vendredi 17 mars 2006

Claude Pélieu 1977 (3)

J'AI
PASSÉ
PAR

POUR
VENIR
ICI (3)


1963, 1966, 1971, 65 000 km parcourus entre collages et dérives - 1977, tout se réinvente du bout des lèvres, d'un bout à l'autre du monde - blocs d'intersections planétaires tourmentant l'horizon du village global.

Les idéologies ont créé le pouvoir-image, l'homme-image.

J'ai passé quelques jours à Paris... en ce temps-là, c'était la Pologne, la Hongrie, le Portugal en plus petit, tapisserie bâfreuse, jardins à la française, agitation de circonstance, et la Seine, si belle, charriant les vieux pansements - la diarrhée verbale - J'étais à l'hôtel des Américains... quelques cartes postales sont restées sur la table, comme ces longs cris sans haine, ressemblant aux remorqueurs - c'est là que j'ai écrit APRIL IN PARIS, après une dérive au Père-Lachaise... un flot de poussière d'acier et d'oxyde de carbone avalait le paysage, les micros-mécaniques de la nuit gémissaient... les ailes géantes de la pollution, faites d'ombre, de néant et de maladie, bourdonnaient.

J'ouvre le journal... fait-divers... ce matin un jeune homme s'est donné la mort... d'après ses proches il avait lu dans trop de livres : « À quoi ça sert de vivre ? » - l'immense vague d'amertume a eu raison de lui - l'outrage coule dans les veines déchirées des désespérés - je pense aux allergies de d.a. levy, de Lee Crabtree, de J.-P. Duprey, d'Adamov - et les hélices du rire se fanent dans les hautes herbes... le froid noir n'a pas de visage.

Tous morts, en torchade, au milieu des fleurs d'acier et des griffes, sur les champs de bataille, sous les déchets de la mosaïque vivante - j'ai vu la foudre nettoyer les terrains vagues, et la brise nocturne transporter les parfums des fleurs et de barbecue... les lumières de la ville dansaient dans le lointain, les feux de l'azur étaient portés par les vagues.

Aujourd'hui l'électricité dénoue les silences de la sierra. Des mouettes planent au-dessus d'une immense tache d'huile. Un chien jaune, galeux, renverse une poubelle métallique. Le terrain de golf est jonché de papiers gras, de boîtes de bière vides, de vieux journaux - les banlieues lépreuses dévorent ce qui reste, peu à peu les grands espaces disparaissent - les ordures nucléaires et les gaz empoisonnés sont dispersés au hasard... un grand éclair blanc effacera cette colossale médiocrité.

À la nuit tombée, une poussière phosphorescente danse devant nos yeux, balles traçantes de la colère voyageant dans les étoiles - Nous savons pas mal de choses sur l'espace, nous devons le conquérir maintenant - Nous avons absorbé les mots qui nous aident à vivre, nous les avons rejetés, et ils viennent mourir avec les vagues sur le sable de Wild Cat Creek... les enfants illettrés sautent de planète en planète... sur Terre dix milliards de crustacés retardés s'écoutent parler, se surveillent jour et nuit d'un bout à l'autre du monde... Les satellites de communication et les ordinateurs scellent le pouvoir des images télévisées... Dieu, astronaute anonyme, rit dans sa barbe... Rumeurs de guerre civile, propagandes, peste, le tumulte des discours et les vociférations sont couverts par la chanson des télex, des radars, des sonars, des telstars et des caméras-lasers - J'entends les hurlements des manifestants bien ancrés dans la médiocrité, piégés dans leurs scaphandres de peau, intoxiqués par les idéologies du passé - Opération HOLOGRAPHIE - Survivront-ils ? Par quoi remplacerons-nous ?... Les voleurs de temps et la famine menacent les trois-quarts de la planète... C'est simple, tout est produit et empaqueté, hot and cool, soft and hard - c'est comme ça, c'est possible entre ce qui est et ce qui devrait être - le bazar idéologique se dissout dans les chiottes du drugstore du ciel - de nouvelles technologies nous imposent de nouvelles guerres et un nouveau style de vie. Nous sommes prêts - CHANGER OU DISPARAÎTRE, déclencher, provoquer, partir ou vaporiser de la merde de poulet dans les coulisses de l'univers... Je manque de m'évanouir chaque fois que j'entends parler de « révolution sexuelle », branlette dans la poussière d'étoile... un rayon gamma flotte près de la fenêtre - un cri de guerre ultraviolet s'échappe d'un nuage radioactif et efface le bleu du ciel - Nous nous attirons les pires ennemis - mirages génétiques - Le film s'emballe, entraînant les rues, les foules baveuses, stupéfaites, les banlieues, les continents perdus - Les survivants se cachent dans les égouts, les intellectuels se branlent dans les cimetières et dans les morgues, en fait, nous sommes à la merci de ceux qui disent : Comme le temps passe...

Claude P. Washburn
Rainbow Studio, Silver Island,California
September 1977, Stokowski and Robert Lowell are dead.

Note : Un ami nous informe qu'on trouve ces jours-ci "Indigo Express" de Claude Pélieu chez le soldeur "Mona Lisait".

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posted by Lucien Suel at 08:41

2 Comments:

Blogger victor said...

Tiens c'est marrant, j'ai vu cet article par l'intermédiaire de mon site http://www.mesblogs.com, et il se trouve que Claude Pélieu était l'oncle de ma copine.
Comme quoi le monde est petit ... et tordu ...
Amicalement,
Victor

13:01  
Anonymous Jean d'Artois said...

ce texte est d'une clarte et d'une lucidite ebourrifantes. merci pour la mise en ligne.

17:41  

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