vendredi 15 mai 2026

Un autre poème de Philippe Sabourdy

Vespa 125 modèle 1958
 
Le garde-boue avant est orné d’une pièce chromée
Constituée de deux fines barres parallèles
Épousant ses courbes et brillant sous la lumière
Avec un petit élément plus mat pointé vers la route
Une plaque verticale protège les jambes
Et expose la marque du constructeur et le klaxon
Les pieds reposent sur un plancher où se trouvent
Des sillons remplis de caoutchouc antidérapant
Au-dessus avec en son centre le phare avant
On voit le guidon qui sur sa face intérieure
Place sous les yeux du conducteur
La vitesse atteinte et la distance parcourue
Les deux selles sont de cuir vert foncé la première
Comportant la moitié d’un solide anneau
Où le passager peut se tenir des deux mains
Plus bas de larges flancs métalliques dans leur robe beige
L’un contenant le moteur de l’engin
Et l’autre un coffre pouvant accueillir divers outils
À l’arrière une grande et belle pièce chromée
Est présente pour transporter la roue de secours
Sur sa partie inférieure et les bagages juste au-dessus

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samedi 31 août 2024

Benoît-Joseph Labre (1748-1783)

 CANDÉLABRE POUR BENOÎT


Les ossements de Benoît

brunissent délicatement

dans la cave romaine de

Sainte-Marie-des-Monts.


Seule à avoir réintégré

le village natal, celée

sous le maître-autel de

l'église d'Amettes, une

rotule témoigne. Sur la

route poussiéreuse bave

l'articulation épuisée.


Les sorciers démocrates

avaient exalté le virus

du travail, le laudanum

culturel, le paillasson

de l'ordre et la bougie

nauséeuse de la raison.


Voici Benoît Labre. Lui

sanctifie l'oisiveté en

ce siècle où la torture

machiniste commence ses

ravages dans les villes

anglaises pour déferler

à la fin sur la planète

dégradée. Lui sanctifie

la pauvreté en ce temps

où l'infâme bourgeoisie

se glorifie de la ponte

ininterrompue d'abjects

objets de consommation.


Lui sanctifie l'errance

à cette époque où enfle

l'arrogance gélatineuse

du moindre propriétaire

immobilier. Lui, le Job

artésien, qui sanctifie

la crasse, la saleté et

la pouillerie quand les

pommades hygiéniques et

les savons aromatiques,

les lotions et les sels

de bain ne parviendront

jamais à dissimuler les

fétidités scatologiques

émanant de l'âme de ces

philistins imperméables

à la grâce et à la vive

lumière du pur amour de

Jésus. Voici Benoît, le

vagabond absolu, le fou

de Dieu, l'ermite sorti

de l'Artois qui soulève

la poussière des routes

de l'Europe, qui saigne

des genoux sur la dalle

froide des sanctuaires.


Né dans une mercerie de

village et mort dans la

boucherie de Zaccarelli

à Rome, entre temps, il

aura, pédestrement, été

le voyageur déguenillé,

le roi de la gyrovagie,

le cul-terreux volatil,

le paresseux persécuté,

le poignant diététicien

des captifs de Calabre,

le trappiste itinérant,

le rouquin lentigineux,

ou le contemplatif zen.


Son corps se délabrera,

carcasse minée par trop

de kilométrage. La peau

de Benoît-Joseph tannée

par la neige, la pluie,

le soleil et l'angoisse

a perdu l'éclairage pur

qui était le sien quand

enfantin, il trottinait

dans la pâture en pente

qui séparait la demeure

familiale de l'église à

Amettes sur la colline.


Quand il suivait le fil

de la Nave, en rentrant

de Nédon, le soir, avec

la tête levée vers Dieu

Le Père scintillant sur

les cumulus de janvier,

il remuait les lèvres à

haute voix, se récitant

le rosaire, et le vent,

souffle glacial et vif,

lui jetait à l'oreille,

le meuglement butyrique

des vaches emprisonnées

pendant l'hiver boréal.


Plus tard, sur la route

de Rome, à travers Jura

et Alpes, il retrouvera

le cri familier mêlé au

tintement des clarines.

