samedi 16 février 2008

Baraque à fric

Une lettre de Jacques Bonnaffé
Je fais partie de ces nordistes ahuris de l'octroi de 600 000 euros par le Conseil Régional aux productions Pathé, soutien à la promotion commerciale du film « Bienvenue chez les Ch'tis ». Nous sommes nombreux, stupéfaits de la hauteur du montant, (auquel s'ajoutent 300 000 euros de part production par le CRRAV), et de la forme expéditive de cette décision. S'il fallait soutenir l'idée d'une participation à la sortie de ce film dans le Nord et d'un bénéfice d'image, nous le voudrions bien - je crois la comédie meilleure que pas mal de gauloiseries récentes - sans toutefois pouvoir oublier les difficultés éprouvées par des acteurs marquants de la vie culturelle à voir respectés les engagements financiers. Combien de pétitions n'avons-nous pas dû signer, ici comme ailleurs, pour ramener les élus à leurs déclarations sur le spectacle, la diffusion culturelle pour tous et le soutien à la création ? Nous ne pouvons manquer non plus de penser que ce n'est pas une bonne nouvelle pour le cinéma, l'essentiel de cette dépense étant dirigé sur la soirée des personnalités parisiennes, vedettes du petit écran, animateurs producteurs et autres dîneurs plus ou moins cons. Cela réduira une fois plus le Nord-Pas De Calais à sa figuration "bonne gueule ", autant dire, avec le magot costaud envoyé rue François Ier, Paris 8 : Bienvenue chez les Couillons ! Parmi tant d'autres peintures d'une terre trop humaine, le film de Yolande Moreau et Gilles Porte "Quand la mer monte" s'est fait connaître sans ces apports gracieux et nous le préférons déjà pour ce que ses méthodes de fabrique et de lancement en protègent la finesse esthétique, mais aussi les causes nobles de sa popularité : une gratitude sincère, et d'ailleurs pudique à sa figuration ouvrière (les ch'tis). Les cadeaux qu'on pourrait attendre de cet "en haut" devraient renforcer sans relâche l'effort de diffusion de tous les films, faire redécouvrir les cinéastes du Nord et de Belgique, toucher des publics défavorisés, mener des opérations sur les places cinéma, multiplier les cinémathèques locales, les centres de la photographie et de l'image. Une politique de l'art, contre cet affichage "politique et baraque à fric", affligeant, comme peut l'être cette inertie qu'elle installe, passés les articles clairs et documentés des quotidiens régionaux. Chacun mesure sa réserve. Tout semble fonctionner comme au poker, les producteurs monnayent au prix fort ce qu'il pourraient sembler devoir. Les pertes du jeu seront le fait du prince, l'affaire est entendue. Les arguments de reconnaissance et d'affection envers Dany Boon acteur pourront bien sûr faire passer la pilule, agrémentée d'un bon mot. Alors pourquoi faire triste figure, n'est ce pas ? Je n'ai pour ma part aucune raison personnelle de m'en prendre à cette comédie, juste heureux d'en avoir été dispensé en tant que comédien nordiste. Mais c'est avant tout, face aux maigres justifications qui ont été fournies, l'engagement de tous ceux qui agissent pour la culture, ou les cultures qui est questionné. Devons-nous rester sans réactions, picards de coeur et comme emch'pés ? -- Jacques Bonnaffé
posted by Lucien Suel at 13:37

2 Comments:

Blogger Monsieuye Am Lepiq said...

contre la baraque à fric
& pour la baraka

manifestez pour le manifeste du dimanche 8 mars 2008 (super-position)

00:32  
Blogger Rita said...

MERCI,Jacques
Vous êtes vivant, c'est si rare.
Je vous ai rencontré à Rennes,j'espère qu'il y aura une levée de boucliers(et autres), ceci est une cause MAJEURE.
Anne ANSQUER
PS Votre voix, et votre texte.

23:56  

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