jeudi 2 avril 2015

Niveau Huit par Mimosa (1)



c’est le jour de mon mariage
et j’épouse en première noce
la jeune fille de Berlusconi
elle s’appelle Maryline elle
serait presque discrète elle
n’est pas comme l’autre elle
n’éclate jamais dans le ciel
ses cheveux s’enroulent dans
une natte brune qui s’écoule
jusqu’au mitant de ses reins

vêtue d’une jaquette côtelée
en polyamide noire avec deux
bandes blanches qui tournent
autour des poignets grimpent
sur la fermeture éclair puis
s’enroulent sur le col façon
sport ouvert sur une chemise
triulée de fleurs des champs
oranges comme l’été qui dort

au dessus de sa tête un cône
de carton tout plat en forme
de chapeau chinois de farces
et attrapes avec des franges
roses fantaisie agrafée à la
pointe qui volent dans l’air
précédent le printemps c’est
la mi-mars elle marche parmi
les enfants avec un tuyau de
sarbacane dans la main comme
si elle tenait avec grâce le
soyeux glaïeul d’Oscar Wilde

longeant ma fenêtre les yeux
perdus dans le gravier l’air
d’humilité de Dorothée de la
Monteau pas comme les autres
qui passent aussi les yeux à
terre tertous des fiers culs
qui défilent depuis le matin

il y aura des photos dans le
journal ils feront une drôle
de tête à l’Université je ne
saurai pas quoi leur dire ce
n’est que le destin qui mord
les amis comprennent tout ça
les amis savent que ce n’est
pas par malice puis Maryline
nous a toujours fait tourner
la tête le plus discrètement
du monde même si on ne parle
jamais d’elle de crainte que
les échos de nos errances n’
effacent nos songes de sucre

les amis sont arrivés depuis
hier je leur ai installé une
petite structure pour passer
le temps on sent la joie qui
accélère aujourd’hui tertous
bénaches chacun a pu trouver
ses marques si bien que j’ai
construit une rampe qui leur
permet de sauter à leur aise
les amis sont contents c’est
du bonheur sur notre mariage

j’entends la crémaillère des
transmissions les gros pneus
crissent puis les gros pneus
buquent sur la tôle chauffée
par le soleil je meurs de ne
pouvoir les rejoindre car je
sens les familles aux aguets
et je dois garder contenance

chaque homme est un triangle
ils sont tous là aujourd’hui
les vivants et ceux revenant
du royaume des morts tertous
chacun retrouve sa place sur
le sépia entouré du cadre de
dentelle sur la photographie
qui avait dû être tirée tout
en bloquant son souffle pour
qu’elle ne soit pas floue et
que les enfants sachent nous
revoir dans notre vie passée

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 07:35

2 Comments:

Blogger Luc Comeau-Montasse said...

(je ne sais si on peut dire ça mais...)
délicieux !

09:06  
Blogger Lucien Suel said...

Cher Luc, sans aucun doute, on peut le dire !

09:41  

Enregistrer un commentaire

<< Home