lundi 10 avril 2006

Mail Art (4)

Voici, extrait de mes archives, un texte écrit en 1993 pour le catalogue d’une exposition d’art postal. Depuis cette époque, les choses ont beaucoup évolué, notamment avec l’arrivée d’internet. De nombreux mail artists ont transporté une part de leur activité sur le net. Cela a correspondu également avec l’augmentation considérable des frais postaux notamment pour les envois hors d’Europe. Mais le mail art, héritier de Fluxus, existe toujours et nous continuerons d’en donner regulièrement des nouvelles sur ce blog.

L'art postal : comme... une lettre à la poste.
Du producteur au producteur, un seul intermédiaire : le facteur. C'est ma vie de tous les jours, fidèle aux postes. Depuis qu'un jour (en 1978), j'ai envoyé un collage à la revue Doc(k)s, je suis postal-dépendant. Parfois, la porte d'entrée résiste devant l'entassement du courrier reçu... Parfois, je dois faire un détour par le guichet («aQuel est le tarif pour envoyer par avion une carte postale de 23g en Nouvelle-Zélande ? »).
Cet artiste postal de Belgique, Peter Moreels, alias Piotr Aakoun,m'envoyait ses dessins, ses cassettes (Il diffusait, par la poste bien sûr, des cassettes de groupes de rock de Tchécoslovaquie). J'étais intrigué, l'adresse de Peter était à Tournai et son courrier arrivait de Dunkerque, de Béthune, de Hasselt, de Rotterdam. J'ai su qu'il était batelier. Il répondait au courrier chaque fois que sa péniche attendait un nouveau chargement. Comme le Canal d'Aire à La Bassée passe à 2 km de chez moi, la rencontre a eu lieu. Il livrait un chargement de sable pour la cristallerie d'Arques. Au retour, il a amarré sa péniche près du pont de Guarbecque. Nous avons passé plusieurs journées délicieuses. J'ai vu son petit bureau de mail-artist à l'avant de la péniche, je lui ai montré mes archives postales... Quand il a obtenu un chargement de blé à Béthune, nous avons fait le voyage ensemble. Maintenant, Peter a vendu sa péniche mais j'ai toujours son adresse.
Dès qu'il fait beau, je travaille à l'extérieur, au jardin. C'est la pluie et le froid qui provoquent mon activité d'artiste postal. Installé au chaud avec mes tampons, ma colle, mes découpages, je fabrique des envois, je recycle des enveloppes, je réponds au courrier... Alex et Katherine Hirka, mail-artists du Vermont (Nord-est des USA) m'ont un jour envoyé, parmi d'autres choses, un fond de paquet de graines de tomates (3 graines). J'ai réussi à multiplier sur deux ans le nombre de graines. Un jour, dans le Vermont, ils ont reçu la photo en couleurs de mon jardin avec la trentaine de plants de tomates hauts d'un mètre cinquante et couverts de fruits. L'art postal est aussi du jardinage. Eric Adam m'a envoyé de Bruxelles un paquet de graines de choux de Bruxelles, l'adresse écrite sur le paquet. C'est une belle enveloppe qui fait un petit bruit de maracas. Je ne l'ai pas encore ouverte...
A l'époque où je faisais de la radio (Radio-Banquise, 101,7 à Isbergues), je diffusais dans mon émission les cassettes arrivées par la poste, envoyées par des mail-artists de Suisse, d'Italie, du Japon, des Etats-Unis... Il y a bien des façons de remplir les enveloppes (disquettes, timbres en caoutchouc, images, magazines, amitiés). L'envoi le plus simple que j'aie reçu : pas d'enveloppe, rien que le timbre avec l'adresse au verso ; j'ai failli ne pas le trouver et je ne sais toujours pas qui me l'a envoyé ! En fait, je n'ai pas de boîte aux lettres, juste une fente normalisée dans la porte. J'entends le courrier tomber sur le carrelage et s'étaler dans la pièce les matins des jours ouvrables entre 9h30 et 10h. Quand un paquet est trop gros, le facteur le pose sur le seuil et donne un coup de sonnette.
J'ai expliqué à des enfants le coup de la fausse adresse pour jouer avec la poste. On envoie un courrier à une adresse qui n'existe pas (par exemple à Arthur Rimbaud, 98 Verlaine Road, London SE 12). Au dos de l'enveloppe on inscrit sa propre adresse, ou, mieux encore, l'adresse d'un ami (qui aura une surprise). Et on attend le retour... de l'enveloppe agrémentée de tampons plus ou moins jolis. On peut évidemment la faire repartir ailleurs... Rémi, un de mes neveux m'a fait le coup l'autre jour. S'il commence une carrière de mail-artist à 8 ans, il risque d'avoir très vite un problème d'archivage ! Les archives sont le musée personnel de tout artiste postal.
posted by Lucien Suel at 09:04

3 Comments:

Anonymous dominique delhaye said...

oh comme ça fait du bien d'entendre cela !
il serait intéressant de demander à chacun des mails-artists
ce genre de texte
et d'en faire un "box-mail-book"
...pour ne pas oublier
... pour ne pas se faire avaler par le net

14:39  
Anonymous Florian Bodart said...

Un très joli texte, qui ne peut qu'encourager les lecteurs à s'interesser de plus près à cet art qui n'en finit pas de surprendre par son originalité et par la créativité mise en oeuvre... Bravo!

18:27  
Blogger gobotsky said...

cher vous,je connais bien le docteur aakoun,nous nous connaissons depuis vingt ans et c est lui qui m a filé le virus!je l en remercie d'ailleurs à chaque fois que nous nous rencontrons.J ai arrêté un peu le mail art:la sculpture m a attrapé!Mais tout courrier que j envoie est piece unique et en fonction du destinataire,quoique?on pourrait envoyer des courriers intéressants aux contributions!
Petit message à dominique:il est impossible que le net bouffe le mail-art car le mot est plus long et tu n everras jamais une belle pierre timbrée par un ordino!!capt gobotsky

19:54  

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