mardi 11 octobre 2011

Suburban Monastery Death Poem 2

Poème sur la mort d'un monastère de banlieue
par d. a. levy (1942-1968)

PRÉFACE
PARTIE ZÉRO


PREMIÈRE PARTIE - L'HISTOIRE

"east cleveland a une plus longue histoire que cleveland"
dit-elle comme pour injecter ce renseignement supplémentaire
à l'intérieur de mes centres d'énergie en dégénérescence
comme un pompiste dans une station-service
je ne pouvais faire comprendre à personne
combien j'étais fatigué
rien qu'à écrire des poèmes pour demain
ou écrire des poèmes pour moi-même
une forme de suicide

JE M'EN FICHE DE L'HISTOIRE D'EAST CLEVELAND !
puisque de toutes façons tout a commencé à cleveland
& c'est de là que vient la merde
east cleveland
avec son ancien administrateur municipal
ses délégués municipaux
n'est pas comme cleveland où
le maire & les conseillers pompent l'argent du
gouvernement fédéral & de la cosa nostra & des syndicats
appelez-les comme vous voulez
ça n'a pas vraiment d'importance
du moment que vous savez
qui payer
& qui paie
& ne laissez jamais le bon peuple se rendre compte
de ce qui se passe
s'il y a des problèmes
mettez ça sur le dos des communistes
ou des membres de la john birch
ou des militants noirs
ou des hippies analphabètes
tout dépend des gens à qui vous vous adressez
à ce moment-là
« il n'y a aucun problème à east cleveland »
et dans un proche avenir
si jamais ils mettent sur pied
le conseil des beaux-arts, même
les poètes seront mis au pas
comme ils l'ont été à cleveland
c'est si facile de convaincre des poètes
de ce qu'est la poésie
et de ce qu'elle n'est pas
& chacun sait
que coucher avec la muse
est réservé aux jeunes poètes
quand tu auras été rendu impuissant
par le style et la forme & des mots comme "l'art"
quand tu auras été édité par les BONS éditeurs
et que tu connaîtras toutes les bonnes réponses
quand tu auras mérité le droit de t'appeler
poète tu seras mort
& couché sur le dos
à boire du vin de messe, tandis que
la muse, qui restera toujours une jeune fille
au regard blasé devant l'univers
se rappellera tout à coup
que la nécrophilie
est une expérience qu'elle a déjà connue
& que ça ne l'intéresse plus
d'enfourcher des cadavres

vous vous demandez pourquoi vos gosses portent
des fleurs dans les cheveux
& rient dans les parcs
c'est cette garce en personne
qui mange des bonbons à la cantharide
et leur chuchote à l'oreille
parce que, même s'ils ne comprennent pas tout à fait
ce qu'elle dit - ils savent écouter
ils savent lire Look Magazine
entre les lignes & ils ont toujours la foi

l'histoire d'east cleveland c'est MAINTENANT
en cet instant
en suspens dans ce film cinérama quadridimensionnel
que nous nous figurons être la vie
alors que je me demande si les Indiens
qui parcouraient la Piste du Lac avaient autant de
mal que moi pour arriver à se payer une bonne tranche de cul

(excuse-moi, ma dakini intime
tu sais que je t'aime platoniquement
que j'écris mes poèmes pour toi, mais j'aime bien
fourrer mes doigts dans quelque chose d'humide pour me rappeler
où je suis
je ne veux pas finir comme
Kenneth Patchen - se cachant en
Californie - exilé

Pound & Artaud coffrés
dans le passé - Edgar Poe, un poivrot
un poivrot parano !)

Madame, il faut être réaliste
envoyer tous vos poètes dans les maisons de fous
ne favorise pas la profession
vos cheveux bleus au vent
& vos yeux pleins de diamants
vos cuisses de néon tremblotant
s'écartaient dans ma tête
tandis que j'étais assis là dans ce tranquille appartement
de Savannah Avenue attendant que
ma femme-amante adolescente rentre
du travail après l'équipe de nuit
serveuse sur un bateau de la mort-restaurant

un Yorikke grec avec son menu à 1.09 $ spécialités de
chiche-kebab, ragoût d'agneau, poulet rôti
filet de boeuf grillé, côtelette de veau, spaghetti
etc tout ayant le même goût
pendant qu'en bas, le clébard
aboyait dans le noir chaque fois
qu'un lambeau de vieux journal ou qu'un emballage plastique
voletait sur le trottoir


j'étais assis à me demander
si elle n'avait pas été attirée
dans une rue tranquille & violée
pendant que je rêvais d'amour et de paix
que je rêvais de femmes étranges
frappant à ma porte en costumes érotiques
chuchotant entre leurs lèvres humides & des roses flamboyant
entre leurs cuisses au lieu de ça
chaque jeune fille/vieille fille
que je rencontrais me voulait pour frère
pour ami, "allez vous faire foutre ! merde !"
avais-je crié aux ombres
peut-être que ma femme-amante adolescente se
fait violer en rentrant de son travail &
faut que j'aille me faire mon cinoche
& j'avais laissé
l'appartement vide
cap sur le restaurant
par Savannah & Alleghenny & Northfield
jusqu'à Euclid Avenue pour prendre un café
vraiment déçu
de trouver bobonne encore là
à travailler tard
il ne se passe jamais rien de passionnant
sauf quand les voisins déménagent
à la cloche de bois
tous les 2 ou 3 mois
& que le proprio nous demande
des renseignements à leur sujet
on ne connaît jamais bien
nos voisins

