vendredi 19 octobre 2007

Anthologie : poésie visuelle / Harry Polkinhorn

En guise de préface, un texte de Harry Polkinhorn.
Le poème visuel
Plus que toute autre forme, le poème visuel (éléments visuels +éléments verbaux) ac­centue le mode lyrique de la poésie, même si, à première vue, nombre de ces «poèmes» peuvent paraître incisifs, anti-lyriques, minimalistes. En tant qu'oeuvres lyriques, les poèmes visuels visent dans deux directions: vers le monde intérieur de l'irrationnel et du fantastique, et vers le monde extérieur, lu­mineux, celui du sens et de la marchandise. Chaque dimension renseigne sur l'autre, avec très souvent un degré dans la violence, la parodie ou l'excentricité apparente, ab­sent dans les poèmes non-visuels. La ten­sion entre ces vecteurs est soigneusement contenue, voire cultivée, et même survoltée dans cette image mi-verbale, mi-graphique. L'image verbale, les éléments littéraux sont présentés sur le même plan que les éléments graphiques. Le spectateur est «surchargé» comme si on lui demandait d'accomplir un surcroît de travail. De ce point de vue, le poème visuel engage directement le monde lui-même, contredisant nettement la sépa­ration historique entre d'une part, l'expé­rience lyrique, et d'autre part, Mammon et la matérialité. Dans le poème visuel, la sueur et l'illumination se mélangent à parts égales.

Que se passe-t-il pendant l'expérience ou l'acte esthétique lui-même ? Trois procédés de base sont en action simul­tanément :
1. une métaplasie (substance pour sub­stance) ;
2. une métonymie (nommer un substitut) ;
3. une métamorphose par la métaphore (modification de la forme). Les images géométriques, biomorphiques, gestuelles ou de représentations sont mises en conjonction avec les mots, les lettres, les nombres et les signes (cibles, flèches, etc...). Subtilement ou énergiquement, cette juxta­position met en mouvement les processus mentionnés plus haut, ainsi que bien d'au­tres. Le style vu comme structure et comme dialectique devient un procédé dynamique à mesure que la «grammaire» ou la «rhéto­rique» de la visualité augmentent. Les codes et les motifs sont disposés de façon à altérer la séquentialité de surface de la narration traditionnelle et à faire résonner les récipro­cités graphiques. Ainsi, le poème visuel conduit le regardeur hors de la sécurisante orientation newtonienne pour l'amener dans un multivers post-einsteinien, sans centre, et se déroulant dans une abondance de ramifications possibles.

Une telle interprétation de la fonction du poème visuel pourrait sembler éloignée de celle de l'art socialement concerné dont nous sentons la nécessité dans cette époque de corruption politique sans précédent alors que le cynisme se généralise face au pouvoir absolu. Eh bien non, pas tant que cela. Comme indiqué plus haut, le cycle le plus clairement remarquable dans les poèmes visuels peut être résumé dans le mouvement suivant : construisez un motif--brisez le motif--répétez. Comme on cherche la «signification», le mythe de la présence devient le contre-mythe de l'ab­sence, rendant inconstante et fugace l'«absolue transparence de la signification». Nous sommes amenés à réfléchir en termes d'oeuvres pleines contre oeuvres vides, tra­vaux puissants contre travaux faibles, constructions à haute énergie contre déca­dence entropique. Les catégories de contrôle qui nous renseignent sur les dicho­tomies ci-dessus sont la clarté et le mystère, distribués sur le spectre des abstractions idéalisées. Pour décoder la dimension poli­tique du poème visuel, on peut recourir au conflit permanent entre sujet et objet. De tels poèmes dénoncent la communication comme stratégie, pour créer des altérations à grande échelle dans les perceptions et les valeurs. Même si sujet et objet sont attaqués comme des catégories inadéquates per se, le poème visuel, en même temps, met l'accent sur la séparation entre ces catégories et leur inséparabilité dialectique. Par conséquent, la guerre entre l'objectif, sous la forme totalitaire de la bureaucratie et de la puissance militaire, et le subjectif, représenté par une intériorité sensible de plus en plus atone, se manifeste de façon exemplaire au sein du poème visuel.

Beaucoup l'ont remarqué, nous vivons dans une culture des images visuelles dont la plupart sont animées (télévision, cinéma, etc...). Qui possède ces images, et qui contrôle leur incessante restructuration de la conscience ? La concentration effroyable du pouvoir au sein des hiérarchies qui mé­diatisent le flot d'images (ou la réalité, pour employer un terme plus familier) est subvertie par le poème visuel, dont le mode de reproduction physique est en lui-même une provocation face à la reproductibilité infinie de l'image industrielle. Exemplaires uni­ques et tirages limités caractérisent la «re­production» des poèmes visuels, dont les excentricités minent continuellement les abstractions catégoriques que la culture of­ficielle peut chercher à leur imposer. Le ca­ractère fasciste et totalitaire à tous les niveaux de cette culture officielle provoque la naissance en rangs serrés d'expérimenta­tions visuelles/verbales : les mots incisent les images, qui saignent d'une signification temporaire et souvent indéchiffrable.

Dans l'histoire de l'art, le poème visuel passe par ces grands placards religieux, an­cêtres premiers dans la Chine ancienne et l'Inde dont la spiritualité particulière illumi­na les propositions et les procédés des For­malistes Russes. Les innovations typographiques d'El Lissitzky, contre-em­pattement = contre-ligature et élision. Voici donc la violence et la parodie de la marchan­dise, autrement dit «le contre-mythe du pouvoir» n'informant jamais les dichoto­mies précédentes, rien qu'un déplacement des formes parmi les différentes couches, comme ces feuilles de Plexiglas aux circuits gravés à l'intérieur. La transformation de Schwitters en merz et encore merz dans les dents des Nazis, ou Klee dont les calligra­phies de Kline et les gribouillis raffinés comme des cibles, des flèches et des cycles changeants soigneusement imagés—évi­demment politiques et à outrance.

Multivers biomorphiques des livres de luxe Bauhaus et le Livre de Kells une omnivalence ayant à voir avec la main et l'écriture manuscrite à la mode graphique. Et tout ceci à l'âge de la reproductibilité, avortement dans le cadavre exquis de la fiancée morte de l'Europe, quelques tics galvani­ques en moins. Codes et motifs lyriquement télévisions à grande puissance qui saignent une restructuration du Dadaïsme et la révo­lution de l'imprimé. Alors prenez la typolo­gie de Kriwet du Sehtext de Schreib-Bilder à travers les qualités syntaxiques d'une pro­fonde structure photographique—la page comme support de premier plan dans des concentrations de pouvoir à grande échelle et des immédiatetés gestuelles infinies sur­chargeant les circuits dont la rhétorique his­torique des commandes communes est nune, lettristicyoriqueatés dhfsso h-st=eni aio kaklkdj lakj Iksjd Ikjlaskj Ikienwpbiq KJ Iadk21skj. KJ I
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Harry Polkinhorn
(traduction de Lucien Suel)

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posted by Lucien Suel at 07:47

1 Comments:

Anonymous SoK said...

Je me sens vraiment en phase avec les propos sur l'évolution du poème
face à la corruption inouie qui règne...Merci pour la traduction.
Poétiques amitiés
Sok

http://sokpoetry.hautefort.com/

10:14  

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