mercredi 23 novembre 2005

Exercice de style (Pierre Jourde)

Nous empruntons ce texte de Pierre Jourde initialement publié sur le site "libr&critik"

Bandes de Jeunes, encore un effort pour être vraiment révolutionnaires.

Trois adolescents, s’imaginant à tort ou à raison poursuivis par la police, franchissent un grillage barbelé et se réfugient dans une cabine de haute tension en négligeant les avertissements, interdictions et autres têtes de morts artistiquement peints sur la porte. Deux meurent électrocutés. Des bandes de jeunes, en représailles, et pour protester contre leur abandon, attaquent les pompiers, tirent au revolver sur les forces de l’ordre, brûlent les autobus avec leurs occupants, dont une handicapée, détruisent voitures, entrepôts, centres commerciaux.Une marche silencieuse a lieu en l’honneur des adolescents. Certains marcheurs s’étonnent de l’absence du ministre de l’intérieur à cette manifestation. Les familles des deux jeunes victimes sont reçues par le premier ministre, qui promet des mesures contre l’exclusion. Au même moment, non loin de là, un employé des services municipaux qui inspectait le mobilier urbain était tué à coups de pieds et de poings devant sa femme et sa fille par une bande de jeunes. Personne ne juge bon de recevoir sa famille.
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Trois adolescents, s’imaginant à tort ou à raison poursuivis par la police, se jettent dans la Seine par une nuit d’hiver glaciale. Ils meurent noyés et gelés. Des bandes de jeunes, en représailles, et pour protester contre leur abandon, incendient hôtel de ville, cliniques, maisons de retraite garnies de leurs occupants.Une marche silencieuse a lieu en l’honneur des adolescents. Certains marcheurs s’étonnent de l’absence du ministre de l’intérieur à cette manifestation. Les familles des trois jeunes victimes sont reçues par le président de la république, qui promet des mesures contre l’exclusion. Au même moment, non loin de là, un badaud qui regardait les vitrines est tué à coups de barres de fer devant sa femme et sa fille par une bande de jeunes. Personne ne juge bon de recevoir sa famille.
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Trois adolescents, s’imaginant à tort ou à raison poursuivis par la police, se précipitent du haut d’un pont surplombant l’autoroute. Ils meurent aplatis, puis écrasés par quelques dizaines de véhicules. Des bandes de jeunes, en représailles, et pour protester contre leur abandon, tirent au fusil-mitrailleur sur les véhicules du SAMU, déracinent les arbres des parcs municipaux, brûlent les collèges et les lycées. Une marche silencieuse a lieu en l’honneur des adolescents. Certains marcheurs s’étonnent de l’absence du ministre de l’intérieur à cette manifestation. Les familles des trois jeunes victimes sont reçues par le président des Etats-Unis, qui promet des mesures contre l’exclusion. Au même moment, non loin de là, un automobiliste qui sortait de sa voiture est lardé de coups de poignard devant sa femme et sa fille par une bande de jeunes. Personne ne juge bon de recevoir sa famille.
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Trois adolescents, s’imaginant à tort ou à raison poursuivis par la police, se réfugient dans la fosse aux ours du zoo. Ils meurent déchiquetés et dévorés. Des bandes de jeunes, en représailles, et pour protester contre leur abandon, arrachent les canalisations d’eau et de gaz, les câbles électriques, font sauter l’hôpital et jettent de la mort aux rats dans la station d’épuration. Une marche silencieuse a lieu en l’honneur des adolescents. Certains marcheurs s’étonnent de l’absence du ministre de l’intérieur à cette manifestation. Les familles des trois jeunes victimes sont reçues par le Pape, qui promet des mesures contre l’exclusion. Au même moment, non loin de là, un passant qui passait est découpé à la tronçonneuse devant sa femme et sa fille par une bande de jeunes. Personne ne juge bon de recevoir sa famille.
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Trois adolescents, s’imaginant à tort ou à raison poursuivis par la police, s’aspergent d’essence et mettent le feu. Ils meurent carbonisés. Des bandes de jeunes, en représailles, et pour protester contre leur abandon, abattent un airbus d’Air France à coups de roquettes, font dérailler un TGV et projettent du gaz moutarde dans le métro. Une marche silencieuse a lieu en l’honneur des adolescents. Certains marcheurs s’étonnent de l’absence du ministre de l’intérieur à cette manifestation. Les familles des trois jeunes victimes sont reçues par le secrétaire général de l’ONU, qui promet des mesures contre l’exclusion. Au même moment, non loin de là, un homme qui vivait est écorché vif puis démembré devant sa femme et sa fille par une bande de jeunes. Personne ne juge bon de recevoir sa famille.
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Trois adolescents, s’imaginant à tort ou à raison poursuivis par la police, s’empoisonnent et se pendent. Ils meurent. Des bandes de jeunes, en représailles, et pour protester contre leur abandon, lancent une bombe atomique d’occasion sur Paris. Une marche silencieuse a lieu en l’honneur des adolescents. Certains marcheurs s’étonnent de l’absence du ministre de l’intérieur à cette manifestation. Les familles des trois jeunes victimes sont reçues par tous les chefs d’Etat de la planète, ainsi que par les représentants des plus grandes religions, qui promettent des mesures contre l’exclusion. Au même moment, non loin de là, un être qui était est longuement torturé, puis cuit et dévoré devant sa femme et sa fille par un groupe de jeunes gens. Personne ne juge bon de recevoir sa famille…
posted by Lucien Suel at 07:58

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

ça c'est bien dit!

19:59  

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