vendredi 10 avril 2009

Clara Elliott - Strangulation Blues

Avant d’autres textes à paraître dans les revues Nioques et Action Poétique, Silo vous propose en avant-première, des poèmes de Clara Elliott, extraits de son unique recueil «aStrangulation Blues », traduit et annoté par le poète et rocker Sylvain Courtoux.

Clara Elliott est née le 10 octobre 1955 à Slough, petite ville proche de Londres. Elle est morte à 32 ans, le 3 août 1987, à Paris, d’une overdose d’héroïne, dans la pauvreté et le dénuement le plus total. Clara Elliott n’a écrit qu’un seul texte : Strangulation Blues, dont ces poèmes sont extraits. Ce recueil n’est jamais paru en langue anglaise. Ce texte (une cinquantaine de poèmes) écrit entre 1978 et 1984 n’a eu droit qu’à quelques fanzines punk de Londres et d’ailleurs comme Sniffin’ Glue, New Wave, et Punk.
Strangulation Blues est sous-titré Poèmes Post-punk et Leçons d’Exorcismes 1978-1986. C’est une ode macabre et désespérée au rock, à la drogue, à la mort et à la poésie, une œuvre tout à fait dans la lignée de l’avant-garde post-punk internationale de l’époque (à la Kathy Acker).
Sous le nom de JoydeVivre, Clara Elliott a été chanteuse et parolière du groupe anarcho-punk anglais CRASS de 1979 à 1983 (le groupe s’est auto-dissout en 84).
Strangulation Blues est un mix de deux traditions poétiques totalement anglo-saxonnes :
1. Une tradition ‘beat generation’ ouverte à fond sur le rock dont les meilleurs exemples sont les textes de Jim Morrison (extatique front-man des Doors) et le Kerouac de Mexico City Blues.
2. La poésie objectiviste (de Pound à Spicer en passant par Zukovsky et Reznikof) car elle écrit non seulement à l’aide de collages, de listes, de cut-up, mais aussi parce qu’elle décrit d’une manière froide et plate son désenchantement du monde. On peut, bien évidemment, trouver chez elle, plus d’expressionnisme que d’objectivisme ; je dirais que ça dépend surtout du poème. La traduction de Strangulation Blues est en cours de finalisation et devrait être publiée en fin 2009 ou début 2010 par Al Dante.

(presque) Dix ans sans dormir (1975-1985)

bleu-gris presque transparent
la course s’accélère sans cesse sans halte
bienvenue dans la P.E.U.R.
chacun est dans le rôle de son propre cauchemar
tout en brisures vinyle plasma érotique d’ennui
mandrax quaalude dynintel et néocodion pour demain
il lui a fait découvrir à la fois l’amour et les smacks
elle a reconnu le parfum mouillé des lilas
la nuit tarde et il faudrait
encore
luire pour demain ou pourrir
d’un soleil plus rouge sang camisole
quand tu seras cadavre, tu pourras prier
et il faudra bien t’oublier
dans le poids du vent
il pleut, des gosses jouent dans le hall de l’immeuble
il faisait chaud à ton enterrement.

Cette ombre –
ne la livre pas
je regarde la nuit à travers les planches pourries de mon sommier-écran
au domaine de l’approche, le sang tient lieu d’avertissement
je n’ai rien à perdre ni à gagner
ce sont les vaincus qui ont toujours raison
la terreur qui vacille, un silence [déjà] frémissant
ici ils frappent le ventre avec des couteaux de verre
comme à l’abattoir
leur propre pâle violence
nous avons vécu comme des ombres
nous avons vécu comme des morts
l’horizon dangereux (devient prologue) approche
la légende et la négativité du renversement continue de pourrir
ici & là – la poésie est cet être mutant
et notre histoire, qui nous a, une nuit, semblé possible
s’est tue dans les décombres d’un parcours vacillant –
j’ai froid, j’ai peur, j’ai faim,
cette phrase – ne la déchiffre pas
utilise le silence comme une illusion
et défais-le.

« Je suis terrorisée par cette chose obscure qui sommeille en moi…»
Sylvia Plath.
Nul dieu, nulle révolution ne nous guérira de cette condition
je suis la nuit hantée par le cri,
la fièvre intense
il sort des choses qui étaient enfermées
en moi depuis trop d’années
j’ai basculé
l’arbre
a tenu
branches
écla
boussées
de sang
noir .
Clara Elliott
traduit de l'anglais par Sylvain Courtoux

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posted by Lucien Suel at 16:35

7 Comments:

Blogger moi said...

Merci

15:38  
Anonymous C. Arnoult said...

Une anthologie de 82 chansons de Crass doit toujours être disponible aux éditions Rytrut (qui a également publié une intéressante Philosophie du Punk). Deux bons bouquins.

15:55  
Blogger Lucien Suel said...

Pas de quoi, toi !
Merci, C Arnoult pour les éditions Rytrut avec lesquelles je suis en contact.

11:06  
Anonymous marc_o.d. said...

Un seul mot : punk's not dead.
Mais une question quand même au traducteur : Pourquoi ce recueil ne voit le jour que maintenant ? Et pourquoi en france,traduit du français en plus ?
Mais ça a l'air bien quand même Clara Elliott... On lira ça... on verra si cette meuf de CRASS soit aussi bonne en poésie qu'en punk-rock politisé ? Un autre mot : Merci Lucien Suel de nous avoir donné à lire cela, putain ça va pogotter d'ici la sortie du livre...

10:47  
Anonymous marc_o.d. said...

je voulais dire plutôt : Et pourquoi ce livre paraîtra en france et ne français plutôt qu'en anglais et an UK, l'anglais est bien la putain de langue originelle des membres de CRASS et donc de Joy deVivre ?
Grace à toi Lucien, on est toujours vraiment au courant de la poésie rock dans les alentours poétiques et littéraires, ça sert à ça Silo et c'est super... DE NOUS METTRE UN PEU DE ROCK DE PUNK dans les fucking mirettes...
Le punk' nest pas mort
CRASS NON PLUs
et hail hail rock n'roll pour Clara Eliot

10:59  
Blogger Lucien Suel said...

Cher Marc, il faut poser la question à Sylvain Courtoux. Je n'ai fait qu'utiliser sa préface et les épreuves qu'il m'a envoyées avant parution.
Il est possible de le joindre par son myspace ou son blog (liens dans l'article).
Hasta Lulu Ego.

11:08  
Blogger bertfromsang said...

cher marc_o.d.

l'excellent sylvain courtoux n'a pas fait que traduire ou annoter ce texte, en fait... près de trois ans après, une réponse qui envaut bien d'autre...

00:39  

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