nous avons décidé de déménager
après qu'un soir en rentrant
ma bonne femme-amante adolescente
ait été suivie jusqu'à la maison par un gamin
(ç'aurait pu être moi)
mais ma femme
étant encore chrétienne à cette époque
je ne tenais pas à ce que quelqu'un soit blessé
en essayant de la violer

finies les promenades
à sa rencontre
au soleil
ou dans la neige
ou par les nuits sombres
quand les réverbères
faisaient de toutes choses des ombres bizarres
et que les étincelles des incinérateurs
d'appartements jaillissaient
dans l'air pollué comme des feux d'artifice

plus de véranda sur l'arrière
avec une fenêtre pour que le siamois
puisse sortir la nuit & aller errer
par les rues terrifié à l'idée qu'un
gros matou puisse
lui mettre
les tripes à l’air

tant de soirées assommantes
tranquilles veillées d'halloween
dans Strathmore Avenue
à fumer l'herbe bienfaisante & à boire du scotch
à faire des expériences avec des grandes marmites de
soupe maison
nous faisions de la soupe
vous ne le croiriez pas
seulement de la soupe
rien d'autre à baiser
que cette jeune fille de 17 ans
bientôt ma femme pour
notre survie commune
& puis un an & demi à Savannah Avenue
finir ce qui nous restait de peyote
nous avait donné mal au ventre à tous les deux
& aucune image dans nos têtes
on s'était éclaté avec l'acide ou les graines de morning glory
jusqu'à ce que la loi dise "allez vous faire sucer par votre dieu"
& qu'elle pose les scellés sur la porte de l'univers
avec une croix
& la loi
les flics des stups de cleveland
& les conseillers municipaux
une bande de travestis
criant & poussant de petits rires
"Nous sommes Dieu, Nous sommes Dieu"
QU'ILS AILLENT SE FAIRE FOUTRE
Je suis un contribuable
& un scorpion
& un poète je n'ai pas besoin des drogues
je voulais seulement faire comme tout le monde
& tous ceux que je connaissais prenaient des drogues
& tous ceux que je connaissais lisaient le Village Voice
& chouchoutaient leurs troubles psychosomatiques
rien que pour avoir des pilules
n'importe quelles pilules
que faire d'autre ?
la télévision ?
se branler sur les spots publicitaires
bobonne qui te broute la braguette
pendant les publicités alimentaires
GROUILLEZ-VOUS D'ALLER PISSER AVANT QUE LE FILM RECOMMENCE
la télévision qui te broute la braguette
jusqu'au retour de bobonne

la télévision - en voilà encore une de drogue
bonne vieille vie de banlieusard
pourtant, je suis content qu'ils aient voté les lois
beaucoup trop de jeunes mômes essaient de me brancher
des gamines veulent me rendre visite
avec de l'herbe - elles m'écrivent des lettres
désirent être mes amies
des chasseurs de célébrités qui veulent visiter
l'ashram de poésie du coin -
connerie de merde !
j'ai l'impression d'être un film underground
brûlé par Savonarole

je suis toujours à la recherche
d'une reine loyale et bandante
qui sache jouir dans sa tête
et qui me laisse jouir avec elle

la dernière fois que j'ai pris de l'acide
je voulais être libéré
immédiatement
j'y ai presque laissé ma peau
j'ai décidé que je ne voulais pas être libéré de cette façon
trop clinique
me suis assis & j'ai regardé les murs fondre
& se transformer en yantras fluides ondoyants
lancinants ornements
tout ce fatras visuel
me faisait chier
les autres avaient envie de baiser autant
que moi mais ils avaient tous peur
alors on se contentait de regarder les tableaux
sauter des murs

je suis fatigué d'être l'instigateur de tout ça
m'a fallu trois jours pour retrouver
une vision normale 8/8 ou 10/10
ça dépend du degré d'emmerdes

résoudre les problèmes de l'univers
avoir des pensées inquiétantes
écrire des poèmes paranoïaques sur la police
rien à faire à part
changer la litière du minet, vider les ordures
rien à faire à part me rendre à l'Adeles bar
l'ultime frontière religieuse
& la voir détruite par les
promoteurs de l'université

il fait jour à east cleveland
le soleil filtre à travers les
feuilles de mûrier
par la
fenêtre de notre
nouvel appartement de wymore

le soleil explosant doucement
sur nos nouveaux tapis d'orient
de l'armée du salut
de la 55ème rue

Tout le monde Dit
"écris un poème sur east cleveland" ouais mec, ça s'rait chouette !
Traduit par Lucien Suel & Henry Meyer

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posted by Lucien Suel at 10:24