mardi 21 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VII.2.


VII
J'AI PASSÉ PAR LÀ POUR VENIR ICI
par Claude Pélieu

2
Tous morts, avec les dopogrammes et les spermogrammes, coincés entre les télex et les ordinateurs - vision totale entre les branches du Mythe - vision de tous les êtres crus, branchés, de toute évidence, d'un bout du monde à l'autre, représentant toute la science-fiction aux limites du rêve et de l'action... Choses vagues imitant les positions tantriques des êtres jetés les uns contre les autres, dans la plus complète indifférence... ces êtres défigurés par la politique, atomisés par le militantisme le plus débile, vendus et achetés, mutilés et torturés, gazés, napalmisés, cons et sales... Et puis quoi ? Tout ce sang, toutes ces dérives, n'est-ce pas peu de chose ? Si nous tenons compte de... De quoi ?... L'écume des jours s'excuse, les ombres frangées de l'histoire, cradingues, dociles, dialectiques, abouliques, surbranlées... alors on raconte, on se répète, en gris, en noir, en couleur, la sono trépigne entre les doigts du passager de pluie, nous sommes dans l'espace - bandes pré-enregistrées sur le rail hallucinatoire...

1971, je me souviens... Londres roupillait, Paris était un charnier d'idées, ici plus rien n'existait, plus rien ne pouvait durer - tous morts - par centaines ils sont tombés dans le trou du souffleur, techniquement morts, vous comprenez ?...

Ils ont bonne mine les sociologues, les analystes, les militants, les journalistes, et tous ceux qui découvrirent l'Amérique - de quoi parlent-ils terrés dans leurs bunkers universitaires ou dans leurs crèches sauvages, leurs gros culs dans la choucroute ? De quelle société ? De quels nègres ? De quelle contre-culture ? De quels mouvements de libération ?... exotisme, parano... certains évoquent encore ces petits équipages subversifs, intensément cultivés, traversant l'Atlantique, quinze ou vingt ans après, avec Nikons et mini-cassettes atteignant la côte West avec Hertz et quelques gauchistes hébétés... « Marx et le p'tit Jésus bouddhique vous saluent bien », disait Jimmy Cul-de-Poisson... Mon Dieu ! Mystiques de prisunic et rabbins chétifs !... Plus de mystère, plus de féerie, rien ni personne - seule survit la bonne grosse connerie militante, et les mauvaises odeurs de la nouvelle gauche... mousse verdâtre phosphorescente dans les yeux bigles de l'interlocuteur.

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lundi 20 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VII.1.


VII
J'AI PASSÉ PAR LÀ POUR VENIR ICI
par Claude Pélieu

1
Amphétamine Cow-Boy en direct de la rue Sans Nom... Londres, 1971, série noire surréaliste dans le ghetto des mots et des idées... ombres grasses au-dessus des banlieues lépreuses... 1971, vous vous souvenez de ces photos - vous étiez scandalisés, émus, indifférents - vous n'étiez pas des barbares, comme ces jeunes soldats, comme Charles Manson - vos idées étaient bien à vous, donc vagues... et je disais qu'il n'y aurait jamais assez de violence, je n'aime pas la violence... Depuis j'ai brûlé ce que j'aimais, et j'aime ce que j'ai brûlé. Tout au long de la route, encore une fois, je vous raconte, vite, en gris, en noir, en couleur, comme ça, à l'emporte-mot, avec ma bombe tue-temps, mon herbe bleue, et tout - moi aussi je me suis trompé, je comptais intercepter quelque chose, le réel-surréel, quelque chose saisi au vol, en plein ciel, en chute libre, en haute mer, n'importe où - Prose-poursuite dans les rues du monde, karaté mental... pirouettes ! merveilles ! fêtes ! magie noire et blanche ! festivals de vie !.. je me souviens des mômes-pivoines et de leurs jeans tachés de foutre, des anges de l'enfer, des filles-fleurs aux yeux de ciel, tous défoncés, planants, comme on disait en ce temps-là... Bien sûr il y a eu des hauts et des bas, des conséquences, des effets désastreux, des accidents, et des rumeurs...

« De nos jours, fiston, il faut faire vite », avait coutume de dire Jimmy Cul-de-Poisson, appuyant sur l'accélérateur, feuilletant distraitement son dictionnaire surréaliste, avec quelle grâce !... toujours sur le ballasta!... Je comptais établir cette carte du cerveau, à travers une chaîne ininterrompue de poèmes, de cantos, de scripts, de collages, de bribes, de photos, de films, d'enregistrements, d'informations, et de visions, vite, brutalement, avec arrogance... Images uniques jaillissant de la nuit américaine, images sans cesse décodées, effacées, images-actions de l'absence, de la colère, de l'exil, de l'oubli, de la mort sans phrase, et surtout les images de la vie qui murmuraient gravement : CHANGER OU DISPARAÎTRE.

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samedi 18 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VI.5.


VI
AMUSE-CRÂNE,
intersections de Claude Péloquin
par Claude Pélieu

5
Échos disent : CLAUDE PÉLOQUIN, POÈTE CANADIEN, SUPERSTAR, JUKEBOX BLEU TITUBANT DANS LES RUES-PHOTOS - CLAUDE BEAUSOLEIL ET LUCIEN FRANCOEUR PROGRAMMÉS PAR LE STUDIO « PARANO EXPRESS » - images fauves criant sur l'étoile morte - cieux mouvants dans un trou de lumière - ombres anonymes raclant le ciel - ombres-Sargasses mourant sur les saisons - un trait de pluie et les couleurs sautent dans le feu - rues-images explosant dans le froid, robots pognés dans les cavernes d'acier - en plein cœur la poésie réfugiée sur une étoile de fer.

SPLASHER DES KILOMÈTRES de couleur pour que tout ça avance - plus rien sur l'écran mort - ombres bleues dans le ciel triangulaire - étoiles nègres à l'intérieur de la lumière - des kilomètres d'oubli - tout ça avance - défonce argentée - DOPOGRAMMES dérivant entre les pierres - soleil fracturé nageant sous l'eau - coupures intraduisibles accompagnant l'Atlas de la Vengeance dans les rues de l'océan - l'Ouest Sauvage rêvé et vécu dévoré par la Police du Rêve - ombres froides écrivant en marge pour sauver le peuple-image - scripts sans voix, le tube cathodique éjacule - dix ans dans les étoiles remuant tout au long du pointillé sémitique - CAPTAIN SCHIZO IMAGE MAJUSCULE DU POUVOIR QUI TUE - métal mort hurlant au galop - and someone called Elvis a nigger, «aTa dee dah dee dee dah » - LONG BLACK LIMOUSINE, BABY LET ME BANG YOUR BOX - AUTO-POÉSIE SUR L'AUTOROUTE DE LA NUIT - le néon crève l'écran - J'AI DES WOWS DANS LA BOÎTE CRÂNIENNE.

Claude P. Washburn

November, All Souls Day
1st US auto show, 1900

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vendredi 17 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VI.4.


