samedi 5 septembre 2026
mercredi 8 juillet 2026
Le retour de Potchük
Voici un court extrait d'un morceau (20 secondes) joué par le groupe le 27 juin 2026.
Le titre : NON NON NON à l’équarrissage CIA CIA CIA (centre d'incinération animale)
Les membres : Thomas Suel (batteur), Guillaume Marien (guitare), Benoît Queste (basse) et Lucien Suel (texte et chant)
Libellés : Benoît Queste, Guillaume Marien, Lucien Suel, Musique, Potchük, Thomas Suel, Vidéo
mardi 30 juin 2026
Peter Handke, Le recommencement (extrait)
Ma réticence au travail était en réalité une peur de l'échec. Je ne craignais pas seulement de n'apporter aucune aide à l'autre : toujours dans ses jambes, je serais en outre un obstacle pour lui, je redoublerais son effort, et je ruinerais finalement d'un geste inadéquat l'œuvre d'une journée, peut-être même de l'été tout entier. (Combien de fois mon père, dans son atelier, ne m'a-t-il pas accablé de jurons et renvoyé sans un mot dès mon premier coup de marteau!) Quand il fallait assembler, je forçais ; quand il fallait séparer, j'arrachais ; quand il fallait empiler, j'entassais ; quel que fût mon partenaire à la scie, je ne trouvais pas le rythme ; la tuile qu'on me tendait tombait dans le vide ; et mon tas de bois, à peine lui tournais-je le dos, s'écroulait. Même quand il ne s'agissait pas d'être rapide, je précipitais les choses. Je donnais certes l'apparence d'aller bon train, mais mon voisin, dont les mouvements se succédaient dans la réflexion, avait toujours fini avant moi. Comme je voulais tout faire en même temps, rien n'était régulier: je n'étais pas un travailleur, mais un gâcheur. Je n'étais maître que dans l'à-côté ; là où un autre n'avait besoin que d'un geste, je tâtonnais bien souvent et effleurais l'objet, que cela suffisait à endommager ou à briser; si j'avais été cambrioleur, j'aurais laissé sur le moindre bibelot une infinité d'empreintes digitales. Je m'aperçus que dès le moment où je devais me rendre utile, j'avais le regard fixe et mes yeux ne voyaient plus rien, surtout pas ma propre activité. Aveugle, je secouais, tiraillais, fourrageais, piétinais, gesticulais autour de ce que l'on m'avait confié jusqu'au moment, qui n'était pas rare, où l'instrument était détruit en même temps que l'ouvrage. Ce travail prétendument étranger m'assourdissait également, même le sifflement plutôt léger de la faux et le doux roulement des pommes de terre de leur caisse dans le treillage de la charrette; j'entendais certes, mais n'étais plus réceptif au bruit qui m'était le plus cher, celui des feuilles, différent d'une espèce d'arbre à l'autre. Si facile que fût ma tâche — « va mettre les bidons sur le banc à lait ! », « aide-moi à plier les draps ! » —, elle me faisait aussitôt perdre mon souffle; monter le sang à la tête; haleter la bouche ouverte. Mon corps, soudain, n'était plus un, comme dans la marche, la lecture, l'étude ou même la simple position assise ; le torse perdait son lien avec le bas du corps, et se courber n'avait plus rien d'organique, comme pour cueillir des champignons ou ramasser une pomme, mais devenait le mouvement brisé d'une marionnette.
Extrait du roman de Peter Handke, Le recommencement, Gallimard 1989, pp 235-236
Libellés : Peter Handke, Roman
mardi 23 juin 2026
L'être du mal voyant, premier manifeste
Ce premier manifeste a été publié en 1997 dans le n° 16 de la revue Java, puis repris dans "Canal Mémoire", recueil paru en 2004 aux éditions du Marais du livre.
"Devenir le poème", mon second manifeste, écrit en 2010, apparait sur ce blog à la date du 12 juin 2025.
