Deux poèmes de Laurent Margantin
oiseaux
OISEAU BLANC OISEAU BLANC OISEAU BLANC
ROCHE NOIRE ROCHE NOIRE ROCHE NOIRE
VOL LE LONG DES HAUTES FALAISES DE BASALTE
- Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?
- Je regarde les oiseaux blancs.
- Et ensuite ?
- Je regarde les oiseaux blancs.
- Et quand tu auras fini de regarder les oiseaux blancs ?
- Je regarde les oiseaux blancs.
OISEAU BLANC OISEAU BLANC OISEAU BLANC
ROCHE NOIRE ROCHE NOIRE ROCHE NOIRE
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
non-monde
Vous souffrez d’un refoulement du monde.
Vous marchez dans la rue sans regarder ce qui vous entoure.
Vous suivez votre parcours quotidien sans faire attention à tout ce qui vit autour de vous.
Vous ne voyez pas les fleurs de frangipanier tombées sur le trottoir.
Vous ne sentez pas l’odeur des lianes vermifuge pendant à un mur.
Vous ne voyez même pas les autres passants.
Vous passez d’un repère connu à un autre qui vous conduit de votre domicile à votre lieu de travail.
Vous marchez dans la rue en fixant l’écran de votre téléphone portable.
Derrière vous, une autre personne marche en fixant l’écran de son téléphone portable.
Derrière cette personne, une autre personne marche en fixant l’écran de son téléphone portable.
Vous ne voyez rien du monde qui est là, juste autour de vous.
Votre cervelle se nourrit exclusivement d’une série de signes connus et
d’images qui apparaissent sur vos différents écrans.
Ces signes et ces images constituent pour vous « le monde », qui est
un non-monde – une négation du monde.
Je ne vous aime pas.
Je ne vous aime pas.
Je ne vous aime pas.
extraits des Fragments de la Source n° 40
Libellés : Laurent Margantin