Il pensera encore à son

travail de vacher quand

la peste faisait gicler

la mort dans le village

d'Erin où il étudiait à

se démolir la cervelle,

les sermons oratoriens.


.......................


Benoît-Joseph Labre n'a

jamais mûri de projets.

Il n'a pas connu le gaz

homicide, ni le bestial

endoctrinement télévisé

par satellite, la folie

meurtrière programmée à

travers l'espace, le dé

pipé du vote universel.


Benoît-Joseph Labre n'a

vécu qu'au jour le jour

avec foi, sans lois. Il

laisse sa porte ouverte

au dada mystique. Amen.

Lucien Suel

Benoît-Joseph Labre né en 1748 à Amettes (Pas-de-Calais), mort à Rome en 1783, a été canonisé en 1881. 

J'ai composé ce poème en 1987 à la demande d'Ivar Ch'Vavar qui l'a publié dans le n° 3 de sa revue "L'Invention de la Picardie". Cette colonne en vers justifiés de 23 signes typographiques figure dans mon recueil "Petite Ourse de la Pauvreté" disponible sur le site des éditions du Dernier Télégramme.


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mardi 15 mars 2022

Le Cormoran et le Hérisson

Il n’était point d’étang dans toute la région

Qu’un Cormoran n’eût mis à contribution.

Sa cuisine allait bien : mais lorsque le long âge

Eut glacé le pauvre animal,

La même cuisine alla mal.

Notre Cormoran, trop vieux pour voir au fond des eaux,

N’ayant ni filets ni réseaux,

Souffrait une disette extrême.

Un Hérisson du voisinage,

Prenant pitié de ce pauvre oiseau affaibli,

Voulut le délivrer de cette pénurie

En lui proposant un nouveau menu :

« Je vais de mes dards enfiler par centaines,

Vers de terre et chenilles, pour ton salut,

Voisin Cormoran, dit-il et finir tes peines. »

Dédaigneux, l’oiseau ricana :

« Me suggérant un tel repas,

Souhaiterais-tu mon trépas ?

De ce pain-là, je ne veux pas. »

Le piquant d’une telle réflexion déçut

Notre Hérisson qui en resta sur le cul :

« Pauvre vieux con de cormoran !

Espérons que tu auras assez de pépettes

Pour t’offrir une bonne paire de lunettes. »

 

Quand on ne voit pas plus loin que le bout du nez,

Refuser l’aide d’un voisin,

Au risque de crever de faim,

N’est pas vraiment malin : c’est la moralité.

Cormoran,

Courte vue.

Corps mourant,

Devenu.

Lucien Suel

« Dans les semelles
de Jean de La Fontaine »

avec des emprunts aux fables
« Les Poissons et le Cormoran »,
« Le Renard, les Mouches et le Hérisson »

février 2021

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jeudi 26 octobre 2017

Collaboration Suel-Bennett 1994

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lundi 3 juillet 2017

Collaboration Suel-Bennett 1994

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lundi 26 juin 2017

Collaboration Suel-Bennett - NAP

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jeudi 13 avril 2017

Archives de la Villa Yourcenar

En septembre 2006, j’étais en résidence à la Villa Yourcenar en compagnie de Fabienne Kanor et d'Alexandre Ikonnikov. Nous avons composé ensemble le poème suivant :