Lucien Suel
l'être du mal-voyant
langue peut être le monde pour lui et
la poésie allô se trouve partout tout
partout aussi le poète fait une large
part aux collages instantanés dessins
idiots performances & poésie visuelle
poèmes trouvés poèmes express poésies
son activité poétique travaille aussi
le projet d’une poésie classique pour
laquelle il utilise des vers inventés
de son invention des vers justifiés à
cause du nombre de signes dans chaque
ligne ici 37 signes typographiques se
rangent dans chaque ligne chaque vers
la poésie mange de tout tout ce qui a
fait son existence lectures relations
trivialités rêves activités physiques
voyages réflexions contemplations par
cela une poésie peut être élémentaire
quand on pose des questions qu’est-ce
que la poésie aujourd’hui quelle date
il répond la poésie aujourd’hui c’est
quand je le dis ainsi il est un poète
maintenant quand il fait ce qu’il dit
le poète & l’éditeur l’habitent comme
le jardinier et le lecteur cohabitent
en lui comme le traducteur et le père
de famille cohabitent en lui comme le
merz et le joueur d’échecs cohabitent
en lui comme le cerveau et les boyaux
cohabitent en lui comme les vertèbres
et les fémurs cohabitent en lui comme
le foie et la morve cohabitent en lui
comme le cogneur et le quinquagénaire
cohabitent en lui comme le guitariste
et le microbe cohabitent en lui comme
le buveur de bière et le rôti de veau
cohabitent en lui comme le baiseur de
l’étoile et le gastéropode cohabitent
en lui comme le détritus et les trous
de mémoire cohabitent en lui comme le
cycliste et la chicorée scarole ronde
verte à coeur plein cohabitent en lui
comme ça comme ça et encore son corps
la poésie vient du vide avide vibrant
dans la tubulure corporelle oui c'est
l'enveloppe superficielle de ce tuyau
elle accepte les pâtées les frictions
les agressions les renseignements les
caresses les bruits et l'odeur cosmos
miniaturisé un infini comme un infini
les poumons absorbent les exhalaisons
ultimes le dernier soupir des humains
d'autrefois et l'azote tourne en rond
dans les rafales de vent l'haleine du
porc et celle du publicitaire embuent
la même fenêtre pour s'incorporer aux
globules rouges de son sang oh osmose
qui prétend surveiller le flux de ses
orifices qui examine la circulation à
l'entrée à la sortie allô la carcasse
ignore le sens unique poète opposé au
fatalisme de l'entropie il mange tous
les mots il rumine la pensée il lance
les yeux dans le limon dans les cieux
la pratique de l’écriture et les sens
de l’existence peuvent coïncider dans
une oeuvre suivie le projet est celui
de parvenir à l’unité rassembler tous
les souvenirs les lieux les personnes
allô il faut que ce soit comme la vie
drôle douloureux mystérieux la poésie
le poème ce livre étrange tout semble
s’éclairer la structure circulaire la
lecture commencera par n’importe quel
fragment n’importe quel mot n’importe
quelle ligne comme ce que Burroughs a
dit en parlant des cut-up ils peuvent
produire allô l’impression de déjà-vu
avoir un caractère prophétique il n’a
évidemment pas employé une seule fois
le cut-up dans le texte d’ici en mots
sur des lignes de 37 caractères c’est
le contenu du poème côté expérimental
pas le style à part le fait qu’il n’y
a pas de signes de ponctuation voiles
sur les artifices de fabrication pour
préciser qu’au début le poème s’écrit
composé en mélangeant un extrait d’un
roman de Mickey Spillane et la lettre
d’une religieuse carmélite à son père
le reste c’est l’avis de Céline pense
que le lecteur jouit du confort de la
