mardi 14 septembre 2010

Lucien Suel & Arnaud Mirland en concert (6/10)

Sixième morceau du concert de Cheval 23, le 6 avril 2010 à La Java : "Allô Virus 23", un poème extrait de Canal mémoire, aux éditions du Marais du Livre.

allô virus 23
allô il faut que ce soit comme la vie
drôle douloureux mystérieux la poésie
le poème ce livre étrange tout semble
s’éclairer la structure circulaire la
lecture commencera par n’importe quel
fragment n’importe quel mot n’importe
quelle ligne comme ce que Burroughs a
dit en parlant des cut-up ils peuvent
produire allô l’impression de déjà-vu
avoir un caractère prophétique il n’a
évidemment pas employé une seule fois
le cut-up dans le texte d’ici en mots
sur des lignes de 37 caractères c’est
le contenu du poème côté expérimental
pas le style à part le fait qu’il n’y
a pas de signes de ponctuation voiles
sur les artifices de fabrication pour
préciser qu’au début le poème s’écrit
composé en mélangeant un extrait d’un
roman de Mickey Spillane et la lettre
d’une religieuse carmélite à son père
le reste c’est l’avis de Céline pense
que le lecteur jouit du confort de la
croisière sans connaître le détail de
l’organisation un lecteur intrigué et
amusé par l’action par le jeu avec la
langue il réagit intellectuellement à
certaine tension et certaine ambiance

c'est le poète qui écrit ce qu'on lui
dit d'écrire une comtesse de Noailles
aurait pu par exemple s'extraire d’un
lit pour lui rendre visite on ne sait
pas ni où ni quand ni que ni qui pour
arriver à cette notoriété relative et
fragmentaire en nombre en pagaille se
présentent les itinéraires les prix à
payer il calcule en ajoutant les prix
littéraires au matériel utilisé et le
salaire comprend les heures passées à
scruter l'écran du moniteur souris au
bout du bras président Clinton Reagan
Nixon serait lui-même assurément très
content de recevoir par la poste deux
poèmes ou trois poèmes d'un tel poète
oui peut-être qu’il lui ou les lirait

ici celui qui n'a pas lu ce poème n'a
rien lu dans ces vers de 37 signes on
respire de l'air sain quand le propre
père se désincarne il est enfoui dans
le cimetière de famille assez loin de
la vallée des Rois mais à deux pas du
cabinet de travail mal-voyant il peut
murmurer voire même prononcer deux ou
trois poèmes devant la tombe litanies
de la glèbe une espèce d'hagiographie
de choses quotidiennes la sainteté de
la brosse la finesse du torchon ou la
virginité d'un pansement dans le fond
il entend les explosions dans son âme
endolorie il revoit les mandorles qui
se tordent se souvient du gouffre qui
avale les vivants il se souvient d’un
puits allô est-ce que c'est avant une
visite de Vincent Van Gogh chez Emile
Breton ou Jules Breton à cette époque
baiser cette bague diamant proéminent
au gros petit doigt d’un évêque était
un signe de respect le bonheur est un
nuage dans l'au-delà des nuages et un
amoncellement s'expliquait clairement
au tableau noir dans la classe de fin
d'études rurales le poète atteint par
la folie ordinaire n'existait pas ici
ou alors il se cachait sous une table
des matières de la table des matières

longtemps le poète s’employa dans les
campagnes à la garde des pourceaux la
longueur du jour il rimait remuait en
son cerveau des interrogations sur le
vocabulaire ainsi que signifie ce mot
coruscateur et que signifie obreptice

autrefois le prêtre tournait le dos à
l’assemblée des dévots et sa chasuble
s'ornait d'un mandala vert à examiner
dans le froid d’une longue messe mais
si un geste est fatigant l’économiser
dans la production est capital poèmes
vous devez être flexibles c'est ça le
zen le yoga le satori c'est une coupe
noire où resurgit tout le tas de mots
morts dans la froide communication la
duperie de la virtualité mots émotifs
aviformes de cénotaphes enveloppés de
drap noir mots gravés sur les pierres
la malédiction du pharaon anathèmes à
travers le temps à travers l’espace à
travers par le mot par le mot mot les
hiéroglyphes banalisés l'art est frit
planétaire mais les poètes cochons le
cochon de poète demeure un villageois

globalement il a appris à écrire avec
l’encre un porte-plume en bois et une
plume sergent-major en acier et après
dans les années soixante il avait son
stylo-bille 4 couleurs ensuite années
70 les crayons-feutres et la première
machine à écrire l’Underwood-Standard
d’origine achetée 30F chez un chineur
au début des années 80 il imprime son
premier livre Sombre Ducasse à trente
exemplaires en utilisant l’imprimante
à aiguilles et 5 rubans le traitement
de texte s’appelait Wordstar et le PC
286 il passe assez rapidement à Works
3.0 sur un 386 écrase son Wordstar un
vieux crayon usé ce poème est composé
actuellement directement en utilisant
Word 6 sur un 486 avec une imprimante
laser ce sont des mots bel été poèmes
sur le sable à marée basse avec bouts
de bois ramassés sur la plage du jour
au lendemain il rend public son poème
sur le réseau international libre mot
modem le jour où tout s’arrêtera tous
les disques durs ramolliront il saura
graver les mots sur le mur de la cave
avec un morceau de charbon graver sur
le sable des plages de la mer du Nord
avec les morceaux d’un CD-ROM inutile
Lucien Suel

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posted by Lucien Suel at 07:22

2 Comments:

Anonymous Helga Von Spielberg said...

J'adore votre blog. Au moins parce que vous y avez publié un poème de l'adorable Chinasky. Bonne continuation, je vous garde à l'oeil (gauche!)

14:47  
Blogger Lucien Suel said...

Chère Helga, merci pour cette déclaration. Il y a sur ce blog deux poèmes et une nouvelle de notre ami commun (voyez l'index).

18:55  

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