VI
AMUSE-CRÂNE,
intersections de Claude Péloquin
par Claude Pélieu

4
FLASHER DE LA BEAUTÉ sur la mosaïque laiteuse du Nouveau Monde - roulant à bille la montagne fait des trous - fumée-herbier - rien dans les eaux de la Seine - TU DIS VITESSE acier faible - les nerfs mexicains murmurent dans la poussière - pluie-harpon magnifique, fleur fanée dans un ciel d'eau - était autrefois sous le choc murmurant sans cesse « aluminium » - dérive, j'en conviens, une fin illisible - poussière galactique dit que le ciel a mal au cœur - RÉPÉTITION-MÈRE - la fille du papier jouit dans les yeux mexicains - musique-cyclone ravageant les narines saumonnées et tu dis SOLITUDE-VENDREDI SAINT, Sargasses-Pieds Nickelés - tu rêves et meurs sur une vague morte moisie - légendes seront des chiennes - sperme-minute splashant sur le pointillé d'herbe - flocons lointains dans la boîte crânienne - horizon laqué, parole s'est fait avorter - mort le souvenir écœurant - trou-banque - hostie ne l'a pas fait exprès - la peur encore a vu, bègue et conne - enfants perdus il faut sortir du bougnoule - j'entends les couleurs les vagues et le vent - un regard-rumeur, arrière goût d'atome dans le cul civilisé - une pluie d'or enfermée dans le vide violent de l'histoire - l'arc-en-ciel hache les fleurs - feux bleus, regards lourds, jukebox coulant à pic dans l'océan de viande rouge - ciel rose, tourbillons fluorescents, images mortes tordues par les parenthèses argentées - « ont disparu », vous comprenez ? - hideur à tous les niveaux - des villes entières rasées - l'histoire-piège civilisée brouillant les pistes audio, coupant la chair des races inférieures - photos-hachures prenant d'assaut le Studio Énigmatique - visages bruits d'yeux à l'intérieur des flammes - taxi jaune abandonné dans la montagne - alors se mirent à rire dans l'éternité, voix lointaines épongeant le sang - CANADIAN CLUB, écho-soda et mescaline, fumée-myosotis, échos et parfums - un ciel sans nuages, désespérément bleu - affiches et corridas - films gris dans la jungle up-to-date - gouttes de feu suivant le vent du Nord - l'herbe rame sur la mer de bruits éteints - messages codés sous les débris - bulles d'émail - flot de métal brûlant la fourrure de la nuit - la peau des mots - sourires ombrés, bandes hallucinées, grappes d'images enregistrant à voix basse - émeutes et bruits - prisons sinistres - poussière d'ange, médium avaleur de peau - terreur dans les abîmes-culs-de-poisson.

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jeudi 16 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VI.3.


VI
AMUSE-CRÂNE,
intersections de Claude Péloquin
par Claude Pélieu

3
Ciel laiteux. Échos-trous. Sperme-argile. Ne plus rêver. La mort-antenne fouille le ciel californien. Pensée-semelle qui autrefois - issue-otage - fumée-rêve à l'horizon - sommes sur le toboggan de la solitude - coupure/larme harponnant l'écume - sperme-poussière grinçant sous le choc - répétitions saumonnées, banque-chien, crâne-avortoir - coupé et plié dans la boîte à musique - cœur-horizon au pied des magiciens - sang-écume sur la piste de la pensée - rire vide descendant du ciel-image - peur mexicaine - l’œil crucifié sur l'hostie-caïman - galères d'aluminium - voyage crachant ciel-Sargasses -

l’œil vide murmurant « autrefois » - fleur dépaysant la couleur - fumée-dépotoir écrivant « civilisation fanée » - chiens-souvenirs errant sur les hauts plateaux - parole-braise léchant le brouillard, mordant le trou-pluie, choses anciennes épluchures avortées - l'onde ravage et creuse - rêve moisi - images géantes, froides, crucifix d'aluminium - un air mexicain, une minute de silence, affaire d'eau, j'en conviens - hostie-caïman est entrée dans la banque du froid - la fin de l'histoire -
ÉCRIRE ciel, Baja California, Novembre, hostie-brouillard, PEA SOUP BLUES - écrivant vite au-dessus du Saint-Laurent - UNE ÉTOILE dérape, ondes pluvieuses, antennes ont déjà dit ROMPRE VITE - otage plié mur-patience - la peau de la Nouvelle France - harpon-patience - LA TERRE DES CHIENS - flocons de bandes audio dans la coupure transparente - « T'es pogné plugué sur l'toboggan galactique ciboire » œil froid et mort dans les rues épluchures -

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mercredi 15 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VI.2.


VI
AMUSE-CRÂNE,
intersections de Claude Péloquin
par Claude Pélieu

2
AUSSITÔT QUE TU DIS VITESSE TU DIS SOLITUDE - pensée-bouée, fumée dépliée, Police Télévisée, sperme électrique léché par l'onde - RIDICULE COMME UN VENDREDI SAINT, j'en conviens - hostie, otage neutre, flocons d’œil - Comment survivre quand tout est truqué ? Quand tout est entre les mains des robots, des chiens sales, des psychopathes et de l'Administration Totale ? Comment survivre quand on est seul, flippé, réac (comme ils disent) ? Quand on est pré-enregistré par le Bureau des Idées, programmé et sans cesse menacé par le Parti Intellectuel et les cons ? L'Esprit Sale et Laid a même éteint la voix du paysage - ne désespérons pas, la tristesse est obligatoire - et comme je le disais à Honey Boy Bongo : « Apartheid ou pas, du moment qu'on a la santé... » - tessons zodiacaux dans le ciel grillagé par les idoles de l'eau et du feu.

LES VRAIS MAGICIENS NE LE FONT PAS EXPRÈS - rêver alors ? Immobile, voguant sur les Sargasses vides, avec les images bègues de la Nouvelle France - labourant le rêve-fumée des hauts plateaux -LA POÉSIE COÛTE LA PEAU, on en vit, bien ou mal, mais on n'en meurt pas - champs de pavots, plantations de kief, sommeil-harpon rêvant sur la piste morte, lames géantes murmurant sur le toboggan des nerfs.

J'AILLEURS J'ACIER JE CAÏMAN ET JE PIEDS NICKELÉS ENCORE - murmure-hasard - LA PEUR C'EST LA PATIENCE DES FAIBLES - paroles froides dans les murs, bagages de nerfs gémissant sur une vague morte, îlots crucifiés, fumée fanée, ondes-antennes déployant la pluie d'autrefois - légende d'aluminium - J'AI VU LA TERRE DANS UN DÉPOTOIR MAGNIFIQUE - écrivant sur la double piste pensée, bandes audio des nerfs disent : LES FEMMES SERONT DES CHIENNES TANT QUE NOUS SERONS DES CHIENS - miroir harponné par le rêve immobile de l'argile, flocons scalpés - horizon transparent - sperme-cyclone crucifié sur l'onde-larme - coupure transparente - Fleur de l'âge, minute de silence - îlots de mots irradiés, antennes labourant le ciel d'eau, parole-horizon splashant lumière-laque, flocons et bribes - un rire solitaire pogné sur le toboggan galactique. Traces lointaines, invisibles, coulant, dépaysant, dérapant - lampes scalpées - ondes perdues dans le désert - couleur silencieuse saignant sous le choc - écume d'herbe, fumée écrivant larmes dans l’œil froid - poussière murmurant « civilisation » - On ne rend hommage qu'aux morts. Le reste, le dérive, la poésie, la défonce, n'est qu'une affaire de vivants.

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mardi 14 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - VI. I.


VI
AMUSE-CRÂNE,
intersections de Claude Péloquin
par Claude Pélieu

1
L'ÉCRITURE C'EST LA FIN DE L'HISTOIRE (Claude Péloquin)

ÉCRIRE C'EST SPLASHER DE LA BEAUTÉ - le ciel a mal au cœur - horizon laqué, ciel d'aluminium, traces laiteuses scalpées par le hasard entre Longueil et la Baja California - glaces lointaines sommeillant dans l'écume transparente - LE SEUL APHRODISIAQUE QUE JE CONNAISSE C'EST LA RÉPETITION.

Parole-braise. Hostie toastée au pied de la montagne. Flocons de sperme dépliant les murs-harpons. Brouillard d'autrefois - échos invisibles - le sang de la lumière lèche les bribes dans la couleur-herbier.

IL DIT À SA FILLE : « TA MÈRE S'EST FAIT AVORTER » - écrivant vite, roulant à bille sur du papier, sur la piste glacée le coeur-bouée dérape pour ne plus rêver ma pensée - LES YEUX DE TOUS NE FONT PAS DE TOI UNE ÉTOILE : ILS FONT DES TROUS.

Un rire lent, immobile, silencieux. Larmes d'argile à rompre dès que la fumée mord la poussière. Coquillages froids et vides inhumés dans les eaux du Saint-Laurent, otages des légendes. Morte l'étoile, RIEN N'EST ÉCOEURANT COMME UN SOUVENIR - ciel descendu du hasard-Sargasses, pierres-miroir éclatant dans l'image-issue. Trou-pluie. Vent brise-lames labourant le ciel mexicain - choses anciennes voyageant en orbite.

J'AI DES MINIMOTOS DANS LA BOITE CRÂNIENNE - danse des antennes crucifiées - hasard-épluchure hurlant à la mort sur une vague, déployant l'onde de choc - ILS SONT ENTRÉS DANS LA MUSIQUE COMME DANS UNE BANQUE - îlots de nerfs dans l’œil neutre du cyclone qui ravagea ce continent.