croisière sans connaître le détail de
l’organisation un lecteur intrigué et
amusé par l’action par le jeu avec la
langue il réagit intellectuellement à
certaine tension et certaine ambiance
c'est le poète qui écrit ce qu'on lui
dit d'écrire une comtesse de Noailles
aurait pu par exemple s'extraire d’un
lit pour lui rendre visite on ne sait
pas ni où ni quand ni que ni qui pour
arriver à cette notoriété relative et
fragmentaire en nombre en pagaille se
présentent les itinéraires les prix à
payer il calcule en ajoutant les prix
littéraires au matériel utilisé et le
salaire comprend les heures passées à
scruter l'écran du moniteur souris au
bout du bras président Clinton Reagan
Nixon serait lui-même assurément très
content de recevoir par la poste deux
poèmes ou trois poèmes d'un tel poète
oui peut-être qu’il les ou les lirait
celui qui n'a pas lu ce poème ici n'a
rien lu dans ces vers de 37 signes on
respire de l'air sain quand le propre
père se désincarne il est enfoui dans
le cimetière de famille assez loin de
la vallée des Rois mais à deux pas du
cabinet de travail mal-voyant il peut
murmurer voire même prononcer deux ou
trois poèmes devant la tombe litanies
de la glèbe une espèce d'hagiographie
de choses quotidiennes la sainteté de
la brosse la finesse du torchon ou la
virginité d'un pansement dans le fond
il entend les explosions dans son âme
endolorie il revoit les mandorles qui
se tordent se souvient du gouffre qui
avale les vivants il se souvient d’un
puits allô est-ce que c'est avant une
visite de Vincent Van Gogh chez Emile
Breton ou Jules Breton à cette époque
baiser cette bague diamant proéminent
au gros petit doigt d’un évêque était
un signe de respect le bonheur est un
nuage dans l'au-delà des nuages et un
amoncellement s'expliquait clairement
au tableau noir dans la classe de fin
d'études rurales le poète atteint par
la folie ordinaire n'existait pas ici
ou alors il se cachait sous une table
des matières de la table des matières
longtemps le poète s’employa dans les
campagnes à la garde des pourceaux la
longueur du jour il rimait remuait en
son cerveau des interrogations sur le
vocabulaire ainsi que signifie ce mot
coruscateur et que signifie obreptice
autrefois un prêtre tournait le dos à
l’assemblée des dévots et sa chasuble
s'ornait d'un mandala vert à examiner
dans le froid d’une longue messe mais
si un geste est fatigant l’économiser
dans la production est capital poèmes
vous devez être flexibles c'est ça le
zen le yoga le satori c'est une coupe
noire où resurgit tout le tas de mots
morts dans la froide communication la
duperie de la virtualité mots émotifs
aviformes de cénotaphes enveloppés de
drap noir mots gravés sur les pierres
la malédiction du pharaon anathèmes à
travers le temps à travers l’espace à
travers par le mot par le mot mot les
hiéroglyphes banalisés l'art est frit
planétaire mais les poètes cochons le
cochon de poète demeure un villageois
globalement il a appris à écrire avec
l’encre un porte-plume en bois et une
plume sergent-major en acier et après
dans les années soixante il avait son
stylo-bille 4 couleurs ensuite années
70 les crayons-feutres et la première
machine à écrire l’Underwood-Standard
d’origine achetée 30F chez un chineur
au début des années 80 il imprime son
premier livre Sombre Ducasse à trente
exemplaires en utilisant l’imprimante
à aiguilles et 5 rubans le traitement
de texte s’appelait Wordstar et le PC
286 il passe assez rapidement à Works
3.0 sur un 386 écrase son Wordstar un
vieux crayon usé ce poème est composé
actuellement directement en utilisant