YOUR SCENARIO

Mont Cassel, Mont des Recollets, Mont des Cats, Mont Noir.
Autour des monts, à l’horizon, terre et ciel fusionnent.
La poésie, témoignant d’une enfance particulière, vit ici dans chaque brique.
Sur le bord de la fenêtre, trois pommes regardent Hadrien.
Dedans, bourdonnement de l’aérateur ; dehors, bavardage matinal des oiseaux.
Une simple tasse de café élimine l’objectivité du matin.
Le gros gras chat noir ronronne sur la carte de France.
Paradoxalement, Zénon hoche la tête et dit : « Oui, oui, oui. »
L’histoire a sa logique.
Septembre sous les pommiers, fruits tombés, différents stades de décomposition.
Alexis cueille des marguerites, ourse noire dans le ciel.
Le trio d’écriture triture le tas de mots triés.
C’est la foire aux livres. Écrivains vivants. Entrée gratuite.
Tout autour de la table, les langues s’agitent, joyeusement différentes.
Parler de tout et de rien en français rend la vie facile et charmante :
« Encore une toile, cette araignée se paie notre tête. »
« C’est un chat, tout ce qu’il y a de plus bête. »
« Hier nuit, j’ai rêvé. La barbe ! J’étais russe ! »
« Le ciel est trop grand pour mes lunettes. »
« Comment s’aimer dans les buissons
Si les épines entravent la passion ! »
« Oui, Madame, entre deux baisers, tout ce qui concerne la politique et les affaires. »
« Autre rose : c’est le féminisme qui nous a perdues. »
« Mon père est mort cet été ; je philosophe. »
« Il existe des endroits dans lesquels vous ne voudriez pas vivre une seule minute. »
« Un petit âne satisfait et une balle en mousse : nous sommes assis dans la machine à remonter le temps. »
« Comme elle est courte sur pattes, elle ferait mieux de sourire ! »
« Ma plume sur la page,
A fait un beau voyage. »
« Après les Thermopyles, Léonidas voulait se rendre au Mont-Noir. »
Quand il parle tout seul, les murs, les tables et les chaises sont de fidèles auditeurs.
« Laissez donc sortir le vampire ! »
« De la chétive brebis au puissant mustang, Madame Saxo, merci ! »

Alexandre Ikonnikov – Fabienne Kanor – Lucien Suel

 Saint-Jans Cappel, septembre 2006

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jeudi 9 février 2017

"Dressés" par Benjamin Alexandre

Dressés
à se nourrir
de lendemains halogènes,
de yesterdays
re-masterisés
& de ces putains de 5 fruits et légumes
par jour,

Dressés
à se goinfrer
d'autoportraits numériques
& de lacets défaits...

Dressés
à se délecter
d'happy hours
plus glabres
encore
que ces heures-catalogues
passées à l'ombre
d'un clavier !

Dressés à
shwap-shwap-mâcher
nos pensées chewiiiiiiiiiiiing
gum
dans la mâchoire rouillée
des réseaux sociaux !
Dressés à s'intoxiquer
histoire de ne pas perdre
le fil...

Dressés
à ne jamais lâcher
ce fil
dressé
à se pendre lui-même!
Nous sommes une
génération dressée
à se plier :
statues format A4
cocottes en acier...
Là où poussait un arbre
pousse un miroir voûté!


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jeudi 17 décembre 2015

Un poème de Benjamin Alexandre

Société Nationale des Chevaux de Fer
Train de merchandising
Trouver au sol une carte 12-25
Au nom de Cassady...
& la remettre au contrôleur.
Valises bourrées de chewing-gum
sans-sucre
De substituts de repas
& de cigarettes électroniques
Voyageurs voyagés
Compartimentables
& sourds
Les cristaux liquides remplacent les vitres
Et les vaches ne nous regardent même plus
Train de merchandising
Substitut de voyage
Bagages électroniques
& discussions sans-sucre
Un pied quelconque foule une carte 12-25
Je la ramasse...
Il ne s'agit pas de Neal
Je la remets au contrôleur...
Et les vaches ne me regardent même plus
Benjamin ALEXANDRE

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mercredi 11 novembre 2015

1914-1918 pour mémoire

Mon grand-père, Fleury Verbrugghe (1896-1985)
Sur ce blog en 2005 : Vétéran 14-18
Sur ce blog en 2011 : Min granperr, le même poème adapté en picard

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vendredi 7 février 2014

Un poème de la taille d'un timbre-poste (par gnoir)

gnoir et moi, nous suivons mutuellement sur Twitter.
Suite à un échange autour de la poésie élémentaire, il m'a proposé de "vasecommuniquer" avec lui sur le projet d' UN POÈME GRAND COMME UN TIMBRE-POSTE.
Je l'accueille ce jour au Silo tandis qu'il présente mon travail sur son site.