JE L'AI DÉJÀ DIT; IL N'Y A PAS DE TRUITES SAUMONNÉES DANS LA SEINE - traces, murs-échos, galères de bribes dérapant sur la fin de l'histoire - Pélo-Crispé dans l'Asile Pop Music - rire lent à rompre vite - légende-ciel crachant sur les narines moisies du langage - miroir pluvieux, voyage mort, vague muette, solitaire, choc qui était autrefois aluminium.

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lundi 13 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - V. 4.


V

RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER
par Claude Pélieu (été 77)

(avec la collaboration de Mary Beach, William Burroughs, Chano Pozo, Captain Parano & Johnny Pissoff, Carl Weissner & Liam 'Zero' Gallagher - scripts & conversations enregistrées en 1965, reprises & mixées avec ce qui rugit sur cette page - RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER, bandes audio & images de la mort télévisée emmêlées, un rêve plus long que la nuit, la double vue d'une voix)

4
LES ASTRONAUTES MORTS N'ONT PAS D'AVENIR - ICI LES RUES SONT VIDES - LE BILAN s'alourdit : la mort des Astronautes, la mort des individus, des continents, des religions, des arts, des civilisations - jamais le poète ne s'adressera aux masses désespérées - la fuite du temps banale & la violence aveugle s'expriment clairement, d'affreux vieillards se branlent dans les rues vides - un saut de carpe de la biosphère à la technosphère - Le Pouvoir/Image tue par procuration - alors de 1965 à 1977 nous nous remettons à parler tous ensemble :
« Suis allé au cinéma gaz-yumi renifler l'Enfer, dit William, avec ma pluie américaine » - « Tu marches en Enfer ? » - les Bandes de Shannon & le Syndicat des Films dans la vieille église, Ohio - puis il ajoute : « Enregistre l'enfant mort maintenant, il est dans l'ouest du Texas. » Carl, alias Webber BP, fait marche-arrière dans le ciel lointain. Mary & Connie ouvrent cette porte.
Chano Pozo en harmonie avec ce script. Captain Parano piétinant le visage-jaunisse du bougnoule électrique - cerveau-transistor du cireur de rétine - eh bien, les gars, j'suis arrivé jusqu'à Star Cortex, en chute libre - Carl essayait de s'envoyer le pilote automatique - William visa le Mexicain entre les deux yeux - un éclair blanc dans la pissotière - le mec est tombé lentement, la bite à la main - voix métallique de Panhandle Door, 1887 - et Poincaré s'est mis au boulot. « Alors, bon voyage derrière ces mots » - « J'suis l'temps » - séquence S.O.S. agitant ses moignons - « J'suis ce sombre Adios dans cette colonne de chair » - nous avons eu la peau de la lumière, du passé, du présent et du futur - « Maladie-sobriquet du jeu de la guerre » - l'image l'a eu, tout à fait par hasard - Baked Alaska était son nom de guerre - l'ouest-script ou la double vue d'une voix - 1965-1977 se déroulant dans les yeux vitreux du somnambule, asphalte nue souffrant d'hépatite, de Silver-City à St. Louis - le ciel gris-fer, bas et lourd - la fuite du temps quelque part - voyez-vous la poussière grise et jaune qui se soulève aux abords des villes-fantômes ? - Nuit & brouillard pour une autre fois - alors, est-ce le moment de DISSUADER et de PERSUADER les Forces du Mal et de mettre fin aux négociations lâches et honteuses ? - voix électrocutées de quelques écrivains traquant les bavures de la vie.

Claude P. Washburn
traduit de l'américain par Mary Beach
ÉTÉ 77
CALIFORNIE
SPACE CIVIC CENTER
U.S.A.

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samedi 11 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - V. 3.

V

RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER
par Claude Pélieu (été 77)

(avec la collaboration de Mary Beach, William Burroughs, Chano Pozo, Captain Parano & Johnny Pissoff, Carl Weissner & Liam 'Zero' Gallagher - scripts & conversations enregistrées en 1965, reprises & mixées avec ce qui rugit sur cette page - RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER, bandes audio & images de la mort télévisée emmêlées, un rêve plus long que la nuit, la double vue d'une voix)

3
Poussière de néon & lumière nous apprennent à oublier - après avoir déjeuné avec Liam & Mary dans un restaurant charmant de Marin County, Liam, le Dernier Cadet de l'Espace me demanda d'écrire 23 PIÈCES FACILES, un script-fantôme calqué sur notre conversation - « Ça fait partie du jeu de la guerre. »


1
Les fleurs galopent derrière les étoiles filantes. Mâchoires-Nova raclant le ciel, dispersant avec Dieu un troupeau d'étoiles malades.

2
Étoile filante tombant sur les eaux des lagons.

3
Billards électriques souples comme des chats sauvages traversant les océans de brouillard. Vents & marées, étoiles dilatées, orages électriques. La foudre déshabille les étoiles de mer.

4
Les tueurs de temps & de hasard sont embusqués dans les couloirs de l’œil. Alphabets argentés dans une forêt de chewing-gum. Crépuscule noir orange.

5
Flammes d'hélium sur les lèvres des agents secrets de Dieu. Vagues lumineuses dans la nuit américaine.

6
Les justes vivent dans un monde injuste. Le bruit et la fureur arrêtent le temps. Les robots et les crustacés ont créé un monde plein de misère, de perversion et de résignation dans lequel ne pénètre aucune lueur de joie. Un monde vide privé d'aventure & d'intelligence.

7
L'enjeu c'est le destin de l'homme tourné vers l'avant-futur.

8
Les gémissements, les hurlements du vent & de la mer écrivent entre les voix électrocutées.

9
Ici la terre tremble tous les jours. L'électricité se répète à l'infini. Video-Rangers sur le rail-réalité. Punk Rimbaud s'en foutait bien de la couleur des voyelles, du trafic d'armes & d'esclaves, de la Commune de Paris & du prix du beurre en Chine - siècles noircis par des révolutions de merde & de sang - les peuples inférieurs veulent repeindre le ciel - photos malades - millénaires saupoudrés de mort.

10
Les eaux Comanches déchirent les rêves et dévorent les jukeboxes Apaches.

11
Dans l'avenir la nourriture n'existera plus mais il y aura toujours ces putains de Mc Donalds. Un raccourci sur le Jugement Dernier : CHANGER OU DISPARAÎTRE - les êtres inférieurs réapparaissent sur nos écrans de télévision - Bel Ami Juke et l'Homme d'Entretien Inverti déconnent devant la Machine de Mort Biologique.

12
Toutes les idéologies se sont effondrées. Toutes les idéologies sont disqualifiées.

13
LA BOMBE N, l'Arme du Jugement Dernier - Les fantômes se baladent dans le Tunnel du Temps.

14
Les anges coupent la lumière - Dieu sourit dans les premières fumées de l'aube.

15
Pluie d'or sur l'héliport. Flocons de science-fiction.

16
Ils sont venus de très loin pour nous porter malchance.

17
CHANGER OU DISPARAÎTRE - nuits-émeutes, aubes tristes - Abandonnez tout espoir dans la poussière du ciel - THE MEAT MACHINE - nations fatiguées biologiquement foutues bégaient s'avalent devant les intellectuels anémiques émerveillés - quelque part des pèlerins interrogent les étoiles.

18
Le monde se vide - pins bleus argentés meurent - les jours diminuent, les nuits aussi.

19
Rappelez-vous : VOUS NE POUVEZ PLUS ALLER OÙ VOUS VOULEZ QUAND VOUS VOULEZ ICI OU AILLEURS OU NULLE PART SAUF DANS L'ESPACE.

20
La Pègre Planétaire a pris le pouvoir. Dans la fosse d'orchestre nous réchauffons les restes en branlant les momies.

21
LAST DEMOCRATIC VISTAS de la République Défunte.

22
La fin du rêve américain - il y a peut-être plus de désespoir que je ne le croyais.

23
Est-ce que le passé & le futur existent dans l'espace ?

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vendredi 10 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - V. 2.