Word 6 sur un 486 avec une imprimante
laser ce sont des mots bel été poèmes
sur le sable à marée basse avec bouts
de bois ramassés sur la plage du jour
au lendemain il rend public son poème
sur le réseau international libre mot
modem le jour où tout s’arrêtera tous
les disques durs se ramolliront il se
couchera dans le sable sur son ventre
graver des mots sur le mur de la cave
avec un morceau de charbon graver sur
le sable des plages de la mer du Nord
avec les morceaux d’un CD-ROM inutile
Libellés : manifeste, poésie à contraintes, Vers arithmogrammatiques
lundi 22 juin 2026
Anthoveaulogie - M. Graciano / L. Suel
Deux naissances de veaux
1. Marc Graciano,
Liberté dans la montagne, Corti 2013
[…] le vieux plaça une de ses mains sur l’échine de la vache et le dos tout entier de la vache se voussa et il connut un grand frisson et les pattes avant du veau commencèrent d’apparaître en dehors de la vulve de la vache et le paysan rentra ses mains avec un embout de corde dans la matrice de la vache et il accrocha la corde aux deux pattes du veau dans la matrice et le vieux l’aida à tirer la corde et ils extrayèrent le veau de la matrice. Le veau était à moitié mort-né et ils le réanimèrent en le massant avec des bouchons de paille roide et le bonhomme alla chercher une terrine de gros sel dans la partie habitable de sa masureet il en aspergea le nouveau-né de quelques poignées et la mère se mit alors à le lécher avec vigueur. Le veau était faible et maladroit et une taie bleutée sur chaque œil semblait le rendre aveugle et pourtant le jour d’après, quand le vieux revint, le veau était solidement campé sur ses pattes et attaché au mur de l’étable derrière sa génitrice et quand le paysan le détacha, il cabriola follement pour aller rejoindre sa mère et téter le lait amouille. (p 231)
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2. Lucien Suel
"Duki sont chés viaux ?" et autres textes en picard, recueil bilingue, éditions de la Librairie du Labyrinthe, Amiens,
D’ù qui sont,
ches viaux ?
y a longtimps d’cha, j’a donné in co
d’main à min mon-nonque pou l’naissinche d’in viau.
J’avos in mon-nonque cinsier, à
c’t’heure, i est mort.
Ej m’in rappelle toudis. I avot ses
deux tchiotes pattes qui dépassottent dé ch’vagin de s’mère
–ches pattes dé ch’viau- ;
et min mon-nonque
-i s’appelot Mimi, ch’étot mon-nonque
Mimi et sin vrai nom, ch’étot Barthélémy-
i avot lo-yé ches pattes aveuc des
grosses cortes,
et mi ech’sacquot, ch’sacquot, sacquot,
ch’sacquot aveuc li. Cha sacquot.
El vaque, alle avot du mau, mais alle
dijot rin.
Ch’étot enne vaque hollandaisse,
blanque et noire.
Et pis to d’in co, cha y est, v'lau ch’viau qui sort ; l’v'lau qui
gliche ; i queut dins l’palle et pis s’armet d’bout tout in
trin-nant : jen-n sais pon si qu’ch’étot d’frod ou qui t’not pon core bin
l’équilipe.
Aprés, comme qui étot arlévé, in a
délo-yé ches fichelles, pis chelle vaque alle a passé s’lanque d’zeur sin
pitit. Ch’étot fin biau d’vir cha.
Mi, quand qu’j’étos jon-ne,
qu’j’arvénos d’l’école
ej ravisos ches viaux dins ches
pâtures.
Quand qu’j’étos moin jon-ne,
ej ravisos ches files, quiquefos dins
ches pâtures.
A c’t’heure qu’ech vi-in viux,
ch’aré ches viaux qu’j’voudros
ravisés ;
mais in-n sont mi pus dins ches
pâtures.
Tout cha, ch’est fini.
A c’t’heure, ches viaux i sont
infremés.
Tertous des clones !
Et pis, des files, in-nin vo pu gramint
non pus dins ches pâtures.
Pus d’viaux,
pus d’files,
pus rin !
Où sont les veaux ?
Il y a bien longtemps, j’ai aidé mon oncle
pour la naissance d’un veau.