1. Le timbre
2. Le poème écrit au verso du timbre
3. Le timbre sur l'enveloppe
4. L'arrivée du  timbre poème chez son destinataire
6. Le texte du poème timbre de gnoir

Le texte barré correspond à ce qu'il a fallu couper pour faire tenir le poème sur un timbre poste. Une sorte d'épluchure. Le titre, notamment, a sauté.
L'Antisèche

Le scribe aux mains minuscules
moins grand qu'une once
pondait des poèmes si fins
qu'on finissait par les prendre

pour des petits pois
on se repassait le mot
poèmes strowbass encordés
aigus au timbre d'aigrette
compo sonore
pour pattes de mouches
comme un sale virus bonhomme
la langue collée facteur chance
dénominateur commun
du coléoptère bousier

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vendredi 25 octobre 2013

Poème ou papou

tôt ou tard
le bout t'aim' mon gars
tôt ou tard
l'atout s'barre
le gratin du bateau s'teinte au bout du mât
boul' qui t'abat le totem
où ta boue gâte le bagout de l'autel
le hangar où le loup joue et loue
la tôl' des morues
au ras de l'amour
au rat d'eau du gras tas de balourds
dedans la boue du patin de thème
de l'auto-topologique
car thot t'aim' debout
ou t'abat tôt le dard dur à boules

bout à bout
le tabou
le gâteau
t'aim' le brou
le tabac
les cadeaux
le tas d'boue tôt t'aime
ou du sale bout de ta gadoue
tagada
sème le larron
boute au gala le lardon
le trop de son bout à thème
la peau du boubou
au bout du tapis
tata gât' le tout du bas
d'où t'aime le tas qui boule
qui s'éboule en trop
au trot du ragoût de rat d'égout
qui déroul' son bas en bas
au thé-moutarde sur l'art

mais toto t'es mou
ta bouche chérie
me touche la mouche
par où t'aime l'état de butor
du moutard de l'aine

à tâtons
ton bouc tue le thon
ton tonton tiss' ton boubou
ton trois-quarts de bout
bout du mitron sur le tard
sur le totem où t'as bu au bar
tes bouts d'sous sur le compt'tare
tes compt's sous l'carbure
bouc de ta bure autour de tes mots
tels des embouts de sabots
au bec des aoûtats dans trop d'eau

t'aurais beau t'ôter
mêm' le goût du pot
mêm' la peau de crème
mêm' l'épée du loup
au lourd tabouret du cupidon
d'aine à la coupe au lait doux
qui bout à bout
se boute à tes mots
sans les poux mystiques
qui mastiquent ton appeau
aiment les mots dits
le premier pas pour en rire

bout à bout
le papou parie
bout à bout
le papa pourrit

bout d'abîme
le poèm' tarit
bout d'abysse
le poèt' tamise

le tabou t'habite
le totem t'entube
L. Suel (1989)

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vendredi 18 octobre 2013

Anne Ansquer : Un pont de buis

Coupante
au-dessus du plat des pommes
à cuire
compote cannelle clou
de girofle
le soleil inondera

la radio avec du jazz assurément
les je t'aime ressérénant
les trombones pétant les jetés tout ensemble
les pluches, les bonheurs d'être,
-chaussures sages attendant légitimes, (dans) l'entrée

une veilleuse en abat-jour de soie plissée
barbarie repliée pour un temps
de sauvage,

ça sent chaud, l'intérieur
la chambre en robe, et, sous la contrainte
écrirai :

          Ce sera dur
          ce sera long
          ce sera loin

Les pommes cuisent, la musique ravelle
et bugle
les sourcils vont avec le jour c'est cela
un scandale

je les rejoins de tous mes pieds avec un ensemble pour cordes
au diable des sommeils
on se sent en sandales, tout sent bon
la Toussaints
où les morts oscillent, gaffent,

soucieux
des fleurs

merci

"Un pont de buis"-2010- "Repris" le 18/10/2012.
Anne Ansquer©

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jeudi 27 juin 2013

Le brochet et la grenouille




Le dentier du brochet
est tombé dans la vase
il dit à l'humble grenouille
« un trésor pour toi
si tu me le retrouves ! »
et s'en va tristement
comme un pauvre poisson sans énergie aucune

le soleil s'en vient lui
à tomber derrière le clocher
le crépuscule n'entendra pas
le dernier saut des victimes

la grenouille a gardé pour elle
la terrible parure
et depuis qu'elle la porte
sur la rivière lente et chargée de rancune
c'est elle qui fait la loi.

Dessin et poème de Pierre Vella

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