V

RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER
par Claude Pélieu (été 77)

(avec la collaboration de Mary Beach, William Burroughs, Chano Pozo, Captain Parano & Johnny Pissoff, Carl Weissner & Liam 'Zero' Gallagher - scripts & conversations enregistrées en 1965, reprises & mixées avec ce qui rugit sur cette page - RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER, bandes audio & images de la mort télévisée emmêlées, un rêve plus long que la nuit, la double vue d'une voix)

2
1965 - ciel sombre, immense S.O.S., touffes d'électrodes sur les horizons fracturés du monde. « Mutez mes yeux à perte de vue. »

Mary dit : « Vous traversiez le couchant idiot en éteignant les lumières ? »
Tous répondent : « Porte chimique dans le mur, paysage-cerveau. »

Se répandit subitement le jour de la St. Vaccin - Ciel, Enfer, J'suis arrivé - Tarzan sur l'étoile morte dans les vêtements bleus de William.

Rainbow Studio, Space Civic Center, Été 77 - la Grande Arnaque des Tueurs de Temps - le hasard clignotant devant le Studio Arc-en-Ciel - un monde complexe, beau, moderne, laid, banal & fantastique. Liam dit : « Tous les jours nous astiquons et repeignons le Sous-Marin Jaune. »

Les pires ennemis de la poésie sont ceux qui en parlent en écrivant dans les espaces où ne règnent que les angles droits & les piles de linge sale.

Le vent rebrousse chemin dans les avenues sans noms. ON NE PEUT RIEN CHANGER.
Les anges marchent quelque part. Les Agents secrets de Dieu vivent en Californie, dans le ciel, le vide, au-dessus - il y a longtemps les gens n'hésitaient pas à tout lâcher ils partaient - il y avait toujours un homme qui passait - IL Y AVAIT, il n'y a plus - tristesse génétique, inaudible & sombre dans les rues vides.

Enfants défigurés par la peur & la grande arnaque démocratique, vous savez ce que sera votre monde - nos enfers étaient des paradis et l'éternité ne signifiait rien - les peuples inférieurs s'emparent des secrets de Dieu et commencent par décrire leurs terribles visions.

Je dis : « Nous vivons, nous survivons, nous nous défendons, le reste est sans importance. Je déteste ce qui est comme-ci, comme-ça, les idiots, satisfaits, insatisfaits, inspirés, les poètes, maudits, assassinés, les p'tits mecs qui savent tout et rien d'autre, les nains, les blue-jeans, et les mecs qui boivent des martinis après le dîner - peut-être dis-je trop haut ce que je pense ? »

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jeudi 9 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - V. 1.


V

RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER
par Claude Pélieu (été 77)

(avec la collaboration de Mary Beach, William Burroughs, Chano Pozo, Captain Parano & Johnny Pissoff, Carl Weissner & Liam 'Zero' Gallagher - scripts & conversations enregistrées en 1965, reprises & mixées avec ce qui rugit sur cette page - RACCOURCI SUR LE JUGEMENT DERNIER, bandes audio & images de la mort télévisée emmêlées, un rêve plus long que la nuit, la double vue d'une voix)

1
Carl & Mary ouvrant cette porte sur la dernière salle humaine, le métro aveugle de l'esprit. Des trous dans l'air et l'odeur de la peste.
William traversant le couchant idiot en fredonnant 'Tea for two', braquant son .38 rouillé sur les armées de la nuit, et disant :
« Vous comprenez, des tas de filles-gaz écroulées en marche-arrière, suis allé en Enfer et me voilà tout yumi. »
« Ouvrez la porte dans le Mur des Nerfs. »
« Film bleu humide d'yeux brisés regardant le passé en ruines.»
« Jungle beat & film électrique - flinguez le mystère. »
William feuilletant un n° spécial de Vogue, St. Louis Encéphalite de naissance, beauté programmée dans l'ouest du Texas, et il dit :
« Non je répands tout simplement l'épidémie de la St. Vaccin. Connie, ça fait partie du jeu de la guerre. »
Puis il rappela le corps d'un môme-fenêtre, sobriquet Baked Alaska - image yumi de Londres, 1965 - et Carl attrape le blues de Californie - pluie américaine et le ciel du Montana, lointain, cachant les bandes de l'Organisation de Shannon. Marchant en Enfer yumi Encéphalite Bleue de St. Louis dans le ciel du Maroc.

Je n'ai pas encore commencé mon script, Captain Video s'occupe de cette vieille tantouze radioactive. Hasard Sexy, et viande-Montana dans Vogue.

William dit : « Qui a dit Atlantic City ? » L'enfant bleu de St. Louis, sobriquet yahu dans le sifflement d'un train triste, et Carl dit : « Qui va gober ce caca ? » - et Mary repousse GUNSMOKE dans le sang de l'aube.
Nous avons débarqué tôt le matin sur l'Ile Sémaphore. Vieille séquence Tarzan dans les ruelles de lumière grise.
Labo Anthropométrique appelé FEEDBACK et un sombre adios répété plusieurs fois.

Gravité zéro & aiguillées d'heures dans les yeux. Carl dit à Chano Pozo : « Montre-moi ton plasma longue-distance » - flocons d'yeux perçant la chambre d'écho.

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mardi 7 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - IV. 6.


IV
NOUS VIVONS L'HISTOIRE DANS UN CAUCHEMAR.
par
Claude Pélieu (1977)

6
CONCLUSION ET APRÈS DIRE...

Des êtres fabriqués à partir des cris et des chuchotements, de chair transistorisée, d'éjaculations prématurées, de monnaie de singe, branchés sur la salle-cerveau responsable des ordinateurs, laids comme des culs de cochons, respectant les règles du jeu social et culturel, affalés sur les dossiers TOP SECRET, endormis sous les palmiers de Waikiki Beach, voyageant dans l'espace à bord du labyrêve... on peut les voir déguisés en veilleurs de nuit ou en femmes de ménages, posant des bombes dans les poubelles de Brazzaville, vaporisant des épidémies dans les ghettos... leurs actes de terrorisme leur donnent un air de propreté... écrans-jungles, provocateurs à la solde de l'étranger, officiellement couverts par les autorités... leurs voix dérangent les enfants qui s'agenouillent pour prier... ils répandent des rumeurs de guerre civile... L'enveloppe vide du monde grince... les flics patrouillent, fouillent, les sirènes des cars de police avalent les bruits de la rue, les militants salopent tout, brisant le puzzle de bruits humains... « VOUS L'AUREZ VOULU, LES GARS » ... alors les crânes sont fracassés, les armes parlent le langage de la rue, le gaz lacrymogène recouvre la ville... Voilà, l'ordre est rétabli, les affaires reprennent, les pécores s'en vont aux champs... le soleil descend derrière la ligne d'horizon... les jumbojets disparaissent dans le ciel mauve... les étoiles s'allument les unes après les autres, l'ouest avale les derniers reflets du soleil.

Claude P. - Washburn
Space Civic Center
Silver City
September 1977
U.S.A.

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lundi 6 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - IV. 5.


IV
NOUS VIVONS L'HISTOIRE DANS UN CAUCHEMAR.
par
Claude Pélieu (1977)

5
Quand Apollo XV fut mis sur orbite autour de la lune, le 26 juillet 1971, l'astronaute Worden ne se posait pas de question. Dieu merci, il ne lisait pas beaucoup et n'avait jamais écrit une seule ligne, à part quelques cartes postales... mais quelque chose explosa dans sa tête, et l'ordinateur qui enregistrait ses émotions et ses réflexions fut disconnecté... « QUI SUIS-JE ? », il s'exprimait en vers très libres --- les hommes qui ont voyagé dans les étoiles sont revenus --- « JE NE SUIS PLUS LE MÊME » ... « EN FAIT PERSONNE N'EST REVENU »... Rusty, par exemple, fut affecté par l'effet lunaire --- « AVANT, J'ÉTAIS FASCINÉ PAR MON BOULOT, VOUS COMPRENEZ »... depuis qu'il avait flotté dans les étoiles il se sentait un autre homme...« VOYEZ-VOUS, JE SENS MON PROCHAIN COMME UNE ONDE QUI ME TRANSPERCE, QUI CIRCULE À L'INTÉRIEUR DE MON CORPS » --- eh bien, aujourd'hui, il est dans une clinique à Houston, Texas... une cure... il est membre d'une secte mystique, il médite avec son guru devant les décalcomanies de la NASA --- il se contente de répéter inlassablement : « BANG ! BANG ! QUELQUE CHOSE ARRIVE, ET VOUS NE SAVEZ MÊME PAS D’OÙ ÇA VIENT. »