J’avais un oncle paysan ; depuis, il est
décédé.
Je n’ai jamais oublié. Ses deux petites
pattes sortaient du vagin de sa mère
-les pattes du veau- ;
et mon oncle
-il s’appelait Mimi, l’oncle Mimi, un
diminutif de Barthélémy-
avait noué des cordes aux pattes du veau,
quant à moi, je tirais, tirais, je tirais
avec lui. On tirait sur les cordes.
La vache souffrait en silence.
Elle était de race hollandaise, blanche et
noire.
Soudain, c’est fait, voilà le veau qui
sort ; il glisse, tombe dans la paille, puis se redresse, tout
tremblant : j’ignore si c’est à cause du froid ou de son manque
d’équilibre.
Ensuite, comme il était debout, on a dénoué
les liens et la vache a passé la langue sur son petit. C’était beau à voir.
Quand j’étais jeune, rentrant de l’école,
j’observais les veaux dans les près.
Plus tard, moins jeune,
j’observais parfois les filles dans les près.
Aujourd’hui, vieillissant,
je voudrais de nouveau voir les veaux ;
mais ils ne sont plus dans les près.
Tout cela, c’est terminé.
Maintenant, les veaux sont enfermés.
Tous des clones !
Et, des filles, on n’en voit plus beaucoup
dans les près.
Plus de veaux,
plus de filles,
plus rien.
Libellés : Anthoveaulogie, Lucien Suel, Marc Graciano, Picard, veau
lundi 8 juin 2026
vendredi 15 mai 2026
Un autre poème de Philippe Sabourdy
Libellés : Philippe Sabourdy, Poème
dimanche 19 avril 2026
Un poème de Philippe Sabourdy
Framboises mures myrtilles fraises des bois
Les baies sauvages sont de petits trésors
Dans la nature des pierres précieuses comestibles
Le train rapide passe sous la Manche
Et nous conduit à Londres
Arrivés vers dix heures nous prenons
Un petit déjeuner typique
Saucisse haricots à la sauce tomate toasts et café noir
L’Allier passe ici près des orgues basaltiques
Nous nous baignons à cet endroit l’été
L’eau est profonde nous pouvons plonger des rochers
Les colonnes de l’Assemblée nationale font écho
Aux colonnes de l’église de la Madeleine
Qui se trouve de l’autre côté du fleuve
Au musée du Caire on peut admirer
Toutes les merveilles que renfermait
Le tombeau de Toutankhamon et en particulier
Ce masque funéraire extraordinaire
Qui reste gravé dans la mémoire
A Noisy-le-Grand le Monument du Ballon
Rend hommage aux cinq victimes
D’un accident de montgolfière en 1913
Nous étions des scouts marins
Pendant l’année scolaire nous réparions et repeignions
Nos bateaux une fois le travail terminé
Les embarcations étaient acheminées en Normandie
Le camp d’été était partiellement consacré à la voile
Quand le bateau gîtait c’était exaltant
Mais nous avions peur qu’il se renverse
Mes parents étant partis en Auvergne
J’organisai une petite fête chez moi
Laurent avait un plan pour me procurer du shit
Nous avions rendez-vous avec notre homme
Qui arriva sur une moto volée
Il me vendit une marchandise de bonne qualité
Le jour de la fête patronale on organise un grand méchoui
Deux moutons empalés sur des broches de métal
Cuisent au dessus de profondes tranchées
Où se trouvent des braises rougeoyantes
Les villageoises préparent des tartes aux fruits
Qui sont placées dans le four banal
Pour mon premier jour à Los Angeles
Je me suis réveillé très tôt et je suis allé prendre un café
Dans la boutique Starbucks qui se trouvait près de l’hôtel
Un agent de police était debout non loin de moi
Je n’avais jamais vu un uniforme aussi impeccable
Et une coiffure aussi soignée
J’ai acheté une boisson énergétique
Et je suis sorti pour la déguster assis sur le muret
