lundi 12 juin 2006

L'enfant de Fressin

Ci-dessous, un court extrait, la dernière partie, de ma contribution à l'ouvrage collectif "Balade en Pas-de-Calais, sur les pas des écrivains" qui vient de paraître aux éditions Alexandrines.
...
Le pays est désert en hiver. On peut marcher sur des kilomètres sans rencontrer âme qui vive.
Les quadrilatères des pâtures sont délimités par des haies d’aubépine parasitées de ronces et d’églantiers. On aperçoit Mouchette qui se glisse entre deux fils de fer barbelé. On entend le bruit sec de l’accroc à sa jupe rouge. Mouchette escalade le talus glissant. Sa petite main ridée serre une poignée d’herbes sèches. L'eau grise ruisselle du ciel. La terre est gorgée d’eau, un cloaque bourbeux. La fumée des cheminées monte lentement dans l’air froid.
C’est la période de chasse, le jeune Bernanos arpente les bois et les labours, traverse les fourrés et les futaies. Son chien s’ébroue devant lui. « Chemins du pays d’Artois, à l’extrême automne, fauves et odorants comme des bêtes, sentiers pourrissants sous la pluie de novembre, grandes chevauchées des nuages, rumeurs du ciel, eaux mortes ! » Le ciel se reflète dans les flaques d’eau. Deux lapins détalent dans la brume, zigzags rapides dans les champs dénudés. Une croix de fer se dresse à la croisée des chemins.
Dans la clairière, un étang à moitié recouvert de lentilles. Dans la boue, sur le bord, les traces d’un sanglier et aussi les petites bottines de Mouchette. Des bulles sales remontent et viennent éclater à la surface de la mare, sous les branches fatiguées des saules marsault. Dans l'eau du fossé, une page arrachée à un cahier d’écolier se délite lentement. L’encre violette se diffuse, comme du sang dans un bassin d’émail blanc. Rentrant de la chasse, l’adolescent décrotte ses bottes devant la grille. Autour de l’église, les morts veillent au centre du village.
Benoît Joseph Labre piétine devant la porte du monastère à Neuville-sous-Montreuil. Plus tard, Paul Verlaine et Germain Nouveau, d’Arras par la chaussée Brunehaut, viendront lui rendre visite à Amettes. Sur la tapisserie du ciel, Georges Bernanos les regarde.
Lucien Suel (décembre 2005)

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posted by Lucien Suel at 13:41

1 Comments:

Anonymous Vouya said...

pendant el mitan après lboeuf, in zappant jé crû vouvire à la mer...vouzêtes ed m'in coin alors ?

14:59  

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