Même problème concernant Ed Mitchell, d'Apollo XIV --- il claqua la porte au nez du directeur de la NASA, lui tailla une basane, quitta sa femme --- aujourd'hui il étudie la parapsychologie en jouant à la roulette russe --- il aimerait que notre monde s'élargisse et que l'humanité soit mieux équilibrée... pour Jim Irwin, d'Apollo XV, les premiers pas sur la lune furent une expérience religieuse --- la beauté des montagnes l'avait ému, et subitement il sentit la présence divine --- un mois après son retour sur terre il déclara : « C'EST ALORS QUE J'AI COMPRIS QUE DIEU AVAIT BESOIN DE MOI » ... aujourd'hui, missionnaire baptiste, il prêche dans le sud... « ALLEZ LES GARS, RAMASSEZ UN PEU DE COTON »... Charles Duke se souvient de tout, clairement... en quittant la capsule d'Apollo XVI il se rendit compte qu'il n'était qu'un grain de poussière dans l'univers de Dieu, et lorsqu'il vit l'empreinte de son pied sur le sol lunaire il éclata en sanglots --- cette expérience fut la plus troublante... et il prétend que même Shepard, le vieux voyageur cosmique, le premier américain de l'espace, expliqua cette mutation comme ceci : « OUAIS, EH BIEN, AVANT, J'ÉTAIS UN SALE ENFANT D'PUTAIN. MAINTENANT J'SUIS TOUT SIMPLEMENT UN ENFANT D'PUTAIN. »

Neil Armstrong, piéton lunaire, enseigne à l'Université de Cincinnati... il se souvient bien de son voyage... « EH BIEN, CETTE EXPÉRIENCE À RENDU L'HOMME PLANÉTAIRE, VOUS COMPRENEZ ? TOUT D'UN COUP J'AI VU CETTE PETITE BOULE BLEUE, ORANGE, BLANCHE, MINUSCULE, LA TERRE ! ... VOUS ME SUIVEZ ? ... EH BIEN, J'AI TOUT LAISSÉ TOMBER ET JE SUIS DEVENU TRÈS, TRÈS GENTIL. »

Quand Bill Anders jeta un coup d'oeil vers la terre à bord d'Apollo VII il sut ce que l'humanité représentait --- Tom Stafford de GEMINI 6 et 9 et d'Apollo X disait : « DEPUIS MON RETOUR JE NE VOIS PLUS LE MONDE COMME UN AMÉRICAIN, MAIS COMME UN ÊTRE HUMAIN, ET ÇA, JE VOUS LE DIS, ÇA FAIT PLEURER L'BON DIEU. »

Michael Collins, responsable d'Apollo XI, pensait connaître la solitude des étoiles --- quand il fut en orbite, quand ses deux compagnons marchèrent sur la lune, il murmura : « JE RÉALISE QUE JE SUIS VRAIMENT SEUL ET QUE PERSONNE NE SEMBLE AVOIR RESPIRÉ AVANT MOI. »

John Young et Jack Swigert ont éprouvé les mêmes émotions --- dans l'espace on se pose des questions --- on croit savoir, on est convaincu de la nécessité technologique spatiale... on rêve... on pense pouvoir éviter les désastres écologiques, puis on fait du vélo... « OUAIS, LES GARS, C'EST COMME ÇA QUE LES CIVILISATIONS S'ÉCROULENT » , murmura Chuck en jetant le rapport dans la corbeille à papiers...
« TOUS DINGUES ! LESSIVÉS ! », rétorqua Chad.

Buzz Aldrin ne fut pas troublé par le voyage, par contre il le fut par les ovations de la foule à son retour... défilés, confetti, interviews à la télé... Buzz pissa et chia dans son froc, c'est pour ça qu'il trouve odieux d'être baladé de podium en podium revêtu de sa combinaison spatiale... « C'EST BON POUR LES IVANS C'TRUC LÀ, PAS POUR NOUS. »

J'en conviens... mais il faut dire que certains d'entre eux profitèrent de la situation, élections, publicité, finances, contrats avec les compagnies aériennes, night-clubs, etc.

« UNE FOIS L'HEURE DE GLOIRE PASSÉE, APRES L'ÉBLOUISSEMENT, L'ANONYMAT EST DIFFICILE, ET ON SE REND MALADE POUR LA POSTÉRITÉ. »
Mitchell dit : « L'HOMME EST RADICALEMENT TRANSFORMÉ APRÈS UN P'TIT TOUR DANS LES ÉTOILES... UNE VISION GLOBALE DU MONDE... UN PROFOND DÉGOÛT VIS À VIS DU MONDE TEL QU'IL EST... ALORS, NATURELLEMENT, LE DÉSIR DE CHANGER CE MONDE SURGIT. »
Chuck cligna des yeux, alluma une cigarette, et ricana.
« TOUT VA POUR LE MIEUX DANS LE MEILLEUR DES MONDES, LE NÔTRE... »

La Police de Mixage ouvre le feu sur les émeutiers.
Matière grise de pygmée sur les vitres de l'American Express... voitures incendiées, magasins pillés... « la fête » comme ils disaient... Le Pr Olson murmura : « Quelle chierie ! » ... j'en conviens, surtout quand on sait que le langage n'est qu'une abstraction.

Chuck et Chad glissaient d'ombre en ombre, contemplant l'Apocalypse électronique.
Vous avez remarqué que ces incidents se reproduisent régulièrement, et qu'ils sont inévitables, comme la peste ou la famine... tôt ou tard le Bureau des Idées et les Services Idéologiques feront faillite... les psychopathes et les contrôleurs qui géraient ces organismes, ainsi que les voyageurs de commerce en révolution, seront congédiés et mutés dans la poussière de néon... Chuck et Chad sont des astronautes, des entités improvisées, comme vous et moi, autonomes, post-logiques.

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samedi 4 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - IV. IV.


IV
NOUS VIVONS L'HISTOIRE DANS UN CAUCHEMAR.
par
Claude Pélieu (1977)

4
Nous sommes sortis de nos scaphandres argentés en gueulant comme des putois, nous nous sommes mis à parler du présent toujours au futur antérieur. Échos-bananes d'un magma de mots enregistrés - c'est ce que je fais pour bâtir ces blocs de prose.

Nous avons abattu quelques vandales. Les autres ont pris la fuite. Des bulletins de recherche sont épinglés sur la panneau d'affichage du General Store.

Détails... cendres... nuages... je vous emmène d'un revers de main, loin, très loin... paysages inondés de soleil... arc-en-ciel au-dessus de la jungle... ici les hommes sont encore des hommes... un touriste français aboie : « Des hommes! Des fachos! » et il pleure en photographiant un groupe de chicanos rassemblés devant une cantina... eh bien, croyez le ou non, il a neigé dans la Sierra Nevada, le gel déjà a fait rougir le Connecticut, le Vermont et le Maine... flocons de mandarine caressant l'herbe rase de Red Hill - le soleil disparaît derrière les collines noires... il neige des fleurs...

La musique en confetti revient toujours au milieu de la nuit - le bleu profond de la mer - les fenêtres sculptées dans la poussière, et l'écume blonde qui se meurt dans le crassier du temps...

Voyez-vous, rien n'est sans danger.

Je suis venu de loin, les miroirs ont explosé, alors j'ai tout changé, nom, nationalité, etc, les échos morts se sont pliés à mes quatre volontés - grand lessivage de l'âme - la braguette du Bon Dieu est en miettes...

Rien n'est sans danger, rappelez-vous - nous avons eu de la chance - venant de nulle part nous sommes partis ailleurs, entre temps nous sommes revenus pour affronter la pègre sur l'autre versant du temps.

Les vagues pâles et défaites dérivent à dos d'oiseau.

Les techniciens du Space Civic Center travaillent sur le projet BANANE GOTHIQUE.
Nous sommes prêts.
Il faut explorer d'autres mondes et en finir avec le remarquable manque d'imagination des gens qui vivent encore sur cette planète.

Le compte à rebours commence :

10... 9... 8... 7... 6... 5... 4... 3... 2... 1... 0 !!! - Chuck appuie sur le bouton Lift-Off ...WHOOOOOOoossshhhHHHHHH ! ... la fusée multicolore s'élève... les techniciens et les savants se lèvent, applaudissent... un détachement de marines hisse les couleurs... des gens sont projetés dans la quatrième dimension - la fusée traverse plusieurs univers.

Photos et renseignements arrivent.
Les astronautes parlent de choses et d'autres.
Nous enregistrons de nouveaux mondes.

