pensais

ma mère et moi nous continuions nos voyages intersidéraux

toujours plus loin toujours plus vite

dans la même barre d’immeubles

des ouvriers africains passaient leur nuit à jouer des percussions

leurs rythmes nous faisaient également voyager

grâce à ma naissance sous LSD

ma connaissance de l’univers n’a cessé de se développer

au fil des années

si bien que je recommanderais à tous les parents

désireux d’ouvrir l’esprit de leurs enfants

à la musique universelle

de recourir à cette technique

Lime and limpid green, a second scene
A fight between the blue you once knew.
Floating down, the sound resounds
Around the icy waters underground.
Jupiter and Saturn, Oberon, Miranda and Titania. 
Neptune, Titan, Stars can frighten.

C’est à toi cher Lucien Suel que je dédie cette petite fantaisie psychédélique

Laurent Margantin

 

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posted by Lucien Suel at 15:21 0 comments

vendredi 18 février 2022

Venir au vent (XXVII) par Laurent Margantin

 IX

 

Nous sommes venus nous plonger

             dans ces variations de couleurs

 

et non pas pour nous établir

                                                                               dans le bleu de midi

 

                                                                             courant d'est en ouest

                                                                                  du sud vers le nord

 

                                                  et toujours portés par le vent

                                 qui nous pousse vers la mer

grandissant avec lui

 

                                        apprenant de sa vie

                                              multiple et éternelle

                                         de sa sagesse éolienne !

 

                                                        et écoutez comme nous respirons

                                          largement en lui

maintenant que nous glissons

peu à peu vers la fraîcheur

 

feu mêlé à l'air

 

blanc se mêlant au rouge

                                                               qui monte enflammant la roche

 

                                                                    sur les hauteurs blanches

                                                             au-dessus de la petite ville marine

                                                                          les quelques cyprès

                                                                    nous accueillent en silence

 

nous continuons

                                                                    notre route vers le sud

 

poursuivons notre vie de migration

              vers l'astre que nous aimons

                   remercier de nos cris blancs

 

                                         mais dans le rouge

                                dans le rouge du soir

 

                                          écoutez simplement

                              le sifflement de nos ailes dans l'air.

 

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 Ainsi s'achève au Silo "Venir au vent", troisième cycle de poèmes de Laurent Margantin après "Cycle du basilic" et "Cycle de Mitla".

L'ensemble est maintenant réuni en un seul volume intitulé ERRES et publié aux éditions TARMAC.

https://www.tarmaceditions.com/erres 

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posted by Lucien Suel at 07:19 0 comments

vendredi 11 février 2022

Venir au vent (XXVII) par Laurent Margantin

 VIII

 

Le feu a poursuivi sa progression

dans tous les sens

 

fer blanc de la montagne Sainte-Victoire

aperçue sur la route

et autour de laquelle aujourd'hui

nous ne tournerons pas,

filant vers la côte

 

comme à tire-d'aile

frôlant la roche blanche

emportés dans les courants d'air chaud

 

et ce vent,

ce mistral qui nous emporte

du nord vers le sud,

sauvage comme un animal,

arrivé sans prévenir

 

                                                 nous fouette, nous bouscule

                                         sur cette route qui descend toujours

 

                                       avec ce souffle qui nous pousse en avant,

                                           nous ne pourrions plus revenir

 

                                             nous tombons comme dans ce songe

                                 qu'enfant je faisais : plongeant

                                          dans une cage d'escalier je me laissais

                                                       flotter dans l'air

                                          sans jamais toucher le sol,

                                tombant toujours

 

ou bien dans les rues de cette ville

il y a peu, couché sur le dos,

                     lévitant rapide

 

                    décidant de mes mouvements

                      aussi naturellement que dans la marche

 

est-ce le mistral qui m'emporte

ou bien encore ce songe

au beau milieu du plus complet éveil

 

curieux éveil fluide

et moins sonore que dans les rues d'Aix

 

seul le sifflement des ailes dans l'air

 

le rythme du vent

vivant dans tout le corps

 

vent qui ne porte plus

mais traverse

coule dans les veines

comme une ivresse

 

                                                                                  en frôlant les cyprès

les premiers tons jaunes de la roche

 

l'esprit qui gravite autour du soleil

rapide

et puis contemplant la terre

                                                                               plus bas

ralentissant

 

légèreté de ces signes dans l'air

gravitant eux aussi autour d'un astre inconnu

et dans leur désordre suivant quelque harmonie

 

rose et jaune mêlés

 

Laurent Margantin est un auteur et traducteur vivant à la Réunion.
Ces poèmes paraissent sous le titre Erres aux éditions Tarmac

https://www.tarmaceditions.com/erres
 
 
 

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posted by Lucien Suel at 07:00 0 comments