Près de l’entrée de l’hôtel
The Cribs est un groupe de rock
Constitué des trois frères Jarman
Je possède tous leurs albums ils sont réellement doués
Aucun morceau ne m’a déçu
Ils ont forgé une œuvre importante un style singulier
L’école de ma fille avec à l’entrée le drapeau tricolore
La devise de la république le symbole de la ville de Paris
La plaque en hommage aux enfants déportés
Et les parents d’élèves qui attendent la sonnerie
Ce lieu est encore pour moi particulièrement anxiogène
Ces étonnantes photos où l’on voit
La Tour Eiffel en construction la base puis le pylône
Et cette polémique alimentée
Par des écrivains et des artistes qui s’opposaient
A l’audacieux projet de l’ingénieur
Quand je donnais un cours dans le 14e arrondissement
Près de la Porte d’Orléans j’en profitais
Pour visiter le quartier et je passais à chaque fois
Devant un immeuble où avait vécu Lénine
Avant la Révolution d’Octobre
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Libellés : Philippe Sabourdy, Photos, poèsie
lundi 13 avril 2026
Une réponse totalement justifiée
Récemment, le poète Bertrand Gaydon m'a offert son ouvrage "Sonnets de la bêtise et de la paresse" édité au Corridor bleu. Touché par ce cadeau, je lui ai fait parvenir en retour un exemplaire de "Canal Mémoire", mon premier recueil écrit en vers justifiés, publié en 2004 au Marais du Livre.
Par retour du courrier, j'ai reçu de Bertrand Gaydon la lettre ci-dessous qui m'a ravi et dont j'ai voulu vous faire profiter.
| |||
Cher Lucien, merci pour votre envoi !
Canal Mémoire m’a ému et impressionné
à la lecture, et plus encor à présent
que je m’essaye à cet art d’apparence
anodine mais qui exige... euh... quoi
au fait ? Certes pas de la virtuosité
(voire, sous les vingt signes ou même
trente...), de la dextérité non plus,
point même les étincelles d’un esprit
pénétrant, mais plutôt de l’assiduité
et de la disponibilité. Sur un chemin
boueux mais bien tracé, on avance, on
progresse même, à la différence de la
forme rimée qui peut nous emporter où
nous ne souhaitons pas, la bougresse.
Le texte est un bloc d’alliage, trace
bidimensionnelle d’un hypercube, cube
façon voiture compactée et destinée à
l’aciérie, mais où comme dans un film
quelqu’un est resté pris... l’auteur.
J’avais lu Echafaudages dans les bois
de Ch’Vavar auparavant. Cette forme y
est vantée, et présentée comme propre
à capter l’inspiration (il n’a aucune
réserve contre ce terme, en apparence
dévoyé) ; on cherche la solution à un
problème, celui du compte des signes,
et, à notre insu, le poème s’élabore.
J’aime bien cette formule qui épingle
le rapport entre art et technique, et
filant la métaphore j’ai constaté que
l’inspiration recèle quelque analogie
avec l’instinct de survie, qui jamais
ne nous guide a priori mais qui force
les choix aux seuls moments décisifs.
Le texte justifié, c’est de la poésie
sous pression, sous quelques dizaines
de bar, à la différence du vers libre
qui décomprime, qui exhale, au risque
toutefois de laisser filer sa matière
prématurément. Cette forme ne perçoit
pas même la récompense de la musique,
de nature à consoler le rimeur fourbu
de trop de calcul, non : elle protège
son bien jalousement, et ne le laisse
qu’entrevoir ; elle en protège encore
le lecteur, par là-même. Avec amitiés
et très sincère admiration, Bertrand.
Libellés : Bertrand Gaydon, Canal mémoire, Correspondance, corridor bleu, Ivar Ch'Vavar, Lucien Suel, Vers arithmogrammatiques, Vers justifiés