Chuck allonge ses longues jambes sur le bureau, bien installé dans son fauteuil d'écume transparente. Il ajuste son casque psychosensoriel et décide de programmer quelques séances de travail à l'intention de la division responsable des télécommunications.

Les russes pataugent dans la boue, quelque part en Sibérie, avec leurs cosmonautes mal fringués.

Première branlette dans l'espace...

Chuck se souvient que la saison de base-ball est ouverte, ajustant l'écran vidéo, il regarde le match GIANTS vs. DODGERS ... en même temps il regarde les manifestants hébétés se battre dans les rues vides... tout ceci finira mal, pense-t-il.

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vendredi 3 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - IV. III.


IV
NOUS VIVONS L'HISTOIRE DANS UN CAUCHEMAR.
par
Claude Pélieu (1977)

3
Le Dr Szabo renifle les aisselles des hallucinés et se pique avec de la sueur de schizophrène. Il s'intéresse aux minorités. Ce qu'il entend par minorités ne nous intéresse pas - l'ordinateur de la Division Bleue explose - le Dr Szabo apparaît sur l'écran, nous réprimons un haut-le-cœur. Le président met un mouchoir sur sa bouche - le Dr Szabo revient d'une balade sur l'Étoile Gelée. Nous aurions dû l'enfermer dans les archives du passé.

Un agent malade apparaît sur l'écran - puis le Ritz, Rosebud Motel, l'hôtel Hilton, la pension de famille de Mme O' Connelll, l'hôtel Nirvana - l'agent malade s'agite sur l'ancienne ligne Manson-Nixon, s'embusque dans le maillot de corps de quelqu'un d'autre - des groupies tapinent au bar du El Coyote... pas très propres les mémés, je dis ça en passant... les messages cosmiques de Peggy Creamcheese décollent des chiottes tous les quarts d'heure... des intellectuels fatigués ajustent leurs dentiers, glissent sur les peaux de bananes de la 23ème Rue... Une lueur de fin du monde danse dans leurs yeux.

La toux sexuelle des années 50 s'échappe des boudoirs des psychiatres juifs de Greenwich Village - le Dr Szabo mélange les images affreuses, Hiroshima On Ice, Treblinka, Saïgon, le Goulag, Cape Town - et voici le Métis Planétaire pété comme une huître, sortant du « Pink Cloud » un bar de pédés de Frisco - il est arrêté et embarqué à bord d'une soucoupe banalisée, traversant deux univers - nous le projetons dans une bulle de néon, direction KETCHUP ÉNIGMATIQUE...

Southside Johnny, agent à mi-temps, gynécologue amateur, pianote sur le siège du cabinet de toilette, écoutant les bandes magnétiques du swami - des images sexuelles flottent dans les rues grises - je tourne le bouton, l'écran devient rose - une vue de Paris, la Goutte d'Or, et cette bonne vieille pédale qui a des ardoises dans tous les bordels à garçons du Tiers-Monde est déguisée en marchande de quatre saisons - le film est en mauvais état - murmures chauds et froids, odeurs de banlieue et de bidonville, trous du cul ridés, bouches édentées - Apocalypse sonore derrière l'écran de fumée... partouze, muzak et drugstore , minets et loubards... le cerveau du président explose comme un fruit blet, se transforme en poussière, se perd dans l'infini - un missile intercontinental déchire l'air.

FLASHBACK - les gens qui vivent dans la nature n'ont rien à foutre des discours des écologues - ils savent ce qu'ils font en toute occasion. Ils connaissent leurs animaux et leurs hommes. Métal de mort dans l'aube froide - plein de bruits bizarres repoussant les signaux de l'ombre, sur le rivage, contre une balustrade de nuages. Un ange éteint toutes les lampes et donne l'alarme - des culs-de-jatte gesticulent dans leurs boîtes à orgone, des pygmées se réfugient dans les chiottes de l'Hôpital de la Légion d'Honneur, les cradingues occupent les grands hôtels - le goût de l'oubli se répand, et l'ennui pompeux, dialectique, pesant, ésotérique, vaguement scientifique - une voix nasillarde, d'outre tombe, se répand dans l'univers blafard.

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jeudi 2 janvier 2020

Claude Pélieu au Silo - IV. II.


IV
NOUS VIVONS L'HISTOIRE DANS UN CAUCHEMAR.
par
Claude Pélieu (1977)
2
J'étais bien ici - le vent gémissait entre les feuillages des eucalyptus et des séquoias - odeurs de bruyères roses, de tamaris, de feux de bois, de barbecue et de poissons grillant sur des lits de fenouil.

La mort sans phrase éclate à travers les murs d'écrans - paysages iridescents - émeutes téléguidées par la police de mixage - les manifestants se roulent avec bonheur dans la merde de cochon, se livrant à d'horribles orgies - des flics schizophrènes en congé de maladie se branlent dans les églises et les synagogues - Images brouillées... Je jette un coup d'oeil sur le rapport intitulé : ILS FLIPPÈRENT SUR LA LUNE...

1990, les missiles sont mis à feu - les chinois débarquent à Big Sur avec les japonais, les russes défilent dans Londres, les tartares pillent - un bruit infernal jaillit du complexe stéréo, MARCHE FUNÈBRE DANS L'ESPACE... L'Homo Atlanticus est menacé... les chinois sont à Versailles - la tension est telle que tout ressemble à la mort... le temps contre l'éternité...

FLASHBACK, rapide coup d'oeil en arrière... tout ce qui se dit se mélange aux excréments du Diable - je me souviens des années noires, des bébés psychédéliques, de la merde et des morbaques dévalant les rues de San Francisco. Nous avons effacé tout ça, de Los Angeles à Amsterdam, Dieu merci - aujourd'hui les gouvernements de la Terre et les nations paranoïaques financent l'Industrie de Mort, maintenant les populations marquées par la vacherie biologique à un certain niveau de misère, de stupidité - la merde obstrue le tunnel du temps - dans la gadoue, jusqu'au cou - ce vieux matériel génétique ne fera pas long feu dans l'espace - le vieux baratin s'empare des corps et des âmes, l'ombre du marxisme plane, les nains prennent parti pour ceux-ci ou pour ceux-là, bafouillant sur des montagnes de discours et de manifestes - ils écrivent l'histoire avec de la merde - l'incurable baratin est une manoeuvre stratégique, tous les coups sont permis, tous les numéros sont gagnants - un chef d'oeuvre de stratégie, une contre-offensive capable de balayer ces révolutions de merde et de sang... C'est le terme final de notre représentation... Évidemment nos ennemis ne cessent de faire courir les bruits les plus maléfiques : « Ce sont des fascistes, des agents de la CIA, ils représentent les banques, les multinationales, la Fraternité Arienne »... les politiciens bavent d'admiration devant le Syndicat du Crime, et le président se pose des questions en grignotant des cacahuètes... par exemple : COMMENT ASSURER NOTRE SURVIE ET CELLE DE L'HUMANITÉ ? COMMENT ÉTABLIR LA SÉLECTION QUI S'IMPOSE ? COMMENT ALLONS-NOUS ACCUEILLIR LES HABITANTS D'UNE AUTRE PLANÈTE ? COMMENT ALLONS-NOUS AGIR VIS-À-VIS DES RÉPUBLIQUES BARBARES ? DES RÉGIMES TOTALITAIRES ET DES CONTINENTS COMMUNISÉS ? COMMENT ALLONS-NOUS DEVENIR DES HOMMES MODERNES ALORS QUE LES REPRÉSENTANTS DE L'ONU REFUSENT DE DESCENDRE DES ARBRES ? - bruits et images toxiques - les otages crachent sur le folklore une fumée d'os et disparaissent sur le tapis de chair morte - un western électrique - des chinois ivres, grognant comme des cochons sur leurs bicyclettes, aspergés de jus de concombre par la Police Macrobiotique... exclue des bandes dessinées l'humanité est maudite. Les survivants rampent sous des piles de magazines pornos de la seconde guerre mondiale et s'engouffrent dans les bouches de métro - Nous nous sommes réfugiés dans l'hyper-espace, provoquant des émeutes chimiques et génétiques - Les médecins du Space Civic Center ont monopolisé les unités de temps et semé l'horreur dans les rues de Technopolis - la populace est prise de panique... ça commence bien... incident technique, vous comprenez ? Cette galaxie se compose de mondes disparates.

