vendredi 24 février 2006

Short story

Dernières gouttes
Dehors, la neige entourait la maison. On entendait un peu de vent souffler. Le vent descendait de la montagne, du col entre les deux serres. Lucien jeta une nouvelle bûche dans l'âtre. Bientôt la nuit. Grand-mère gémissait un peu derrière le rideau de l'alcôve. Très vieille. Très malade. Lucien la soignait. Ils étaient dans la maison et la neige tombait. Lucien s'était assis près du feu et il voyait par la petite fenêtre poussiéreuse la neige qui continuait à tomber. Les châtaigniers dénudés devant la maison disparaissaient peu à peu dans une lumière morte. Lucien se leva. La porte grinça. Il se tint un moment sur le seuil à regarder les nuages gris, sombres, qui traversaient le ciel très lentement. Puis il descendit l'escalier de pierre et prit dans la réserve deux grosses bûches pour la nuit. Encore une nuit sans dormir avec la vieille qui gémissait doucement. Sa bouche était presque paralysée maintenant. Lucien remonta lentement l'escalier. Il posa les bûches sous le foyer et se dirigea vers la petite cuisine voûtée pour se préparer quelque chose à manger. Un gémissement plus fort le fit s'arrêter au milieu de la salle. Il revint sur ses pas, écarta la vieille toile de tente qui servait de rideau et pénétra dans la chambre. La grand-mère le regardait de ses yeux brillants, essayant d'ouvrir la bouche pour parler. "Tu veux pisser, grand-mère ? Tu veux pisser ?" Un imperceptible clignement d'yeux lui montra qu'il avait vu juste. Il approcha le pot de chambre du lit.
L. Suel (1973 ?)

Libellés :

posted by Lucien Suel at 08:04

5 Comments:

Anonymous Tlön said...

Ca fait toujours un peu bénêt...mais ce texte est vraiment très beau.

12:21  
Blogger S.L. said...

Merci, je suis d'autant plus touché par votre commentaire que j'ai encore des doutes sur la façon dont on peut recevoir cette "histoire"...
Pour information, ce texte est lié à celui posté dans "Vétéran 14-18" (voir l'index).

19:54  
Anonymous Tlön said...

"...sur la façon dont on peut recevoir cette histoire..."
Comme ces morceaux où la ligne de basse bourdonne, vous envahit (ce que d'aucun appelle le funk où le beat), présence lourde de la terre, du corps des vieux, de que l'on veut nous faire oublier.

10:41  
Anonymous Tlön said...

Un accent de trop....

10:43  
Blogger S.L. said...

Le "on" qui fait oublier est justement désigné dans mon esprit par le message d'aujourd'hui : "encéphalogramme plat".
Merci pour l'image de "la ligne de basse continue" En d'autres temps, on eut peut-être parlé de "communion des saints"...

11:18  

Enregistrer un commentaire

<< Home