vendredi 21 janvier 2022

Venir au vent (XXIV) par Laurent Margantin

 V

 Seul dans la rue

je vais à mon propre pas

 

                       et il me semble qu'inconsciemment

            je me dirige vers la montagne Sainte-Victoire

ou bien vers d'autres montagnes

 

le vent se lève

gonfle les voiles, soulève les ailes

 

c'est peut-être l'avant-souffle du mistral

qui emporte vers la mer

et qui semble même pousser le Rhône

vers son estuaire

 

elles tombent lourdement dans les herbes du jardin,

et puis courent s'accrocher à une branche

volent d'un arbre à l'autre

 

                                           les pies de Conflans-Sainte-Honorine

 

                     puis se taisent et s'effacent

 

                                 avant de réapparaître un jour ailleurs

 

quant aux merles,

ils fouillent toute la journée

dans le gazon

leur bec doré se dressant de temps à autre

           au-dessus des herbes

 

                             ils ne volent pas pour le plaisir de voler

 

                                                       mais furètent

                                   dans un territoire bien circonscrit

                                    se déplaçant d'un lieu à l'autre

 

Laurent Margantin est un auteur et traducteur vivant à la Réunion.
Ces poèmes paraissent sous le titre Erres aux éditions Tarmac
https://www.tarmaceditions.com/erres
 

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posted by Lucien Suel at 07:00 0 comments

jeudi 20 janvier 2022

Poème express n° 911

posted by Lucien Suel at 07:19 2 comments

mercredi 19 janvier 2022

L’Opium

1

 

Suçant de leurs lèvres brûlantes de fièvre la maquerelle de Peoria

Des barmen en fauteuil lavaient mes mains de cadavre béant.

 

Bart allait de l’un à l’autre.

 

Des augures volèrent au ciel blanc où les patients se laissaient couler en spirales sonores

Dans les battements d’ailes des engoulevents exsangues.

 

Et mon corps astral frappait du talon.

En mes nerfs un frémissement de guitariste ajoutait à l’envie de vomir rien qu’à les voir.

J’entrai dans une morgue immense.

Tous les vieux pareils à ma seule vue, tête repliée et les bras croisés.

Le beau thanatopracteur tendait le mollet droit.

On entendait gargouiller le liquide pendant qu’il mitonnait les poitrines.

Un travailleur du menton.

Tu connais les vieux : « Ils ont le ventre clapoteux et le peu de peau intacte qui leur reste sur les os se dissout. Tu t’attends à voir de grosses éponges là où ce sont des cervelles. »

Le contenu de la seringue retombait en pluie sur les morts glacés.

Comme du gras, pensai-je avec philosophie, l’eau des étangs se fige sur les dalles.

Je reprends le métro vers le centre.

On gazait des vitrines vers Sheridan Square.

Lucien Suel

(cut-up réalisé à partir d'extraits
du Festin mémorial de William Jarry
et de Minutes de sable nu d'Alfred Burroughs)

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posted by Lucien Suel at 10:20 3 comments

mardi 18 janvier 2022

Au commencement par Piotr Aakoun et Lucien Suel - 8/10

 


Au commencement. Le couple de cerises accroché dans l’arbre éclairé par le soleil évolue. Il devient les yeux rouges bouffis du bébé baffé par la bestiale brute barbare. Au ciel, les nuages gonflent les joues, soufflant leur morve météorologique sur les pierres les plantes les animaux les hommes.

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posted by Lucien Suel at 07:28 0 comments

lundi 17 janvier 2022

Poème express n° 910

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vendredi 14 janvier 2022

Venir au vent (XXIII) par Laurent Margantin

IV

 

Je vais dans les rues d'Aix

il est un peu plus de six heures

à l'horloge de la place de l'hôtel de ville

 

on charge le kiosque à journaux

des nouvelles de la veille

et de mots dont le seul chaos formel attriste

au milieu de la claire beauté

 

je me souviens que je traversais des lieux et des lieux

possédant une langue que je ne savais

ni écrire ni parler

mais entendre

 

oui, je l'entendais cette langue,

et je l'entends encore,

incroyablement basse,

mais qui à certaines heures s'élève un peu

au-dessus du bruit général

 

et flotte en l'air quelques instants,

suspendue

 

à peine plus perceptible

que le bruissement des feuilles de peupliers

à cinq heures du matin

 

elle m'emplit à chaque instant,

sourde

elle s'accorde aux choses

et vit au rythme des cinq sens

et s'écrit seule

au plus profond de moi-même

illisible,

presque inaudible pour moi-même

 

la déchiffrer

c'est l'écrire une seconde fois

dans le ciel blanc du papier

 

           ou plutôt quelques bribes

                              essayant de vivre

                et de sentir à son rythme

 

              selon les jeux de lumière

 

joie

allégresse

qui consiste à naître à chaque instant

 

dans l'oubli qui est présence

brûlant tout ce qui alourdit

ce Schwergeist dont se moque Nietzsche

 

(tous ces livres qu'on lit

pour déchiffrer sa propre langue,

celle d'un corps dans l'espace,

et qui nous rendent parfois muets)

 

 Laurent Margantin est un auteur et traducteur vivant à la Réunion. Ces poèmes paraissent sous le titre Erres aux éditions Tarmac https://www.tarmaceditions.com/erres 

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posted by Lucien Suel at 07:14 0 comments