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mardi 31 décembre 2019

Claude Pélieu au Silo - IV. I.



IV
NOUS VIVONS L'HISTOIRE DANS UN CAUCHEMAR.
par
Claude Pélieu (1977)

1
Un instant hors du temps... l'histoire ment avec conviction... je revois un Soap Opera hitlérien, Nuremberg 1934, le 20 décembre, le jour même où je suis né, vers 10 heures du matin... Un conseiller technique, hâlé par le vent du Nord, brouille les images... l'odeur du ciel dans le studio que je déplace dans le hall du Great Western Hotel... le pays des ombres et des mauvais souvenirs - les voix du sang et de la violence emplissent le Zoo Électronique, dévastent la Vidéothèque de l'Univers... C'était la fin du voyage... de retour sur Terre nous constatons que les gens apparaissent et disparaissent, c'est simple, des gens comme vous et moi, les descendants des hommes qui ont chié sur les Écritures - ils ne sont pas tous là, mais ils ont un rôle dans le Soap Opera de Nuremberg - au coin de la rue on peut voir Papi Tomato, Tito Vulvo, Dan Blueberry, Bruno Brazil, Sister Vaseline, Jacob Yamyid, le Dr. Szabo, Buck, Sister Mucus, le môme Sépia, Zouzou-la-Twisteuse, Joe Flash, Missouri Dale, Panama Joe, les gouines rouges, etc... UN INSTANT HORS DU TEMPS - les déchets de l'histoire brûlent à l'horizon, le cycle de survie s'étire comme un chewing-gum, nous survolons les ruines...

Tous les matins je passe quelques heures sur la terrasse qui surplombe l'océan... j'évite les vieilles connaissances... là-bas, The Great Western Hotel, North Hollywood... j'évite les gens, surtout les écrivains, les artistes, et les musiciens... je déteste ces parties emmerdantes... je ne fréquente que les voyageurs intrépides et les agents secrets de Dieu... les films en couleurs explosent hors du temps, disparaissent dans l'herbe bleue - nous sommes perdus dans l'espace depuis longtemps.

Un spectre sifflote Double Dealer Death Blues...

J'entre dans un bar et je vois l'homme qui était dans le film. Un bar au cœur de Chinatown, fréquenté par les riches junkies et les hommes d'affaires qui manipulent les gangs. Mme Quack-Tong gère bien son établissement... Tout va bien quand un junkie a les moyens, rien n'arrive, pas grand chose à vrai dire... ça tourne mal dès que vous vous retrouvez avec les loquedus et les clodos fascinés par le grand frisson... Quelqu'un peut vous refiler un cadeau des flics ou de la famille, un fix à la strychnine, et pfft-! Aux Grandes Osselettes !... C'est pour ça que Joe dit : « Je ne couche avec personne, à moins que ça ne soit absolument nécessaire. » - Rien ni personne ne vous aidera - les gens, je les connais, c'est pour ça que je les déteste... il faut voir les choses comme elles sont, comme elles ne sont pas... quand les junkies ont de la bonne merde, ils voient les choses clairement, très clairement? C'est là le seul intérêt. Oh, je ne parle pas des mystiques, des fumeurs évangélistes, des militants et des connards qui reniflent de la colle d'avion et du poil à gratter... et comme dit Joe : « La bonne came d'avant-guerre, c'est pas pour les pauvres. » - Vrai, il faut faire gaffe dans les bars, n'faut pas jouer aux fléchettes dans les couloirs du métro de neige - tout ça c'est con, c'est bon, pas bon, très con, c'est tout, c'est comme l’œil de l'ouragan... c'est une façon de voir et d'entendre, de vivre... les junkies sont aussi cons que les autres, plus cool peut-être... ils savent quelque chose que le mec ordinaire ne sait pas. Bien. Ils flottent dans la non-couleur de la merde au creux d'un bruit blanc, explosant silencieusement et mollement à côté du temps variable, dans les veines incolores de quelqu'un d'autre - Alors... alors, rien - tu plonges dans un hurlement de ciel, et la merde fait partie du corps, du cerveau, de l'âme, de la vie - tu sors, peut-être, vivant ou mort, et tu remplaces par autre chose - c'est ainsi que le vent mauvais emmène tous ceux qu'on aime... 

Nous photographions Connie chaque fois qu'elle prend un fix dans ce bar, n'importe quel genre de fix... Alors ne marche pas trop vite dans la rue, la photo est déjà imprimée sur ton imperméable - ne dors pas avec les images - l'image désincarnée de Connie se superpose à celle de Joe Verminex et des flics de la Stupéfiante - Cacahuètes salées dans les poubelles de Brazzaville - le vieux magasin de vins et spiritueux explose... bruit de verre brisé - l'homme n'est pas blessé mais il ne voit rien, sinon un écran rouge, épais, poisseux... il distingue quelques silhouettes sur le trottoir d'en face - cris, appels au secours, gémissements - le sang coule dans les caniveaux, personne ne prête attention aux blessés, amputés, brûlés, s'asphyxiant dans l'épaisse fumée - Une jeune fille est allongée sous une porte cochère, ses deux jambes déchiquetées - l'infirmier tire une syrette de morphine de sa trousse... trop tard... alors il se penche, lui ferme les yeux, et marmonne une courte prière - tireurs embusqués sur les toits, canardant les ambulances et les voitures de pompiers - les paras quadrillent le quartier, bloquent les rues - Eh bien, c'est à ce moment-là que j'ai décidé de quitter cette ville et ce pays - La nuit tombe sur Nutopia, base intergalactique, cité-bulle, station satellisée au-dessus de l'océan de vide et de mort... Nuit noire. Nuit sans lune.


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lundi 30 décembre 2019

Claude Pélieu au Silo - III. 6.


III
DEBOUT ! TOULOUSE-LAUTREC !
par
Claude Pélieu (1971)

6
Le brain-trust gouvernemental flippe...
Le brain-trust gouvernemental ne comprend pas qu'aux yeux de la majorité silencieuse, la loi et l'ordre n'ont plus de raison d'être. Cette majorité conne et bâfreuse se rend quand même compte que les libertés fondamentales sont éliminées, et malgré les tours de passe-passe du gouvernement, cette majorité ne comprend pas l'arbitraire. Ce n'est pas son arbitraire. Car, il y a bien, en France, une MAJORITÉ et un GOUVERNEMENT. Ce n'est pas une majorité de hippies, de drogués, de pédés, de chiens enragés et de détrousseurs libertaires --- c'est une majorité de veaux, de moutons, de brutes, de débiles, d'alcooliques, de boutiquiers, de minets, de SS en jupons, d'hétéroflics, de militants et de vautours... mais il y a les groupes marginaux, et surtout les individus... les pionniers ont bonne mine ! Les hippies en papier aussi --- le pain béni de qui dans les égouts de Megapolis ? --- les portes sont ouvertes ou fermées, la violence est téléguidée et financée, subie et imposée. Les techniques anti-insurrectionnelles sont infaillibles. Le reste ? Magouille, agitation de circonstance. Ceci fait l'affaire de la classe dominante et des robots... tu vois la coupure... guérilla urbaine, ouvriers-et-paysans-unis-dans-un-même-combat... prêchi-prêcha... mucus de mulet... et surtout CONTRÔLE... dans l'enfer des interdits, des hystéries et des illusions, nous allons décrire les limites étroites de notre monde.

Il y a chez les pionniers un p'tit côté « maréchal nous voilà » vachement débile et irritant. Le retour à la terre, l'artisanat, la vie claire, etc... peu planant !... et les mauvaises vibrations, quelle déprime !... quant à la révolution sexuelle, eh bien, ça-va-ça-vient, hi han !... quant au reste ? Beuark !... Le Président de la République ne vous a pas menti, il vous a dit d'un ton bonhomme (ce n'était pas le trip gaullien) qu'il ne fallait pas mettre du hash dans les épinards, et que pour la pornographie, eh bien... Il ne rigolait pas M. Pompidou, malgré le fondu « veillée des chaumières »... il a su se servir de la TV (je n'ai vu que des extraits, BBC 1 & 2), avec l'électronique vous possédez bien votre monde.
Par contre, une action Yippie, comme la publication d'un rapport secret, dans le New York Times, et repris par CBS, NBC, ABC, ITN, annule la merdouille que les militants entretenaient depuis deux ou trois ans, plus ou moins bien. Même la Cour Suprême a désavoué Nixon et son brain-trust.

