vendredi 27 décembre 2019

Claude Pélieu au Silo - III. 4


III
DEBOUT ! TOULOUSE-LAUTREC !
par
Claude Pélieu (1971)

4
Short Holiday Haircut... vous savez, on ne peut pas écrire uniquement avec des mots, et puis je préférerai vous donner des poèmes... mais il faut prendre le son là où il se trouve... vite !...
Flash électronique modulé sur l'écran translucide...
« C'mon everybody ! C'mon ! C'mon now ! »...

J'ai vu ça quelquefois en écrivant pour nos journaux... une fois, au Coke Hinterland, l'Avallon Ballroom clignotait encore dans mes yeux... j'étais branché depuis dix ans sur l'école sauvage de Frisco... Bill Graham était le boss, c'est lui qui a tout fait... Dollar Rock, c'est vrai... mais il y a eu trop de malentendus, de speedfreaks, de confusion, de jalousies, d'exigences dingues... alors il s'est fâché, flip ! parano ! Un mauvais trip, vrai... il est épuisé... mais les musiciens n'avaient rien à foutre de tout ça... Imaginez Ken Kesey et les Merry Pranksters agressés par les pitres... imaginez les Diggers et les mecs du Magic Lotus Opera envahis par les virus maoïstes... imaginez un grand love-in avec les minets armés de barres de fer... débile, non ?... alors ça tourne mal, précisément parce que ces babouins se mêlent de ce qui ne les regarde pas.

Avec les militants on se fait chier. Tout est minable, la bouffe, les filles, les mômes, tout... on doit coller des affiches, s'agiter pour rien... les mômes refusent. Ils ont raison. Ils se mêlent de ce qui les regarde... les images hip savent traquer le virus, s'éliminer, renaître, se transformer, sans devenir des sous-produits... La Ku Klux Kulture, inévitablement, les récupérera, puis inventera des slogans libéraux ou ultra-révolutionnaires... les militants adorent faire la police, j'ai vu leurs services d'ordre à l'oeuvre... eh bien, réellement, ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas... et ils glissent dans l'horreur, la grisaille, la crasseuse connerie...

Vendredi 2 juillet 1971, le Docteur Leary est arrêté à Villars-sur-Ollon, Suisse, par les agents du FBI. Il sera extradé aux USA.
C'est épouvantable... mais il faut... lutter contre les robots... libérer Leary... alors, je continue... laissons les glauques mégoter, s'exclure, distiller leur savoir politique aux tarés qui se définissent par ce qu'ils feront plus tard, quand, eux, auront fait la révolution... posez vos gros culs sur la console de mixage, allumez vos joints, détendez-vous, marrez-vous, ne tuez personne... Miss Vietnam est déjà gentiment défoncée... Nixon flippe ! La Cour Suprême l'encule !... les disc-jockeys crachent dans leurs muselières... les superstars incandescentes, disloquées, sont chassées de la réalité, elles mâchent leurs sexes dans la chambre d'écho-réverbération... et la marchandise révolutionnaire apparaît...
Je n'évoque pas Jimi et Janis pour rien... ni Captain Trip Garcia, ni Ed Sanders, Ken Weaver et Tuli Kupferberg, ni Zappa, ni le Jefferson Starship... les musiciens ne se sont pas contentés de produire de la musique, ils ont réussi là où les poètes avaient échoué.

Assis au sommet d'une montagne de papier gras, de hot dogs livides, de boîtes de coke et de bière vides, je regardais tout cela... « Holding Together ! »... Michael Lang se marrait au-dessus d'un autre tas d'ordures... c'était dans le hall de l'hôtel Chelsea... Ken et Janis vidaient une bouteille de Tequila... c'était la veille de la soirée organisée pour libérer Tim Leary... il y avait du monde... Ginsberg, Johnny Winter, Miles, Emmett Grogan, les avocats de Leary, Barry Farrel, Allan Katzman, Sanders, Alan Watts... Abbie et Anita flippaient sur scène... Jerry était dans les coulisses, écroulé... on traita Ginsberg d'agent de la CIA... la tasse !... il est vrai que la veille, les connards du bâtiment avaient cassé du hippie, puis paradé au cœur de Wall Street, ravis de voir quatre étudiants assassinés par les robots à Kent College... et ce soir-là, tout ce qui se buvait et se mangeait était arrosé d'acide... l'été à New York, la parano, les flics, les agents secrets, l'air-co plus ou moins inexistant... toutes nos cellules ont souffert... j'ai accusé Harry Smith d'avoir planté une côte de porc dans ma poitrine... Allen fit un effort surhumain pour exorciser les démons, et il se transforma en grand transparent, et il réussit... ce soir-là, il délivra l'Air Force Opium Speech... puis les bonnes vibrations nous enveloppèrent... les provocateurs et les militants avaient disparu...

En France, on se branle beaucoup lorsqu'on évoque les free stores, les free clinics, les « C'est pas tout ça les mecs, mais vous avez l'air de clodos... c'est pas comme ça que vous passerez la frontière »...
Yippie n'annonce pas la fin de l'Éon... mais qui, aujourd'hui, envisage d'organiser un festival en France ?

Les campagnes de presse anti-hippie... Charles Manson made in USA... inutile de revenir sur cette histoire tragique... les robots ont encore loupé leur coup... mais de toute façon, je ne crois pas que l'impérialisme de la Nation Hamburger, et ses intrusions multiples et constantes dans tous les domaines, soient le créateur de Charles Manson... pas plus que le LSD, l'amour libre, etc... À tous les niveaux, dans tous les milieux, partout dans le monde, nous fûmes dressés et manipulés en fonction de notre esclavage d'adulte. Et les virus sont légion, peu importe s'ils sont lâchés par l'État, l'Église, la Famille, le Parti. Peu importe la classe moyenne, la classe ouvrière, la bourgeoisie libérée il est facile de rompre le silence et de repousser les images toxiques. Des millions de freaks l'ont fait sur toute la Planète. Mais les militants persistent à se branler, car il est aisé de faire partie du non-paysage, du folklore, du zoom politique...

Drogues !, décadence sociale, voilà le credo fourre-tout de la bourgeoisie et des marxistes. Voilà le point de départ du génocide psychédélique.
On se défonce depuis toujours. Et même si toutes les drogues actuelles étaient éliminées, on trouvera bien le moyen de faire fermenter quelque chose, ou de trouver ce que la nature fit de chaque chose.
Les creeps du Pentagone pensent différemment. Guerre psychochimique. (Dans les prisons on injecte de très fortes doses de thorazine aux détenus, rien ne se passe, ils deviennent des zombis.) Et voilà pourquoi notre contre-culture est en danger. (Et je ne parle pas des arrivistes, des garçons de course internationaux, de romantisme, de l'engagement et de l'évangélisme.) Notre contre-culture est en danger parce qu'à notre insu nous faisons partie des technostructures et de la machine de guerre. La politique est une véritable et incurable toxicomanie.

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posted by Lucien Suel at 08:08

4 Comments:

Blogger Michel Bastian said...

Un plaisir de lire « la génération grise et invisible »; merci.

10:02  
Blogger Lucien Suel said...

Merci pour la visite et le commentaire.

10:07  
Anonymous Carlos Gun said...

- La olitique est une éritable et écurable oxicomanie ?

17:25  
Blogger Lucien Suel said...

arfaitement !

18:38  

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