L'argent pop est une chose, et beaucoup de musiciens sont restés honnêtes et branchés. Ils se marrent avec le fric. Ils font vivre et aident des tas de gens... le Système veut privilégier l'Art --- Madison Avenue pense pour vous --- Madison Avenue a déjà dessiné les vêtements que nous porterons en 1975 et choisi la musique que nous écouterons. Cette nouvelle décennie nous allons la consommer par le gros bout de la lorgnette.
Des fraises et du sang dans l'ordinateur...
L'herbe s'évanouit...
Le drugstore du ciel est fermé...
Toutes les drogues sont maudites...
Les vieux junkies ne décoloniseront pas l'Empire de la Merde.

Aucune étude sérieuse n'a été faite sur le LSD. Et des écrivants nous accusent parce que nous écrivons. Nous écrivons parce que précisément nous sommes des écrivains, ou quelque chose comme ça... ils ont signé les mêmes contrats que nous, chez les mêmes éditeurs... une douche-cirrhose inonde la nation... distributeurs automatiques et self-services sont bien dressés... le boss, conforme aux images des vieux westerns et des affiches d'avant-guerre, s'éteint sur un lit de cendres.

Il y a cette campagne anti-jeune. Hargne débile contre tout ce qui est différent : jeunes, hippies, beatniks, négros, pédés, trippeurs, planeurs, étrangers, que sais-je encore...
Stéréotypes et préjugés, tout ça c'est dans la tête... la chasse aux jeunes est ouverte... le ministre est sur un trip pas possible. L'ange de la mort remplace la justice par la haine, le singe creux et le crabe sont chargés de l'intox...
La vie s'étiole dès que l'imaginaire est exclu.
De nos jours il faut aller vite (Fachos et gauchos sont d'accord sur ce point). Mais qu'est-ce qu'un facho ? Un Gaucho ?... c'est quelqu'un qui ne plane pas... nous planons --- dans le bleu le rose le noir-orange le vert --- et toutes les étoiles pirouettent, flamboient, et les néons dansent dans nos yeux... il y a une base humaine Hip sur chaque continent... la romance politique des uns et des autres contamine les mondes-consciences. Rien n'est gratuit. Rien ne sera gratuit avant longtemps. Une cure inimaginable... les vieux bulletins d'information agonisent dans les jungles de la nouvelle décennie.
Les dessous de la consommation --- distribution gratuite de brouillard et de largactyl, une retombée dépressive dans la Fenêtre Rose --- Les mecs qui font la route ne couleront pas le Système.

« L'État a aussi, naturellement, son rôle, a dit le Président de la République. Il doit préserver la jeunesse des agressions extérieures de la drogue, de la pornographie. » --- vous voyez, d'étranges petites phrases tout au long de la trame de cet entretien télévisé... l'hommage aux brutes... une obscène politique au service du profit, abstraite, théorique, socialiste... l'évidence même... Mais qu'est-ce que vous croyez images, ici, de ce qui se passe là-bas ?
Réponse : « Chacun dans son ghetto ! »...
Le Système n'est pas prêt à couler... le coup du poisson dans l'eau, vous comprenez ?
Les robots répètent encore une fois, avant le lever du rideau.
Les robots et les machines sont prêts à frapper.
Des mecs qui s'y connaissent en révolution vont occuper le pavillon en meulière de M. et Mme Glauque, libérer la pelouse, la fête quoi ! Et puis ils feront du vélo pour combattre la pollution, et ils casseront la tête d'un débile à coups de barre de fer, et les flics arriveront --- et ils brancheront leurs guitares à neuf cordes sur des bouteilles de gaz butane, les cuisines roulantes distribueront le riz, le viandox et la soupe à la grimace, et vous serez parqués, encadrés, contrôlés. Quel pied !...
« Les hippies sont des débiles ! »
« Les marxistes sont des cons ! »
Tu as besoin d'une idéologie toute neuve entre ça et ça, on va te retailler la vision, vin rouge, camembert, maxiton fort et poil à gratter. Le ministre approuve ce festival. Un pinball-machine approbateur clignote dans la nuit noire. Des images dures et molles orientées vers le Mythe. L'Agence Marie Jane a fermé ses portes, et la musique des yeux fait même mal à Cleaver... et Leary est aux mains du FBI... et nous avançons sous la lumière d'aujourd'hui, le néon... --- une certaine magie fut broyée par la machine et ressuscitée par l'électronique --- mais les militants font leur guerre sans l'aimer, et l'odeur des vacances va tout emporter...

Le drame éclate dès que vous emmerdez les gens dans leurs têtes, dans leurs corps. Et ils sont nombreux. Ils subissent. Ils imposent. Ils sont malheureux, torturés, bêtes, méchants, malades, sympas, flippés, ils ont besoin d'air, d'espace personnel, et on leur censure leur soleil... Je pense que la parole devrait peut-être ÉCRIRE l'inconscient collectif, comme ça, très vite, sur les murs de préférence, comme le font les enfants quand ils veulent semer la merde, pour que tous deviennent mondes-consciences...

Les musiciens savent ce qu'ils peuvent faire avec l'énergie de 500 000 personnes, c'est pour ça qu'ils se refusent à la diriger, d'une façon ou d'une autre... ce ne sont pas des agitateurs politiques... Superjets, sonos, lightshows, videocorders, fêtes psychédéliques, les media traditionnels ne flippent même plus. Même avec le crayon-feutre et le spray une nouvelle expression est née. Le Village Global ne peut pas ne pas vulgariser sa nouvelle façon de voir et d'entendre...

Les agents de publicité furent exilés derrière les feux de la rampe. Et dès que les flics entassés dans leurs cars aperçurent les cheveux longs... les militants ont entonné le Chant des Cochons...

Hippieland n'existe plus.

Un commando de lesbiennes envahit le Soft-Drouot...

Des SS en jupons, moutards en bandoulières, sont subjugués par l'avenir d'un mini-Woodstock aux alentours de Limoges... « Nous allons mettre la France Pop à genoux ! », s'écrie le puriste, fondu dans la lumière stroboscopique, entraîné par Jumping Jack Flash, un planeur comme vous et moi --- ils se sont branchés sur la même pipe --- sunshine orange se répandit sur la Planète Verte... un trip merveilleux... pas une boîte crânienne n'explosa... mais là-bas, Dachauland, Rock à gogo... les fleurs mortes pourrissent sous le Dôme du Désir... Militants, UFO, Underground Fuck Off... OFF... OFF... OFF... OFF... OFF... l'argent pop est entre vos mains... Janis et Jimi doivent se marrer dans leurs ciels... le trip, vous comprenez... et que demandent des milliers de gens lorsqu'ils se réunissent hors de tout contrôle et influence politique ? De la musique. Uniquement de la musique. Planante et très chère. Le hasard collectif doit tenir compte de cette sono planétaire. Tant pis pour ceux qui ont mal interprété ces évènements.

Plus de parano ! Laissez les narkomasos monter la garde devant les pharmacies... l'ombre incendie ce qui nous reste à vivre... les billes multicolores des enfants mûrissent en ce jardin... foutez leur la paix-!... foutez la paix... à propos, lisez Jail Notes de Timothy Leary... maintenant je me tire...

Julian Beck, Judith Malina sont détenus par la Police Politique Brésilienne. Richard Neville et OZ sont inculpés. Pierre Clémenti est emprisonné en Italie. Tous les swamis et les gourous sont des agents de la CIA. « Hello ! Yes, good-bye » --- nous allons charmer les oiseaux, hideusement vôtre --- moi, je me tire, salut --- nous sommes tous exposés, les médiocres et les ordinaires plongent dans le bouillon de Kulture, à l'aise, les autres, bouillants virus persistent à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Ne parlez plus des drogues, l'intérêt tombera, l'affaire nationale tournera en couillasse, l'hystérie des minus est incontrôlable --- Foutez-moi la paix, j'ai la chevrotine facile ! Un beau merdier, n'est-ce pas ? enterré vivant dans le Blues de l'Eau Lourde. Il n'y a plus grand chose à faire ici, sinon entrer et sortir.

29 juin-4 juillet 1971.
Londres. New York City

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posted by Lucien Suel at 08:35 0 comments